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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 13:35

  

    Suite aux arrestations du 29 mars dernier (pour plus de détails, voir ici), les 6 militants concernés sont convoqués en justice pour outrage et/ou rébellion contre la PAF ou les CRS le 30 mai à 8h30 au TGI de Boulogne-sur-Mer.

 

    Ce nouvel épisode d’intimidation policière et judiciaire ne fait que dévoiler, une fois de plus, les processus répressifs mis en œuvre. Ne soyons plus étonnés, ces violences organisées sont pensées politiquement pour détruire toute solidarité et lutte.

 

    Il est temps de construire une réflexion et des actes pour se rassembler et enrayer la machine à procès et à isoler.

 

    C’est pourquoi il importe d’être massivement présents le 30 mai 2012 au TGI de Boulogne-sur-Mer à 8h30 pour soutenir nos camarades !

 

Tribunal

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 23:05

 

     Depuis trois semaines, la grève à l’ usine Draka de Calais touche un secteur dit “de pointe” et en expansion(1), celui de la fabrication des câbles de fibre optique. Cette lutte se caractérise autant par sa durée : plus de trois semaines de grève, que par la volonté et l’unité affirmée de la base qui a poussé les représentations syndicales à passer à la vitesse supérieure. Nous avons rencontré quelques travailleurs du site, deux syndiqués à la CGT et à la CFDT et un ouvrier non syndiqué avec lesquels, une heure durant, nous avons discuté des raisons et des modalités de leur grève.

 

image_71709561.jpg

 

     “Au départ, on a lancé les débrayages dans le cadre des NAO(2), mais ce sont les gars qui nous ont poussé à enclencher la grève que l’on reconduit chaque jour depuis le 12 avril (...) ici tout le monde en a marre ...” La grève chez Draka est partie de la base et se reconduit collectivement sur le piquet où la rotation des équipes correspond à celle des postes de travail. Les grilles de l’usine sont bloquées, la production à l’arrêt et rien ne sort ni ne rentre du site depuis trois semaines. La direction a saisi le tribunal de Boulogne-sur-mer qui a demandé la levée du blocage. Pour le moment, les ouvriers n’ont pas accepté. On nous explique qu’auparavant l’entreprise assurait elle même la livraison de la marchandise mais que ce n’est plus le cas aujourd’hui; les patrons ont externalisé le transport et demeurent ainsi gagnant sur ce segment de la masse salariale aussi bien en temps normal que dans le cadre d’une lutte ...


 

Les raisons de la grève

 

     L’usine de Calais auparavant propriété d’Alcatel est désormais passée sous le contrôle du groupe italien Prysmian (3). Cent seize personnes y fabriquent de la fibre optique terrestre. La production regroupe les deux tiers des effectifs, le tiers restant se compose de l’encadrement qui ne soutient pas le mouvement. “ C’est à nous, la production, que l’on demande systématiquement de faire des efforts. On n‘a pas touché de participation aux bénéfices depuis des années par contre les cadres reçoivent des bonus en plus de leurs 2 % d’augmentation annuelle “(...)

 

    “Pourtant les patrons font des bénéfices; ils ont gagné 15 millions d’euros l’année dernière, on a donc réclamé 3 % d’augmentation et 1000 euros de prime.Ils nous ont proposé 1,6 % et une prime de 0,6 % pour certains d’entre nous seulement... Mais ce n’est pas tout, ils nous reprennent 4 jours de RTT dans l’année et veulent réorganiser les postes. La direction souhaite passer certains d’entre nous en 3x8 et d’autres en 5x8; les effets sur notre santé sont importants d’autant que la moyenne d’âge dans la boîte tourne autour de 45 ans. Il n’y a pas eu d’embauche depuis plus de 10 ans et les départs en retraite ne sont pas remplacés. Ils réorganisent la production pour nous faire supporter la charge de travail supplémentaire... »

 

 

Quelles sont les réelles intentions de la direction ?

 

      Depuis le début de la grève, les patrons n’ont pas remis les pieds à l’usine : “ ...Ils ont peur qu’on les séquestre...” plaisante un ouvrier. Pourtant, l’arrêt de la production devrait peser dans le rapport de force et le manque à gagner inciter la direction à relancer les machines. Le passage des cadres sur les piquets faisant porter la responsabilité de la situation aux ouvriers est classique mais les insinuations sur la “fermeture de l’usine” laisse planer le doute sur les réelles intentions de la direction. “Oui, ils perdent du fric mais ils ne bougent pas pour autant; on ne voit personne et ils ne répondent pas. On ne peut s’empêcher de penser à une fermeture d’autant qu’ils évoquent toujours le site de production en Espagne où les coûts sont moins chers...”

 

 

On se sent isolés, on lutte seuls ...

 

     “Au départ c’est le site de Douvrin qui est parti en grève trois jours consécutifs, c’est une usine importante qui compte plus de trois cents personnes. Malheureusement au moment où l’on a arrêté le travail, ils ont repris... Si les deux sites étaient à l’arrêt en même temps on aurait plus de force... Ici on se sent isolé, on lutte seuls et on ne voit personne. Les boîtes d’à côté : ASN, Eurotunnel, Brampton, Nexans, P &O sont venues nous soutenir et ont organisé une collecte... On s’est adressé à la Mairie(4)qui n’a pas répondu. De son côté Philippe Blet(5)nous a fait savoir qu’il n’avait pas d’argent... Pourtant, pour financer le projet “Calais Nord” et les J.O(6)ça ils en ont du fric ! On n’a pas vu non plus les Unions Locales se bouger beaucoup, deux ou trois personnes sont passées et c’est tout ...

 

    De toute manière on ne rentrera pas comme ça, on a perdu un mois de salaire et pour l’ambiance à venir dans la boîte ce n’est pas possible...

 

 

Boulogne-sur-mer le 05/05/2012.

 

P5030047.JPG

-----------------------------



(1)Daniel Percheron, président socialiste du Conseil Régional annonçait dernièrement la programmation d’un plan de câblage du territoire qui s’achèverait en 2025.

(2)N.A.O : Négociations Annuelles Obligatoires.

(3) Prysmian ex société Pirelli a été constitué en 2005 par le groupe Goldman Sachs

(4)La Mairie de Calais anciennement tenue par le PCF est passée aux mais de l’UMP aux dernières municipales.

(5)Philippe Blet est le premier adjoint membre du PS de la maire UMP de la ville de Calais, il est par ailleurs président de la communauté d’agglomération.

(6) La communauté d’agglomération du Calaisis a investi 300 000 euros dans l’accueil des prochains Jeux Olympiques qui se dérouleront à Londres cet été.

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 19:54

 

sommaire

 

lieu

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 19:42

 

    En ces temps de campagne électorale, à la xénophobie galopante s’ajoute la folie sécuritaire liée aux prochains J.O. de Londres.


     La nomination de Peter Ricketts, ambassadeur de Grande Bretagne en France officialise le renforcement de la présence des policiers britanniques sur le port de Calais. Ce dernier est venu le 30 mars inspecter le dispositif sécuritaire sur la Cote d’Opale.

Autant dire que la politique de surveillance et de répression des migrants et de ceux qui les soutiennent va s’accentuer.

 

      Pour preuve, probablement par prévention, un premier « nettoyage » a été opéré à Calais le jeudi 29 mars 2012 entre 19h et 20h30.

 

      D’abord une militante No Border est brutalement arrêtée en pleine rue. Ensuite, des occupants (iranien) d’un squat ont été embarqués et le bâtiment évacué. Enfin quatre militants et un demandeur d’asile débouté sont interpellés dans le parc Richelieu pour s’être opposés à l’arrestation de Soudanais. Tous sont naturellement placés en garde à vue au commissariat de Coquelles.

 

    Durant leur détention, des camarades auront beau exprimer leur solidarité, soit en multipliant les appels téléphoniques depuis plusieurs pays d’Europe au commissariat de Coquelles et à l’ambassade britannique à Paris, soit en se regroupant le samedi 31 mars de 16 à 17h devant les grilles du CRA.

 

     Les migrants iraniens sortiront les premiers suivis, après 24h de garde à vue tout de même, de la première interpellée. Ce n’est qu’au bout de 45h que sortiront les cinq autres camarades. Les conditions de détention ont dû être particulièrement dures au regard de leurs états physique et psychologique lors de leur libération.

Les 6 militants sont convoqués en justice pour outrage et/ou rébellion contre la PAF ou les CRS le 30 mai à 8h30 au TGI de Boulogne-sur-Mer.

 

Tribunal

 

     Ce nouvel épisode d’intimidation policière et judiciaire ne fait que dévoiler, une fois de plus, les processus répressifs mis en œuvre. Ne soyons plus étonnés, ces violences organisées sont pensées politiquement pour détruire toute solidarité et lutte.

Il est temps de construire une réflexion et des actes pour se rassembler et enrayer la machine à procès et à isoler.

 

    C’est pourquoi il importe d’être massivement présents le 30 mai 2012 au TGI de Boulogne-sur-Mer à 8h30 pour soutenir nos camarades !

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 17:45

Depuis la fin du conflit sur les retraites de l'automne dernier, aucun mouvement
interprofessionnel de cette ampleur n'a éclaté, et pourtant de multiples conflits liés au travail
sur le Boulonnais ont éclaté.
De la fin novembre 2010 à juin 2011, nous avons recensé à l'aide de la presse locale plus
de 110 articles1 sur des mouvements sociaux ! Comment se manifeste cette conflictualité ?


Il faut noter la forte présence des entreprises de service : TCRB, Véolia eau, Carrefour,
Armatis, transport routier... Rien de plus logique puisque c'est ce secteur qui est désormais celui qui
porte l'activité boulonnaise. Nombre des entreprises citées dans le tableau suivant font souvent
partie d'une multinationale : Véolia, Carrefour, Eiffage (Forclum), Kéolis (TCRB). De plus la
plupart des entreprises qui ont connu des conflits sont composées de 80 à 200 salariés : STGV
Thévenet, Carrefour market, Véolia eau, Forclum infra Nord2, Cartonnages Gaultier... Est-ce à dire
que la taille plus modeste de ces entreprises favorise les solidarités ouvrières et la résistance face au
patronat.

 

Date Boîtes Revendications Forme de lutte
Janvier 2011 Dhuime Conditions de travail et planning Grève reconductible
Février 2011 Centre IUFM Outreau Réforme de la formation Jours isolés
  Collège Moulin, Le Portel Suppressions de postes Grève reconductible
Mars-avril 2011 TCRB Départ du directeur Grève reconductible
    Plannings de service et de pause  
  SACEL Maintien de primes Jours isolés
  Collège Eluard, St Etienne Postes d'Assistants d'éducation Grève reconductible
  STGV Thévenet Fermeture de l'entreprise Grève reconductible
Mai 2011 Véolia eau Salaires Jours isolés
    Reconnaissance de leur travail  
Eté 2011 Armatis, Boulogne Salaires Jours isolés

Nous ne pouvons terminer ce recensement sans évoquer les « absents » de ces conflits.

 

Les absents.


L'hôpital public, plus gros employeur du Boulonnais est absent. Certes lors des journées
nationales fonctions publiques de nombreux agents de l'hôpital sont en grève et il y a bien eu le 1er
avril une journée d'action pour alerter le public sur la dégradation des conditions de travail. En
contre-partie, il est même fait mention fin février d'une journée de grève des sages-femmes qui a été
ajournée. A ce propos pour l'hôpital il est plus compliqué d'analyser cette absence : est-ce une
volonté de ne pas abandonner les malades, est-ce la suite d'une direction bien trop autoritaire ? Il
est bien difficile de le dire.
Autre absent de marque : la pêche. Très peu de journées de grève sont à noter dans les
entreprises de transformation du poisson et chez les marins-pêcheurs. On ne peut relever que deux
jours de grève chez Euronor3 en mars et mai suite à des changements de direction, un en juin chez
PRF-Atlantys4 contre le licenciement de salariés et enfin deux jours chez les pêcheurs, fin mars
contre les prix du pétrole et les trémailleurs en mai pour soutenir un de leur collègue. La
Continental-Nutrition a été évoquée mais dans le cadre de la fermeture de son site de la banlieue
d'Avignon, Findus a fait parler de lui dans le cadre de son rachat, mais le secteur est resté bien
calme depuis.
A l'issue de ce recensement rapide, on peut constater que les gros fournisseurs d'emplois du
Boulonnais se font discrets : Hôpital, Continental-Nutrition5 et le secteur agro-alimentaire
halieutique en général. Dans ce dernier cas on peut constater que la précarité croissante de l'emploi
ne peut inciter les salariés à s'impliquer dans des mouvements sociaux bien souvent par crainte de
perte de leur emploi. Par ailleurs cette précarité ne leur permet d'instaurer des liens durables avec
les autres salariés de la boite ainsi des solidarités de lutte ne peuvent se construire.

Le reste du secteur public également n'est pas très présent. Hormis lors de journées d'action
ou de grève nationales, les mouvements spontanés et locaux sont rares et seuls trois établissements
ont connu des grèves au-delà de la journée. Armatis fait exception : cette société de
téléperformance bien connue pour ses conditions de travail désastreuses et son management
infantilisant a connu différentes journées de grève.
En résumé des entreprises privées de services, de taille moyenne, mais filiales de
multinationales, ont connu le plus de conflits.


Des revendications majoritairement classiques.


La majeure partie des grèves de cette période se sont faites sur deux points très classiques :
– revendications salariales : soit les salariés réclamaient une revalorisation salariale
(Forclum en mai ; Véolia eau), soit le paiement d'heures de pause (Carrefour Market), soit le
maintien de primes (SACEL) et enfin des grèves pour faire pression lors des NAO
(Négociations annuelles obligatoires) comme chez Armatis. Rien d'étonnant à ces grèves en ces
temps de pouvoir d'achat au plus bas et de pression du patronat sur les salaires.
– Sauvegarde de l'emploi. Que ce soit dans le public ou le privé la lutte pour l'emploi est
un autre motif important de mouvement social. Soit les salariés protestent contre la fermeture
pure et simple de leur entreprise (STGV Thévenet), soit ils protestent contre le licenciement de
certains de leurs collègues (Cartonnages Gaultier, PRF Atlantys), contre des suppressions de
postes dans le public (collèges Jean Moulin et Paul Eluard).
A côté de cela un nouveau motif est de plus en plus courant lors de ces grèves : les
mauvaises conditions de travail et les pressions patronales. Régulièrement lors de leur mouvement
de grève, les salariés de Véolia eau ont également mis en avant le manque de reconnaissance de leur
travail de la part de la direction. Chez Dhuime, ce sont les plannings horaires imposés par la
direction qui posent problème. (cf page et le blog)
Comment ne pas évoquer la longue grève de la TCRB qui réclamait le départ du directeur.
Ce dernier souhaitait imposer une refonte complète des plannings, des roulements et des espaces de
pause des chauffeurs. En étant à la fois la grève la plus longue depuis les retraites, elle affiche la
particularité d'avoir une revendication bien différente des autres. Jamais les salariés n'en ont
démordu : ils voulaient le départ de leur directeur.

 

Des méthodes de lutte traditionnelles


En dehors de cela les méthodes de lutte ne sont guère innovantes : la plupart des conflits se
manifestent par au moins un débrayage et le plus souvent par une grève avec un piquet devant le
lieu de travail. La plupart des grèves se sont déroulées sur une journée. On n'a pas constaté sur le
Boulonnais ni retenue de dirigeants ni menaces sur l'outil de travail. Ces pratiques utilisées par les
Selatex et les Conti demeurent marginales en France et n'interviennent qu'en dernier recours.
Effectivement chaque conflit est resté isolé, par exemple lors de la lutte chez la STGVThévenet,
aucune autre entreprise de transport routier n'a vu ses chauffeurs se mettre en grève par
solidarité avec leurs collègues perdant leur travail. Par ailleurs, cela les rendait peu visibles car la
plupart de ces entreprises se trouvent dans des zones industrielles à l'écart du grand public. Seule la
grève TCRB fut visible : elle a arrêté toute circulation de bus durant 25 jours. Aucun de ces conflits
n'a engendré de mouvement d'ampleur étendu à un secteur d'activité entier. Hormis pour l'entreprise
concernée ces grèves n'ont eu que peu d'impact sur l'économie surtout, quand, comme chez
Dhuime, le patron fait appel aux autres dirigeants du secteur pour conduire les ambulances et être
ainsi des briseurs de grève. Seule la grève TCRB aurait gêné l'activité commerciale du centre de
Boulogne.
Nous n'avons guère vu de salariés occuper la rue ou d'autres espaces. Pas ou peu d'informations
émanant des grévistes eux-mêmes La faute peut en revenir aux organisations syndicales majoritaires.

 

Photo-Armatis.JPG

 

La place des syndicats


Dans tous ces conflits deux centrales syndicales apparaissent clairement : la CGT et la
CFDT. Les autres structures (FSU, UNSA, Solidaires, FO) sont présentes lors des journées
intersyndicales de grève et de conflits. La seule exception est la présence de Solidaires dans les trois
conflits liés à l’Éducation Nationale et à Armatis. CGT et CFDT sont anciennement installées dans
les boites en lutte et y possèdent des délégués du personnel. La presse bourgeoise relaie la parole de
ces derniers, bien souvent avec le consentement des ouvriers eux-mêmes. Le discours des centrales
l'emporte ainsi sur la parole des ouvriers. Le rôle de médiation des syndicats apparaît clairement
dans les revendications salariales. Seules organisations pouvant assister aux NAO, elles sont
souvent à l'origine des conflits liés aux salaires et donc à l'origine de la fin de ces conflits et à leur
limitation à une journée. Le but est donc de peser dans les négociations et pas forcément d'arriver à
la victoire totale. Il en va de même pour les grèves suite à licenciement de salariés : très souvent
encore ces deux syndicats assurent la défense des salariés incriminés et donnent le tempo de la lutte.
Ceci dit, seuls les endroits où ils sont présents, les entreprises bougent. Pourquoi ? est-ce
parce que ces organisations sont les seules à avoir droit au chapitre dans la presse bourgeoise ?
[faut-il couper cette phrase?] Est-ce parce que les syndicats sont les seuls capables d'organiser les
salariés ? Il nous semble plutôt qu'ils se contentent de suivre le mécontentement des ouvriers afin
de maintenir leurs existence et implantation dans l'entreprise. Trop institutionnalisées, trop attachées
à leurs privilèges, ils sont des outils de contrôle social des ouvriers en contenant voire empêchant
les mouvements sociaux. Leur but est la négociation alors que les salariés savent pertinemment que
ces négociations ne tournent jamais à leur avantage. Ils peuvent parfois lâcher un peu de leste et
tolérer des conflits plus violents mais en contrôlant les modes d'action et surtout en sifflant la fin de
la partie pour ne pas se faire déborder.
Il n'y a donc qu'un pas pour affirmer que la « mollesse » des modes d'action des luttes dans
le Boulonnais est due à la stratégie des syndicats locaux dans la droite ligne des pratiques
nationales. (ou dans la droite ligne des directives nationales).


Quelles victoires pour les salariés ?


Malheureusement pas grand chose. Tous ces conflits presque pour rien. En débutant par la
plus longue de ces grèves à la TCRB, 25 jours à réclamer le départ du directeur pour finalement
négocier avec lui. Les salariés ont juste obtenu une augmentation de salaire, revendication qui s'était
ajoutée en cours de route. Ailleurs, lorsque les salariés demandent une hausse des salaires, ils en
obtiennent souvent une mais bien plus minime que celle revendiquée. Les salariés de la STGV ont
bien vu leur entreprise fermer, les conditions de travail chez Véolia ne semblent pas avoir évoluées
d'un iota. Chez Dhuime, la grève a repris en 2012 (voir article p. et le blog de La Mouette Enragée).
Dans le public, toutes les protestations contre les suppressions de postes se sont révélées vaines.
Enfin, l'année 2011 a vu plus de 900 affaires passer devant le tribunal des prud'hommes, nous
n'avons pas à ce jour d'éléments de comparaisons pas plus que nous ne connaissons les résultats de
ces affaires. Elles sont de toute façon prise en charge par les patrons et les syndicats.


Perspectives


Les revendications salariales arrivent lorsque les NAO s'ouvrent, les grèves se déclenchent
dans le public lorsqu'on supprime des postes, le conflit apparaît lorsque la boite ferme. Il n'y a pas
de réelles initiatives des salariés, nous avons à faire à des grèves défensives. On ne constate pas
d'initiatives, de revendications positives. La plupart de ces grèves sont là pour garder un acquis et
non en acquérir un nouveau.
Régulièrement nous voyons revenir le malaise des salariés face aux nouvelles techniques de
management. Les exigences du patronat détériorent clairement les conditions de travail des salariés.
Derrière les revendications salariales nous trouvons ce malaise chez Dhuime, la TCRB, Véolia eau,
etc. Nous avons ici les seules revendications où les salariés ne se contentent pas de suivre l'actualité
de leur entreprise mais de prendre l'initiative. Il est fort probable que cela arrive après un long
malaise. Les revendications se font jour lorsque la coupe est déjà pleine. L'individualisme
grandissant des salariés peut expliquer cela. Un individualisme provoqué par l'émiettement
statutaire du salariat et non spécifiquement recherché par les salariés eux-mêmes. Comment pouvoir
mobiliser des intérimaires qui ne sont que de passage dans l'entreprise ? Comment motiver et
engager dans la lutte une personne en CDD qui évidemment craint de ne pas voir son contrat
renouvelé ? En face le capitalisme, qui a organisé sciemment cet émiettement, est dans les mêmes
mains La plupart des boîtes appartiennent à des multinationales dont les intérêts convergent. Nous
ne trouvons pas trace de remise en cause du système capitaliste dans son ensemble. Il n'y a pas non
plus de référence à la lutte des classes. Il est à noter que les revendications sur les conditions de
travail sont vite étouffées par les problèmes salariaux portés par les syndicats maison. Ils ne
mèneront pas les salariés vers un combat plus global de remise en cause du système économique. Ils
peuvent être à l'origine d'un conflit de boîte mais en aucun gagner un conflit de classe.
Si les références à la lutte des classes sont absentes, est-ce à dire que la lutte des classes est
absente ? La lutte des classes est plus que jamais présente dans les entreprises tant privées que
publiques mais elle ne s'exprime plus par l'usage de discours ouvertement marxistes.
On le voit les conflits ouvriers sont toujours présents mais soumis aux pressions des
syndicats et du patronat. Menaces sur l'emploi, pressions sur les salaires et par là-même menaces
sur la survie quotidienne des salariés ne permettent pas l'éclosion d'un mouvement d'ampleur
remettant en cause le travail lui-même.

 

 

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1 - Avec 110 articles nous ne prétendons pas être exhaustif mais cela nous a donné un beau panorama
des luttes durant cette année depuis la fin du conflit sur les retraites.
2 - Forclum est une société de maintenance électrique, elle est une filiale de la multinationale Eiffage
3 - Euronor est un armement de pêche hauturière
4 - PRF est une société boulonnaise de filetage dont le siège, Atlantys, est basé à Rungis
5 - La Continental-Nutrition est une société de transformation de produits de la mer en nourriture pour
animaux.

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 17:38

« Champagne ! » s'est écrié l'armateur de la SNCF lors du baptême du dernier bateau de SeaFrance avant qu'une bouteille lancée par une marraine people de circonstance ne vienne se fracasser sur l'acier de la coque. Et vogue la galère, la mise en exploitation d'un ferry tournant 24 heures sur 24 entre Calais et Douvres pour la plus grande gloire du trafic maritime transmanche et du service public de transport républicain, laïc et obligatoire.

Jusqu'à la mise en service du Tunnel sous la Manche exploité également par la SNCF, dès lors l'entreprise se concurrence elle-même et se désengage de l'activité ferries. La suppression du Duty Free, le passage à l'euro et une ou deux bulles financières ou pétrolières ont justifié un premier plan social en 2010 puis le désastre actuel. Lorsque des marins du syndicat majoritaire interviennent avec leur projet de société coopérative ils se mettent en travers du projet de monopoly sur le détroit : réintroduire Louis Dreyfus Armateur sur le marché du car ferry. Ce projet de scop au moment où certains vont jusqu'à dire que les bateaux et équipement ne valent rien. C’est aux travailleurs eux même de prendre les décisions qui les engagent. L’idée de la scop apparaît à nos yeux extérieurs peut-être comme la moins pire des solutions envisagées dans le cadre de cette liquidation. Non pas car elle serait une panacée en terme de tentative de “produire autrement”, d’ailleurs il ne  semble pas  que ce soit l’objectif que poursuivent ses protagonistes mais il a permis avant tout de maintenir une relative unité des travailleurs en leur offrant une perspective collective. C’est d’abord cette dimension là, celle de garder autant que faire se peut un “collectif de lutte” qui à l’heure actuelle nous semble primordial. Trop souvent en de pareilles circonstances le “sauve qui peut”,  la résignation et l’éparpillement livrent les individu-es à l’isolement et accroît d’autant leur vulnérabilité.

Alors Champagne ?
Oui, mais... Made in France

Cette boisson pétillante est devenue au siècle des Lumières la boisson symbole de la légéreté, de la gaieté et de la fête. Comme la France était puissante à l'époque des guerres en dentelles, des petits marquis et des grands financiers !  Pas de soucis la révolution industrielle qui s'amorçait en Angleterre ne posait pas de soucis de localisation on produisait français, on consommait français – ou parfois Antillais – les productions coloniales assurées par l'esclavage des noirs d'Afrique étaient estampillées « made in France ». Un made in France dont on nous rebat les oreilles. Il n'y aurait plus d'industries en France. Les mêmes qui rêvaient d'usines sans ouvriers nous refont le coup du produire français. Ce patronat nationaliste est applaudi par les partis de gauche dont certains maires attachés à la défense du prolétariat national n'hésitaient pas à envoyer des bulldozers pour détruire les foyers d'immigrés sur leur territoire. Peu importe l'exploitation, le vol des bénéfice de cette formidable productivité pourvu qu'il soit le produit de la sueur nationale. Tout est bon pour défendre notre pré carré hexagonal. Un certain Colbert en son temps en avait rêvé, le patronat social chrétien associé au front de gauche va le réaliser. Le champagne, fruit de la vigne française n'a pas fini de couler. 2011 fut une année record en matière de ventes.

Que faire de la bouteille ?

En cette période électorale, il convient de la garder soigneusement. Les projets, les pseudo débats qui envahissent les médias unanimes à nous appeler aux urnes ne sont qu'une pollution pour nous appeler à renoncer à notre droit à la parole. Il s'agit bel et bien de confier au sens propre du terme nos voix à un homme, une femme qui parlera à notre place. Rares sont parmi ces candidats ceux qui remettent en cause la propriété des moyens de production. Quand bien même certains nous le proposeraient nous n'en avons que faire. C'est aux travailleurs eux mêmes de s'occuper de leurs affaires. Récupérons plutôt les bouteilles que les gogos soulés par leur victoire présidentielle ne manqueront pas de vider pour en faire un cocktail avant que ce fameux champagne ne vire au vinaigre

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 16:00

Cet article est aussi disponible en brochure 4 pages (en format pdf) ICI

 

Désignée “Plate-forme Européenne” de la transformation des produits de la mer, la zone de Capécure  est confrontée à l’incertitude d’un approvisionnement soutenu et constant de matière première*. Elle fait face aux contradictions inhérentes à l’exploitation du milieu naturel aux conditions du capital : maintenir le taux de profit dans une période de crise de l’approvisionnement imputable à la raréfaction de la ressource. Derechef, la réaction des patrons du secteur s’apparente à une course effrénée vers l'inconnu. Après le fiasco du projet “Hub-port” et des “Bateaux à Grande Vitesse”**, voici venu le temps de l’aquaculture, nouvelle sirène de la filière.

Lors d’une action de blocage du port en 2009, des marins boulonnais s’interrogeaient sur l’avenir de leur métier: “Pêcheurs depuis 400 ans, mais pour combien de temps encore ?” Les contradictions qui taraudent le secteur: une hausse continue de la demande sur le marché mondial contrariée par une baisse alarmante de la ressource, précipitent l’activité dans une crise écologique et sociale profonde dont l’issue paraît désormais fatale.

a/ Pêche:  le capital condamne le secteur à la marginalisation.

L’impasse dans laquelle s’est abandonnée l’activité n’apparaît à certains que sous l’aspect d’un productivisme débridé1. Pour autant, l’effondrement en trois décennies des tonnages débarqués n’incombe pas au seul secteur de la pêche industrielle. L’observation attentive d’une pêche artisanale accablée des mêmes maux, a mis à jour le caractère global et peut être inéluctable de la crise actuelle2. On constate par ailleurs que l’ensemble des dispositions techniques appliquées à l’un comme à l’autre des deux secteurs, tels : la réduction du nombre de jours en mer et du maillage des filets, voire l’exploitation d’espèces de grands fonds, n’est jamais parvenu à enrayer le processus. Au final, le bilan est accablant.

 

Poisson-2.-.jpg

 

Néanmoins, ces manifestations locales d’un marasme qui n’épargne aucune pêcherie à la surface du globe, ne peuvent s’interpréter à la seule lueur d’une exploitation irraisonnée de la ressource. Ni d’ailleurs comme le résultat d’une surcapacité des outils de pêche qu’il suffirait tout bonnement de réguler. Elles sont d’abord le fruit d’un rapport social d’exploitation et de domination des hommes et de la nature. Ce rapport a une histoire et s’est imposé jusqu’à aujourd’hui par étapes successives. Il a également une fonction précise, celle d’exploiter l’écosystème jusqu’aux limites de l’épuisement dans le seul but de servir les intérêts de quelques uns.

Conscients dès le départ que la prospérité de leurs affaires dépendait du coût et de l’abondance de l’approvisionnement, les industriels de la transformation parvinrent à imposer leur tutelle aux activités d’extraction : Jusqu’au tournant du vingtième siècle, la pêche en mer demeurait, au même titre que le travail de la terre, une activité rythmée par le cycle des saisons(...)En imposant leurs conditions aux pêcheries, les industriels de la conserverie recevront un approvisionnement de matière première dorénavant soumis aux impératifs du marché. Dès lors, les rapports de productions capitalistes -étayés par les “plans de soutien” de l’Etat à l’activité- s’appliqueront méthodiquement aux hommes comme à la ressource, ouvrant une époque ininterrompue de crises.3

Par la suite, l’activité adoptera, bon gré mal gré, le modèle de la Politique Agricole Commune, la PAC, soutenue par les aides publiques d’Etat et celles de l’Europe. Dès lors que la diminution de la ressource eu atteint un seuil critique, susceptible de menacer la réalisation du taux de profit, la réponse de l’Etat fut immédiate. Elle consista à distribuer des droits de propriété privée sur la ressource halieutique commune appelés “quotas”. Si pour l’Etat le recours à la pratique des quotas s’affiche comme le moyen d’enrayer la surexploitation des fonds, il permet d’abord et à court terme, de maintenir le taux de profit en rationalisant l’activité. Après plusieurs années de cette politique, la démonstration est faite que la concentration du secteur entre les mains d’un nombre toujours plus réduit d’ exploitants n’offre aucune perspective de reconstitution des stocks. Tout juste permet-elle la réalisation du taux de profit par le partage d’une manne décroissante de matière première entre les mains d’ équipages chaque année moins nombreux.

C’est donc dans ce contexte qu’il faut appréhender l’annonce faite d’une prochaine implantation d’un élevage
industriel de saumon dans le boulonnais.


b/ : L’aquaculture dans le boulonnais : main dans la main,  patrons et politiciens.
 
Réunis au sein d’une mission crée par le Conseil Régional et la CAB baptisée “Capécure 2020”, les politiques de la région et les patrons du secteur parient ensemble sur l’élevage industriel de poisson; de saumon dans un premier temps4. Ainsi pour le socialiste Percheron, il ne s’agit rien moins que de : ”transformer les menaces qui pèsent sur le secteur en opportunités5. Objectivement, faire le choix de l’aquaculture revient à précipiter tout en l’annonçant la fin de la pêche en milieu naturel. En octobre 2011, le patron de la Coopérative Maritime d’Etaples affirmait lors d’une visite en délégation d’un site de production danois que l’origine de la ressource lui importait peu. Il en conclut à cette occasion que, face au coût de la modernisation des outils de pêche, il choisissait sans hésiter d’accélérer la reconversion vers l’aquaculture. La CME ambitionne donc de créer dans un premier temps 6 bassins capables de produire 85 tonnes de saumon tous les deux mois,  soit un total annuel de 500 tonnes, avec une main d’oeuvre limitée à trois salariés; c’est à dire moins que celle d’un équipage de pêche artisanale6. Cette prétendue réponse à la sur-exploitation des fonds mais véritable garantie d’approvisionnement pour les industriels de la transformation, signe la disparition à terme de l’activité. Elle achève son intégration définitive aux conditions de la production capitaliste. Dorénavant, une pêche marginalisée et labellisée servira indirectement les plans de la touristification appelée de ses voeux par les édiles locaux. Aux côtés de centaines d’anneaux réservés aux plaisanciers, on imagine déjà les derniers pêcheurs offrir le spectacle discret de scènes désormais folklorisées7.

 

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Les promoteurs d’un capitalisme Vert.


Parmi les soutiens au projet, les Verts locaux et leurs élus régionaux arguent d’une pareille nécessité imposée par la raréfaction de la ressource alors que ne cesse de croître la demande alimentaire mondiale. Curieuse démonstration que celle qui prétend s’opposer à un productivisme mortifère en empruntant les chemins de sa reproduction sous une forme plus artificielle encore. A leurs yeux, l’application de quelques dispositions d’ordres environnementales offriraient des conditions acceptables à la substitution d’un mode d’exploitation hors sol. La première serait la certification du site par l’emploi d’une alimentation d’élevage d’origine “bio”; la seconde consisterait à sélectionner précautionneusement l’emplacement des sites afin de ne pas dénaturer le littoral et porter préjudice “au développement touristique”. En définitive, les Verts en sont réduits à promouvoir les intérêts de deux secteurs l’un comme l’autre particulièrement nuisibles à l’homme et à la nature. Ce postulat pour un “capitalisme vert” abandonne donc la décision entre les mains des laboratoires de recherche entretenant par surcroît l’illusion d’une résolution techniciste de la question sociales et écologique. Et quant bien même une alimentation d’origine “bio” se révélerait-elle possible, qu’elle n’abolirait pas la toxicité intrinsèque d’un élevage de type industriel8. Son caractère concentrationnaire est à l’origine d’une longue chaîne de nuisances aux conséquences sanitaires parfois dramatiques que de multiples épidémies: bovines, aviaires, porcine... ont révélé ces dernières décennies.
Le seul inventaire des dangers réels et des menaces en germe que fait planer cette activité sur le vivant terminera de nous convaincre qu’elle ne diffère en rien de son homologue agricole. 


Un marché juteux et attractif

Parmi les différents secteurs de l’agro-industrie l’aquaculture est celui qui connaît actuellement la croissance la plus rapide. Dans les pays industrialisés, son exercice repose sur l’élevage intensif de poissons prélevés en milieu naturel et reproduits par sélection en captivité. En moyenne, 3 à 5 kg de poissons extraits de la mer et transformés en denrées piscicoles sont nécessaires à la production de 1 kg de poisson d’élevage. Les aliments employés se présentent sous la forme de granulés ou d’une pâte appelés “moulée” produite à partir de farine ou d’huile prélevés sur les stocks naturels. Ce rendement, apparemment aberrant, se révèle pourtant très profitable. Le secteur de la pêche minotière, aux mains de quelques consortiums internationaux compte pour un tiers des captures mondiales, soit 25 à 30 millions de tonnes pêchées chaque année. L’activité connaît par ailleurs un mouvement de concentration qui progressivement le fait glisser sous le contrôle des géants de l’agro-alimentaire. L’extraction massive d’espèces de faible valeur recyclées en farines pour l’élevages intensif de porcs ou de poissons, bénéficie en prime de la forte hausse du prix des protéines végétales comme le tourteau de soja. L’heures des protéines végétales de substitution n’a pas encore sonnée, d’autant que pour mémoire, le saumon qui semble recueillir les faveurs des patrons boulonnais est un poisson carnivore...


Les OGM bientôt planche de salut ?


Les formes de pollutions qu’engendrent les fermes d’élevage sont multiples et maintenant bien connues. Certaines tiennent à l’utilisation de produits chimiques destinés à éviter l'agglomération de déchets sur les infrastructures ou à éliminer les maladies et les parasites. Le recours aux engrais et aux antibiotiques est une nuisance d’une autre nature encore. L'excrétion fécale et la décomposition de l'alimentation animale entraînent pour leur part la prolifération d'algues toxiques, tandis que l’accumulation des différents déchets produisent d’importantes quantités d’azote (nitrate, ammoniac), de phosphore (phosphate) et de carbone. Enfin, un dernier préjudice, et non le moindre celui là, résulte de l’hybridation opérée entre les individus échappés des sites d’élevages et la population sauvage des milieux naturels dont les cartes génétiques diffèrent. La fuite d’individus issus de la sélection artificielle représente donc une véritable menace pour la biodiversité et à terme, pour l’existence même du saumon sauvage9.
Mais le pire reste à venir. Aux Etats-Unis, une société spécialisée dans les biotechnologies est parvenue   à  fabriquer un saumon trans-génique. La Food and Drug Administration pourrait bientôt autoriser la commercialisation de cet OGM à qui la greffe d’un gène fabriquant une protéine “anti-gèle” lui assure une croissance deux fois plus rapide que son homologue sauvage10. Une chose est certaine, l’abjection tehno-marchande et son cortège de catastrophes à retardement s’introduit  dans nos vies chaque jour d’avantage ...



c/ : Le secteur de la transformation : concentration et trans-nationalisation.   

A la fin des années 70, la salaison et le saurissage sont les principales activités de transformation de la ressource. On dénombre alors une dizaine d’entreprises de conserverie. Le capital de la plupart d’entre-elles est encore d’origine familial. Elles salarient autour de 550 travailleur-ses essentiellement dans des taches de transformation. A cette époque, le procédé de surgélation s’impose et marque un tournant important dans l’histoire du secteur. Il transforme les techniques de production et hâte la disparition de celles jugées les plus obsolètes, mais avant tout, il conduit les changements dans la composition du capital et peu à peu, la trans-nationalisation devient la règle. En trente ans, la zone portuaire de Capécure passe d’un pôle de production locale à vocation régionale et nationale à celle d’une plate-forme d’import-export à destination du marché européen. Pour seul exemple, l’une des dernières usines à s’implanter appartient à un groupe d’origine norvégienne travaillant à lui seul un quart de la production mondiale de saumon d’élevage.

Cette entrée de capitaux internationaux par l’entremise de groupes comme Nestlé-Findus , Gelmer, Pêche et Froid a commandé un changement d’échelle qui se poursuit toujours aujourd’hui. Ainsi, à  la faveur de la crise qui frappe l’Islande, l’ entreprise Gelmer du groupe Icelandic est passée, tout comme la société allemande Pickenpack Hussman & Hahn, sous l’aile de Pacific Andes, un conglomérat chinois enregistré en bourse à Singapour et comptant comme l’un des dix plus gros fournisseurs de poissons congelés dans le monde. Pour la petite histoire, la multinationale est en possession de toutes les certifications légales labellisée “développement durable”.

La restructuration du secteur a simultanément entraîné la modification de la composition de la main d’oeuvre. A mesure que le nombre de travailleurs de la production reculait, celui des services et de la maintenance augmentait de manière significative (emballage, entreposage frigorifique, conditionnement de surgelés...), à l’égale de celui de la logistique. Le transport de marée est devenu le pivot du secteur et emploie à lui seul 600 personnes; la gare routière première de cette taille en Europe  compte 112 portes d’embarquement.

d/ : La fonction de la recherche ou l’art d’accommoder les restes.

La recherche est appelée à jouer une rôle  important dans l’avenir de la filière. Elle remplit plusieurs fonctions dont la première d’entre elles est de rationaliser l’extraction de la ressource. Comme nous l’avons déjà évoqué, il s’agit dorénavant de gérer au mieux des stocks atrophiés. Les laboratoires travaillent donc à mettre en adéquation l’état de ces stocks avec leur futur exploitation à l’issue d’observations, d’études et de rapports dûment établis. De son côté, l’Etat arrête le cadre légal, distribue les quotas et en garantit un usage rigoureux. Mais  désormais, c’est du côté de la formation que les patrons placent leurs attentes. La modernisation de l'outil de production et l’obtention de gains de productivité  passent  par la chasse aux subventions publiques en s’appuyant sur les centres de recherche et de formations régionaux11. C’est le rôle que joue actuellement le “pôle de compétitivité labellisé”, appelé Aquimer, par ailleurs actif promoteur de l’élevage de poisson hors sol. Enfin, l’un des enjeux sera de s’attacher les grâces du monde universitaire12. Les travaux du futur “Campus de la mer”, s’il voit le jour, viseront d’abord à maximiser la plus value du secteur13.

 

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Ainsi, pour répondre à une consommation de poisson en hausse de 3 % par an quand la ressource est au plus bas, les industriels de la filière joueront la carte des produits à forte valeur ajoutée et destinés à une certaine clientèle; en substance, la petite bourgeoisie. Les stratégies marketing s’y emploieront en recourant à la labellisation et à la certification, gages de qualité appréciés de ce milieu. Les laboratoires travailleront ainsi à dissoudre une matière qui se fait rare dans des produits toujours plus sophistiqués et à un prix prohibitif. Pour la masse, largement exclue de la consommation régulière de poisson, les même industriels fabriquent déjà les erzatz que l’on sait à partir d’espèces d’importation et de faible valeur.

e/ : Le grande retour de la question alimentaire, ici et partout dans le monde.

Ce n’est donc pas seulement la question de la survie d’un milieu naturel qui est ici posée. Ni d’ailleurs la manière dont on s’applique à l’exploiter. C’est au final et surtout celle de l’accès à la nourriture qui, de nouveau, réoccupe une place centrale. Au delà de sa dimension culturelle, elle porte en elle toutes les contradictions de ce système puisqu’elle redevient progressivement un enjeu entre les classes. Alors, répétons le, la bouffe est d’abord une question de classe ! Du reste, quelle autre question mieux que celle là nous amène à nous interroger sur ce que l’on souhaiterai produire, pour qui et comment.


f/: L’exploitation de la main d’oeuvre.


La filière ne concentre plus exclusivement ses activités sur le port. Seules 54 des 140 entreprises du secteur sont encore implantées en bord de mer. Les patrons qui affirment se “soucier de la ressource mais aussi des hommes”, y exploitent l’une et les autres dans de semblables conditions. Les usines, des PME pour la plupart d’entre elles, emploient chacune quelques dizaines ou centaines de salariés. La mécanisation et la  rationalisation du procès de production a entraîné une forte croissance de la productivité couplée à une baisse tendancielle de la part de la rémunération. En règle générale, le salaire égale un  smic le plus souvent agrémenté de primes. Après une formation débouchant sur un CAP, BEP ou équivalent Mareyage, un fileteur obtient le statut d’ouvrier qualifié (P1,P2) et gagne le smic horaire, soit 9 euros brut de l’heure. Les travailleurs paient cette productivité accrue par une augmentation des accidents de travail et des maladies professionnelles. Le travail est posté, cadencé, les gestes mécanisés et répétitifs prolongent le mouvement des machines. Un ouvrier de la Scamer, filiale du groupe Intermarché  avoue : « C'est le dégoût de venir travailler, et la maladie aussi. Mais surtout le manque de motivation. Nos primes, c'est ce qui fait nos salaires. Il n'y a pas de reconnaissance»14. Comme partout, la précarité et la flexibilité se sont répandues dans l’ensemble du secteur. Le volant d’intérimaires représente  10 %  des effectifs de la filière et le nombre augmente en saison. A titre d’exemple, l’usine du groupe norvégien Marine Harvest emploie actuellement 125 personnes en CDI et 70  intérimaires, soit plus d’un tiers de l’effectif global en contrat précaire. Tout comme le travail au noir, le temps de travail non rémunérés est dans les usines du secteur monnaie courante, le plus souvent sous la forme d’heures supplémentaires non payées. Sombre tableau, où le patronat en position de force impose sa loi. Ces derniers mois, la Société Findus propriété du groupe “Lion Investissement” a obtenu des travailleurs l’abandon d’un tiers de leurs RTT et des temps de pause à l’issue d’un chantage à la délocalisation. Ce genre de menace précède systématiquement un mauvais coup à venir, souvent plus dur encore. Les exemples ne manquent pas. Et en effet, quelques semaine plus tard, les ouvriers apprirent que l’actionnaire souhaitait vendre l’entreprise.

Reconnaissons qu’actuellement la combativité ouvrière est faible dans la filière, mais elle n’est pas non plus inexistante. En 2010, de multiples actions de terrain menées durant les journées de mobilisation contre la casse  des retraites le furent grâce à la détermination d’un certain nombre de travailleurs du secteur.

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*Actuellement la pêche boulonnaise débarque à l’année 50 000 tonnes dont 37 000 de poisson frais.
**Un investissement gagé par des fonds publics et servi par un discours tehno-scientiste imaginé comme la solution logistique à l’acheminement express de la ressource. Ce projet s’est soldé par un échec économique retentissant.
Lire à ce sujet: “Fortunes de mer : lignes maritimes à grande vitesse, les illusions bleues d’un capitalisme vert”.

1 - Pour une critique de l’approche “anti-industrielle”, lire Ch.VII. Les remous de la crise: “la quête d’une alternative...”op.cit. p 82. 
2 - “La pêche artisanale rattrapée par le productivisme”.Courant alternatif n°été 2008. Consultable sur le site de la Mouette Enragée : http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-la-peche-artisanale-rattrapee-par-le-productivisme-70021369.html
3 - ibid.

4 - Un PLDE: (Plan Local de Développement Economique) établi par le Conseil Régional fixe la marche à suivre à l’échelon inférieur par la CAB: (Communauté d’Agglomération du Boulonnais).
5 - http://www.agglo-boulonnais.fr/uploads/media/1012-Capecure_2020.pdf
6 - in Le Marin. “L’aquaculture danoise séduit les boulonnais.”vendredi11 novembre 2011.   
7 - L’actuel PLDE privilégie deux filières majeures : le secteur halieutique et le tourisme.
8 - Précisons qu’à la différence de leurs cousins industriels, les saumons “bio” peuvent être porteurs d’une bactérie : la listeria monocytogène.
9 - Le saumon est bien présent au large de la côte d’Opale, certes en nombre réduit, et on le confond  le plus souvent avec la truite de mer.
10 - in http://www.aquabounty.com/

11 - Les cadeaux aux patrons se font sous la forme de mise à disposition de subventions publiques.   Un exemple parmi d’autres: “Haliocap” crée par la CAB et qui a pour objectif de : “permettre à des créateurs de minimiser leurs investissements de départ(...), à des entreprises extérieures de s’implanter rapidement.  http://www.haliocap.fr/index.php
12 - On retrouve : le Conseil Régional, la CAB, l'Université du Littoral Côte d'Opale, Ifremer, Nausicaa, Aquimer, le Centre d'expérimentation et de Valorisation des Produits de la Mer (CEVPM), l'Afssa, la ville de Boulogne, Lille I, le conservatoire du Littoral travaillent ensemble pour faire que Boulogne devienne le siège de l'Université de la Mer. Aquimer est subventionné par l’Etat et la Caisse des Dépôts et Consignations.
13 - Le “Campus de la mer”, pourrait accueillir en son sein une école d'ingénieur. Il est vrai qu’en terme de d’image de marque, le diplôme d’ingénierie surclassera le maintenant si commun “Master” universitaire...

14 - Capécure : des employés de la Scamer dénoncent leurs conditions de travail. La Voix du Nord.08.10.2009





Panorama du secteur de la transformation en 2010:
Le mareyage : 54 entreprises - 1 391 emplois. 138 000 tonnes traitées
La transformation :  (salaison, conserverie, cuisson de crevettes) 
19 entreprises - 1 265 emplois- 72 000 tonnes de produits finis.
Le transport : 13 entreprises (locales) - 480 emplois - 327 000 tonnes.
La  commercialisation :  40 entreprises - 331 salariés - 144 000 tonnes

Sources: conseil régional du Pas-de-Calais.

 

 


 

 

Tableau comparatif des tonnages pêchées à Boulogne-sur-mer : en 1976 et 2009.

Tonnages des principales espèces pêchées à Boulogne sur mer en 1976 :

Cabillauds :       6  345  tonnes            en 2009 :  1 390 tonnes.
Harengs :          15 293 tonnes             en 2009 :  2 438  tonnes.
Lieux noirs :       35  526 tonnes          en 2009 :  3  641 tonnes.
Lingues :            8   417 tonnes            en 2009 : 1 053 tonnes.
Maquereaux :    18  524                       en 2009 :  3 295 tonnes.
Merlans :            19 836 tonnes            en 2009 :  6 930 tonnes.


Sources : Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais.
Le CRI du boulonnais n° 6. Janvier février 1978.

 

 


 

 

La flotte de pêche boulonnaise


Pêche industrielle : la société Euronor compte actuellement 200 salariés et remonte 10 000 tonnes de poisson dans l’année. Elle est née en 2006 de la fusion des armements Nord-Pêcheries et Le Garrec a été racheté par la société britannique UK Fisheries elle même au services de deux importantes sociétés du secteur l’une néerlandaise et l’autre islandaise. Euronor possède actuellement quatre chalutiers de pêche industrielle et trois navires surgélateurs.
Pêche artisanale : 120 bateaux de pêche côtière : chalutiers/trémailleurs/fileyeurs dont  quatre-vingt sont regroupés sous l’égide de la Coopérative Maritime Etaploise.

 

 


 

 

Témoignage recueilli auprès d’un jeune travaillant dans une usine de Capécure.

Rares sont les témoignages qui nous parviennent de l’intérieur des boites de la zone portuaire. La parole rapportée dans la presse locale est d’abord celle des patrons du secteur, des politiques ou des “experts”, jamais celle de ceux qui font tourner les machines ou travaillent la matière. Nous livrons ci dessous un instantané d’une conversation que nous avons eu avec un jeune salarié d’une usine de Capécure.

Est ce que tu peux nous présenter la boîte dans la quelle tu travailles ?

C’est une boîte assez importante sur la marché international. D’ailleurs un nouveau site de production est actuellement en construction sur le port. On y travaille surtout le saumon et en moindre quantité du poisson “blanc” comme le cabillaud.  

Comment y est organisé le travail : les postes, les horaires ?

Le travail est effectué par des équipes différentes. Celle du matin débute à 5 heures. Puis celle de l’ après midi prend le relais et une équipe de nuit est chargée du nettoyage. S’il y  a des commandes supplémentaires il nous arrive de travailler sur des périodes plus longues. C’est le cas lorsqu’il n’y a pas assez de monde pour l’équipe de l’après-midi, on termine alors après 13h30 et parfois même  à 17h30... Dans ce cas les pauses sont plus nombreuses, ceci dit, dans certaines boîtes tu peux travailler de 6 heures du matin jusque 15h 30 avec seulement une heure de pause ! Le jour de repos tourne dans la semaine

Peux-tu nous décrire le type de taches effectués ?

On y travaille en postes. Les principaux sont le filetage et le chargement/déchargement de la matière première et des produits expédiés aux clients. Ce sont essentiellement des hommes qui y travaillent.  Au désarêtage on trouve plus de  femmes. Le travail du poisson se fait sur des chaînes. Le travail du saumon par exemple est très parcellisé. Le nombre de taches effectuées est important :
d’abord on balle les poissons sur la chaîne
on les décapite
on coupe le poisson pour en faire deux filets
on extrait l’ arête principale qui part pour la production de produits cosmétiques ou autres... en fait tout est vendu dans le saumon.
on décolle le dos
on coupe l’aileron et on enlève le gras du filet
on le passe à la désarêteuse puis sur une table de désarêtage où on retire à la pince  les dernières arêtes, les plus petites
le trieur, lui, supprime les “abîmés”
le peseur remplit des boîtes de 10 à 20 kg de poisson qui passent ensuite au glaçage 
les boîtes sont ensuite stockées sur des palettes pour  enfin être  étiquetées.

Quelle place occupent aujourd’hui les machines dans la production ? 


Les machines interviennent sur des taches précises comme la décapitation du poisson. Mais le travail est très manuel même s’il est effectué sur une chaîne.

Peux tu nous parler des maladies professionnelles ?

C’est au filetage que c’est le plus dur bien que la direction fasse tourner les poste. En travaillant de 5 heures du matin à 12 heures tu te flingues les épaules. Le plus souvent les anciens se font  opérer.

Quel est le rapport au travail en général; il y a des résistances, individuelles, collectives ?

Ca gueule lorsqu’on demande aux gars de l’équipe du matin qui commencent à 5 h de continuer après leur poste, donc après 13h 30 . Au filetage surtout. C’est arrivé que les fileteurs “posent les couteaux” et se barrent !
 
Quelle est l’ambiance au quotidien dans la boîte ?


L’ambiance est plutôt bonne, c’est assez familial.
 
Et les rapports avec la hiérarchie ?


Ca va, car les chefs viennent de la production en général.

Et les contrats de travail, quelle est la part de CDI, de CDD, d’intérimaires ?

En 2010, il y avait 130 personnes en CDI et 70 en contrat intérimaire. Les intérimaires signent en général un contrat d’une semaine qui est reconduit pendant 18 mois !

Vous avez des contacts avec les salariés des autres boîtes ?

Oui, avec les intérimaires justement car ils font pas mal de boîtes. Il y a pas mal de turn-over entre les boîtes, c’est comme cela que l’on connaît l’ambiance.

Et les salaires ?

Pour un embauché ça tourne autour de 1200 à 1300 euros. Il y a différentes primes : de production, de fin d’année, de participation, etc... Un chef gagne autour de 2000 à 2500 euros


 

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Published by La Mouette Enragée - dans Pêche
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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 15:48

Les noms jusqu'à peu inconnus et négligés de Fitch Ratings, Moody's et Standard & Poors(1) sonnent désormais quotidiennement à l'oreille du populo, comme ceux de vieilles connaissances, comme des célébrités, comme des incontournables. Le message de ces fameuses agences de notation ( la menace apocalyptique annoncée  d'amputer "la France" -et d'autres états dont les Etats Unis- de son AAA ) est passée du feuilleton à suspens devenue un inévitable sale moment à passer puis, finalement pas si catastrophique puisque multiple, selon le "sommet de l'Etat". La sanction tombera un funeste 14 janvier 2012. La familiarité entretenue avec les protagonistes comme l'inévitabilité des conséquences prédites ont été distillées de manière à nous préparer au dernier assaut contre le peu qui nous reste, au nom de l'effort national, de l'union sacrée, du sacrifice partagé, etc. Il semblerait qu'en France, la mayonnaise soit en train de prendre, en apparence et dans les écrans ( de fumée ) médiatiques; les critiques majeures émises à l'égard des agences de notation se bornant à la question ( prestement évacuée ) de leur légitimité, et de leurs "erreurs" ( somme toute pardonnées ).
C'est bien mal dissimuler la vocation intrinsèque de ces "analystes" aux commandes du dernier avatar du capitalisme au pouvoir, au pouvoir politique stricto sensu. Après la bourgeoisie des partis et des industriels, toujours et plus que jamais active dans la démolition des très handicapantes questions sociales, c'est celle des financiers, des banquiers qui prétend ouvertement nous soumettre et, s'il le faut, détruire toute rebellion.
Un tournant majeur de la lutte des classes qui ne doit pas nous échapper.

   Au règne du capitalisme industriel et ses crises de surproduction de marchandise succède, ou s'ajoute, l'hégémonie du capitalisme financier bâti sur la Banque, la Bourse et la Finance et la crise version financière sur fond(s) d'escroquerie généralisée. Au cycle marchand "Argent-Marchandise-Argent", la spéculation a substitué le système "Argent-Argent" sans s'embarasser de la réalité économique(2) où la valeur d'usage doit être médiatisée par l'argent pour accéder à la valeur d'échange; bref pour obtenir la phase marchandise. La dégradation du travail vivant et la poussée technologique du travail mort du vingtième siècle en Occident, fer de lance actuel du capitalisme forcené des pays dits émergents, auront assuré l'assise des spéculations vertigineuses et casse-gueule que nous connaissons aujourd'hui à l'échelle mondiale.
Ce système, pour fonctionner à plein régime requiert la mainmise de la finance sur le pouvoir politique au travers de la complicité d'institutions telles que les Etats, leurs organisations communautaires ( Union Européenne, Etats unis ) par la prise de contrôle des instances régaliennes qui en émanent : banques centrales, monnaies, législation..., et du FMI ( Fonds monétaire international ) ou l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Les agences de notation, nourricières des marchés, sont à la fois au coeur et aux commandes de l'alimentation de "La Crise"(3) comme des opérations de sa prétendue résorption toujours plus drastiques pour les peuples.

 

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La grosse dédette qui monte

En 1973, Pompidou et Giscard confient aux marchés financiers (spéculateurs mondiaux, banques) le crédit de l'Etat; l'Europe, dès le traité de Maastricht interdit à la BCE de prêter directement aux Etats. Bien que les dépenses de l'Etat soient restées stables depuis 20 ans (en pourcentage du PIB), le cumul des intérêts exorbitants perçus par les détenteurs de capitaux génèrent une dette exponentielle, source d'un excès de richesse que les marchés ne savent plus dépenser. Comme l'économie a naturellement besoin d'une augmentation constante de la masse monétaire en circulation, le fait d'avoir privatisé l'émission monétaire a mécaniquement fait grimper la dette. Chaque nouveau billet de banque produit va demander un intérêt à sa production et la dette s'accroître.  Il en résulte une frénésie spéculative sur tout et n'importe quoi.
La création de produits financiers adaptés -et au besoin pourris- permettent aux spéculateurs de se gaver sur la dette comme ils l'ont fait sur les matières premières, le pétrole, les céréales, le cacao ou l'immobilier américain...
La croissance de la dette n'est pas issue des dépenses excessives de l'Etat, elle provient davantage des inégalités. Fiscales pour commencer. Un "compromis historique(*) : [ De la baisse de l'impôt sur les sociétés, ramené de 50 % à 33 % par le socialisme moderne (et, bien sûr, sans le moindre effet tangible autre que d'opportunité, sur l'investissement) aux larges défiscalisations des revenus du capital, en passant par les baisses massives et continues des cotisations sociales au nom tantôt de la baisse-du-coût-du-travail-pour-résorber-le-chômage (avec également la belle efficacité qu'on sait), tantôt au nom de l'« attractivité du territoire », jusqu'aux dernières diminutions des taux marginaux de l'impôt sur le revenu, « bouclier fiscal » inclus, et pour ne rien dire du maquis des exemptions en tout genre permettant aux plus riches de ne payer que des clopinettes au fisc...]
Depuis, cadeaux et niches pour les plus nantis et les grosses entreprises, se sont succédées et ont été boostés ces dernières années. Le chantage à la délocalisation et l'expatriation de capitaux vers les paradis fiscaux représentent un manque à gagner fiscal de 1500 à 2000 milliards d'euros pour l'Union européenne.(**)
Dérèglementation et défiscalisation sont les deux mamelles du néo-libéralisme auxquelles viennent téter les agences de notation, rendant leur verdict au gré du débit -sans jeu de mot- en dividendes aux actionnaires issus des économies  fiscales d'une part et des intérêts de l'emprunt d'autre part.

Enfin, les dépenses de prestige (d'ordre militaire, sportif(***), d'infrastructures  comme les ports, les aéroports, autoroutes ou lignes TGV à l'intérêt limité, sans parler du nucléaire ), générant des profits privatisés  prennent leur part dans l'illégitimité d'une dette dont les AdN et le FMI ne manqueront pas d'imposer la socialisation.

(*) Selon l'expression de l'économiste Frédéric Lordon dans La dette publique, ou la Reconquista des possédants sur Médiapart du 28 mai 2010
(**) Voir La crise de la dette publique et ses solutions résumées en une page (serrée) de Jean Gadrey
(***) Voir l'article sur les JO page ? du présent numéro

Le lourd passé des agences de notation

   Le premier amendement de la Constitution des Etats Unis d'Amérique garantit la liberté d'opinion et d'expression. Intention méritoire énoncée généralement dans l'"Occident démocratique". Or, l'alibi fondamental des agences de notation repose sur le fait qu'elles ne font qu'émettre des avis, à traduire dans les faits par vendre des opinions. Qui achète ?
À l'origine -la première note est attribuée par Moody's en 1909-, les AdN étaient des organes d'information payées par les investisseurs qui souhaitaient recourir à leurs services. Aujourd'hui, ce sont les emprunteurs qui crachent au bassinet.
Petit rappel historique : dans la première moitié des années 1970, avec la crise économique, les émetteurs de dette ont eu besoin de rassurer les marchés en présentant une note aux investisseurs et se sont ainsi mis à rémunérer les agences. Dans les années 1990, les banques ont recours aux agences de notation pour monter des  produits complexes issus de prêts bancaires qui sont transformés en titres de créance négociables sur le marché. Il fallait s'y attendre, le nomdre et la complexité des produits financiers  structurés explosent et le chiffre d’affaires des agences aussi. À partir des années 2000, les agences sont sollicitées par les banques et autres institutions financières, en sourdine et en coulisse, pour obtenir la meilleure note possible. "Les agences de notation se sont donc retrouvées dans une situation évidente de conflit d’intérêt : elles notaient en aval des produits structurés qu’elles avaient contribué à produire en amont en ayant un rôle de consultant occulte. Cette situation a contribué à gonfler artificiellement les notes de nombreux produits structurés. Jusqu’en 2007, il y a donc eu de plus en plus de produits structurés sur le marché, avec des notes de plus en plus élevées mais déconnectées des risques réels."(3)Les AdN sont donc juges et parti sans que quelqu'organisation réglementaire ne s'en offusque. Quant aux Etats ? Et bien ils épongent leurs dettes en empruntant aux banques privées, comme au bon vieux temps des fermiers généraux, ou par le biais de la Bourse via les "bons du Trésor", entretenant ainsi une classe de rentiers. Les agences privées n'ont aucune légitimité pour distribuer et publier les bons et les mauvais points, d'autant que personne ne le leur demande. Dans les faits, elles sont des péages obligés, elles fonctionnent au chantage : il faut payer pour passer. En France, la Cour des Comptes elle-même a été dégradée. Les Etats représentent un marché captif des AdN sous toutes les coutures, ces dernières constituant un rouage majeur d'un système financier dont dépendent  idéologiquement  les premiers.

 

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L'internationale capitaliste


   "Le financement par les banques privées est illégitime au même titre qu’est illégitime la notation de ces dettes par les agences de notation : il ne s’agit pas d’une matière économique qui serait difficile à cerner, mais d’une matière politique. Les agences de notation, le reconnaissent puisque, maintenant, elles l’intègrent dans leurs opinions comme si c’était un évènement normal. Comme si les données politiques n’étaient que des données banales au milieu de données économiques banales. Les Agences de notation sont contraintes de noter « la fragilité de la coalition au pouvoir », qui se révèle ou risque de se montrer incapable d’utiliser à bon escient son pouvoir de coercition pour lever les impôts afin de «payer» les banques. Ainsi, de proche en proche, se dévoile l’illégitimité profonde non seulement des Agences de notation dans leurs exercices à l’égard des Etats, mais aussi des banques dans leur financement."(4)
Comprendre: la notation des dettes  souveraines par les AdN sont également fonction des "risques" d'alternance politique des gouvernements. D'autant que l'"alternative" Hollande en France ne représente guère de risque pour le capitalisme et l'économie de marché. Pour s'en convaincre, c'est avec le soutien du Pasok(5) autant que de Nouvelle Démocratie et de Laos que Papadimos a été intronisé.

Ce qui signifie ni plus ni moins que les Etats sont jugés par les AdN, en dehors de toute légitimité, en fonction de leurs capacités coercitives. Parallèlement, la ploutocratie mondiale, en poussant à la libéralisation de la finance et à la privatisation du crédit aux Etats se met en position, avec le concours précieux des agences de notation, de définir les politiques économique, sociale, culturelle, législative... des Etats pris dans le collimateur. À la toxicité de la fiscalité de classe est-il donc indispensable de trouver des recettes, sinon l'antidote - la réponse étant dans la question -.
Les mesures sont donc simples et classiques(7):
- licenciements et précarisation du travail salarié et gel des salaires (donc baisse/inflation);
- casse de la fonction publique (santé, education, transport et communications en première ligne) et privatisations tous azimuts;
- démantèlement de la protection sociale au profit du privé (complémentaires);
- démolition des systèmes de retraite;
- hausse des prix (et donc des taxes inhérentes) des produits de base, des loyers, de l'énergie;
- gel des intérêts des petits épargnants (livret A);
- chasse aux "petits fraudeurs" à la CAF et aux "faux chômeurs";
-etc.

Coups d'essai, coups tordus, coups de maîtres ?

   Pour le coup, revenons sur le cas de la Grèce. Sans être friand de ce type de référence, on peut considérer la dégradation de la note de la Grèce comme une suite au "Guernica" argentin du début du siècle : un test des armes d'une guerre économique lancée contre un peuple par la prise de contrôle de l'Etat. En Grèce, l'axe avéré Adn/Banques/Marchés a montré sa capacité à faire sauter un gouvernement et à y placer des amis idéologiques ( voir encadré en bas de page Agences de notation,banques, Etats: du cousinage à l' inceste ). L'exemple grec permettant un chantage politique sur ses Etats de l'EU menacés, mais aussi d'en désolidariser les peuples, voire de dénigrer le mauvais élève. La crainte de se retrouver dans semblable situation vise une docilité des peuples en sursis.
Pourtant, les conditions catastrophiques de survie faites au peuple grec ne parviennent pas à l'étouffer : manifestations de masse, révoltes urbaines, grèves massives... mais aussi solidarité de classe - dont les classes moyennes dévaluées - mutualisation de moyens, collectivisation de biens (logement, matériel professionnel de base...), partage et création de réponses aux nécessités communes sont le ferment de la lutte d'un peuple qui (re)découvre concrètement et in vivo le... communisme!
Des Etats gouvernés par des "techniciens", sous la coupe des mesures dictées par le FMI (de Strauss-Kahn comme de Lagarde)... ça fait rêver.
La France, dont le chef d'Etat est un avocat... d'affaire (encore un) vient de perdre son AAA. Qu'est-ce qu'on fait?

 

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(1)Fitch est franco-nord américaine, Moody's et S&P nord américaines
(2)NB: dans le cadre d'une économie de marché
(3)Les guillemets s'imposent, le capitalisme est coutumier des crises: "Ce n' est certes pas la première fois que le système monétaire entre en crise, on pourrait même aller jusqu'à dire que les périodes calmes font exception. Il suffit de relire les écrits de Rosa Luxemburg sur le crédit pour s' en rendre compte, de même pour les banqueroutes d' états." Tout le détail sur le blog de Spartacus du 07 décembre 2011
(3)Et c'est Norbert Gaillard, consultant à la Banque Mondiale qui le dit dans l'Atlantico en ligne du 20 avril 2011
(4)In Le Cercle des Echos du 13/11/2011
(5)Respectivement Parti socialiste, droite conservatrice et extrème droite  grecs
(6)"acheter la rumeur, vendre la nouvelle", dicton boursier qui énonce que la chute du AAA de la France a été anticipée par les marchés : pratiquement R.A.S. à la bourse le 16 janvier 2012
(7)Et l'on appaudira la lucidité des gouvernements et patrons qui les ont pensées et appliquées avant même l'éclatement des bulles critiques de 2008, et qui nous les servent aujourd'hui comme des... solutions!

 

 


 

 

Agences de notation, banques, Etats : du cousinage à l'inceste
 
   La Bourgeoisie occidentale officiant dans les agences de notation détient des CV compatibles et cumulables qu'elle active sur tous les fronts : financier, industriel, mercantile, la presse, l''éducation..., et à tous les niveaux-clefs dans les secteurs public et privé:


- Chez Fitch Ratings : le taulier, à la tête de Fimalac ( le holding qui a racheté l'agence ), s'appelle Marc Ladreit de Lacharrière. 35 ème fortune de France, il a dirigé la banque Indosuez, siège à L'Oréal, Casino, Renault. Il est membre consultatif à la Banque de France. Fimalac s'honore également de la présence de Jean-Charles Naouri, PDG de Casino et pointure de la banque Lazard et des PDG du Crédit Mutuel, de Schneider, d'Air Liquide, etc.(1)

- Standard & Poors appartient au groupe McGraw-Hill, un groupe d'édition et possesseur de nombreux journaux. On trouve notamment en bonne place de son conseil d'administration Sir Winfried Bischoff (Lloyds Banking Group plc Douglas N. Daft
(The Coca-Cola Company) ou des universitaires tels Linda Koch Lorimer ou Kurt L. Schmoke.(2)

- Moody's est détenue, entre autres, par le holding de Warren Buffett, Berkshire Hathaway Inc. et par Davis Selected Advisors qui investira 1,2Mds$ dans Merryl Lynch en 2007. Moody's est côtée en bourse.(3)

Et d'autres, issus du même sérail, sont chargés de la mise en oeuvre des plans issus des "avis" des précédents :


- À la BCE, le très opportun Mario Draghi vient de passer du poste de vice-président à celui de Président. Il a été de 1991 à 2001 directeur général du Ministère du Trésor, chargé des privatisations. À ce titre, il a été membre du conseil d'administration de plusieurs banques et sociétés en phase de privatisation (Eni, IRI, Banca Nazionale del Lavoro-BNL et IMI). De 2002 à 2005, il est le vice-président pour l'Europe de Goldman Sachs, la quatrième banque d'affaires mondiale. Il est devenu gouverneur de la Banque d’Italie en 2006.


- La Présidence du Conseil italien revient, grâce à l'Union européenne et le G20, à Mario Monti. Nommé sénateur à vie, commissaire européen, de 1994 à 2004, d’abord  au "marché intérieur et aux droits de douane"  puis à la "concurrence", membre de la Trilatérale et du groupe de Bilderberg(4),  il a été nommé conseiller international de Goldman Sachs en 2005.


- En Grèce, Loukas Papadimos, vient d’être nommé premier ministre, lui aussi sur pression de l’Union européenne et du G20.  Ancien conseiller économique de la Banque de réserve fédérale de Boston, il occupa de 1994 à 2002 le fauteuil de gouverneur de la Banque de Grèce, quand la Grèce s’est « qualifiée » pour l’euro, grâce à des comptes falsifiés par Goldman Sachs. Papadimos a été, lui aussi, vice-président de la BCE.


- Luis de Guindos a été nommé ministre des Finances du nouveau gouvernement conservateur espagnol de Mariano Rajoy(5). Luis de Guindos a déjà occupé divers postes dans ce ministère lorsque la droite et son Parti Populaire (PP) était au pouvoir. En 2004, il s'est recyclé deux années durant en tant que responsable des services financiers au sein du grand cabinet de conseil et d'audit Pricewaterhouse Coopers. Il a également présidé la banque Lehman Brothers pour la zone Espagne et Portugal d'avril 2006 à sa faillite, le 15 septembre 2008 !(6)


- Le département Europe du FMI, depuis 2010 et par le fait de DSK, se trouve entre les mains d'Antonio Borges, qui fut de 2000 à 2008 un dirigeant de Goldman Sachs.


- Klaus Regling le directeur du Fonds Européen de Stabilité Financière ( FESF )(7), a pour conseiller Paul Achieltner, président du groupe d'assurance Allianz et lui aussi ancien de douze années de... Goldman Sachs!
La liste n'est pas exhaustive. 

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(1)Source: La voix de la finance", le 1er octobre 2010 par l'équipe du journal   Fakir, n° 46
(2)Source: www.luttedeclasse.org et Wikipédia
(3) ibid (2)
(4)Le Groupe de Bilderberg a été fondé par en 1954 à l'Hôtel Bilderberg à Osterbeek à l'invitation du Prince Bernhard des Pays-Bas, co-fondateur du Groupe avec David Rockefeller. Le Groupe de Bilderberg est sans doute le plus puissant des réseaux d'influence. Il rassemble des personnalités de tous les pays, leaders de la politique, de l'économie, de la finance, des médias, des responsables de l'armée ou des services secrets, ainsi que quelques scientifiques et universitaires. Aucune information ne doit filtrer de ce qui se dit au cours des session  du pseudo "gouvernement mondial". La rencontre de 2011 s'est tenue à Saint Moritz. Pour le détail : Syti-net le blog
(5)Jusqu'en 1989, avant de faire carrière au PP, Mariano Rajoy fut membre de l'AP ( Alliance populaire ), une coalition de partis ultra-conservateurs composée d'une majorité d'anciennes personnalités politiques du franquisme
(6)Source: actuchomage.org
(7)Le Fonds européen de stabilité financière est une institution commune aux 17 Etats membres de la zone euro destinée à secourir ceux d'entre eux qui connaîtraient de graves difficultés financières. Le FESF a été créé en tant qu'institution temporaire et devrait cesser d'exister à la mi-2013. Le Fesf a lui auusi été "dégradé" dans la foulée de la dette française, ce qu'avait anticipé Le Monde.fr dans un texte du  13/11/2011 intitulé Le Fonds Européen est-il une bombe à retardement?
  


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Published by La Mouette Enragée - dans Economie politique
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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 15:40

D'après les chiffres, en France, 8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 956 euros mensuels. Dans le secteur privé ce sont des milliers de licenciements quotidiens et dans la fonction publique, l’Etat applique sa politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, et instaure parfaitement sa logique de rentabilité.

A la lecture des derniers chiffres publiés par l’Insee, l’idée désastreuse que l’on se faisait de la situation précaire du coin, devient soudainement plus que réaliste aux yeux de tous. Sur environ 20 000 foyers boulonnais, en 2008, on estimait à 8500 le nombre d’allocataires de minima sociaux (RSA anciennement RMI, ou l’AAH l’allocation pour adulte handicapé), et 25,4% de part d'allocataires dont les revenus dépendent à plus de 75% d'aides de la Caf. Le pourcentage de foyers fiscaux non imposables, toujours en 2008, était de 59,7%, supérieur à ceux de la région ou du département. Et seulement 52,8% de population active. Des chiffres qui, depuis, restent en constante augmentation.
Autant dire que Boulogne est davantage connue pour avoir vu grandir le footballeur Ribéry que pour son économie florissante.
La majorité des Boulonnais sous le seuil de pauvreté sont des travailleurs pauvres, les jeunes, les familles monoparentales, les retraités ... et s'efforcent de survivre avec les aides sociales.
Et, s’il s’agissait de faire un classement des villes les plus pauvres de France, nous serions classés seizième à Boulogne. Le grand vainqueur dans le top 10 est la ville de Denain (Nord) avec notamment le plus faible revenu fiscal de référence moyen (6 724 euros par an) suivie de Roubaix. C’est dans ce top 10 que l’on retrouve les villes du Nord-Pas-de-Calais, Maubeuge, Calais, Tourcoing, Grande-Synthe, Lens, et le reste dans le top 20, autant dire que l’on décroche le gros lot en matière de pauvreté.

 

Et des charges qui font froid dans le dos


Puis, en cette période d’hiver, on nous annonce une augmentation faramineuse de la facture d’électricité. En plus de cette précarité croissante qui touche à grande échelle notre région, on peut également aborder le sujet de la précarisation énergétique, puisque pour se chauffer, il faut de plus en plus de revenus suffisants. Sans négliger que les personnes touchées sont généralement les plus mal logées et n’ont pas forcément tout le confort d’une isolation thermique et d’une installation électrique de première fraîcheur. On peut s’apercevoir que dans ces logements le taux d’humidité est particulièrement élevé (voire invivable) et qu’il est très difficile de chauffer les pièces. Ainsi, la facture est perçue telle «une décharge électrique» psychologique... On se retrouve avec des factures impayées, des coupures, des problèmes de santé et de logement, un moral fragilisé etc… Avec cette nouvelle promesse d’inflation des tarifs jusqu’en 2016, on est obligé de se poser des questions existentielles sur le devenir des personnes précaires ou au bord de la précarité.

 

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Pauvre, coupable, et responsable !


A ce sujet, retour sur un épisode consternant, selon Laurent Wauquiez, ministre des affaires européennes (mais également en mission commandée comme les autres), «l'assistanat», plus précisément le cumul des aides sociales, le RSA, le chômage, serait «le cancer de la société française». Une chasse aux pauvres qui a encore trouvé écho avec cette idée «d’enfin mettre au
boulot ces profiteurs de RSA en faisant travailler gratuitement des personnes en recherche d’emploi», programme déjà en place et dissimulé au maximum. Ainsi, de nouveau un vaste plan de propagande est posé sur la table : demander à chacun-e de choisir le camp des honnêtes travailleurs contre celui des affreux cumulards! Et au passage, prendre à témoin l’opinion publique en lui donnant des éléments mensongers pour l’orienter dans le sens voulu. Comment pouvons-nous tolérer de tels propos sans broncher et être systématiquement suspectés d’être des profiteurs, sachant que dans la région une partie de la population survit par les aides sociales? Une région qui subit davantage les licenciements, connaît les fermetures d’usines, où dorénavant les contrats, notamment les plus précaires, ne sont pas renouvelés, et n’offre même plus de boulot dans le secteur de la pêche, qui était le pôle économique le plus attractif dans l’agglomération boulonnaise depuis longtemps. La cause principale se résume aux quotas de pêche revus à la baisse et imposés par l’U.E. Et avec leur prétexte traditionnel de la «crise», nous subissons de plein fouet les conséquences de la désindustrialisation. On essaie de rassurer les jeunes et moins jeunes, qualifiés ou non, en exposant des annonces publicitaires, ou à coup de mails ou de textos de Pôle emploi, dans le but de passer un entretien chez Armatis, par exemple… Avec toute cette mascarade politico-médiatique, ou alors leur indifférence absolue envers les demandeurs d’emploi, cela fait bien longtemps que l’espoir ne fait plus vivre dans cette région.


Précarité, grande machine à casser, à exclure, à fliquer!


La chasse au mauvais allocataire est en marche ! Alors prenons-nous en au bénéficiaire du RSA (qui remplace le RMI depuis 2009), le profiteur professionnel par excellence! 418 euros pour une personne seule, c'est une aubaine, l’extase, le nirvana! 598 euros si on a un enfant à charge, quelle chance! L’euphorie la plus totale ! On remplace le RMI par un programme qui impose encore plus d'obligations. En effet, pour avoir du RSA, il faut être inscrit à Pôle Emploi, et donc se plier aux mêmes règles que les chômeurs avec le risque de radiation des listes au bout de deux refus et donc une suspension des allocations. Revenu(s) à zéro. Les personnes ne se trouvant pas en capacité de travailler, et n’étant pas disposées pour diverses raisons à accepter une offre d'emploi « raisonnable » ne pourront plus toucher de revenu minimum, et c’est la seule alternative proposée par l’Etat.
Et jamais les parents pauvres n'ont été autant montrés du doigt, stigmatisés, ou culpabilisés. Suppression des allocs en cas d'absentéisme, contrats de responsabilité parentale, mise en avant de cas de maltraitance ou de délaissement d'enfants pour en tirer des généralités, comme d'habitude, il s'agit de rendre les pauvres responsables de leurs problèmes. Pour enfoncer le clou, ces coups portés aux prolétaires s'accompagnent de méthodes de contrôle social outrancières. On assiste à une véritable criminalisation des pauvres à la recherche de la moindre fraude, notamment avec le fichier unique qui regroupe nos informations personnelles pour toutes les administrations « payeuses » telles que Pôle Emploi, impôts, CAF, URSAFF... De plus en plus d'agents sont habilités à s'introduire chez les gens et vérifier leur train de vie. Ne laissez pas traîner un objet de valeur ou ils ne vous lâcheront plus!
Ensuite vient le RSA « activité » qui est un complément de revenu pour les bas salaires, mais loin d'être une solution, le RSA ne combat même pas l'exclusion : il l'institutionnalise. C’est une escroquerie. Les bénéficiaires en ont établi un triste bilan au bout de quelques mois. Le supplément de revenu étant inclus dans chaque déclaration, ils se sont vus perdre toutes sortes de prestations, comme par exemple la CMU, la prime pour l’emploi des impôts (calculée selon les heures travaillées dans la déclaration annuelle), la prime de retour à l’emploi, des allocations
spécifiques auxquelles ils pouvaient prétendre avant qu’on ne leur impose le RSA, les allocations logement revues à la baisse, etc … Finalement, la moyenne de perte financière est estimée à 200 euros mensuels. Bienvenue dans le monde de pauvreté durable !


Qui sont réellement les profiteurs ?


L’Etat stigmatise de façon délectable « les fraudeurs sociaux », qui, par ailleurs, n’essaient simplement que de trouver des solutions de survie financière dans un système qui ne profite qu’à la classe bourgeoise. On préfère traquer le prolétaire plutôt que le vrai voleur : le nanti, le conformiste, le donneur de leçons, le ploutocrate, le patron…
De plus, on estime ainsi que près d'un tiers des personnes qui devraient toucher le RSA n'en bénéficient pas, par défaut d'information, parce qu'ils ont renoncé à le demander face à la complexité de la procédure, ou tout simplement par crainte d'être stigmatisé en tant qu' « assisté »…
Mais les chiffres sont clairs, la « fraude » aux prestations sociales est estimée, selon le ministère du travail, entre 540 et 808 millions d'euros par an sur 60 milliards de prestations globales versées. Quant à la fraude fiscale sous toutes ses formes, elle s’élèverait à une moyenne de 40 à 50 milliards d'euros en France par an, c'est-à-dire 2 à 2,5 % du PIB, information provenant de la Commission Européenne.
En conclusion, déficits et dettes, les termes à la mode, sont le fruit des petits cadeaux que s’octroie l’oligarchie, le camp de l’Etat.


Souriez ! Vous êtes radiés !


La situation des chômeurs, s’est encore dégradée avec la fusion de l’ANPE et des ASSEDIC dans le «Pôle emploi». Au-delà des menaces et des radiations massives, les chômeurs sont aussi traités comme des fraudeurs en puissance et se retrouvent infantilisés avec des avertissements à la moindre incartade, au moindre rdv raté ou retard, à un coup de fil auquel ils n'auraient pas répondu. Les chômeurs sont de plus en plus isolés, ils n’ont plus d’occasion de se rencontrer. Les agents ne donnent quasiment plus de rendez-vous, tout se passe sur internet et leur fameuse plate-forme téléphonique, ce qui déshumanise complètement la relation au chômeur, engendrant l’exclusion, tragique pour certains.
Avec le manque d’organisation et de défense collective, les chômeurs sont abandonnés à leur sort. Trop rarement en contact avec des collectifs, des associations ou des syndicats, ils se retrouvent pour la plupart en manque d’informations concernant leurs droits, acculés au désarroi et à l’isolement.


2012, aucune illusion pour le travailleur avec ou sans emploi


Chômage, pauvreté, exclusion, répression, harcèlement au travail (pour celui qui en a), voilà ce qu’est une société dans laquelle on nous oblige à vivre.
Et soyons clairs : l’objectif du salarié est de gagner plus en travaillant moins, celui du patron est de faire travailler ses salariés au maximum en les payant au minimum. Le seul moyen dont disposent les travailleurs et les chômeurs pour améliorer leurs conditions de vie, c’est d’user de leur pouvoir de nuisance : s’arrêter de travailler, bloquer la machine économique par les occupations, les blocages des flux…
Finalement, le RSA est une aubaine pour l’Etat et le patronat qui se voient offrir des petits boulots conventionnés. Le recours aux contrats précaires se normalise. Peu importe le sigle, CDD, CAE, CUI, des salaires misérables, des conditions de travail lamentables, une pression hiérarchique, aucune perspective d'avenir, de l'exploitation légale et du foutage de gueule à volonté ! Les employeurs sont encouragés à développer des postes à bas salaire et à temps partiel, le tout dans un marché du travail nettement plus flexible. L’employeur patron y gagne au détriment du principal concerné, l'exploité. Un employeur engageant une personne avec ce genre de dispositif se voit exonéré pendant deux ans de cotisations sociales, alors pourquoi s'en priver ? Et de gauche comme de droite, toujours cette méthode : diviser pour mieux régner, en restant dans cette logique : l’exploitation de l’homme par l’homme, dans les mêmes inégalités économiques et sociales, et fausser les réflexions sur les situations précaires et de souffrances de la population. Un système qui attise de plus en plus de haine dans l’esprit d’un peuple manipulé, manoeuvré, berné.
Et cette précarisation générale profite intégralement au patronat qui bénéficie ainsi d’une main d’oeuvre à moindre coût. Le taux de chômage reste élevé en maintenant artificiellement un marché du travail avec une demande d’emplois supérieure à l’offre, ce qui garantit une " paix sociale " sous haute vigilance du pouvoir politique. Ainsi les besoins les plus fondamentaux de la population, tels que la santé, l’éducation, la communication, l’énergie et les transports, se retrouvent aux mains d’investisseurs privés seulement motivés par le profit. La démonstration est faite à ceux qui en doutaient encore : le pouvoir politique est le bastion du capitalisme.


Lutter par nos propres moyens


La casse des services publics, l’accélération des politiques libérales se répercutent directement sous forme d’une attaque généralisée sur tous les aspects sociaux : logement, retraites, chômage et tous les aspects économiques qui déterminent nos conditions de vie... La précarité se décline et se renforce aussi autour d’oppressions spécifiques (origine, sexe …). Que l’on soit travailleur avec ou sans-papiers, que l’on soit avec ou sans travail, c’est tous ensemble « puisque ensemble tout devient possible » que l’on pourra faire plier l’Etat, qui encadre légalement l’exploitation, et le patronat, qui concentre les richesses créées par les prolétaires entre les mains de la bourgeoisie.

 

 


 

 

Témoignage d’une jeune boulonnaise qui évoque la réalité de son quotidien, semblable à celui de la jeune génération, diplômés ou non :


J’ai 24 ans, mon ami 28, nous vivons en concubinage. Je sors de 3 ans de formation à Lille dans le but d’obtenir officiellement le statut d’éducatrice spécialisée pour jeunes enfants, ceci après
l’obtention du BAC. J’ai acquis de l’expérience lors de divers stages et de bénévolat, mais malgré cela, lorsque je passe un entretien pour un travail dans ma branche, on me rétorque systématiquement que le fait de m’engager leur coûterait bien plus qu’une personne s’étant arrêtée au CAP petite enfance. Et pourtant je n’évoque jamais la question d’un salaire minimum lors de l’entretien. Tout ce que je veux, c’est un revenu. Je n’ai pas encore l’âge de toucher du RSA « socle » (anciennement RMI, accordé à partir de 25 ans, avant ça on te laisse galérer sans revenu, et en toute légalité…).
Actuellement, le seul emploi que je peux exercer est un contrat journalier, 2h/semaine, payé au smic. Mon ami a un CDI dans une entreprise industrielle mais seulement à mi-temps. Et vue notre situation sociale, aucun complément de revenu ne lui est accordé. Les aides sociales sont quasi-inexistantes pour un jeune couple tel que le notre et sans enfant. Les factures mensuelles et le loyer nous bouffent une grosse partie de nos ressources. Nous pouvons rarement accéder à nos loisirs, comme les sorties culturelles ou les concerts et nous sommes régulièrement contraints d’annuler les invitations, ne serait-ce que pour aller boire un verre, les sorties entre amis en général. Cette situation nous ramène constamment à la réalité du quotidien, construit autour de l’isolement, de l’exclusion. L’insécurité financière et sociale nous frustre et nous empêche clairement de nous projeter dans l’avenir. Nous vivons de débrouille, de troc et de black, c’est ce qui nous permet de tenir, mais le moral et la santé en sont très affectés

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Published by La Mouette Enragée - dans Société de classes
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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 14:53

1948, l’Europe est en pleine reconstruction. Cette même année, Londres accueille les premiers Jeux Olympique d’après guerre. Ces 15 jours de sport doivent être le symbole de la toute récente paix (c’est d’ailleurs pour cette raison que l’Allemagne n’est pas invitée et que le Japon refuse d’envoyer une délégation). Vu le contexte particulier, et les moyens minimaux mis a disposition par le comité olympique anglais aux délégations étrangères, ces JO sont rapidement surnommé les « Jeux de l’austérité ». 64 ans plus tard, Londres renouvelle l’expérience. Le contexte est différent, mais en pleine période de récession économique et en pleine crise politique, le gouvernement anglais veut éviter que le surnom de l’édition de 48 soit réutilisé pour cette nouvelle édition. En effet, le système capitaliste ultra libéral soutenu par l’UE est en chute libre et montre clairement ses limites. La majorité des dirigeants des pays de l’Union Européenne imposent cures d’austérité sur cures d’austérité aux populations afin de sauver les intérêts d’une minorité d’hommes politique et patrons. Le Royaume-Uni n’est pas épargnée et tous les secteurs économiques et sociaux britanniques sont aussi touchés par ces cures. Tous, sauf les JO.

 

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Londres explose son budget

Rien n’est trop ambitieux pour les Jeux Olympique. Un budget de départ de 3,4 milliards de livres était alloué à l’organisation. Début 2012, à 6 mois de la cérémonie d’ouverture le budget est passé a plus de 9 milliards de livres (plus de 13 milliards d’euros). 1 milliard de livres, soit 1,16 milliard d’euros, étant affecté au pharaonique budget sécurité. Pourquoi un budget sécurité aussi important ? Il était prévu au départ de dépenser 475 millions de livres lorsque Londres a été choisi. Depuis ce budget n’a pas cessé d’augmenter. Une des villes les plus équipée en système de surveillance des populations profite donc de cet événement pour financer encore un peu plus son dispositif liberticide. Les attentats du métro de Londres en 2005 et les émeutes de l’été 2011 sont autant de prétextes médiatiques pour justifier cette folie sécuritaire1. Le boum de la sécurité revient à Hackney, un quartier « délaissé » de l’Est de Londres, qui, accueillant le village Olympique, est devenue une véritable forteresse en quelques année. Les caméras y ont poussés comme des champignons, imitant l’inutile système déployé dans l’ensemble de Londres depuis une décennie.

 

 

A Hackney, plus de place pour les pauvres, les artistes et les punks

Hackney était un quartier de Londres constitué de terrains vagues, d’entrepôts à l’abandon et de projets immobiliers non achevés. Cette zone était surtout le lieu de vie d’un grand nombre d’artistes fauchés, et plus globalement d’une population que la presse bourgeoise et la classe politique qualifie généralement de « en marge de la société » ou « voyous ». Ces gens étant simplement des personnes dont l’explosion du prix de l’immobilier local à naturellement exclut de Londres. Avec le projet Londres 2012, la municipalité choisie de sacrifier cette zone « gênante » en la choisissant comme lieu du village olympique. Les squats et le dynamisme artistique et humain d’Hackney vont rapidement laisser place au nouveau stade Olympique et aux habitations de « haut-standing » qui accueilleront les sportifs du monde entier. Comme à Pekin en 2008, ou c’était d’ailleurs beaucoup plus flagrant, les Jeux Olympiques de Londres sont encore une fois l’occasion d’exclure le prolétariat des villes par l’intermédiaire de projet d’aménagement du territoire ubuesque et par la gentrification des quartiers populaires.

Le reste de Londres n’est pas exclut de ce projet. En effet, les nombreux squats politiques de la ville sont évacués les uns après les autres afin de supprimer tout éventuel bastion de contestation. Dans un même temps, des lignes de transport en communs ultra-moderne voient le jour (comme la East London Line rénovée en 2008) dans la métropole. Transport en commun traversant les quartiers populaire de Londres mais dont le prix d’accès (compris entre £3,5 et £7 en fonction des zones) en exclut automatiquement ses habitants.

Si le profil de Londres change complètement a l’approche de l’événement, d’autres régions périphériques sont elles aussi touchées. Parmi elles, la région Nord-Pas-de-Calais, porte d’entrée pour le Royaume-Uni, subit de plein fouet l’engouement Olympique avec des projets portés par le PS local et soutenus par les autres partis politiques.


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« Nos territoires s’apprêtent à « accueillir le monde » » - D. Dupilet

Au lendemain de la victoire du projet londonien au détriment du projet parisien, c’est l’émoi chez les dirigeants de la région Nord-Pas-de-Calais. En déclarant dès les jours suivant cette nomination « Si les JO s'étaient tenus en France, personne ne serait venu chez nous. », Dominique Dupilet (président du conseil général du Pas de Calais) est très clair sur ses intensions. Lui et ses camarades à la tête des pouvoirs locaux veulent tirer profit au maximum

de cet événement. Un cirque similaire à celui des politiciens britanniques est alors en marche. On nous fait rapidement miroiter un développement économique de la région exceptionnel et une manne financière avec de nombreux emplois à la clef. Dans une région touchée par les licenciements, les fermetures d’entreprises et la morosité, ce discours, porté par la presse locale, a évidemment eu un écho favorable auprès des populations précaires. Mais que cache en réalité cet engagement Olympique dans la région qui compte 7 des 10 villes les plus pauvres de France ? Par l’intermédiaire du projet « le plus grand terrain de jeux », Dupilet et tous les élus locaux profitent en fait de l’occasion pour financer la remise aux normes, la construction et la modernisation des infrastructures sportives et touristiques de la région2, et ce avec des fonds publics. Cet argent public va donc une nouvelle fois servir la cause des entreprises privées. Rappelons que ce genre de projet, malgré son caractère « populaire » ne profitera au final qu’aux classes privilégiées de la population et à la petite bourgeoisie locale. En effet ces structures qui brillent par leur modernité ne créent en fait que de l’emploi précaire (CDD, saisonniers ou interim). De plus leur coup de fabrication en fait des lieux de sport, culture ou tourisme dont le prix d’entrée est prohibitif et donc inaccessible aux classes populaires déjà dépouillées par le patronat nordiste…

Ainsi dans un autre cadre que dans la banlieue londonienne, le grand bal des grues, engins de chantiers et entreprises privées du bâtiment est ici aussi sur le pied de guerre pour que toutes ces infrastructures soient prêtes à temps.

 

1 - En plus d’être ultra sécuritaire, ce dispositif est totalement inefficace, car il a été incapable de prévenir ces deux évènements.

2 - Par exemple la base nautique de St Laurent Blangy ou la base de voile de Blériot Plage

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