Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 14:50

la-r-volution-n-est-pas---jpg

Otto Rühle. Ed. Entremonde. Juillet 2010. 

 

« L’expérience historique nous apprend que tous les compromis conclus entre la révolution et la contre-révolution ne peuvent profiter qu’à cette dernière. Toute politique de compromis est une politique de banqueroute pour le mouvement révolutionnaire. Ce qui avait débuté comme un simple compromis avec la social-démocratie allemande a abouti à Hitler. Ce que Lénine justifiait comme un compromis nécessaire a abouti à Staline. En diagnostiquant comme maladie infantile du communisme le refus révolutionnaire des compromis, Lénine souffrait de la maladie sénile de l’opportunisme, du pseudo-communisme. » Otto Rühle. 

Repost 0
Published by La Mouette Enragée
commenter cet article
15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 22:27

   Ces dernières semaines, deux entreprises liées au « complexe international de transformation du poisson » qu'est Capécure connaissent des coupes sombres dans les personnels ouvriers. Cela fait déjà quelques temps que le pôle industriel de Capécure vacille mais le patronat semble plus que jamais à l'offensive car désormais, il licencie à moindre frais sous couvert de mises à pied disciplinaires. Moyens faciles de se débarrasser des travailleurs en ces temps de crise profonde du capitalisme. 

arb14.jpg

 

                                                     L'usine Conegan : 5 mises à pied

    Le 8 décembre dernier,  cinq salariés de l'entreprise de conditionnement de poissons surgelés Conegan, basée à Wimille et qui emploie 70 employés environ, ont été mis à pied par leur direction. Motif retenu : des erreurs dans la manutention et la soudure des sachets de poisson. Les mesures disciplinaires sont lancées et aboutissent un mois plus tard aux licenciements de deux inculpés, les autres restent en suspend, parmi eux une déléguée CGT du personnel. Un mois (et quel mois!) pendant lequel le salaire n'est pas versé et malheureusement pour les licenciés aucune indemnité versée contrairement à un licenciement économique plus onéreux pour le patron. Une manière de se débarrasser d'un prolétaire à petit prix...


                                                    L'usine PRF Atlantys: 3 mises à pied

    Le contexte est différent car il s'agit d'une boîte en lutte depuis plusieurs mois (il faut attendre la Mouette n°30 pour plus d'infos) contre son patron et les conditions de travail. Il s'agit d'une usine de filetage du groupe Atlantys, basé à Rungis avec une filiale à Capécure. Mais le patron est passé à l'offensive en prononçant  trois mises à pied cyniquement appelées «mise à pied à titre conservatoire ». Motif retenu : maltraitance (c'est le mot utilisé) du patron par les salariés, il est question d'insultes et de chansons humoristiques. Les patrons seraient-ils devenus susceptibles ? Encore une fois, les capitalistes ont grand besoin de trouver des prétextes pour se débarrasser d'un capital variable (les ouvriers) devenu trop coûteux dans un contexte de rétractation général de la consommation et de la production. 

                                                    Un climat général de tensions

   Ces deux épisodes ne sont pas isolés et s'inscrivent dans un contexte plus général de mise à sac du prolétariat boulonnais. Il n'est de secret pour personne que le secteur de la pêche et de la transformation boulonnais se cassent de plus en plus la figure. Chaque mois, des plans sociaux sont annoncés :

 

- en octobre, la Continentale Nutrition (un des leaders de la production d'aliments pour chiens et chats) ferme son usine de Vedène, près d'Avignon, mettant 99 travailleurs sur le carreau. A Boulogne-sur-mer, 22 licenciements et deux lignes de production sont fermées, la faute à la crise dit-on.

 

- en novembre-décembre, Findus, autre géant industriel de Capécure, annonce un « plan social » car l'investisseur Lion Capital connaît des problèmes de compétitivité alors que deux mois avant les salariés avaient renoncé à dix jours de RTT pour une promesse d'investissement et de pérennisation de l'activité. C'est que la course en avant du capitalisme est cruelle, une promesse de plus ou de moins, ils sont prêt à tout! On parle alors d'un rachat de l'usine par le concurrent allemand Captain Igloo, qui veut racheter la marque mais pas les unités de production boulonnaises, toujours pour une histoire de compétitivité. Une vraie histoire de pirates que les politiques s'empressent d'accaparer au nom de la défense de l'agroalimentaire français. Ils obtiennent un suspens du processus de vente de la société, mais pas un arrêt. Le navire continue de prendre l'eau, le temps-argent fera sûrement son œuvre... après les élections.

 

 - Aujourd'hui, c'est au tour des entreprises moyennes de 70-80 employés de licencier comme on l'a vu avec les usines Conegan et PRF.


    Jusque quand va-t-on subir cette logique implacable, qui ira toujours contre les intérêts de ceux qui travaillent ? Il est temps de proposer une réponse adaptée : celle du coup de pied bien placé

Repost 0
Published by La Mouette Enragée - dans Pêche
commenter cet article
12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 10:04

Noir et rouge.

 

Noir et Rouge est le nom d'une revue mensuelle anarchiste apparue en 1955 (premier numéro en 1956), sous-titrée Cahiers d'études anarchistes révolutionnaires.

 

Elle était à l'origine l'organe du mouvement anarchiste Groupes anarchistes d'action révolutionnaire (GAAR) avant que cette organisation n'éclate en 1961 pour donner naissance à l'Union des groupes anarchistes-communistes (UGAC). Gabriel Cohn-Bendit a mis son frère Daniel Cohn-Bendit en relation avec le groupe. La revue, devenue indépendante, a continué à exister, et eut une influence sur les mouvements anarchistes lors des événements de mai 1968, puis disparut en 1970.
Repost 0
Published by La Mouette Enragée
commenter cet article
9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 20:58

 

    Le 14 novembre dernier à Toulouse, une dizaine de personnes ont été interpellées au cours de la rafle menée par une centaine de gendarmes mobiles dans sept lieux d’habitation, et quatre d’entre elles sont depuis incarcérées à la maison d’arrêt de Muret.

 

liberteimmediate.jpg

    Ils et elles sont, avec une autre jeune femme, poursuivis pour « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destruction ou de dégradations de biens » ;
« violence commise en réunion sans incapacité » ;
« dégradation ou détérioration du bien d’autrui commise en réunion ». Des chefs d’inculpation très lourds, au regard des faits qui leur sont imputés, et pour lesquels ils et elles nient toute participation – l’action réalisée à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) de Labège, le 5 juillet dernier, par une dizaine de personnes qui ont déversé des excréments sur des bureaux et des ordinateurs, et laissé sur les lieux des tracts dénonçant à juste titre l’accentuation de la répression à l’encontre des mineur-e-s. Depuis, quatre des personnes inculpées demeurent ainsi détenues sans que l’on sache pour combien de temps encore, et alors que le soutien matériel (argent, livres, vêtements, courrier) qui leur avait aussitôt été apporté est resté bloqué en tout ou partie pendant des semaines, de façon à les couper du monde extérieur et à faire pression sur elles pour les faire craquer. Par ailleurs, des prélèvements de leur ADN ont été effectués contre leur gré pendant leur garde à vue – le refus qu’elles y ont toutes opposé leur vaudra un procès le 9 mai prochain –, et le tribunal prétexte attendre le résultat de ces prélèvements pour les maintenir en détention en se gardant d’avancer la moindre date concernant leur libération.

 

   La situation des « inculpé-e-s de Labège » rejoint en fait celle de nombreuses autres personnes placées en détention « provisoire » dans diverses geôles françaises pendant des mois et des mois (dernièrement à Paris et à Nantes). Les innombrables lois sécuritaires votées depuis une dizaine d’années – et appliquées en particulier à l’encontre d’une certaine jeunesse criminalisée sous les étiquettes « ultra-gauche » ou « mouvance anarcho-autonome » – permettent en effet à l’État français de s’asseoir désormais en toute légalité sur la « présomption d’innocence » censée être à la base de sa justice, créant un véritable délit d’opinion dans un silence presque parfait. La solidarité montrée aux personnes qui se trouvent jetées dans le collimateur policier et judiciaire fait de plus facilement l’objet d’une répression violente. D’imposantes forces de gendarmerie mobile ont par exemple encerclé la manifestation organisée à Toulouse le 17 décembre en soutien aux « inculpé-e-s de Labège » en voulant disperser brutalement ses quelque 200 participant-e-s après les avoir soumis-e-s à un contrôle d’identité. Que cette manifestation ait malgré tout et heureusement pu se tenir un peu plus tard prouve combien il est important de ne plus laisser faire.

Libération et arrêt des poursuites pour les « inculpé-e-s de Labège » et d’ailleurs !

 

En soutien aux inculpé-e-s de Labège, le CCL à Lille organise un concert de soutien, ce samedi 14 janvier à 21h.

 

 

Repost 0
Published by La Mouette Enragée - dans Répression
commenter cet article
5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 09:10


La Garde RougeEmilio Mentasti. Ed.Les nuits rouges.

Dans une grande usine milanaise, la Magneti Marelli, plusieurs dizaines de salariés s'organisent au milieu des années 1970 contre la direction et les syndicats dans un Comité politique ouvrier.

Bientôt, cette " Garde rouge " comptera plusieurs centaines d'ouvriers (sur les 5000 de l'usine) -soit une force équivalente à celle du PCI- et sera en mesure d'imposer l'arrêt des mesures de restructuration (licenciements, délocalisation). Ce Comité ouvrier ne reste pas cantonné dans les murs de l'usine et participe aux autres luttes, grèves, manifestations, nombreuses à l'époque en Lombardie et dans toute l'Italie, et notamment à cette manière radicale de combattre l'inflation : les " autoréductions ". La Magneti Marelli ne fut pas la seule usine italienne à connaître des organes autonomes ouvriers, mais c'est son Comité qui a servi de référence à tous les autres, à la fois par ses initiatives propres et par sa capacité à faire profiter de son expérience les ouvriers des petites entreprises environnantes. Ce combat exemplaire s'inscrit dans le cours de cette tentative révolutionnaire des années 1968-1979, qu'il importe de défendre contre les falsifications et les calomnies qui l'accablent, et d'en tirer toutes les leçons qui s'imposent.

Repost 0
Published by La Mouette Enragée
commenter cet article
2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 11:49

Anarchistes et communistes ...

 

Le mouvement des Conseils (...) touchait le coeur plutôt qu'au porte-feuille l'organisation capitaliste, destituait les organisation syndicales en leur substituant une forme d'organisation ouvrière adéquate au moment révolutionnaire. Deux groupes politiques distincts contribuèrent à l'élaboration de la théorie des Conseils : un groupe de socialistes et un groupe d'anarchistes. Aucun autre groupe politique ne fut présent dans le mouvement, même si tous les groupes politiques italiens s'intéressèrent au phénomène. Par contre furent présents de larges groupes de travailleurs sans parti, témoins du caractère d'unité prolétarienne du mouvement. (...) Le mouvement des Conseils se vit barrer la route en Italie par deux forces de l'ordre constitué : les groupes de la grande industrie et les hiérarchies syndicales confédérales.

Repost 0
Published by La Mouette Enragée
commenter cet article
23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 11:44

Marxisme dernier refuge de la bourgeoisise -

Paul Mattick. Ed. Entremonde. 2011.

 

“(...) Sans crise il n’y a pas de révolution,. C’est une vieille conviction qui vient de Rosa Luxemburg, qu’on a appelée la théoricienne de la catastrophe. Moi aussi je suis un politicien de la catastrophe dans la mesure où je ne conçois pas que la classe ouvrière s’attaque au capitalisme si elle vit dans une société sans crise à long terme, sans une décadence permanente. Dans une telle situation, elle s’installera au contraire dans le capitalisme, elle ne l’attaquera pas. S’il n’y a pas de catastrophe, il n’y aura pas de socialisme. Et la catastrophe viendra du capitalisme.(...)”

 

Œuvre posthume de Paul Mattick (1904-1981), “Marxisme, dernier refuge de la bourgeoisie ?” fut la dernière expression de toute une vie de réflexion sur la société capitaliste et l’opposition révolutionnaire. Connu surtout comme théoricien des crises économiques et partisan des conseils ouvriers, Paul Mattick fut aussi un acteur engagé dans les événements révolutionnaires qui secouèrent l’Europe et les organisations du mouvement ouvrier au cours de la première moitié du XXe siècle. À l’âge de 14 ans, il adhéra à l’organisation de jeunesse du mouvement spartakiste. Élu au conseil ouvrier des apprentis chez Siemens, Paul Mattick participa à la Révolution allemande. Arrêté à plusieurs reprises, il manque d’être exécuté deux fois. Installé à Cologne à partir de 1923, il se lie avec les dadaïstes. En 1926 il décide d’émigrer aux États-Unis. L’ouvrage présent est organisé autour de deux grands thèmes. Poursuivant son travail de critique de l’économie capitaliste contemporaine (Marx et Keynes, les limites de l’économie mixte, Gallimard, rééd. 2011), Paul Mattick revient sur les contradictions inhérentes au mode de production capitaliste. S’ensuit un réquisitoire contre l’intégration du mouvement ouvrier qui, en adoptant les principes de la politique bourgeoise, a abandonné définitivement toute possibilité de dépassement du capitalisme. Un texte éclairant pour une période où la crise dévoile la nature instable et socialement dangereuse du capitalisme.

Repost 0
Published by La Mouette Enragée
commenter cet article
18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 13:16

Makhno

Nestor Makhno.Ed. Ivrea.

 

Nestor Ivanovitch Makhno (1888-1934) est issu de la paysannerie pauvre d’Ukraine orientale, berceau des Cosaques zaporogues. Sous son impulsion, entre 1917 et 1921, le groupe communiste libertaire de Gouliaï-Polié prit la tête du formidable mouvement insurrectionnel paysan dont l’intervention contre les troupes d’occupation austro-allemandes, puis contre les armées blanches, infléchit de manière décisive le cours de la guerre civile russe. Mais l’épopée de la guerre des partisans ne constitue qu’un aspect de l’histoire de la Makhnovchtchina. Makhno et les siens se battaient pour un nouvel ordre social " où il n’y aurait ni esclavage ni mensonge, ni honte, ni divinités méprisables, ni chaînes, où l’on ne pourrait acheter ni l’amour ni l’espace, où il n’y aurait que la vérité et la sincérité des hommes ". Sur un territoire de deux millions et demi d’habitants affranchi de tout pouvoir d’État, ils formèrent des communes agraires autonomes dotées des

organes d’une démocratie directe : soviets libres et comités de base. Les insurgés makhnovistes croyaient sauver la révolution russe et mondiale - car ils ne luttaient pas seulement pour leur compte - et s’aperçurent trop tard qu’ils faisaient le jeu de la dictature d’un Parti-État dont les objectifs s’opposaient radicalement aux leurs. Malentendu tragique, non seulement pour eux-mêmes mais pour le projet révolutionnaire du xxe siècle - jusqu’à nos jours.

Repost 0
Published by La Mouette Enragée
commenter cet article
12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 13:58

r-vo et contre r-vo en catalogne

Carlos Maura Semprun. Ed. Les nuits rouges.

 

La CNT a prêché le compromis et la paix civile, la capitulation en un mot. Même chez les libertaires, des nouvelles couches bureaucratiques avaient déjà réapparu. La CNT-FAI a pris des décrets limitant les collectivisations. L’auteur souhaite apporter ici une analyse de la révolution espagnole qui casse les mythes pour s’attaquer à la réalité.

Repost 0
Published by La Mouette Enragée
commenter cet article
10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 17:48

 

La maison Dhuime est une entreprise de transport sanitaire quasi incontournable pour le Boulonnais depuis des générations, Aussi lorsque pour la première fois de son histoire, en janvier 2011, son personnel se met en grève, cela sonne-t-il comme un événement.

 

La Maison Dhuime

 

accord-signe-greve-terminee-aux-ambula-1560618-copie-2.jpg

 

    Pour mémoire, Dhuime est la plus grosse boîte locale du genre (environ 35 véhicules). C'est un conglomérat de petites entités rachetées dans les années quatre-vingt, issu du principe d'absorption des petits par les gros. La loi basique du capitalisme. Ainsi lorsqu'un véhicule arborant l'étoile bleue se présente sous les marques Ambulances de la côte d'Opale, Outreloises, Duchêne (Neufchâtel) ou Rinxentoise : c'est Dhuime. Aujourd'bui, c'est à un patronat bicéphale que sont soumis l'ensemble des salariés de ces différents "sous-traitants".

 

    Nous allons voir que l'organisation de la nébuleuse repose sur le bon vouloir de l'historique famille aux commandes.

Premier point : aucune des entreprises n'excède un effectif de 49 employés, ce qui est bien pratique quand l'idée d'un CE (comité d'entreprise) révulse un patron ; il faudrait 50 salariés.

Second point : juridiquement, les véhicules devraient être garés sur les lieux des sièges sociaux des différentes compagnies. Mais tout est regroupé route de Desvres et route de Saint Omer. Faille dans laquelle la DDASS évite de s'engouffrer en prévenant Dhuime à l'avance d'un contrôle. Résultat : au

moment de l’hypothétique inspection, les véhicules tournent pour éviter de rentrer au garage...

 

    L’entreprise a su s'adapter au marché de la morbidité en diversifiant ses missions. En effet, outre le transport sanitaire strict des patients , assis, en VSL (véhicule sanitaire léger) pour un examen... ou couché en ambulance dans le cas. d'une urgence ou d'une hospitalisation, le déplacement en taxi(l), Dhuime propose en cas de décès : la démarche administrative relative à l'autorisation de transport d'un corps -signer un document administratif en mairie- le transport de corps, la location de la housse mortuaire. Bref, le marché post-mortem est particulièrement lucratif

 

 

Le sacerdoce de l'ambulancier


 

    Ce sont davantage les conditions de travail auxquelles les soumet leur patron que les exigences inhérentes à leur métier qui engendrent la réelle pénibilité du quotidien des ambulanciers. Et c'est sur des revendications de cet ordre, et pas salarial, que les travailleurs de Dhuime déclencheront leur grève

 

    Concernant le temps de travail, d'abord, c'est sur une décennie qu'il faut considérer l'évolution, qui s'accélérera ces dernières années : en 2002, les ambulanciers sont payés à hauteur de 75% de leur temps de travail, en 2010 à 83 %, et à 86 % en 2011.

 

    Ils savent déjà que les 90% promis pour 2012 seront un plafond. Certes, lorsqu'ils sont par trop éloignés de la base, il existe un temps d’attente mais dans un contexte professionnel; ils ne sont pas chez eux en famille, ni au bistrot, ni... ils sont au boulot ! D'ailleurs, ils sont toujours sous la direction d'un médecin : "vous pouvez me l'amener en radio" ou autre et l'aide à la marche des patients n'est pas une exception, alors que partout ou presque les heures de nuit et de week-end sont majorées dans le cadre d’un accord national, chez Dhuime c'est 75 %

 

     Dans la même veine et contrairement aux accords nationaux et d'entreprise, les ambulanciers sont tenus de nettoyer (intérieur et extérieur) tous les véhicules. Avec l’agréable conséquence du lavage extérieur au “karcher” : le local est sans évacuation d’humidité, les casiers des personnels juste à côté... sacs de couchage et oreillers prennent la flotte.


    Le week-end, en plus des trajets planifiés et des urgences (par définition imprévues), les ambulancier procèdent à des tâches de désinfection, de vérification des valises de secours... En cas de garde SAMU, l'équipe est en attente sur le lieu de travail, de l'oisiveté payée à 75% ; là encore il faut les occuper: nettoyage, balayage y compris des bureaux et véhicules personnels des patrons... S'ajoutent les modalités de prise de service. Le personnel est prévenu de son horaire d'embauche la veille au soir, sans savoir quand il va finir(2). On se doute que ce fonctionnement "à flux tendu" désagrège tout projet dans la vie personnelle du salarié. Dhuime ne refuse jamais une course , même si le retard de la prestation est inévitable, il faut être sur le coup.

 

    Cette "philosophie" engendre des attentes qui peuvent excéder une heure. Aux ambulanciers, en première ligne, d'affronter le mécontentement des patients, de leurs familles, des personnels soignants qui ont poireauté. Appelés continuellement, le stress est permanent. Reste pêle-mêle les vicissitudes matérielles : pas de local d’habillage/déshabillage chauffé(3); casiers à l’air libre dans le garage; pas de papier toilette ni de produits d'entretien aux wc; chambres et lits vétustes , et Dhuime ne fournit aucune protection: le personnel achète ses gants en latex et ses protège-chaussure !

 

La grève

 

gr-egrave-ve-les-ambulanciers-de-chez-dhuim-33.JPG-copie-1.jpg

 

    Les ambulanciers ont mis sur la table de façon répétée leurs griefs quant à leurs conditions de travail, plus essentielles à leurs yeux que les questions salariales. Le mépris revendiqué de leurs patrons pour ces petits bobos a graduellement exacerbé les tensions. À la base, nous l'avons dit, les revendications portent sur les conditions (primaires) de travail : des vestiaires dignes de ce nom, du matériel d'entretien et de désinfection des véhicules... et la mise en place d'un planning voté lors de l'accord d'entreprise. Le planning n'est pas horaire. Il y a une équipe du matin, une intermédiaire (10/12 heures) et une du soir ; c'est à dire de midi à ... plus d'heures, selon les déplacements lointains (jusqu'à Lille voire le centre de la France). Aucune réponse n'a jamais été apportée aux revendications relatives à cet emploi du temps.

 

    Tant que la CFDT était majoritaire chez les élus du personnel, les signaux de détresse des salariés s'évaporaient. La CGT, arrivée au poste de porte-parole s'est rendue compte de l'ampleur du ras le bol et de la prise de conscience des capacités à réagir des employés(4). Après avoir laissé bouillir la marmite, les syndicats, ayant raccroché les wagons, ont joué leur rôle de catalyseur. Et le 14 janvier 2011, pour la première fois dans l'histoire de la maison Dhuime, les travailleurs déclarent la grève. Le conflit sera réglé dans la journée.

 

    Entamé à six heures du matin, le conflit démarre par des menaces verbales des patrons, qui en sont coutumiers. Cette fois, les salariés ne se laissent pas intimider et les négociations très vite menées débouchent sur la signature d'accords par Dhuime, représentant régional des compagnies d'ambulances pour sa part et la CGT.

 

Un état stationnaire.

 

    Constat après l'incident: vestiaires merdiques etc. La mise en place du planning reste au bon vouloir des patrons et une entourloupe à la clef : un accord sur une prime de repas et le temps de pause. Une demi heure pour manger et une prime de 12,10 euros ; une demi heure sur la prime, une demi heure après le temps de travail. Autrement dit, une demi heure de travail reconnue en sus du temps de travail effectué. Exemple : l'ambulancier travaille dix heures avec sa pause d'une demi heure, on y ajoute une demi heure, il a donc... dix heures et demi de travail reconnues ! Ensuite, les patrons font en sorte que le personnel ait toujours une heure de pause, donc plus de prime repas. Illustration avouée des Dhuime : “Avec l’économie réalisée, on va pouvoir s’acheter une belle Mercedes !”.

 

    Finalement, c'est le statu quo. L'escalade est ouverte, les revendications pourraient déborder sur le plan salarial, paraît-il... Le pouvoir bicéphale s'en fout. Il est d'autant prêt à aller au clash qu'il n'y a pas eu de retour de flamme au non respect des engagements paraphés. Le partenariat social a repris ses droits et ses travers. Les ambulanciers sont décidément... patients.

 

 

Notes

1) NB : le transport en taxi pris en charge par la “sécu” est mieux remboursé que le VSL. Par ailleurs, les longs trajets sont préférés à l'intra-muros : le parcours et le temps d'attente du "chauffeur de taxi" sont facturés à la sécu.

2) Légalement 12 heures consécutives maxi. Temps de travail qui est explosé en permanence pour certains.

3) Un local de douche transformé qui offre 1,5 m2 pour deux.

4) Il est évident que les affaires de collaboration, de négociation ou au contraire de lutte vis à vis du patronat repose davantage sur les militants au sein de l'entreprise que sur l'étiquette à proprement parler : chacun connaît des boîtes locales où la CFDT sait monter en première ligne.

 

-------------------------------------------

 

Dernière minute.

 

Depuis la rédaction de cet article durant l’automne 2011, certaines choses ont changé. Un vestiaire digne de ce nom et chauffé a été construit, une évacuation d’air humide installée et la chambre rénovée. Ceci ne doit pas faire oublier que les plannings n’ont toujours pas été mis en place. A cela s’ajoutent des disparités salariales notamment au niveau des primes, des heures supplémentaires, des indemnités repas, et le harcèlement patronal font que le personnel a de nouveau débrayé le jeudi 26 janvier 2012. Au jour de l’écriture de cet article, le 26 janvier 2012, les négociations viennent juste de s’ouvrir. Elles s’annoncent difficiles et tendues. Rendez vous au lecteur-trices au prochain numéro du journal pour les tenir informés des avancées de la lutte.

Repost 0
Published by La Mouette Enragée - dans Ouvre boîte
commenter cet article

La Mouette Enragée

  • : La Mouette Enragée
  • La Mouette Enragée
  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
  • Contact

Contacts

La Mouette Enragée - BP 403 - 62206 Boulogne sur mer Cedex

ou

lamouette.enragee@wanadoo.fr

Recherche

Qui sommes nous ?

 

Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

 

- Nous rejetons tous les systèmes économiques, toutes les institutions politiques, étatiques ou privées qui se fondent sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'autorité et la hiérarchie.

- Nous avons toujours lutté, à la fois contre toutes les formes de Capitalisme d’État qui se dissimulaient ou se dissimulent encore sous les noms de Marxisme-Léninisme, Bolchevisme, Stalinisme, Etats-ouviers, etc... , et contre les Capitalismes Libéraux avec leur cortège de gaspillage et de consommation effrénés. Il s'agit pour nous, des deux faces de la même médaille.

- Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

- Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

- Nous sommes pour une Démocratie Directe qui correspondrait aux besoins authentiques des individus sans distinction de sexe ou de nationalité, et non plus au profit des marchands et des publicitaires, des bureaucrates et des notables.

- Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

- Nous pensons que c’est au cœur même des luttes et des mouvements sociaux que s’élaborent les formes nouvelles de rapports sociaux et donc que c’est au sein de ces mouvements qu’il faut lutter.

- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

Fortunes de mer

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

           Disponible, en vente

(contactez directement la Mouette)