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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 19:57

 

Ca y est ! La CFDT vient de signer le "plan social" proposé par les repreneurs de la Redoute qui entraîne la suppression de 1200 postes. Une nouvelle fois, ce syndicat à la solde du patronat joue son rôle de liquidateur des luttes en opposition totale avec la base. Aujourdhui, c'est le coup de massue après des semaines de lutte où une certaine autonomie a pu poindre grâce à l'action des "Redoutables". Retour sur les dernieres semaines.

 

 

 

Le spectacle de la division

 

 

Vendredi 21 mars, au siège social de la Redoute à Roubaix, deux camps de salarié-es se sont fait face. D'un côté, une majorité d'ouvrier-es venant de la Martinoire, le site de préparation des commandes et de logistique à Wattrelos venus réclamer la non-signature du plan social proposé par la direction ; de l'autre des salarié-es du siège social de Roubaix pour la plupart membres de l'encadrement brandissant des pancartes « Signez pour l'avenir de la Redoute ». Le spectacle de la division peut avoir lieu devant les médias, il a été savamment orchestré par le camp de la direction1. Clou du spectacle, Nathalie Balla et Eric Courteille (les repreneurs) ont tenté une sortie et un discours mais le tumulte et quelques jets de boulettes de papier les ont vite dissuadé. Finalement, après quelques bousculades, les pro-signatures sont repartis au turbin sous les « les moutons sont dans l'enclos, on a fait notre boulot ! » des grévistes.

 

 

L'enjeu des négociations : entre mobilisation et division

 

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    Depuis janvier et l'annonce de la suppression de 1 178 postes2, la mobilisation n'a pas cessé. Des manifestations ont eu lieu à Roubaix, à Wattrelos, à Tourcoing et à Lille. Le site de la Martinoire a été bloqué plusieurs jours, enfin chaque semaine, au moins deux assemblées générales sont organisées. Forts de ces actions qui ont su créer un collectif de lutte, ce sont des ouvrier-es déterminé-es qui, au son d'une chanson made in Roubaix3, ne veulent rien lâcher de leurs revendications. Pour ceux qui partent, ils réclament : 40 000 euros net de prime de licenciement + 1500 euros net par année d'ancienneté + 36 mois de congé de reclassement. Pour ceux qui restent, il faut la création d'une fiducie (caisse sociale) où Kering devra verser les mêmes sommes que les départs pour offrir une garantie et enfin pour les préretraites à 55 ans, payées à 100% pour tout le monde.

 

En face, la direction et l'encadrement ont réagi à la mi-mars en créant un collectif de salarié-es qui demande de signer le plan social pour l’avenir de la Redoute. Une pétition circule sur internet tandis que des tracts ont été diffusés grâce au matériel de la CFE-CGC, le syndicat des cadres. Ils sont d'accord avec les propositions de la direction qui propose 20 000 euros de primes de licenciements + 750 à 1.200 euros par année d'ancienneté en fonction des cas + 12 mois de reclassement.

 

 

Drame à la CFDT

 

 

     Entre les deux camps, les représentants syndicaux cherchent leur place et sont tiraillés par les choix à faire. Cela est surtout valable pour la CFDT et à moindre mesure Sud (syndicat peu représentatif) car la CGT et la CFE-CGC ont choisi respectivement le camp des ouvrier-es et celui des cadres. L'enjeu est important car pour que le plan social de la direction soit adopté, il faut une majorité qui est atteinte si la CFE-CGC et la CFDT signent. Mais la base de la CFDT ne l'entend pas de cette manière et a réussi à créer un rapport de force et de persuasion à l'encontre de ses représentants pour qu'ils ne signent pas le plan social en l'état.

 

    Ainsi le comportement du délégué central Jean Claude Blanquart est révélateur de cette tension. Depuis un bon mois, il a totalement disparu du paysage médiatico-militant et il ne vient plus qu'en catimini aux réunions de négociation. Vendredi 21 mars avant l'ultimatum de la direction, sa base syndicale lui a lancé un message clair : « si tu signes, on brûle notre carte ». Or la veille, une représentante nationale du syndicat est venue rappelé à l'ordre les délégués syndicaux sur la ligne politique de leur organisation. Une déléguée CFDT résume la teneur des débats : « notre direction veut qu'on signe l'accord jugé suffisant par Paris, entre la direction et les salarié-es la pression est insoutenable ». Vendredi 21 mars, la base a été la plus forte mais il faut s'attendre à des règlements de compte à la CFDT qui n'hésite pas à virer les sections rebelles comme ça s'est déjà vu à Sea-France ou chez Mory-Ducros.

 

 

Les Redoutables à l'initiative

 

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      Qui est cette base capable de bousculer le dialogue social ? Ils se font appeler les « Redoutables » : ce sont des syndiqué-es ou non syndiqué-es qui travaillent quasiment tous à la Martinoire. C'est la cheville ouvrière de la Redoute et ce sont eux les premiers touchés par les licenciements et les restructurations à venir4 . Ce groupe est composé de 150-200 personnes qui se connaissent bien car la plupart ont déjà lutté en 2008 lors d'un premier plan social qui a supprimé 672 emplois. Ce mouvement social a laissé des traces et permet d'expliquer la mobilisation actuelle et la méfiance par rapport aux directions syndicales. En effet, à l'époque, ce sont les syndicats Sud et CFDT qui ont trahi la mobilisation. « En AG tout le monde levait la main pour continuer le mouvement mais dans notre dos, Sud puis la CFDT ont signé l'accord contre une contrepartie minime : une hausse de quelques centaines d'euros pour les plus petits salaires » résume amèrement David, un ouvrier militant.

 

     De l'aveu même des délégués CGT, les Redoutables ont réussi à s'imposer dans l'intersyndicale et à bousculer le cours des négociations. Fin février, ils ont su mettre d'accord les syndicats sur les revendications à porter. Car au départ, c'était le grand flou entre les 100 000 euros de primes de licenciement avancés par la CGT et les 20 000 euros portés par la CFDT. « Ils [en parlant des Redoutables] sont venus autour de la table, ils ont présenté la revendication des 40 000 euros et les syndicats se sont alignés. Pour reprendre une image : ils ont mis de l'eau dans le vin de la CGT et du vin dans l'eau de la CFDT et de Sud » confie David.

 

      L'action des Redoutables ne s'arrête pas là. Ils ont rédigé et diffusé leur propre tract grâce au matériel prêté par les syndicats. Ils se réunissent et discutent. Enfin dans les AG, ils ont su maintenir une pression constante sur les chefs syndicaux pour qu'ils ne signent pas dans leur dos.

 

 

Seuls contre tous ?


 

    La détermination sans faille des Redoutables ne doit pas occulter les obstacles qui se présentent à ce mouvement encore en devenir. La première des difficultés, c'est qu'il n'y a pas réellement de grèves à la Redoute et les blocages restent occasionnels. « On essaye de proposer plusieurs modalités de lutte aux salarié-es pour mobiliser le plus large possible » confie JC Leroy, délégué CGT et membre de Lutte Ouvrière qui estime que les blocages ne sont pas nécessairement « l'arme la plus efficace , le plus important c'est l'ampleur du mouvement, son impact dans la boîte mais aussi à l'extérieur et dans les médias ». Le débat est là car toutes les pratiques de lutte des classes sont à re-construire dans une entreprise qui a forgé Roubaix-Tourcoing et qui maintenant apporte la misère sociale. Aux Redoutables de s'emparer de ce débat et de choisir les modalités d'action les plus efficaces pour obtenir leur dû.

 

    Ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes car la bourgeoisie dans toutes ses déclinaisons met en place sa propagande pour anéantir cet esprit frondeur. Bien entendu, il y a le discours patronal relayé par les cadres qui appelle à la « raison » en organisant de fausse manif devant le siège social et en menaçant de déposer le bilan. Puis, il y a le discours unanime des politiques et notamment de Martine Aubry qui déclare dans la presse5  sur France Bleu Nord, que le plan social de Pinault est « exceptionnel » et qui fait la leçon aux syndicats : «Vous avez obtenu beaucoup... L'essentiel aujourd'hui est de redresser la Redoute. ». Discours repris par l'avocat de l'intersyndicale M. Califano. Reste les médias qui mènent leur guerre idéologique contre la lutte des classes. La Voix du Nord titre le 22 mars: « La Redoute : impasse et confusion » tandis que le Monde6 se fait l'écho d'une campagne de calomnie contre un délégué CGT inscrit sur les listes électorales de Lutte Ouvrière et qui est jugé de « jusqu'au boutiste ». Pourtant dans les mêmes colonnes de ce journal, on a appris en début d'année qu'à Good Year Amiens : « Aucun salarié ne part avec moins de 60.000 euros, même avec un an d'ancienneté et au maximum les salariés partent avec 130.000 euros. »

 

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Lutte des classes et autonomie, le levier de tous les autres changements

 

 

    A la Redoute, ces slogans souvent pompeux et vides de pratiques commencent à reprendre du sens. Les Redoutables se positionnent clairement comme des prolétaires exploités et volés par un patron multimilliardaire : Pinault 7 et des repreneurs également riches à millions si l'on se réfère à la prime de départ que Nathalie Balla a reçu de son ancien employeur allemand KardstadttQuelle 8. Les ouvrier-es qui pour la plupart ont toujours travaillé à la Redoute et dont la moyenne d'âge est de 47 ans réclament leur dû pour ne pas sombrer dans la misère. A Roubaix, le taux de chômage est de 22%.

 

    Aussi, les Redoutables prouvent par leur initiative que seule la lutte la plus autonome possible paie. Ils ont su se positionner face aux directions syndicales qui ne font plus qu'accompagner les « plans sociaux ».

 

    Enfin, cette lutte permet de soulever les autres rapports de domination. « Nous on a pas de diplômes comme eux (en montrant les cadres) pour se reclasser. L'école ne nous a pas donné cette opportunité » déclare au micro une femme déterminée à aller jusqu'au bout de la lutte

 

Le 23/03/2014

 

 

1Pour l'anecdote, les cadres « ont été invités » sur leur temps de travail à quitter leur bureau. Et des personnes en congé ont été appelé pour venir supporter leurs nouveaux patrons.

2Pour plus d'infos, lire le 1er article sur la lutte à la Redoute.

3On lache rien de HK et les Saltimbanks, un groupe roubaisien

4Voir 1er article et les conditions de travail chez Amazon

5France Bleu Nord, le 10 mars 2014

6Edition du 22 mars 2014

8D'après le journal économique allemand Wirtschafft Woche « Les derniers licenciements, ceux de 4 directeurs dont Nathalie Balla (responsable des affaires internationales) couteront environ 5,7 millions d'euros »

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