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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 10:30
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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 10:23

Décidément, rien ne change. Depuis sa création, plusieurs dizaines de travailleurs ont trouvé la mort sur le site sidérurgique de Dunkerque. Au cours de ces huit derniers mois, trois ouvriers ont encore perdu la vie à leur poste de travail. Le premier a été percuté par une chargeuse, le second écrasé par un wagon, le dernier a chuté le 13 juillet dans une coulée de fonte liquide. Cette énumération funèbre dément à elle seule la politique d’affichage de la direction de l’usine qui n’a jamais cessé d’affirmer qu’entre ses murs “la sécurité demeure centrale”.

Les restructurations engagées au tournant des années 80, ont fait du site Dunkerquois une usine compétitive selon les critères de la profitabilité capitaliste avec trois fois moins de salariés qu’il y en avait à l’époque(1). Les camarades du Syndicat de Lutte des Travailleurs d’Usinor-Dunkerque (2) expliquaient à cette période que les conséquences de cette politique étaient de deux ordres : “une multiplication d’accidents graves liés à la productivité et un autre aspect qui entre en ligne de compte dans le nombre d’accidents graves, c’est une certaine politique de la direction d’Usinor qui est de ne tenir aucun compte des mises en garde qui sont faites sur les problèmes de sécurité (3) ..." Une réalité jamais démentie jusqu’à aujourd’hui puisque quelques semaines avant le dernier accident mortel en date, un intérimaire (4) avait déjà fait une chute tombant à côté d’une coulée du haut-fourneau nº 2. Le danger avait été identifié et avait fait l’objet d’un signalement après une enquête du CHSCT sans qu’aucune suite ne soit donnée.

Dernièrement des “records de production” ont été atteint à Dunkerque et la direction ambitionne déjà de réaliser une nouvelle performance en produisant 7 millions de tonnes d’acier à l’horizon de 2018. Pour parvenir à leurs fins les dirigeants successifs du site se sont appliqués tout au long de ces années à imposer aux salariés de nouvelles techniques de management toujours plus dissolvantes. Depuis les premiers “cercles de qualité” jusqu’à l’actuelle “implication de l’individu, le rendant responsable de sa sécurité et de celle des autres”, on réalise le terrain que la patronat n’a cessé de gagner en parvenant à imposer son idéologie à mesure qu’il supprimait toujours plus de travail vivant. La riposte syndicale est d’ailleurs assez éloquente, un membre de la CGT avouait dans la presse régionale : “ On se sent un peu impuissant” ...

Boulogne sur mer, le 20/07/2015.

Notes :

(1) En trente ans, l’effectif de l’usine est passé de 10 000 salariés à un peu plus de 3 000 aujourd’hui.

(2) http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-au-pays-d-usinor-la-projection-et-le-debat-autour-de-l-experience-du-syndicat-de-lutte-des-travai-86223870.html

(3) http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-projection-debat-au-pays-d-usinor-le-23-septembre-a-20h30-84086093.html

(4) Aujourd’hui 15 % des travailleurs d’Arcélor Dunkerque sont des intérimaires ou des salariés précaires.

Troisième mort en huit mois sur le site sidérurgique d’Arcélor Dunkerque

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 12:25

C’est une fois encore la concurrence acharnée pour le contrôle du marché Transmanche qui a motivé la non reconduction du contrat initialement passé entre le groupe Eurotunnel et la Scop Seafrance. Cette fois, par un renversement d’alliance Jacques Gounon a rompu les engagements qui liaient son groupe à la coopérative en louant ses navires au concurrent d’hier, la compagnie danoise DFDS.

Qui pensait sérieusement que l’union nouée entre le Syndicat Maritime Nord, exclu de la CFDT et le groupe Eurotunnel résisterait aux échéances fixées par l’accord ? En août 2013, convaincus du contraire nous écrivions : “ Lors de ces derniers mois, les marins de Seafrance ont démontré une réelle détermination dans la lutte, tant à l’encontre de leur ancienne direction que contre l’appareil de la CFDT. Ils ont par ailleurs résisté sans fléchir à l’une des pires campagnes de dénigrement orchestrée par les médias à l’encontre de travailleurs en lutte. Nous aimerions imaginer qu’ils pourront à l’avenir se consacrer exclusivement à l’élaboration de nouvelles manières de penser et vivre leur activité. En réalité, nous croyons qu’à terme ils seront appelés à reprendre le chemin de la lutte, tout comme leurs camarades des autres compagnies condamnés, comme eux, à subir la guerre que se livrent sur la Manche les patrons du secteur ...”(1). Force est de reconnaître que deux ans plus tard, le conflit est de nouveau à l’ordre du jour.

Fin de partie pour la Scop Seafrance ?  Mythe et limites d’une expérience coopérative

Le trafic Transmanche à l’heure de la métropolisation.

 

Pour le patron d’Eurotunnel, ce serait la guérilla juridique que lui mènent de concert l’autorité britannique de la concurrence (CMA), et son rival DFDS qui le contraint à jeter l’éponge. Accusé de position dominante sur le marché Transmanche, il s’est vu interdire l’accès du port de Douvres à ses navires. Depuis, la cour d’appel de Londres a annulé cette décision et les ferries de la compagnie My Ferry Link circulent à nouveau. Il est avéré que le groupe franco-anglais a acquis une position dominante sur le marché mais c’est pour lui la condition indispensable afin de rester maître du jeu et de redistribuer les cartes au gré de la conjoncture. Un rang à tenir qui peut occasionnellement se payer de quelques escarmouche en justice.

En réalité, la raison de la rupture est d’un autre ordre. Elle repose sur les intérêts qui opposent le groupe Eurotunnel à la région Nord-Pas-de-Calais et depuis peu à la Scop Seafrance. Sur la Côte d’Opale, comme partout ailleurs sur le territoire, affleurent de grands projets d’aménagement portés, ici, par les initiateurs d’un “Pôle de Métropolisation du Littoral”. A sa tête on retrouve le Conseil régional aux mains du Parti Socialiste qui travaille à fusionner les deux ports de Boulogne-sur-mer et Calais au sein d’une seule entité pilotée par une société anonyme dans le cadre d’une délégation de service public. Tablant sur une croissance de 40 % du trafic Transmanche pour les quinze ans à venir, un plan de grands travaux prépare une extension assez spectaculaire de l’actuel port de Calais(2) afin de doubler sa capacité. Ironie de l’histoire, le groupe Eurotunnel, qui, de “grand projet” qu’il fut baptisé en son temps, se voit aujourd’hui disputé son titre et sa place et décide à son tour de saisir les tribunaux pour dénoncer une entreprise menaçante et par trop subventionnée ... Au milieu de cet imbroglio juridico-financier, Jacques Gounon se devait d’envoyer des signaux rassurants à ses actionnaires au moment où, de son côté,  la direction de la Scop  rendait public ses projets pour l’avenir.

 

Du syndicalisme à un patronat sous label coopératif

 

Le mariage d’intérêt célébré entre les ex de la CFDT et Eurotunnel offrait l’avantage aux marins de sauvegarder pour un temps leurs emplois ainsi qu’un cadre collectif de lutte, ce qui, avouons - le, n’est pas rien dans une région comme le Calaisis. Elle avait par contre le défaut de placer la scop dans la position inconfortable d’un sous-traitant assujetti au desiderata du groupe ferroviaire sur un marché très concurrentiel. Et contrairement à ce que certains pensent encore, le coopérativisme ne préserve en rien des rapports marchands et sociaux qu’impose la logique capitaliste. S’imaginant sans doute s’émanciper de cette tutelle, le promoteur puis président du conseil de surveillance de la Scop, Didier Capelle, caressait depuis peu le projet de bâtir une société d'économie mixte (SEM) adossée à certaines collectivités locales qui auraient reçu le soutient et l’engagement financier de la région pour le rachat des trois ferries sur lesquels naviguaient les anciens de Seafrance. Une solution qui mettait au mieux Eurotunnel devant l’obligation d’accepter d’être actionnaire minoritaire, au pire de revendre ses parts. Se rêvant sans doute à la tête de sa propre entreprise, l’ex patron du Syndicat Maritime Nord informa le PDG d’Eurotunnel de son dessein, non sans avoir préalablement révoqué de la scop l’un de ses proches. La réaction de Jacques Gounon fut immédiate et sans appel, il loua les bateaux à une société concurrente et la coopérative se retrouva placée en redressement judiciaire.

 

 

Fin de partie pour la Scop Seafrance ?  Mythe et limites d’une expérience coopérative

Hiérarchie et lutte de Scop

 

Il n’en fallut pas d’avantage pour que les divisions hiérarchiques s’exacerbent et mettent à leur tour en crise la coopérative Seafrance. Une fraction des salariés, c’est à dire la totalité des cadres, les commandants et les officiers s’est alors rangée auprès du directoire de la scop proche du patron d’Eurotunnel. Sous la tutelle du syndicat FO ils ont décidé de créer une nouvelle Scop afin de solliciter la bienveillance de Jacques Gounon après qu’il ait déclaré poursuivre une activité de transport maritime avec un seul navire au lieu de trois. Cette scission de l’encadrement d’avec la base des marins démontre, s’il le fallait encore, que non seulement la hiérarchie perdure au sein d’une Scop, mais qu’en cas de difficulté, une lutte sans fard s’y déclare entre les différents échelons de la main d’oeuvre comme dans n’importe quelle autre entreprise capitaliste.

 

 

Fin de partie pour la Scop Seafrance ?  Mythe et limites d’une expérience coopérative

Et maintenant ?

 

Au delà des démêlées juridiques sur le devenir fortement compromis de la scop, deux questions essentielles se posent dorénavant aux marins. La première, dans l’hypothèse probable où la coopérative disparaît, la loi prévoit que les sociétaires perdent la totalité de leur apport initial, soit dans le cas présent plusieurs milliers d’euros qui provenaient des indemnités de licenciement versées après la disparitions de la filiale de la SNCF. Hors, Eurotunnel avoue avoir engrangé des profits dans cette affaire, le groupe compte-t-il en restituer une partie aux salariés ? Il est permis d’en douter. Par ailleurs, se révèle au travers de cet exemple de la scop Seafrance toute l’ambiguïté du statut de sociétaire, qui entremêle les conditions du salariat à une forme de participation et d’association au capital qui entretient la fable d’un capitalisme différent, plus équitable.

Le deuxième point, concerne la disparition du registre sous lequel travaillent encore les marins de la scop, celui du pavillon français. Celui-ci disparaîtra de la surface de la Manche si la faillite de la coopérative est actée. Ce qui signifie dans le cas où ces marins se retrouvent à embarquer pour une des compagnies de ferries concurrentes de devoir accepter des conditions de travail, de navigation et de rémunération autrement plus défavorables. La défense des conventions de travail afférentes à ce registre est un des points cruciaux de la partie qui se joue actuellement. C’est un des leviers qu’il s’agirait d’actionner auprès des marins des autres compagnies, en réclamant son application à l’ensemble des navires qui circulent entre la France et l’Angleterre, dans un premier temps. C’est cette solidarité affirmée dans le cadre de la lutte qui pourrait ouvrir des brèches dans le front uni qui veut la peau de la scop. Dans le cas contraire, la défense du pavillon français apparaîtra comme un combat d’arrière garde aux relents corporatistes et patriotards assez nauséabonds.

Pour le moment les marins se réunissent régulièrement en assemblée générale sur le Rodin afin de préparer les actions : entrave au débarquement de navires du concurrents DFDS, blocage du port, de l’autoroute A 16 et enfin du Tunnel sous la Manche. Ils ont reçu le soutien d’une partie du personnel de la CCI Côte d’Opale qui s’est également mis en grève. A suivre ...

 

 

                                                                                 Boulogne-sur-mer, le 27/06/2015.

 

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Encadré : La nature du contrat établi entre la Scop et Eurotunnel.

 

La scop Seafrance emploie 600 salariés dont 370 travaillent en CDI sur trois navires et 106 à quai du côté français, les autre embauchent en CDD, enfin quelques dizaines sont des travailleurs britanniques. Concrètement le donneur d’ordre achetait les traversées à la Scop, il encaissait le chiffre d’affaire du transports, du fret et des véhicules de tourisme tandis que la Scop recevait le bénéfice des ventes à bord. Mais au final, c’était Eurotunnel qui garantissait l’équilibre financier de ce marchandage. Selon les critères de gestion capitaliste, l’entreprise apparaissait rentable avec un chiffre d’affaire en hausse de 25 % et un équilibre financier proche d’être atteint avant les délais établis. 

 

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(1) in : “La scop : tentative de réappropriation collective ou nouvelles formes de dépossession des travailleurs. Seafrance/My Ferry Link”. http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-la-scop-tentative-de-reappropriation-collective-ou-nouvelles-formes-de-depossession-des-travailleu-121247749.html. Sur le début de la lutte également consulter : http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-la-liquidation-de-sea-france-ou-le-grand-bal-des-faux-culs-97582371.html

(2) Calais est actuellement le premier port français et le deuxième port européen de voyageurs. Il accueille chaque année plus de 10 millions de passagers. Pour une présentation du projet “Calais Port 2015” : http://www.nordpasdecalais.fr/upload/docs/application/pdf/2014-07/a5_port_francais.pdf

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 10:38

Depuis les années 2000, les luttes se multiplient dans le secteur de la sous-traitance. Les sociétés privées chargées de la propreté pour les passeurs d’ordres – qu’ils soient privés ou publics – ont des pratiques des plus contestables en termes de respect des conditions de travail. En 2002, la lutte des femmes de ménages travaillant pour le groupe Accor avait fait grand bruit. Un documentaire en avait même été tiré (1) et plus récemment, la lutte à la gare d’Austerlitz. Aujourd’hui ce sont les personnels d’entretien intervenant à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) qui nous intéressent. Les années passent, mais les pratiques restent les mêmes.

« Onet malhonnêtes » ! (2)

Comme pour les précédents combats, le problème vient de la sous-traitance en tant que telle. En 2013, le marché du ménage dans la grande bibliothèque est ré-ouvert à la concurrence mais les budgets restent stables alors que les tarifs des entreprises de nettoyage augmentent. Même si les responsables affirment que la note technique attribuée aux concurrents lors de l‘analyse des offres pèse autant que la note financière, nous ne sommes pas dupes. En ces temps de « rigueur budgétaire », c’est le moins disant qui remporte le marché. Et c’est comme ça que l’équipe affectée à la BNF par l’entreprise Onet est passée de 63 personnes à 44; en gardant bien sûr les mêmes surfaces à entretenir. L’expérience d’une employée est édifiante à ce sujet (3): elle travaille sur 12 étages, 6 jours par semaine et ce pendant 5h00 d’affilées. S’ajoutent à cela les remplacements à l’interne. Tout ça pour un salaire de 850€ par mois! On ne s’étonnera pas dans ces conditions de l’augmentation de la fatigue à la fois physique et nerveuse et de la multiplication des accidents du travail ;

Les travailleurs ont alerté leur société depuis bien longtemps, ainsi que la direction de la BNF. Les premiers ne réagissent pas, évidemment. Les seconds ne s’en mêlent pas car ils ne sont pas les employeurs directs. Cette allégation est exacte sur le papier mais ils sont bien responsables de cette situation de par le fait qu’ils ont fait le choix il y a des années de l’externalisation. Les grévistes ne s’y trompent d’ailleurs pas. Au-delà des revendications de base: passage de certaines personnes en CDI, 13ème mois, augmentation des heures supplémentaires pour pouvoir faire leur travail; ils demandent surtout la ré-internalisation du ménage à la BNF. Ils sont en cela soutenu par le syndicat SUD Culture BNF qui, à l’inverse d’autres, ne fait pas de différences entre les salariés travaillant à la BNF – qu’ils soient employés directement par celle-ci ou non, ils ont les mêmes droits.

La grève commencée le 9 avril s’est arrêtée le 21 sur décision des personnels. 42 des 44 employés d’Onet étaient en grève. Afin de cacher au mieux ce mouvement, la direction de l’entreprise a envoyé des cadres nettoyer les halls et les toilettes (!), quant à la BNF elle a demandé à son personnel de recharger en rouleau de PQ les WC (!) (4). L’indifférence par rapport à ce mouvement était d’ailleurs assez générale parmi les publics fréquentant l’établissement. Alors qu’ils croisaient chaque jour les grévistes les étudiants travaillant dans les locaux de la BNF n’avaient cure de la lutte qui se menait à quelques mètres de leur table de travail et de leurs manuels.

Néanmoins cette lutte ne fut pas totalement vaine. Les employés ont réussi à arracher quelques avancées : paiement de 3 jours de grèves (!), embauche de 3 salariés en CDI, attribution de 100h supplémentaires et engagement de la BNF de mettre en place une charte sociale avec son « partenaire » pour maintenir les droits des salariés.

Cette lutte est bien une dénonciation de plus de la sous-traitance qui permet à nombre de donneurs d’ordres de se dédouaner des conditions de travail imposées aux salariés sous prétexte qu’ils ne sont pas les employeurs directs. La ré-internalisation de ces services ne résoudra certes pas tous les problèmes mais permettra peut-être à ces travailleurs exploités de mieux faire entendre leurs revendications.

(1) Remue ménage dans la sous-traitance un film d’Ivora Cusack

(2) Un des slogans des personnels en grève sur le site Tolbiac

(3) Témoignage d’une employée à lire sur le site de Streetpress ici: http://www.streetpress.com/sujet/1429270313-greve-bnf-agents-entretiens-onet

(4) écoutez à ce propos l’émission de sons en lutte ici : http://www.sonsenluttes.net/spip.php?article816

Maltraitance dans la sous-traitance

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 09:21

En 2000, déjà, un Collectif Anti Impérialiste dénonçait le rendez-vous affligeant de milliers de spectateurs passifs des reconstitutions de batailles napoléoniennes. Assez maladroitement habillées de l'alibi d'une rencontre entre l'Histoire et l'économie (définition locale du tourisme), ces soudardes frasques sont toujours liées à l'idolâtrie pathologique pour les associations et à la rentabilisation du territoire pour les institutions et les marchands. C'est oublier un peu vite que les “grands hommes” sont parfois d'assez petits messieurs et que le prestige des uniformes ne peut masquer des réalités sociales qui résonnent, elles aussi, furieusement aujourd'hui.

Ainsi, outre la tendance bonapartiste révélée par les congrès des partis en besoin de pouvoir , dans une époque aussi trouble que le XIXéme siècle enfanté dans la douleur, l'absence d'une petite comémo de Waterloo se fait cruellement sentir.

Petite piqûre de rappel : a voir ici

PS : pour les royalistes qui ont raté le camp du drap d'or, il y a les 500 ans de Marignan à la rentrée (14 et 15 septembre)

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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 17:05

TGI de Lille, le 2 juin 2015. Procès dit « de la mutuelle des fraudeurs » mise en accusation par Transpole, filiale de Keolis, elle-même filiale de la SNCF, assurant la délégation de service public pour les transports en commun de la métropole lilloise.

Retour sur le procès dit « de la mutuelle des fraudeurs »

Nous assistons d’abord à la condamnation d’un homme originaire de l’est de l’Europe. Il se défend seul pour des actes qu’il a déjà reconnu face à la police : une effraction, suivie de vol de boissons et de barres chocolatés. La puissance judiciaire le réduit aux larmes et au regret. Elle sera sans compassion pour lui. Les parties civiles demandent une indemnisation à hauteur du préjudice, 1045 euros, mais le Procureur de la République, qui a le dernier mot dans le déroulé du procès, requiert dix-huit mois d’incarcération. Il écope de douze mois de prison fermes. Menotté, il demande le droit d’embrasser sa mère. Le juge leur octroie une accolade. L’ambiance est toujours aussi rance dans les tribunaux de France. Nous savons pourquoi nous détestons cette justice.

La salle d’audience est pleine de personnes venues en soutien aux deux personnes inculpées de la mutuelle, qui, une fois n’est pas coutume, ont eu le droit de rester debout au fond. Le juge, qu’on a auparavant aperçu arriver avec Le Figaro sous le bras, détaille les charges qui pèsent sur elles, au nom d’une loi sur la presse datant de... 1881 : l’incitation à la commission d’un délit par voie de presse - numérique ici, en l’occurrence, par le biais d’un blog. On leur reproche une « incitation à la fraude à l’encontre de Transpole ». La fraude n’est évidemment pas un délit, mais elle l’est presque devenue avec la création récente d’un « délit d’habitude » pour les fraudeurs récidivistes. C’est du moins, l’argument de l’avocate de l’entreprise qui accuse donc ces deux membres de la mutuelle d’avoir propager des idées encourageant « le vol régulier » de Transpole.

La première étape du procès, consiste à évaluer la solvabilité des prévenus. L’un gagne 650 euros par mois, l’autre touche presque le SMIC. On sent d’emblée que l’intérêt du tribunal ne va pas le moins du monde aux fonctions qu’occupent les accusés dans leur travail, mais plutôt à la somme éventuelle qu’il pourra leur soutirer par la suite. On interroge ensuite les camarades sur la dite mutuelle des fraudeurs. Le juge tente de savoir si ces deux là sont « les chefs de l’organisation ». Il est toujours difficile pour une institution hiérarchique verticale d’appréhender l’autogestion. Le juge essaie de pointer leur responsabilité individuelle, quand tous les deux se réclament d’une lutte collective, dont l’objet est à la fois d’éviter que des personnes s’endettent auprès de Transpole, mais aussi de militer pour la gratuité des transports et dénoncer l’acharnement tarifaire à l’encontre des pauvres « qui n’ont pas besoin de se déplacer », comme l’a souligné l’avocate de Transpole lors d’une précédente audience. Une entraide, spontanée, politique, attaquée et traitée comme une association de malfaiteurs... Transpole cherche surtout des moyens de résorber son déficit, qui se chiffre en dizaines de millions d’euros, en appliquant des tarifs qui augmentent chaque année et en multipliant les procès à ceux et celles qui ne peuvent pas endurer le prix de des tickets ou des abonnements.

Retour sur le procès dit « de la mutuelle des fraudeurs »

Le juge aimerait que ce procès soit dissuasif pour les accusés qui dénoncent « un procès politique au service de Transpole » et de sa chasse aux pauvres. On sent la pression politique, médiatique et des entreprises de transport sur la justice, quand le juge s’inquiète soudainement pour la SNCF : « Vous n’avez pas les moyens suffisants pour faire ça avec la SNCF tout de même ? » Car la fraude régulière, c’est le nouveau cauchemar pour la filière, plus avare que jamais, et à qui il faut toujours plus de fric. Les tribunaux sont là pour leur permettre d’en obtenir une partie. Rapidement, le procès tourne à la tribune pour nos camarades, qui déploient leurs arguments, mettent en avant la solidarité de leur engagement et la dimension collective des choix, des actions, des textes, des publications, de la mutuelle des fraudeurs. Voyant que leur discours ne va pas plier sous son poids, le juge fait le tour de ses assesseurs.

Les tentatives de questions tournent vite court. Surtout quand on tente d’expliquer aux accusés que leur action semble inutile et déconnectée de la réalité, puisque la reconnaissance « d’un état de grande nécessité » existe dans la justice française, et chez Transpole. Pas de bol, nos camarades ont assistés aux procès qui ont eu lieu à la rentrée pour les premiers « fraudeurs d’habitude » : amendes sévères, prison avec sursis, prison ferme. Voilà ce que leur a valut leur « état de grande nécessité » manifeste pendant leurs procès. Fin de ce débat. Le Procureur intervient alors pour poser une question sur les inscriptions à la mutuelle : « Quels justificatifs demandez-vous ? » Il reste muet quand les accusés répondent « la confiance ». C’est un sentiment qu’un Procureur ne doit pas éprouver souvent envers une autre personne que pour lui-même. « C’est un monde de rêve », croit ironiser le juge pour reprendre la main. « C’est un monde de justice sociale », concluent nos camarades. Fin de la ronde. La parole est donnée à l’avocate de Transpole.

Saisissant l’idée au vol, elle ose, au milieu des soupirs et des souffles estomaqués de la salle, tenter de démontrer que son employeur fait, lui-aussi, dans la justice sociale « avec sa politique tarifaire ». Elle lance, carrément : « Vous n’avez pas le monopole de la justice sociale ». Il fallait le faire. La dernière campagne d’affiche de Transpole est pourtant d’un autre ton. Elle dit : « Fraudeur, tu vas prendre cher ». Et, à ce jour, personne n’a encore pu trouver le « service social » de Transpole... On vous passe son couplet sur les millions d’euros de perte que représenterait la fraude... Keolis n’a réalisé qu’un bénéfice à peine au-dessus de cinq milliards en 2013. Les actionnaires ont déjà dû tout se partager... Ridicule, l’avocate de Transpole plaide également « pour le mécontentement de ceux qui participent ». Ce qui veut dire, « ceux qui paient leurs tickets »... Elle demande finalement 2000 euros de dommages et intérêts et 1500 euros pour ses frais d’avocat. Le Procureur, tout en reconnaissant aux accusés le droit de militer pour les transports gratuits « Pourquoi pas, après tout, pourquoi pas ?! », doit concéder que l’audience ressemble plus à une tribune donnée par Transpole à deux membres de la mutuelle des fraudeurs, qu’à un procès. Mais bien sûr, « c’est inadmissible » d’inciter à commettre « des infractions ». Il ne suit pas l’avocate. Il demande 1000 euros par tête, et qu’une des scellée de la perquisition effectuée à leur domicile au moment des gardes à vue ne leur soit pas rendu : un pot contenant 800 euros, que souhaitent récupérer nos camarades.

Délibéré le 1er juillet !

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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 21:28

Le 17 avril 2014, deux membres de la mutuelle des fraudeurs se font perquisitionnés puis placés en garde à vue prolongée pour délit de presse, on leur reproche de s'occuper du blog de la mutuelle et d'inciter par ce biais à la fraude.

Pour rappel la mutuelle des fraudeurs, c'est un collectif qui existe depuis septembre 2009 à Lille. Elle lutte pour les transports gratuits et permet à ceux qui n'ont pas les moyens de se faire rembourser leurs amendes.

Lors de la perquisition, leurs ordinateurs ainsi que plus de 800 euros en liquide sont saisis. C'est Transpole qui attaque, son nouveau créneau : la chasse aux fraudeurs, la chasse aux pauvres… Transpole en profite le jour même de l'arrestation pour sortir un communiqué de presse sur son nouveau projet de caméra intelligente qui leur permettra de repérer les « flux » de fraudeurs.

Leur procès a lieu ce mardi 2 juin à 14h, un rassemblement est organisé à 13h30 jusqu'à la sortie des camarades.

Soyons nombreux pour faire pression sur la justice et obtenir la relaxe.

 Rassemblement en soutien aux inculpés de la mutuelle des fraudeurs + Presse libre en procès

Ce procès est à mettre en lien avec d'autres affaires en cours, comme celle de ce militant toulousain qui a été arrêté et mis en procès pour avoir publié un article sur un site militant. Voir :

https://iaata.info/Arrete-ton-char-lis-et-ecoute-les-medias-libres-731.html

1 1 74 09 99 192.168.0.1 en procès pour lire et soutenir la presse libre

Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Je risque 5 ans de prison et 40 000 euros d’amende parce que je suis lecteur et solidaire de la presse libre…

Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Parce que ce sont des traces numériques que le grand filet de la surveillance a relevées, des traces d’appareils électroniques.

Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Parce que je suis un parmi d’autre, des femmes et des hommes, qui ont plus à craindre qu’à espérer de l’action de l’Etat.

Je suis celui qui « faisait l’apologie de la violence »[1], qui rédige le « vade-mecum du parfait casseur »[2]. Pour les 755 000 lecteurs et lectrices de la Dépêche je serai toujours « un homme de 40 ans, qui avait incité sur un site internet à commettre davantage de casse… »[3]. Et ce au mépris d’un certain nombre de règles légales, la présomption d’innocence par exemple. Mais combien cela me coûterait-il de porter plainte ? Pour quel résultat au final ? Est-ce que cette justice qui m’attaque est capable de me défendre ? J’en doute.

Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. La police est venue me chercher à 6h30 du matin. J’ai passé 10 heures dans une geôle qui sentait l’urine, ils ont menacé de venir chercher mon fils au lycée, de m’inculper pour apologie de terrorisme… Parce que je lis et que je soutiens la presse libre.

Presse libre parce que libérée des intérêts marchands. Presse libre parce que diverse et déterminée, ancrée localement au plus près des luttes. Une presse qui ne me dit pas quoi penser mais qui me donne à voir, à comprendre, en prenant clairement position.

L’espace médiatique est la grande scène où se situent les scènes principales de la vie collective ; elle les compose et elle les reflète.[4]

Sans ces sites internet, ces radios libres, ces journaux il y a tout un tas de choses que je n’aurais sans doute jamais sues. Quelques exemples : Bilal Nzohabonayo tué par la police et qui a été présenté tout d’abord comme djiadiste, c’est grâce au travail du site le Rotative.info que la version policière sera démentie; les circonstances réelles de la mort de Rémi Fraisse sont révélées dans leur intégralité par Reporterre avant que cela soit admis officiellement ; la grève de Radio France en février qui annonçait la plus longue grève de la radio publique de son histoire a été relayée sur Canal Sud et d’une manière générale, ce sont des medias libres qui relaient les paroles des personnes qui luttent. La richesse et la diversité de cette presse est incommensurable. Si je n’ai plus la presse libre je deviens à moitié aveugle. Mon monde n’est plus exprimé que par des artistes et des journalistes, des économistes et des experts, avec qui j’ai, socialement, peu de chose à voir. Cette presse là, ne me donne pas de prise sur le monde qui m’entoure. Au contraire, cette information me le rend distancié, flou, parce que sans correspondance avec ma vie et mes préoccupations. Comme si ce que je vivais n’avait pas de consistance collective. Le monde semble vivre à mille lieux de mon expérience concrète, du chômage, de la précarité, de l’injustice que je constate autour de moi.

À la façon des lunettes, les journaux fabriquent des non-vu à partir duquel le monde est vu[5].

Ces derniers mois ont eu lieu de nombreuses manifestations à Toulouse. Systématiquement la presse locale et nationale a titré sur les « violences », le verre brisé, les courses poursuites. Ça manquait cruellement de certains détails. J’ai vu 500 policiers pour 300 manifestant.e.s, j’ai vu la violence et le mépris vis à vis de tout ce qui ne portait pas d’uniforme. J’ai vu des hommes cagoulés, armés, bloquer des rues. J’ai vu des citadin.ne.s gazé.e.s sans distinction. J’ai vu les condamnations judiciaires pleuvoir sur des personnes arrêtées au hasard. J’ai vu les entorses à la procédure. J’ai vu la violence du maintien de l’ordre.

Je n’ai rien lu de tout cela dans la presse dominante[6]. Il n’y a que la presse libre qui s’en est fait le relais.. Ce seulement là que j’ai perçu que je n’étais pas seul à être scandalisé et en colère. Au bout de ces mois d’occupation policière et de procès expéditif, comme si cela ne suffisait pas, je me retrouve moi aussi pris dans la machine judiciaire.

Je sais que mon cas n’est pas isolé. Je sais que beaucoup, qui comme moi, luttent pour un monde débarrassé de l’exploitation et des dominations, connaissent la prison, les vexations, les mutilations… Je sais que beaucoup, parcequ’ilelles sont au mauvais endroit au mauvais moment, parce qu’ilelles ont la mauvaise couleur de peau, le mauvais passeport, parce qu’ilelles sont pauvres, connaissent aussi la prison, les vexations, les mutilations…

Je sais que ce système repose sur une part non négligeable de violence légale. Je le sais parce que je le vis, mais aussi parce que je peux connaître des cas semblables, savoir ce que beaucoup vivent. Parce que je lis la presse libre.

Est-il donc absolument impossible d’opposer aux puissances de l’élimination l’organisation des éliminés ?[7]

Ces sites, ces radios, ces journaux sont une organisation concrète des éliminé.e.s, des exploité.e.s, des dominé.e.s, des opprimé.e.s. Et c’est pour ça qu’on les attaque, qu’on veut les faire taire.

Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Je risque 5 ans de prison et 40 000 euros d’amende pour faire taire la solidarité et la presse libre !

Quelques exemples de presse libre :

Rebellyon, Paris-Luttes.info, Brest-Info, Renverse.ch, la Rotative, Reims médias libres,IAATA ; Rennes Info, le Jura libertaire, « Article 11 », Soyons sauvages, Espoir Chiapas, Collectif Bon pied bon oeil, Atelier médias libres, « Courant Alternatif », Primitivi, « Jef Klak », le Numéro Zéro, La Brique, « La Lettre à Lulu », Révolte numérique, Radio Zinzine, zad.nadir.org, Contre-faits, l’Actu des luttes (FPP), Journal Résister (Nancy), Revue Lutopik, L’Envolée pour en finir avec toutes les prisons, Lundi Matin, Radio Canut, Lignes de force, Demain le Grand Soir, Archyves, Revue « Z », Le Canard sauvage, Indymedia Nantes, Hors Sol Confusionnisme.info, Mille Babords, « La Gazette de Gouzy », « le Monde libertaire », Regarde à Vue, radio Canal Sud, La Horde, radio La Locale (Ariège), le collectif de Infoaut,…

Notes

[1] La dépêche du vendredi 8 mai 2015 page 21

[2] 20 minutess.fr en ligne le 07 mai 2015

[3] La dépêche op.cit.

[4] Georges Balandier, Le pouvoir sur scènes, Paris, Fayard, 2006, p. 163.

[5] Patrick Champagne, Faire l’opinion : le nouveau jeu politique, Paris, les Éd. de Minuit, coll. « Le Sens commun », 1990, p. 244

[6]Avec quelques exceptions notables le plus souvent des tribunes ou des blogs périphériques (le monde, médiapart)… Finalement des points de vue qui ne rentre pas dans la catégorie « information ».

[7] B. Brecht Théorie de la radio 1932 La radio appareil de communication. Discours sur la fonction de la radio

 Rassemblement en soutien aux inculpés de la mutuelle des fraudeurs + Presse libre en procès

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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 23:50

Voilà plus d'un an que la lutte à la Redoute s'est achevée par l'amère trahison de la CFDT qui a signé un plan de licenciements de 1 178 personnes d'ici 2018 alors même que le rapport de force s'était ancré dans l'entreprise grâce à l'action des Redoutables. Un an après, les départs en pré-retraite et les « départs volontaires » ont commencé en attendant les licenciements secs. En parallèle, les conditions de travail se dégradent, on demande de faire tout aussi vite avec moins de personnes tandis que la direction construit un nouveau centre logistique ultra-moderne qui n'a rien a envié aux conditions de travail chez Amazon par exemple.

Brochure disponible sur la lutte à la Redoute

Dans cette brochure, nous vous proposons une compilation des textes écrits pendant et après la lutte des Redoutables. C'est l'occasion de se replonger dans ce combat qui a permis l'expression d'une certaine autonomie et une certaine radicalité chez les ouvrier-es. Cette brochure est là également pour tenter de faire un bilan de ce que sont devenues la plupart des grèves d'entreprises aujourd'hui et d'affirmer que dans cette période de débâcle sociale généralisée, seule la lutte paie !

Pour vous procurer la brochure au format papier, elle est disponible gratuitement : au Kawa, (105 Rue Faidherbe à Boulogne-sur-Mer) ou au Havane (37 grande rue toujours à Boulogne). Sinon, vous pouvez la commander contre frais de port à l’adresse postale de la Mouette Enragée.

Brochure à télécharger ici

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 18:27
Contre la gauche postmoderne et ses avatars. Pour le communisme, dans le prolétariat, par le combat de classe !

Il n’est pas de notre habitude de discuter “des idées” de manière abstraite, autrement dit, lorsqu’elles ne sont pas l’expression d’une certaine réalité de la lutte de classe et à fortiori si nous n’y sommes pas impliqués d’une façon ou d’une autre. Le jeu de la “critique de la critique”, nous le laissons à d’autres. Pour autant, nous ferons cette fois une entorse à la règle, très brièvement d’ailleurs et en manière d’inventaire. La raison en est simple et relève du constat. Depuis quelques années, sur différents terrains où nous sommes intervenus, lors de débats auxquels nous avons participé, nous avons été frappés de constater le degré de pénétration de la rhétorique postmoderne et de ses avatars dans des milieux qui entendent mettre à bas le capitalisme. Jusqu’ici, ces désagréments s’effaçaient sitôt la reprise de mobilisations sociales d’ampleur. D’abord parce que, comme par hasard, elles ne mobilisent pas les mêmes catégories sociales, les mêmes acteurs, et surtout car elles offrent le privilège de replacer, pour un temps au moins, la question de classe et les rapports d’exploitation au coeur de la lutte, au coeur de la vie tout simplement. Force est de constater qu’en leur absence prolongée, les “questions de société”, le “sociétal” comme on dit dans nos milieux, vampirisent insidieusement les modestes espaces de la contestation qui subsistent encore.

La suite est à lire ici

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 20:26

 

    Nous dénoncions dans le n°30 de La Mouette Enragée les conditions de travail plus que dangereuses qui existaient alors dans l’entreprise. Notre article avait pour base une rencontre avec des camarades du SLT (Syndicat de Lutte des Travailleurs) qui avait toujours dénoncé les accidents du travail conduisant régulièrement à des morts.

 

    A l’époque le « score » était édifiant : depuis l’ouverture jusqu’en 2010, on a dénombré 210 morts. Ce ne sont pas là évidemment les chiffres des patrons. En effet, ne sont pas considérés comme morts sur leur lieu de travail ceux qui décèdent dans l’ambulance ou ceux qui ne sont pas des salariés de Mittal. Les sous-traitants ne sont pas des salariés comme les autres.

 

Arcelor-dunkerque.-.jpg

   Le décompte macabre n’est malheureusement pas terminé : le 26 décembre dernier un salarié de 36 ans trouvait la mort. Fait qui devient rarissime selon la direction puisqu’il faudrait, selon eux, remonter à 5 ans pour le dernier accident mortel. Ce dimanche 12 avril un intérimaire perdait la vie sur le site de Grande-Synthe (1). Le mépris de la vie des travailleurs est toujours présent à Dunkerque comme ailleurs.


Que fait le groupe Mittal pendant ce temps-là ?

   Dans un communiqué de presse du1er août 2014 (2), la société de M. Lakshmi N. Mittal, se targue que le taux de fréquence des accidents du travail est en baisse au deuxième trimestre 2014 par rapport au deuxième trimestre 2013 ! Certes ces deux accidents mortels n’avaient pas encore eu lieu… Sinon les résultats sont meilleurs : la dette baisse, les bénéfices augmentent.


Et les salariés ?

   Qu’ils ne s’inquiètent pas les syndicats s’occupent d’eux. La CGT revient bien sûr en page d’accueil de son blog sur le drame qui s’est produit (4). Mais qu’on ne s’y trompe pas, la sécurité n’était pas au centre des débats du dernier CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail). En effet, les élus de la centrale se félicitent dans un tract de la réfection des … réfectoires. Même si cela à son importance on est loin des considérations de mise en danger de la vie que représente le travail à Sollac.



    Deux accidents mortels en à peine 4 mois et des bénéfices en hausse. C’est bien une bonne application du capitalisme. Plus de rendement pour plus de bénéfices au mépris de la vie humaine. Cela ne date malheureusement pas d’hier et n’est pas prêt d’arrêter.



Notes :

(1) Information émanant du site de la Voix du Nord : http://france3-regions.francetvinfo.fr/nord-pas-de-calais/2015/04/13/grande-synthe-deces-d-un-interimaire-de-21-ans-sur-le-site-arcelormittal-703359.html

(2) à lire ici : http://corporate.arcelormittal.com/~/media/Files/A/ArcelorMittal/investors/results/previous-results/ER-Q214-FR.pdf

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  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
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Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

 

- Nous rejetons tous les systèmes économiques, toutes les institutions politiques, étatiques ou privées qui se fondent sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'autorité et la hiérarchie.

- Nous avons toujours lutté, à la fois contre toutes les formes de Capitalisme d’État qui se dissimulaient ou se dissimulent encore sous les noms de Marxisme-Léninisme, Bolchevisme, Stalinisme, Etats-ouviers, etc... , et contre les Capitalismes Libéraux avec leur cortège de gaspillage et de consommation effrénés. Il s'agit pour nous, des deux faces de la même médaille.

- Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

- Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

- Nous sommes pour une Démocratie Directe qui correspondrait aux besoins authentiques des individus sans distinction de sexe ou de nationalité, et non plus au profit des marchands et des publicitaires, des bureaucrates et des notables.

- Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

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- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

Fortunes de mer

 

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           Disponible, en vente

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