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Vendredi 4 avril 2014 5 04 /04 /Avr /2014 08:42

     Depuis le lundi 24 mars et la signature de l'accord de plan social par la CFDT à la Redoute, le boulot a repris sur le site de la Martinoire. Le lendemain en assemblée générale, la résignation était de mise et chacun avait encore du mal à digérer la trahison (habituelle) de la CFDT. La CGT a décidé de mettre fin au mouvement, Sud a suivi. Les Redoutables de plus en plus isolé-es n'étaient plus assez nombreux pour espérer reprendre quelque chose. Mais c'est la tête haute, qu'ils ont « regagné leur poste », convaincus d'avoir mener la lutte jusqu'au bout.

 

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    Dans la semaine, la base de la CFDT a pris acte de l'attitude de leur direction. Les délégués syndicaux, en majorité en désaccord avec leur fédération ont décidé de quitter le syndicat. Lundi 31 mars, une quarantaine de personnes se sont réunies devant les portails d'entrée sécurisés. Après la lecture d'un communiqué de presse, 17 délégué-es CFDT ont enflammé leur carte d'adhérent. Les journalistes, pourtant conviés, ont refusé d’assister à cet autodafé. Mais les délégué-es n'abandonnent pas leur mandat dans les différentes instances de l'entreprise et reprennent une autre bannière syndicale : celle de FO ...

 

 

     La lutte des classes est faite de défaites et de victoires.... de plus en plus lointaines. Dans tous les cas, le mouvement des Redoutables a permis à des salarié-es de s'exprimer et de s'organiser contre leur exploitation journalière au profit d'un Pinault multimilliardaire. Pendant des mois, le rapport de classe a été posé de manière claire et il est lourd d'enseignement. La base ouvrière s'est battue contre sa disparition, l'encadrement a continué de soutenir la direction qui n'avait plus qu'à mettre en scène la division et faire jouer ses réseaux politiques et syndicaux pour mettre la pression et obtenir la signature.

 

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   La gueule de bois est encore là mais dans les têtes, des choses se sont jouées. Entre Redoutables un réseau s'est créée. Mais face au chômage et à l'aggravation des conditions de travail, il faudra se rebattre et être plus rapide pour déborder les directions. Lutter pour gagner, c'est s'organiser à la base.

Par La Mouette Enragée - Publié dans : Ouvre boîte
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Lundi 24 mars 2014 1 24 /03 /Mars /2014 19:57

 

Ca y est ! La CFDT vient de signer le "plan social" proposé par les repreneurs de la Redoute qui entraîne la suppression de 1200 postes. Une nouvelle fois, ce syndicat à la solde du patronat joue son rôle de liquidateur des luttes en opposition totale avec la base. Aujourdhui, c'est le coup de massue après des semaines de lutte où une certaine autonomie a pu poindre grâce à l'action des "Redoutables". Retour sur les dernieres semaines.

 

 

 

Le spectacle de la division

 

 

Vendredi 21 mars, au siège social de la Redoute à Roubaix, deux camps de salarié-es se sont fait face. D'un côté, une majorité d'ouvrier-es venant de la Martinoire, le site de préparation des commandes et de logistique à Wattrelos venus réclamer la non-signature du plan social proposé par la direction ; de l'autre des salarié-es du siège social de Roubaix pour la plupart membres de l'encadrement brandissant des pancartes « Signez pour l'avenir de la Redoute ». Le spectacle de la division peut avoir lieu devant les médias, il a été savamment orchestré par le camp de la direction1. Clou du spectacle, Nathalie Balla et Eric Courteille (les repreneurs) ont tenté une sortie et un discours mais le tumulte et quelques jets de boulettes de papier les ont vite dissuadé. Finalement, après quelques bousculades, les pro-signatures sont repartis au turbin sous les « les moutons sont dans l'enclos, on a fait notre boulot ! » des grévistes.

 

 

L'enjeu des négociations : entre mobilisation et division

 

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    Depuis janvier et l'annonce de la suppression de 1 178 postes2, la mobilisation n'a pas cessé. Des manifestations ont eu lieu à Roubaix, à Wattrelos, à Tourcoing et à Lille. Le site de la Martinoire a été bloqué plusieurs jours, enfin chaque semaine, au moins deux assemblées générales sont organisées. Forts de ces actions qui ont su créer un collectif de lutte, ce sont des ouvrier-es déterminé-es qui, au son d'une chanson made in Roubaix3, ne veulent rien lâcher de leurs revendications. Pour ceux qui partent, ils réclament : 40 000 euros net de prime de licenciement + 1500 euros net par année d'ancienneté + 36 mois de congé de reclassement. Pour ceux qui restent, il faut la création d'une fiducie (caisse sociale) où Kering devra verser les mêmes sommes que les départs pour offrir une garantie et enfin pour les préretraites à 55 ans, payées à 100% pour tout le monde.

 

En face, la direction et l'encadrement ont réagi à la mi-mars en créant un collectif de salarié-es qui demande de signer le plan social pour l’avenir de la Redoute. Une pétition circule sur internet tandis que des tracts ont été diffusés grâce au matériel de la CFE-CGC, le syndicat des cadres. Ils sont d'accord avec les propositions de la direction qui propose 20 000 euros de primes de licenciements + 750 à 1.200 euros par année d'ancienneté en fonction des cas + 12 mois de reclassement.

 

 

Drame à la CFDT

 

 

     Entre les deux camps, les représentants syndicaux cherchent leur place et sont tiraillés par les choix à faire. Cela est surtout valable pour la CFDT et à moindre mesure Sud (syndicat peu représentatif) car la CGT et la CFE-CGC ont choisi respectivement le camp des ouvrier-es et celui des cadres. L'enjeu est important car pour que le plan social de la direction soit adopté, il faut une majorité qui est atteinte si la CFE-CGC et la CFDT signent. Mais la base de la CFDT ne l'entend pas de cette manière et a réussi à créer un rapport de force et de persuasion à l'encontre de ses représentants pour qu'ils ne signent pas le plan social en l'état.

 

    Ainsi le comportement du délégué central Jean Claude Blanquart est révélateur de cette tension. Depuis un bon mois, il a totalement disparu du paysage médiatico-militant et il ne vient plus qu'en catimini aux réunions de négociation. Vendredi 21 mars avant l'ultimatum de la direction, sa base syndicale lui a lancé un message clair : « si tu signes, on brûle notre carte ». Or la veille, une représentante nationale du syndicat est venue rappelé à l'ordre les délégués syndicaux sur la ligne politique de leur organisation. Une déléguée CFDT résume la teneur des débats : « notre direction veut qu'on signe l'accord jugé suffisant par Paris, entre la direction et les salarié-es la pression est insoutenable ». Vendredi 21 mars, la base a été la plus forte mais il faut s'attendre à des règlements de compte à la CFDT qui n'hésite pas à virer les sections rebelles comme ça s'est déjà vu à Sea-France ou chez Mory-Ducros.

 

 

Les Redoutables à l'initiative

 

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      Qui est cette base capable de bousculer le dialogue social ? Ils se font appeler les « Redoutables » : ce sont des syndiqué-es ou non syndiqué-es qui travaillent quasiment tous à la Martinoire. C'est la cheville ouvrière de la Redoute et ce sont eux les premiers touchés par les licenciements et les restructurations à venir4 . Ce groupe est composé de 150-200 personnes qui se connaissent bien car la plupart ont déjà lutté en 2008 lors d'un premier plan social qui a supprimé 672 emplois. Ce mouvement social a laissé des traces et permet d'expliquer la mobilisation actuelle et la méfiance par rapport aux directions syndicales. En effet, à l'époque, ce sont les syndicats Sud et CFDT qui ont trahi la mobilisation. « En AG tout le monde levait la main pour continuer le mouvement mais dans notre dos, Sud puis la CFDT ont signé l'accord contre une contrepartie minime : une hausse de quelques centaines d'euros pour les plus petits salaires » résume amèrement David, un ouvrier militant.

 

     De l'aveu même des délégués CGT, les Redoutables ont réussi à s'imposer dans l'intersyndicale et à bousculer le cours des négociations. Fin février, ils ont su mettre d'accord les syndicats sur les revendications à porter. Car au départ, c'était le grand flou entre les 100 000 euros de primes de licenciement avancés par la CGT et les 20 000 euros portés par la CFDT. « Ils [en parlant des Redoutables] sont venus autour de la table, ils ont présenté la revendication des 40 000 euros et les syndicats se sont alignés. Pour reprendre une image : ils ont mis de l'eau dans le vin de la CGT et du vin dans l'eau de la CFDT et de Sud » confie David.

 

      L'action des Redoutables ne s'arrête pas là. Ils ont rédigé et diffusé leur propre tract grâce au matériel prêté par les syndicats. Ils se réunissent et discutent. Enfin dans les AG, ils ont su maintenir une pression constante sur les chefs syndicaux pour qu'ils ne signent pas dans leur dos.

 

 

Seuls contre tous ?


 

    La détermination sans faille des Redoutables ne doit pas occulter les obstacles qui se présentent à ce mouvement encore en devenir. La première des difficultés, c'est qu'il n'y a pas réellement de grèves à la Redoute et les blocages restent occasionnels. « On essaye de proposer plusieurs modalités de lutte aux salarié-es pour mobiliser le plus large possible » confie JC Leroy, délégué CGT et membre de Lutte Ouvrière qui estime que les blocages ne sont pas nécessairement « l'arme la plus efficace , le plus important c'est l'ampleur du mouvement, son impact dans la boîte mais aussi à l'extérieur et dans les médias ». Le débat est là car toutes les pratiques de lutte des classes sont à re-construire dans une entreprise qui a forgé Roubaix-Tourcoing et qui maintenant apporte la misère sociale. Aux Redoutables de s'emparer de ce débat et de choisir les modalités d'action les plus efficaces pour obtenir leur dû.

 

    Ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes car la bourgeoisie dans toutes ses déclinaisons met en place sa propagande pour anéantir cet esprit frondeur. Bien entendu, il y a le discours patronal relayé par les cadres qui appelle à la « raison » en organisant de fausse manif devant le siège social et en menaçant de déposer le bilan. Puis, il y a le discours unanime des politiques et notamment de Martine Aubry qui déclare dans la presse5  sur France Bleu Nord, que le plan social de Pinault est « exceptionnel » et qui fait la leçon aux syndicats : «Vous avez obtenu beaucoup... L'essentiel aujourd'hui est de redresser la Redoute. ». Discours repris par l'avocat de l'intersyndicale M. Califano. Reste les médias qui mènent leur guerre idéologique contre la lutte des classes. La Voix du Nord titre le 22 mars: « La Redoute : impasse et confusion » tandis que le Monde6 se fait l'écho d'une campagne de calomnie contre un délégué CGT inscrit sur les listes électorales de Lutte Ouvrière et qui est jugé de « jusqu'au boutiste ». Pourtant dans les mêmes colonnes de ce journal, on a appris en début d'année qu'à Good Year Amiens : « Aucun salarié ne part avec moins de 60.000 euros, même avec un an d'ancienneté et au maximum les salariés partent avec 130.000 euros. »

 

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Lutte des classes et autonomie, le levier de tous les autres changements

 

 

    A la Redoute, ces slogans souvent pompeux et vides de pratiques commencent à reprendre du sens. Les Redoutables se positionnent clairement comme des prolétaires exploités et volés par un patron multimilliardaire : Pinault 7 et des repreneurs également riches à millions si l'on se réfère à la prime de départ que Nathalie Balla a reçu de son ancien employeur allemand KardstadttQuelle 8. Les ouvrier-es qui pour la plupart ont toujours travaillé à la Redoute et dont la moyenne d'âge est de 47 ans réclament leur dû pour ne pas sombrer dans la misère. A Roubaix, le taux de chômage est de 22%.

 

    Aussi, les Redoutables prouvent par leur initiative que seule la lutte la plus autonome possible paie. Ils ont su se positionner face aux directions syndicales qui ne font plus qu'accompagner les « plans sociaux ».

 

    Enfin, cette lutte permet de soulever les autres rapports de domination. « Nous on a pas de diplômes comme eux (en montrant les cadres) pour se reclasser. L'école ne nous a pas donné cette opportunité » déclare au micro une femme déterminée à aller jusqu'au bout de la lutte

 

Le 23/03/2014

 

 

1Pour l'anecdote, les cadres « ont été invités » sur leur temps de travail à quitter leur bureau. Et des personnes en congé ont été appelé pour venir supporter leurs nouveaux patrons.

2Pour plus d'infos, lire le 1er article sur la lutte à la Redoute.

3On lache rien de HK et les Saltimbanks, un groupe roubaisien

4Voir 1er article et les conditions de travail chez Amazon

5France Bleu Nord, le 10 mars 2014

6Edition du 22 mars 2014

8D'après le journal économique allemand Wirtschafft Woche « Les derniers licenciements, ceux de 4 directeurs dont Nathalie Balla (responsable des affaires internationales) couteront environ 5,7 millions d'euros »

Par La Mouette Enragée - Publié dans : Ouvre boîte
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Mardi 11 février 2014 2 11 /02 /Fév /2014 09:03

 

Depuis plus d'une semaine, la lutte des ouvrier-ères de la Redoute s'intensifie. Après les premiers débrayages et les manifestations qui ont suivi l'annonce du PSE (plan de suppression des emplois et non de « sauvegarde ») début janvier , les actions tendent à se radicaliser comme lors du blocage du site logistique de la Martinoire à Wattrelos, lundi dernier. Les « Redoutables » comme s'appellent eux-mêmes les salarié-es luttent contre la suppression de 1 178 emplois d'ici 4 ans. Jadis premier employeur de la région lilloise, la Redoute fait les frais du virage internet et de « l'amazonification » de la vente par correspondance. L'entreprise reste néanmoins première dans le secteur de l'habillement et de la maison mais au nom de la compétitivité, ce plan imposé par le milliardaire Pinault et la nouvelle direction se veut inéluctable comme la progression de la fortune personnelle de la famille Pinault 1. Mais certain-es refusent cette résignation et se battent contre la misère annoncée.

 

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Pinault, un mauvais cru !

 

      La route est longue depuis 1837 et la création des Filatures de la famille Pollet, rue de la Redoute à Roubaix. La ville est alors la capitale industrielle du textile, des grandes familles bourgeoises y font fortune tandis qu'une main d’œuvre nombreuse afflue dans cet ancien bourg qui voit sa population exploser. A Roubaix-Tourcoing,tout tourne autour de ces usines et de leur patron, les quartiers ont été construits en fonction de l'implantation et des besoins des filatures. En 1922, pour faire face aux débuts de la crise du textile et pour écouler les stocks, la Redoute comme d'autres (les 3 Suisses, Phildar) décide de vendre directement au consommateur. Bientôt sort le premier catalogue, la vente par correspondance est née. Dès lors, la Redoute veut s'adapter aux nouveaux modes de consommation : la vente par crédit en 1969, le minitel en 1984 et enfin internet et l'émergence du e-commerce depuis 1994. Pendant ce temps, les dernières usines ferment et laissent la place à des friches qui balafrent des quartiers et des populations comme celle de la Lainière à Roubaix, fermée en 2000.

 

     En 1992, François Pinault prend le contrôle de l'entreprise et fonde le groupe PPR (Pinault-Printemps-La Redoute) présidé par son fils François-Henri. En bon capitaliste, Pinault fait fructifier ses avoirs en organisant les premières restructurations à la FNAC, Conforama, Vertbaudet, etc. Mais la vente ne rapporte plus assez et il décide d'investir dans ce qui ne connaît jamais la crise : le luxe et le lifestyle (Gucci, Yves Saint Laurent,Puma, etc). Pour symboliser ce changement, le groupe PPR change d'identité et devient Kering en 2011. Aussi, les cessions débutent :Le Printemps, Conforama, une partie de la Fnac, Verbaudet et maintenant la Redoute. Déjà en 2008, un premier gros plan de licenciements est organisé, 672 personnes se retrouvent sur le carreau, à cela s'ajoute une politique de départ volontaire à la retraite. Résultat : en 1998,il y avait 6 304 salarié-es ; aujourd'hui il y a 2 432 employé-es, et demain avec le PSE, il ne restera plus que la moitié de cet effectif.

 

      Pendant ce temps, 2013 a été une année record depuis 10 ans pour le titre en bourse PPR-Kering2. Hausse possible par le transfert de la plus-value de la Redoute dans le secteur du luxe. Un rapport d’expertise 3 commandé par le comité d’entreprise de La Redoute à un cabinet extérieur déclare « La Redoute a fortement contribué à la croissance de PPR  qui comptabilise 256 millions d’euros de dividendes et 113 millions d’euros de redevance de marques versées par La Redoute à PPR, puis Kering, entre 1997 et 2012. » De quoi développer le pôle luxe du groupe tandis que les investissements commerciaux pour la Redoute ont diminué de 10 millions d'euros...

 

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Evolution du cours de l'action Kering de 2008 à 2013

 

 

 

Plan de reprise …. du chômage


 

     Depuis plusieurs mois, les syndicats préparaient les salarié-es à la nouvelle et tentaient de mobiliser. L'annonce de la vente est faite en octobre 2013 avec déjà à la clé la suppression de 700 postes pour « céder une entreprise saine aux repreneurs » dixit Kering. La reprise est signée début décembre,le futur patron est … l'actuelle patronne de la Redoute : Nathalie Balla associée à un directeur financier du groupe Éric Courteille. On prend les mêmes et on recommence à discuter d'un « plan social » renommé « business plan » pour l'occasion. Le début d'année 2014 est amer, il ne s'agit plus de 700 mais de 1 178 suppressions d'emplois réparties sur 4 ans dont plus de la moitié seront des licenciements secs. A cela s'ajoute 172 licenciements sur 569 salariés à Relais Colis, filiale de la Redoute chargée de livrer les commandes aux clients.

 

         Tous les secteurs sont touchés, la logistique avec les sites de la Martinoire à Wattrelos et ceux de Tourcoing (Tourcoing 2 et 5) seront les premiers à trinquer mais aussi le service clientèle et commande au siège de Roubaix. Pour ceux qui restent, ce plan de reprise signifie l'aggravation des conditions de travail. Le site de Tourcoing 5 spécialisé dans les meubles va être externalisé à Anzin près de Valenciennes. La logistique va être filialisée ce qui entraînera un changement de la convention collective qui passe de celle de la vente par correspondance à celle des transports, une des pires en terme de droits sociaux. Enfin le site de la Martinoire à Wattrelos doit être reconstruit et modernisé, comprenez automatisé ce qui augure encore des mauvaises nouvelles pour les travailleur-es. Dos au mur, les salarié-es n'ont plus qu'à essayer de se défendre.

 

 

« Nous sommes des REDOUTABLES et on va le leur montrer »

 

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         C'est sur ce mot d'ordre lancé par un gréviste que lundi dernier (3 février) la Martinoire a été bloquée toute la journée (de 5h à 22h) par une bonne centaine de salarié-es. La mobilisation semble marquer le pas à mesure que l'on s'approche de l'échéance fixée par la direction qui table sur mi-avril pour finaliser la cession. Si aucun accord patrons/syndicats n'est trouvé d'ici là, Nathalie Balla menace de jeter l'éponge … tactique habituelle à en croire ce qui se passe à Mory Ducros ou ailleurs. Les syndicats sont dans tous les cas au centre des enjeux. A la Redoute, la CFDT est majoritaire puis vient Sud, la CGT et la CFE-CGC (le syndicat des cadres). Chacun essaye d'agir en intersyndicale mais après les premières indignations, les frontières et les contradictions se marquent en fonction de la marge de compromis offert à la direction. La CFE-CGC espère minimiser les pertes tout en voulant « rendre l'entreprise profitable », la CFDT propose « que la direction fasse partir entre 500 et 600 personnes en pré-retraite à 55 ans et si ce n'est pas entendu, nous monterons au créneau »  enfin la CGT appelle « à entrer dans le dur en se mobilisant pour faire pression et qu'il y ait le moins de salariés sur le carreau »4. De tous, la CGT est la plus combative, c'est aussi le syndicat le plus politisé avec quelques membres chez Lutte Ouvrière.

 

         Sur le terrain, les revendications des grévistes sont claires : prendre le maximum. Actuellement, la prime de départ est fixée à un demi mois de salaire par année travaillée + 3 mois de salaire brut. « C'est léger » résume Ali qui comptabilise plus de 25 ans de boîte. « Et pour ceux qui restent, il faut garder les acquis c'est-à-dire le 13ème mois, la prime d'ancienneté, les tickets resto et la participation aux bénéfices ». Des queues de cerise en comparaison des bénéfices qu'a tiré Pinault de la Redoute (voir rapport d'expertise cité plus haut). Mais même si la détermination de certains est intacte, force est de constater qu'il faut se compter pour mener des actions: « il y a environ 150 motivés sur les barrages, sur plus de 2000 salarié-es c'est léger ! Finalement, c'est toujours les mêmes» conclut Ali.

 

 

Trois p'tits tours et puis s'en vont, ainsi font font font


 

         C'est la petite ritournelle que nous ont offert les politiques au sujet de la Redoute. En novembre, les staffs lancent leur campagne de communication. Martine Aubry déplore dans la presse « avoir été baladée par les dirigeants de la Redoute et de Kering » et elle rajoute « c'est irresponsable d 'annoncer cela avec une telle brutalité ». De son côté, Pierre de Saintignon, vice-président du Conseil Régional est tout penaud car Nathalie Balla « disait qu'elle nous tiendrait au courant »5. Raté. Or Martine Aubry connaît bien la famille Pinault pour avoir accueilli la fondation d'art de François Pinault en 2007-2008 dans le cadre d'une exposition « Lille 3000 » au Tripostal. Cette exposition avait d'ailleurs un titre prophétique « Passage du Temps ». Forte de cette amitié artistique, Martine Aubry va en grande pompe à la rencontre de François-Henri Pinault le 12 novembre 2013, accompagnée d'élus dont Pierre Dubois, maire PS de Roubaix et Dominique Baert, député maire apparenté PS de Wattrelos. Tout ce petit monde ressort rassuré car « le président Pinault nous a dit clairement et je reprends ses termes : la Redoute a un savoir-faire qui permet sa pérennité industrielle ».

 

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     Deux mois plus tard avec le plan de reprise de Balla/Courteille, les suppressions d'emplois doublent quasiment. Les politiques se dépêchent de prendre du recul, le dossier la Redoute est devenu trop brûlant pour les campagnes électorales en cours. La social-démocratie préfère passer des pactes de confiance avec le Medef, elle ne sauvera pas les emplois. Leur ministère du Redressement productif n'a plus qu'à acheter ses marinières sur le site internet de la Redoute. De son côté Kering promet de verser 315 millions pour la « transformation économique et industrielle de l'entreprise », autrement dit pour l'amazonification de l'entreprise . Seule une fiducie (caisse destinée aux mesures sociales) est évoquée pour financer les licenciements et offrir une marge de négociation avec les syndicats.

 

 

Exploitation en Amazonie 2.0

 

 

       Pour justifier les licenciements, Nathalie Balla et Eric Courteille appellent à la nécessaire adaptation de la Redoute face à des concurrents comme Venteprivée.com ou Amazon toujours plus compétitifs car plus rapides pour préparer les commandes et les envoyer. Actuellement à la Redoute, il faut compter environ 1 jour et demi pour ces opérations, la direction veut réduire drastiquement ce temps en remodelant totalement la logistique, en particulier sur le site de la Martinoire qui devrait être modernisé. Il ne faudrait alors plus que 2h pour expédier les colis. Pour les salarié-es, cela signifie des suppressions d'emplois : de 1 250 personnes aujourd’hui à 550 personnes ; et une aggravation des conditions de travail : flexibilité accrue, travail 7j/7, passage à la convention collective des transports beaucoup moins favorable. Comme le résume Fabrice Peeters de la CGT : « ce sera le bagne ».

 

       Le bagne, il en est déjà question chez Amazon. « Les travailleurs chez Amazon sont loin très loin des progrès du XXIesiècle » écrit JB Malet dans son livre-enquête En Amazonie « Les conditions de travail sont dignes du XIXesiècle (au temps de l'exploitation capitaliste la plus brutale). Les entrepôts logistiques sont régis par une organisation du travail très précise qui n'est pas simplement celle du taylorisme ou du fordisme. Elle inclut toutes les potentialités d'Internet et fournit des outils de contrôle de productivité parfaitement inédits. » Et le contrôle des ouvrier-ères par la même occasion. Les préparateurs de commande d'Amazon à Lauwin-Planque près de Douai peuvent en témoigner.

 

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      Pour les e-capitalistes, il s'agit de ne pas perdre de temps et certains se repaissent déjà du cadavre fumant de la Redoute. Ainsi Guillaume Delbar, candidat UMP à la mairie de Roubaix, imagine dans les locaux abandonnés par la Redoute, le projet Blanchm@ille qui serait un pôle dédié au e-commerce investi par des start-up6. Ce projet est en réalité piloté par Euratechnologies et la société Picom (spécialisée dans le commerce et les innovations) qui appellent de leurs vœux à la formation d'une « VAD [vente à distance] Valley ». D'ores et déjà, le projet a retenu l'attention de la LMCU (Communauté urbaine lilloise) même si celle-ci n'apprécie pas l'annonce prématurée de Guillaume Delbar. Mais cette dernière est déjà pleinement engagée dans la révolution textile avec l'inauguration en 2012 du Centre européen des textiles innovants (CETI) à Tourcoing où on y travaille les textiles intelligents de demain, tissés avec des fibres optiques.

 

 

Lutter pour devenir redouté

 

 

On le voit le capitalisme et sa restructuration permanente nous amène à des licenciements ou une exploitation salariale de plus en plus forts. Ne rien faire, c'est laisser libre cours à cet esclavage moderne. Les « Redoutables » l'ont bien compris. La semaine dernière et sans nécessairement l'aval des syndicats, ils se sont organisés et ont mené des actions fortes : lundi 3 février, la Martinoire était totalement bloquée de 5h à 22h, les syndicats ont avoué suivre le mouvement ; Jeudi 6 février malgré la tempête des centaines de redoutables ont manifesté au côté des salarié-es de Stora-Enzo (une imprimerie qui ferme près de Douai) . Dans les semaines à venir, d'autres actions vont être menées et réclament tout notre soutien. Car sur le terrain, la compromission et la résignation sont encore trop étouffantes. Nous ne sommes pas encore redoutables mais il devient urgent de commencer à être redouté.

 

Notes :

1- 6eme fortune française d'après la revue Challenges. En 2012, sa fortune personnelle est estimée à 6,3 milliards d'euros, en 2013 : 11 milliards d'euros.

2 - BFM Business, février 2013

3- Cité dans l'Humanité du 5 décembre 2013.

4- Prises de paroles des différents délégués syndicaux dans la presse (Voix du Nord, janvier 2013)

5 - Voix du Nord, 12 et 13 novembre 2013

6- Voix du Nord, 02/02/2014

Par La Mouette Enragée - Publié dans : Ouvre boîte
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Vendredi 7 février 2014 5 07 /02 /Fév /2014 14:28

A lire ci-contre ou pour une lecture plus aisée téléchargez directement le pdf ici

 

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Mardi 10 décembre 2013 2 10 /12 /Déc /2013 22:23

Samedi 30 novembre, la Mouette Enragée a participé à l'émission de radio Vosstanie qui est un groupe politique révolutionnaire classiste  se réclamant de la Gauche communiste ainsi que des conseils ouvriers.


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   Nous avons discuté  des dernières actualités de la Mouette Enragée : la vidéosurveillance à Boulogne sur Mer, la lutte de l'usine  "Calaire Chimie" à Calais avec une reflexion sur la SCOP comme moyen de lutte des ouvriers mais qui trouve aussi ses limites, enfin quelques considérations (à actualiser!) sur le mouvement des "bonnets rouges" bretons qui cache des luttes diverses et antagonistes notamment celle des ouvriers de l'agroalimentaire qui luttent contre le chomage et l'exclusion sociale qu'on leur promet. A ce propos, les ouvriers bretons ont constitué un pôle ouvrier à l'occasion de la manifestation à Carhaix le 30 novembre.

 

Nous vous conseillons aussi vivement l'écoute de toute l'émission et notamment les suites de la discussion sur la Bretagne.

 

L'émission est librement téléchargeable sur le site de Vosstanie : http://vosstanie.blogspot.fr/

Par La Mouette Enragée
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La Mouette Enragée

  • La Mouette Enragée
  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes

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Fortunes de mer

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

           Disponible, en vente

(contactez directement la Mouette)

Qui sommes nous ?

 

Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

 

- Nous rejetons tous les systèmes économiques, toutes les institutions politiques, étatiques ou privées qui se fondent sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'autorité et la hiérarchie.

- Nous avons toujours lutté, à la fois contre toutes les formes de Capitalisme d’État qui se dissimulaient ou se dissimulent encore sous les noms de Marxisme-Léninisme, Bolchevisme, Stalinisme, Etats-ouviers, etc... , et contre les Capitalismes Libéraux avec leur cortège de gaspillage et de consommation effrénés. Il s'agit pour nous, des deux faces de la même médaille.

- Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

- Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

- Nous sommes pour une Démocratie Directe qui correspondrait aux besoins authentiques des individus sans distinction de sexe ou de nationalité, et non plus au profit des marchands et des publicitaires, des bureaucrates et des notables.

- Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

- Nous pensons que c’est au cœur même des luttes et des mouvements sociaux que s’élaborent les formes nouvelles de rapports sociaux et donc que c’est au sein de ces mouvements qu’il faut lutter.

- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

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