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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 13:16

 

 

 

Samedi 9 novembre à Calais, nous avons rencontré dans l’enceinte de l’usine occupée de “Calaire-Chimie” des ouvriers en lutte depuis plusieurs semaines. Un échange ouvert s’en est suivi sur les modalités de leur action. Dans le cas précis de cette lutte, comme dans de nombreux autres cas identiques de la période, on retrouve le recours à une combinaison de moyens mêlant actions en justice, rapport de force sur le terrain et hypothétique alternative ...



Calaire chimie est une usine classée “Seveso niveau haut” qui produit des composants solides et liquides pour l’industrie pharmaceutique. Jusqu’en 2012 elle employait 250 salariés, avant une première vague de suppression de postes qui a poussé une cinquantaine de personnes vers la sortie. Depuis le 28 mai 2013, l’entreprise a été placée en redressement judiciaire. Initialement propriété du groupe belge Tessenderlo, elle est passée ensuite sous le contrôle de l’International Chemical Investors Group (ICIG) qui peut de temps après a souhaité s’en débarrasser. Une pratique courante et renouvelée du groupe ICIG selon les dires des travailleurs. Le dernier directeur en date était d’ailleurs un consultant en restructurations d’ entreprises ...

 

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Les ouvriers contestent la reprise de l’usine par le groupe Axyntis


    Depuis l’annonce de la liquidation de l’entreprise, l’ancienne direction a déserté le site. L’occupation de l’usine par les ouvriers fut donc décidée après que le tribunal de Boulogne-sur-mer ait attribué le 22 octobre la reprise de l’activité au groupe Axyntis, un producteur de chimie fine. Une mesure assortie de la poursuite de l’activité jusqu’au 28 novembre, raison pour laquelle les ouvriers nous ont précisé “qu’ils occupaient l’usine mais n’étaient pas en grève” ... Pour autant, cette décision de justice, les ouvriers la contestent et leurs avocats ont déposé un recours afin de la faire annuler.

 

    La raison en est simple, la reprise de l’activité par Axyntis va se solder par la suppression de 112 postes. “Faire tourner une usine classée Seveso, comme celle-là, avec seulement la moitié des effectifs, c’est n’importe quoi...” commente l’un d’entre-eux, “ça revient à terme à fermer l’usine”. Et c’est autant l’État que les ouvriers de Calaire rendent responsable de leur situation. L’État français possédait initialement 26 % des parts du groupe belge Tessenderlo qu’il a cédé au groupe IGIG. Les salariés ont donc réclamé de rencontrer le ministre du travail afin d’obtenir des explications et des engagements. La rencontre avec des représentants du ministère suscita ce commentaire à l’un de nos interlocuteurs “...tu as affaire à des petits jeunes en costards et souliers vernis qui connaissent rien au monde du travail (...) l’un d’eux a passé son temps à taper sur son téléphone portable ! Tu parles ...

 

Calaire-ima-3-.jpg

 

Rapport de force sur le terrain : l’usine est occupée, les patrons restent dehors.



     Parallèlement à la défense engagée devant les tribunaux dans le but de gagner du temps, les ouvriers ont établi un rapport de force réel sur le terrain. L’accès de l’usine est interdit à toute personne extérieure, et surtout aux nouveaux patrons. Outre la crainte des licenciements annoncés, les travailleurs redoutent également une baisse de 35 % du salaire de ceux qui devraient rester. A deux reprises, les patrons nouvellement désignés par le tribunal de Boulogne-sur-mer ont souhaité entrer dans l’usine prétextant la programmation des travaux de mise aux normes exigés par la Direction régionale de l’environnement. A deux reprises, les ouvriers les ont refoulé précisant que « de toute façon, on connaît notre usine, nous savons comment la faire fonctionner, comment la tenir puisque ça a toujours été nous qui le faisions. Ce n'est pas la direction qui le faisait ». Et pour cause, puisquedepuis que la ICIG avait repris l’entreprise, “c’est la responsable commerciale, nommée directrice de l’usine qui continuait à faire son boulot de commerciale ...”

 

    Le groupe Axyntis a donc saisi la justice en référé et exige l’expulsion des ouvriers du site. “On nous réclame pour le moment autour de 4 millions d’euros au titre des journées d’occupation de l’usine” nous précise avec un petit sourire le même ouvrier, “pour le moment on laisse passer le 11 novembre et après on va voir ce que l’on peut de nouveau organiser ...

Il est vrai que jusqu’ici, les salariés ne sont pas restés sans réaction... La voiture de l’ancien patron a été littéralement re-carrossée et des conteneurs de produits chimiques ont été placés à l’entrée du site. L’un des ouvriers précise : “Il y a ici du cyanur, du méthanol, des acides...”. Depuis, deux plaintes ont été déposées, l’une pour séquestration d’un cadre de l’entreprise, l’autre contre la dégradation de la berline de l’ancien directeur.


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La Scop au tournant ...


     Depuis un certain temps, l’éventualité de la création d’une Scop comme alternative à la fermeture de boîte revient de manière récurrente : Sea-France, Fralib, Goodyear Amiens, etc... Nous avons d’ailleurs consacré deux longs articles à ce sujet au moment de la lutte des travailleurs de Sea-France. Ces projets souvent portés par des cabinets d’avocats proches du Front de Gauche n’aboutissent pas systématiquement. En l’espèce, la proposition de Philippe Brun faite aux ouvriers de Calaire, proposition qu’ils avaient retenue après un vote, a été rejetée par le tribunal. Ce dernier a désigné le dossier Axyntis ficelé depuis plusieurs mois. Dans le cas présent, il faut sans doute comprendre le projet de coopérative plutôt comme un moyen de gagner du temps devant les tribunaux afin d’obtenir un véritable dispositif de départs volontaires qui pour le moment ne figure pas au programme ... 


A suivre ...

Boulogne-sur-mer le 10/11/2013.


 

Pour plus d'informations sur les Scop, vous pouvez lire aussi un article paru dans la dernière Mouette ici

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
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