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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 23:26

 

   Chez Dhuime, entreprise emblèmatique de Boulogne sur mer et en expansion tentaculaire; les ambulanciers se sont mis en grève le 14 janvier 2011 pour la première fois de l'histoire de la boîte. Girophares éteints et sirènes aphones, la CGT, syndicat majoritaire depuis les dernières élections, a posé sur la civière des négociations le ras-le-bol (alimentaire) des personnels :fonctionnement, horaires, salaires, conditions de travail...

 

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   L'accord entériné n'avait toujours pas été appliqué en mars. Pas d'urgence pour les délégués ? Si tout reste au point mort, la base risque fort de ruer dans les brancards.

 

 

Un article plus détaillé sera prochainement publié.

Pour le lire, cliquez sur ce lien

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Published by La Mouette Enragée - dans Ouvre boîte
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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 23:19

 

    « Wimereux, le charme et la mer » ! Oui, mais sous vidéo-surveillance. En effet, avant le début de la saison touristique 2010, la compagnie de sécurité privée traditionnellement chargé de la surveillance nocturne de la digue promenade a été remplacée par ces petits engins liberticides. L’homme aux rangers accompagné de son chien féroce ne faisait plus assez peur aux adolescents adeptes de sorties nocturnes estivales ?

 

    Aux mains d’une ville croulant déjà sous les dettes, Francis RUELLE, maire de Wimereux veut maintenant protéger la population des « trop nombreuses incivilités qui se déroulent sur la digue ou encore sur la place de la mairie ». Alain CAILLET (l’indétrônable adjoint délégué à la sécurité publique) veut quant à lui protéger les bacs à fleurs et les murs communaux des dégradations. C’est ainsi que six caméras ont fleuri sur le bord de mer et une sur la place de la mairie. D’autres vont probablement apparaitre prochainement rue Carnot et au camping municipal !

 

   Le cout de cette première installation : 100 000 €. Cet investissement est heureusement cofinancé à 50% par l’état sécuritaire de Sarko & co via le Fonds Interministériel pour la Prévention de la délinquance. Comme sur l’ensemble du pays, la sécurité n’a pas de prix à Wimereux, et ce même lorsque les caisses sont vides et les bacs à fleurs pleins !

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Published by La Mouette Enragée - dans Politique sécuritaire
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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 22:42

    Et si la mission séculaire de la France chère à Jules Ferry qui, dans son discours du 28 juillet 1885, convaincu d’exporter l’Idéal républicain, invoquait « le devoir de civiliser les races inférieures [des] races supérieures » sonnait en flash back dans le désormais célèbre discours « de Dakar » de Guaino/Sarkozy du 26 juillet 2007 ? Et si cette perception du monde ne convenait pas aux colonisés ? Et s’il avait fallu pacifier les territoires occupés ? Encore et toujours. Ailleurs. À l’étranger. En Outre-mer. En France métropolitaine. Ici.

Alors, il faudrait bien concevoir que « Défense et Sécurité nationale » soient définis comme un seul et même enjeu ; ce qui fut fait dès 2008 dans le Livre blanc éponyme rédigé par une commission sous la présidence du conseiller d’Etat Jean-Claude Mallet.

Une ligne politique nécessitant une (ré)organisation et des moyens à la hauteur de cette idéologie du « danger global », terroriste lointain et ennemi intérieur.

 

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   La « guerre des polices, les services de renseignement qui se tirent dans les pattes, la vieille antienne de la concurrence flics/pandores, toutes ces bisbilles intérieures à l’Etat semblent avoir été résolues d’un point de vue administratif et organisationnel par les staffs de Sarkozy, (premier) ministre de l’intérieur puis Président de la République.

 

   Parallèlement, rixes, révoltes voire « émeutes » dans les quartiers n’ont cessé d’envenimer le règne d’un ordre dominant sur fond de crise économique et, de fait et surtout, sociale. Les mouvements sociaux venant des boîtes ou des bassins d’emploi, ou les vieilles entourloupes de fin de conflit comme à la Guadeloupe, ont, avec quelques apparences de succès dans la défaite, connu leurs heurts de foirade glorieuse. À d’au-tres antipodes, sur fond de guerre anti-terroriste, les « théâtres des opérations » à l’étranger n’ont jamais autant hydrocarburé.

Des contextes apparemment aussi éloignés offrent l’avantage de masquer assez proprement le fond de la/des( ?) question(s) : comment régler le problème des zones « sensibles » ? À tout cela, qu’il s’agisse des quartiers ou banlieues, d’espaces géopolitiques internationaux, ou de territoires impossibles à délimiter rigoureusement -quelques fois délibérément-, il existe un facteur commun : les populations qui y vivent prennent conscience de subir -et durement- la situation. L’analyse la plus rentable est dès lors simplissime : définir ces populations comme étant le problème en-soi.

 

    La solution en découle (presque) toute seule : éradiquer les fauteurs de trouble, leur attribuer l’épithète le plus porteur selon le lieu et le contexte tout en les amalgamant in fine pour justifier la prévention des risques qu’ils représentent pour tous, et les réprimer avec cette précision aveugle -et technologique- dont le capitalisme armé a le secret.

 

L’ombre des « zones grises »

 

   Les zones grises sont définies, sur le plan militaire, comme étant

des espaces où l’ennemi n’est plus identifiable sous la forme d’un Etat (et de son armée), mais comme une zone de chaos dont l’adversaire est constitué de groupes « terroristes », « criminels » ou « rebelles » susceptibles de jouir de ramifications internationales. L’ambiguïté du terme « zone grise » de par son caractère polymorphe et polysémique, reste généralement entretenue par les Etats « légitimes » qui se targuent d’en combattre les « ressortissants » et concerne généralement des espaces géopolitiques, stratégiques et à fort potentiel

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économique sous couvert de guerre de religion, de combat pour le « monde libre » (ou la démocratie) et… de

ressources minières, agro-alimentaires ou énergétiques. Si aucune place décisionnaire n’est jamais laissée aux populations qui subissent les règlements de comptes entre chefs de guerre locaux, narcotrafiquants, clans au pouvoir déchu - sans oublier les véritables mouvements rebelles ou révolutionnaires ! - et les régimes fragilisés et/ou les forces étrangères engagées chez elles (y compris l’ONU), celles-ci sont systématiquement suspectées, à tout le moins, de faire le jeu des factions à combattre. Elles deviennent par nature l’« ennemi ».

 

   C’est donc naturellement que les espaces qui échappent au contrôle total de l’Etat au sein même des pays « démocratiques », industrialisés, civilisés, etc., entrent sous l’acception de « zone grise » dans le jargon de la politique intérieure de ces modèles d’application du droit

, notamment en France. Comprendre : derrière les révoltes, affrontements avec la police, il y a la main de ces jeunes désoeuvrés/trafiquants d’ultra périph’ dont les capuches dissimulent mal les origines musulmanes, polygames, d’hommes noirs non-entrés-dans-l’Histoire et hors du schéma républicain. La boucle est bouclée.

 

  Pas de surprise, alors, quand, dès la préface de la commission « Mallet », Sarkozy annonce lui-même le programme : « [mettre en place] une stratégie qui associe sans les confondre la politique de défense, la politique de sécurité intérieure, la politique étrangère et la politique économique ». Tout est dit, à cette exception près que la « confusion » et le mélange des genres est radicalement la règle.

 

 

Le contrôle des populations

 

   Il s’agit donc de penser le contrôle et la répression des quartiers sensibles tels qu’en territoires occupés ou « à reconquérir », comme on a pu l’entendre à l’occasion. Autrement dit en utilisant des techniques et des moyens militaires.

La République a, à l’aune de son passé colonial, une vieille expérience conceptuelle et pratique de la chose, qu’elle dé-veloppe aujourd’hui dans le cadre distillé sous le vocable de violences urbaines (1).

 

    La toute première nécessité est d’obtenir l’adhésion voire la collaboration du citoyen, essentiellement par opposition à l’« autre », l’ennemi, potentiel (en marge de la République en tout ca) : l’indigène, l’immigré, le squatter, le délinquant, l’épicier saboteur, le subversif… bref le déviant, le danger, pourvu que la menace soit crédible (2). La manipulation médiatique jouera alors un rôle déterminant (3). Les esprits sont préparés à légitimer les mesures sécuritaires, tant en prévention qu’en répression des révoltes, même les plus velléitaires.

Dès lors, les systèmes et instances de surveillance mis en place sont cautionnés, naturalisés par le citoyen lambda. Aux peurs orchestrées se conjuguent les appels à la délation, rémunérée au besoin, légitimés par l’option sécuritaire de la méfiance de l’« autre ».

 

    La conception colonialiste de la surveillance des populations trouve sa pleine dimension dans le 37 quater de la « Lopsi 2 » créant une « réserve civile » de la police nationale avec pouvoir de dresser des PV et …de porter une arme !(4) Se jetant sur ce recrutement légal de supplétifs autochtones, la municipalité UMP de Crau, dans le var, crée un « Comité de vigilance citoyenne », un « corps » dont les membres anonymes jouent le rôle d’auxiliaires de police et de gendarmerie. Ils y seraient un sur cent (et pour le coup, ils existent)(5). Sous le même registre, l’arrivée des BST (Brigades Spéciales de Terrain) a pour vocation « d’établir un contact plus affirmé » avec la population. Banco ! le 7 février : premiers affrontements avec des jeunes d’une cité de Gennevilliers. La délation institutionnalisée : une méta-STASI qui ne demande qu’à s’étendre… Trop de proximité tue la proximité.

 

Flicage à tous les étages

 


Aussi, à une organisation de dénonciation par la base -où n’importe qui peut être balancé pour la moindre inimitié- l’Etat a repensé ses services de renseignement. En créant la DCRI (Direction Centrale du Renseigne-ment Intérieur), fusion des RG (Renseignements généraux et de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire), l’Etat français s’est doté du dernier avatar de son système de contrôle sophistiqué des risques et dangers sociaux ou belliqueux, chez lui et tout azimut. Une espèce de « FBI à la française » mâtinée de barbouzerie. Installée à Levallois-Perret ( Hauts-de-Seine ) dans des locaux ultra-sécurisés et forte de 4 000 fonctionnaires, dont 3 000 policiers dits “actifs”, la DCRI traite de ce qui "relève de l’intérêt de la nation" : terrorisme, grands mouvementsde contestation, intelligence éco-nomique. C’est ce que les policiers nomment, dans leur jargon, le "milieu fermé", auparavant du ressort quasi exclusif de la DST. Les policiers de la DCRI, dotés de l’habilitation "secret défense", sont implantés par zone dans chaque département. 175 commissaires, soit 10 % de l’effectif total, y seront affectés, dont une centaine à Levallois (6).

 

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  Une mise sous tutelle des « zones sensibles », dont les administrateurs ont les coudées franches pour prévenir et réprimer. L’organe majeur de la surveillance généralisée est donc soumis à des prérogatives de contrôle social intérieur et international, du maintien de l’ordre sur le sol français comme du renseignement extérieur, d’avoir à l’œil les particuliers, les réseaux, les « communautés »… Il existe en France 36 ou 37 fichiers, fastidieux à énoncer et détailler, dont les plus célèbres, bien que très peu publics, sont les ARIANE (fusion de STIC et de JUDEX), EDVIGE et CRISTINA. Le tout est démocratiquement empaqueté ; il n’est qu’à retenir que sont visées toutes les personnes « âgées de 13 ans et plus, susceptibles de troubler l’ordre public» (participer à une manif, par exemple), mais surtout « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui joue un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». Autrement dit, personne ne pourra échapper au fichage et à un suivi d’autant personnalisé que l’engagement sera politique et contestataire.

 

   Cet organigramme sécuritaire pour être opérant appelle des stratégies de surveillance des territoires considérés hostiles et nécessite des moyens hautement technologiques. Les « zones sensibles » nationales font donc l’objet d’une écoute et d’un regard des plus attentifs (voir l’encadré « Gros yeux et grandes oreilles »). Le moindre soubresaut d’un quartier, au besoin provoqué à dessein, est interprété par le Pouvoir comme un fait divers politiquement -sur fond d’électoralisme- immédiatement exploitable. Dans l’esprit et dans sa forme l’intervention des forces de l’ordre devient une bataille. Et la militarisation croissante de la police et de ses (ex)actions, un corollaire désormais inutile à justifier politiquement.

 

Une police armée pour la guerre sociale

 

   En effet une fois installé ce jeu de « memory » -comprendre un amalgame islamiste/bronzé, narco-Etat ou cartel / dealer, rebelle / terroriste…-, les forces de l’ordre sont légitimées pour réprimer tout ce qui déborde, qui échappe ou « contenir » à l’avance les contestations les plus élémentaires, quelles que soient leur expression, et qui, au mieux, risquent de porter préjudice ne serait-ce qu’à l’ image du Pouvoir et du capitalisme auquel celui-ci est inféodé. Dès lors les moyens mis en œuvre reposent sur des stratégies, des modes opératoires du maintien de l’ordre éprouvés issus des réflexes coloniaux. Il n’est pas d’aujourd’hui que la République écrase dans le sang les mouvements populaires comme elle l’a fait lors des opérations de « pacification », parfois génocidaires, des populations à Madagascar, aux Comores, en Côte d’Ivoire, au Maroc, en Algérie (bien avant la guerre d’indépendance), en Indochine... ou, dans les années 1980 en Nouvelle Calédonie et à La Guadeloupe en 2009-2010.

 

   La brutalité policière devient systématique dans l'intervention en milieu urbain : rafles, évacuations musclées de squats ou de "jungles" (7), portes défoncées au bélier à l'aube ; elle est également de mise lors de la répression des mouvements sociaux. Ainsi les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont pu être qualifiées de "batailles" à Strasbourg lors du sommet de l'OTAN en 2009, à Poitiers en 2009 -année décidément "riche" en évènements socio-politiques- lors de manifs anti-carcérales, à Grenoble après la mort d'un jeune à l'issue d'une course poursuite avec la police... Quelle que soit la variable de la contestation, la réponse étatique est globale : tentative de contention des foules, charge et autres stratégies de dispersion et/ou de groupes ou d'individus ciblés ("meneurs", militants repérés, ou plus simplement au faciès), agression physique, arrestations, plaintes de la police pour rebellion, jugement (après la case hôpital). Outre l'esprit de corps et la psychologie viriliste des flics, la violence policière repose sur plusieurs paramètre bien intégrés. En premier lieu une toute-puissance vis-à-vis de populations exigées soumises et culpabilisées, ensuite un sentiment d'impunité le plus souvent avérée,enfin un équipement garantissant l'anonymat (uniformes, casques à visières fumées...) et des armes directement inspirées de l'attirail militaire mais... "non-léthales" : tonfa, flash-ball, taser... Et pourtant elles tuent. Régulièrement.

 

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Le mort paradoxal

 

    En 1986, à la suite de la mort de Malik Oussekine (8), tué par des "voligeurs"(9) en marge d'une manif contre le "projet Devaquet", Robert Pandraud, Ministre délégué à la sécurité, sous la tutelle de Charles Pasqua, ministre de l'intérieur de l'époque, déclare : « Si j'avais un fils sous dialyse, je l'empêcherais d'aller faire le con dans les manifestations ». C'est ce fameux "syndrôme Malik Oussekine" qui obnubile l'Etat : surtout pas de mort civil ! Tout en incitant les forces de l'ordre à se lâcher, les auteurs d'homicide assermentés et leurs chefs parlent d'"accident" ; aujourd'hui encore, les victimes des impulsions électriques des tasers seraient aussi des malades (cardiaques, notamment) qui auraient dû rester chez eux. Des émeutes se sont propagées en 2005 à Clichy-sous-bois, qui se sont étendues à d'autres quartiers populaires partout en France, après la mort par électrocution de deux jeunes de 15 et 17 ans traqués par la police... En 2007, à Villiers le Bel, une voiture de police percute la mobylette qu'elle poursuivaient : deux jeunes sont tués. Là encore, bidouillage dans la version des flics. Résultat, deux nuits de combats entre forces de l'ordre et habitants ; la police essuie des tirs venant de fenêtres des blocs du quartier. 1 100 flics, toutes brigades confondues, débouleront à l'aube pour arrêter 33 personnes.

 

   Force est donc de reconnaître que les opérations menées dans ces quartiers relèvent d'une guerre de basse intensité, livrée à la "racaille", jeunes de ces zones où sont con-centrés les travailleurs dont, immanquablement, une forte proportion de travailleurs immigrés, ou considérés comme tels, et leurs familles.

Paradoxalement, du côté des vraies guerres, la doctrine du "zéro mort" concerne les militaires. Lors de la première guerre du Golfe, des pilotes de l'USAF, racontaient leurs sorties comme des jeux vidéo. Des explosions au sol, des points marqués, au pire des dégâts reconnus "colatéraux". Les guerres d'Irak et d'Afghanistan, l'occupation des territoires amène un contact avec l'ennemi. Et les cercueils rentrent : du plus mauvais effet. Mais qui permet, dans la phraséologie étatique, d'entretenir le fantasme du terrorisme tentaculaire qui viendrait jusque dans nos bras égorger nos filles et compagnes (10).

 

Le stratagème du Suburbistan

 

   L'installation du système capitaliste français s'est inscrit dans le contexte de la domination coloniale. Son intérêt, en cas de troubles dans les territoires occupés, est bien de créer l'identification ou la confusion des mouvements à caractère social ou professionnel avec les mouvements politiques de résistance et /ou de rejet du régime colonial (11). En ethnicisant leur lutte contre la classe ouvrière, Etat et patrons imposent les clivages nécessaires au maintien de l'ordre établi socialement, économiquement, politiquement. À cet égard le musulman est aujourd'hui un candidat de premier choix. Déjà, c'est sous ce vocable qu'était désigné l'indigène en Algérie française. Il permet également l'association d'idée simplissime musulman/immigré/délinquant et d'appliquer un programme sécuritaire largement tiré du fond de commerce du FN. Enfin, il est le point de jonction idéal des guerres où le capitalisme nous mène et de la répression de révoltes où il nous conduit en sabordant les lieux de production, en exploitant les sans-papier davantage encore que les travailleurs du terroir, en perpétuant les ségrégations de type colonial ailleurs (DOM-TOM compris).

 

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   Les gesticulations pathétiques autour de l'identité nationale, de la place de l'Islam en France sont des écrans qui masquent un fond bien plus crucial : les rebellions populaires croissantes et de plus en plus fréquentes doivent absolument être prévenues (12) ou écrasées. La guerre de classe menée par l'Etat et le patronat repose sur la division du prolétariat, son auto-contrôle, sa responsabilité dans sa condition, l'illégitimité de la contestation, la criminalisation de son ex-pression dans la rue, l'entreprise, le bâtiment public. De la même façon qu'à l'échelon international, le contrôle des frontières est vital, la ghettoïsation des quartiers sensibles en est un élément essentiel. Lors du sommet de l'OTAN de 2009, des militants ont été empéchés de rejoindre Strasbourg, (cars bloqués aux frontières, contrôles inerminables...) de la même façon que des jeunes venant des banlieues avaient été interdit de participer aux manifs anti CPE en 2006. Avec toujours l'alibi du "casseur".

 

   De proche en proche ou de loin en loin, de loi en loi, il se dessine le profil du "casseur", du "rebelle", du "terroriste". Il ressemble comme deux gouttes de pétrole à un travailleur de plus en plus précaire, à un immigré, à un jeune sans avenir... Quelqu'un de gris dans une zone grise. Et qui va être de plus en plus difficile à mater.

 

 

Notes :

 

(1)Voir entretiens avec Mathieu Rigouste, chercheur en sciences sociales, auteur de « L’ennemi intérieur »

(2)Le 16 septembre au 20Heures, France 2, pour illustrer un sujet sur la « surreprésentation de certaines minorités ethniques dans la délinquance française, a offert en illustration six bobines de noir-e-s et arabes qui s’avèreront être celles… de salarié-e-s de la chaîne tirés des archives ! Une employée a porté plainte (cf. le Canard enchaîné).

(3)La convocation des caméras lors des opérations coup-de-poing -sans compter remakes et bidonnages lors de la découverte d’armes notamment- peuvent être comparés à la mise en scène, filmée depuis la plage, du débarquement des GI’s en Somalie.

(4)Même la SGT-FO Police s’en est émue… (cf. Rue 89 du 3 février 2011)

(5)Mentionné par Rue 89 et le bulletin n° 94 de Résistons ensemble

(6)cf. Le Monde.fr avec AFP ; 7 août 2008

(7)Terme désormais générique pour les campements de fortune des migrants autour de Calais

(8)Mlik Oussékine était un jeune étudiant franco-algérien atteint d'une affection rénale.

(9)Désigne des flics en binôme : l'un pilote, l'au-tre cogne. Sections dissoutes depuis. (10)En 2006, alors qu'il était ministre de l'Intérieur, Sarkozy avait fait retirer leur badge d'accès à plusieurs dizaines de bagagistes musulmans des aéroports parisiens de Roissy et Orly. Quatre des bagagistes concernés ont saisi jeudi le tribunal administratif de Pontoise. Une plainte pour ""discrimination"" a été déposée auprès du procureur de la République de Bobigny au nom de la CFDT.

(11)Voir le site : etudescoloniales.canalblog.com

(12)Dès que Sarkozy se rend quelque part (usine, province, télé, salon...), un périmètre de sécurité infranchissable est mis en place -même les riverains ne peuvent plus rentrer chez eux-, les figurants triés sur le volet, les forces de l'ordre massives et surarmées.

 

 

Encadré n°1 : Black out in Africa

 

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A quand un équipement français pour la police tunisienne ?

 

   La réaction avérée du soutien de l’Etat français jusqu’à l’ultime limite au régime totalitaire de Ben Ali en Tunisie (ancien protectorat français) en démontre parfaitement l’aspect idéologique. La proposition d’Alliot-Marie d’exporter le savoir-faire des forces anti-émeutes françaises (en l’occurrence les CRS et la livraison d'armes anti-émeutes) est à comparer avec l’intervention de l’armée française pour sauver Deby au Tchad (ex colonie française), par exemple récent. On comprend alors que mater une révolte populaire dans le premier cas, relève des mêmes exigences que de combattre une force armée rebelle à l’« Ami » au pouvoir dans le second : maintenir les intérêts de la France -et en l’occurrence, anecdotique, familiaux-, c'est-à-dire la mainmise économique et géopolitique, desquelles Etat et capitalistes occidentaux tirent un profit essentiel. En novembre 2004, l'armée française indécise entre le coup d'Etat anti-Gbagbo et le "rétablissement de la paix" tirait délibérément sur les manifestants. Bilan : 90 morts au jugé ; justification du ministère de la Défense :" légitime défense élargie". Une armée étrangère qui invoque la légitime défense dans une intervention néo-coloniale !

 

   Dans son délire médiatique de (presque) fin de règne, Khadafi a bien rappelé que les Etats et entreprises occidentales, et nommément la France, ont d'énormes intérêts en Lybie. Et partout sur le continent africain. En rafale en quelque sorte...

   Les accords franco-africains ( entre six et huit selon les chiffres de 2008, jamais unanimes selon qu'ils viennent du Parlement ou de la Défense ) reposent sur un marchandage issu des indépendances respectives des pays "contractuels". Ce qui importe, ce sont les clauses inavouées (inavouables ?) -secret défense oblige- inhérentes aux accords en question. En gros : " le deal est simple : vous nous réservez vos matières premières et on vous assure la conservation du pouvoir "*. Et qui s'applique pareillement à ce qui relève des marchés publics. Comprendo ?

 

   Le "savoir faire" français, en terme de "techniques de renseignement", a lui aussi été fort prisé dans les années soixante-dix par les dictatures d'Amérique du sud dans le cadre de l'opération Condor -pour faire vite l'éradication du communisme- chapeautée par la CIA, longtemps impressionnée par la démonstration de la "bataille d'Alger". Aussaresses alla donner des cours au Brésil' en tant qu'attaché militaire au CIGS (Centre d'instruction de la guerre dans la jungle), enseignant "la guerre sale" à l'usage des Pinochet, Videla et consort. On a les gloires qu'on mérite...Qui penserait aujourd'hui qu'une telle ingérence consentie par une dictatutre pour son maintien au pouvoir, au Maghreb ou au Moyen-Orient par exemple, soit possible ? Les compagnies minières ? agro-alimentaires ? la grande distribution ? le lobby militaro-industriel ? Il faudrait pour cela que la patrie des Droits de l'Homme ouvre au public son plus beau patrimoine exotique : son jardin secret... défense ! Qu'on sache un peu s'il sent tant que ça le jasmin.

 

*Voir l'article de Raphaël Granvaud dans le numéro de novembre 2008 de la revue Regards.

 

Encadré n°2 : Gros yeux et grandes oreilles

 

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   Sous Mitterrand et sa pratique quasi-pathologique des écoutes téléphoniques, la culture du renseignement surdéveloppait la surveillance de l’opinion, et du territoire. Pour Chirac : "les RG" (Renseignements généraux, qui ont depuis fusionné avec la Direction de la surveillance du territoire pour former la DCRI) "devaient rester un instrument de contrôle politique". Avec Sarkozy, le pêcher mignon du premier se cumule aux conceptions du second pour prendre, à coups de dispositions legislatives et de développement technologique, une ampleur délirante, au vrai sens du terme.

   La mise sous contrôle de territoires et de goupes ou d'individus ciblés nécessite la mise oeuvre de moyens techniques, logistiques et humains. Reste à légitimer les dispositifs imposés à la population, à l'y soumettre, de gré ou de force, la première option restant politiquement (au sens clientéliste) la plus payante.

 

   Chacun sait la tendance à l'omniprésence de la vidéo-surveillance, que cette dernière soit révélée ("souriez...") ou installée en douce. Davantage ignorent que toute personne impliquée dans une affaire quelconque, fût elle hors de cause (témoin d'un accident de la route par exemple), peut rester fichée à perpète, si, par "négligence" son nom demeurait stocké dans la machine. Le fichage génétique quant à lui a opéré un dérapage contrôlé -il faut être naïf ou hypocrite pour imaginer que le schéma exception/systématisation n'est pas programmé à la source, et depuis l' Hadopi l'Etat peut fouiner chaque recoin de la vie privée et/ou épistolaire de tout internaute. Un décret publié au JO le 1er mars contraint les fournisseurs d’accès à l’internet, les hébergeurs et prestataires de services web et de réseaux sociaux à conserver les données permettant d’identifier qui sont les gens qui vont sur l’internet, ce qu’ils y font, quand, et comment. (1)

 

   Quasiment personne ne sait que les dernières générations de téléphone mobile sont équipés d'un système permettant non seulement de le localiser, mais aussi de capter ce qui est dit dans la pièce, y-compris lorsque l'appareil est éteint. Pas de surprise, l'industrie du blabla et du voyeurisme a une vocation de communication qui confine au renseignement. Ce qui se trame est un calque hexagonal du flicage total élaboré par le NSA (National Security Agency) yankee dont le réseau Echelon qui désigne le système mondial d'interception des communications privées et publiques (SIGINT), élaboré par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. De quoi faire saliver le renseignement français.

 

   Voilà pour le suivi des individus ; certains étant privilégiés intrinsèquement par le dispositif (hommes ou femmes publics, militants, journalistes voire avocats ou juges et aujourd'hui... militaires et diplomates ! (2)

 

   Selon Bernard Squarcini, directeur de la DCRI, "la reproduction du terrorisme en Europe même, via Internet ou par symbiose de jeunes déracinés avec des personnages liés à des organisations terroristes, est un phénomène de plus en plus inquiétant". Il appelle de ses voeux la création d’une "académie du renseignement" : "Les échanges, la mobilité, la connaissance des uns et des autres favoriseront le fonctionnement en réseau et démultiplieront l’efficacité des actions".(3) Argument majeur pour la promotion de l'infiltration des quartiers par des agents opérant sous un peudo comme de vulgaires tchateurs. Qui plus est, ces indics seront couverts, à l'instar des vrais espions et autres agents secrets : révéler le vrai nom de ces agents-espions, ou leur appartenance à l’un des services, coûtera 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Un délit porté à 7 ans et 100 000 euros d’amende "lorsque cette révélation a causé des violences, coups et blessures aux personnes concernées ou à leur famille" ; et jusqu’à 150 000 euros d’amende en cas de décès. Ce n’est pas tout. Alors que policiers et militaires ont déjà la possibilité de témoigner sous X, leur nom n’apparaîtra plus dans le dossier. Leur "identité réelle, souligne le projet de loi, ne doit apparaître à aucun stade d’une procédure judiciaire". Même le juge ne pourra pas exiger de les connaître. Seuls, les chefs de service des agents pourront être entendus en qualité de témoins (4). On comprendra que pareille garantie est un atout majeur de l'entrisme au sein de groupes ou organisations jugés subversifs. L'Islam polygame ou le terrorisme épicier donnant le change légitimé à toute entreprise barbousarde d'éradication, en amont, des luttes (qu'elles nous paraissent justes ou pas ; la criminilisation populiste étant un fourre-tout sans fond). S'ensuivent presque naturellement les gros moyens -patrouilles permanentes, vérifications au faciès (ethnique ou social) à vocation provocatrice, rotations de drones et d'hélicoptaires- surdéveloppés en cas de mouvement quelconque(5).

 

   Pour l'ordre dominant tout est simple (mais coûte cher) : tout voir, tout entendre et e mpêcher d'agir. L'officine centrale du renseignement n'a nulle vocation à protéger le "citoyen" ; elle est destinée à endiguer les véléités d'émancipation des classes dangereuses, d'interdire une possible coalition de celles-ci avec l'électorat de base, dont le sentiment d'insécurité est le gage de la docilité, quite à faire de chacun le flic potentiel de l'autre. Qui vivra verra. Et réciproquement.

 

(1)Voir l'article Comment le FBI, le PS et Estrosi ont mis le net sous surveillance ; Jean Marc Manach/ovni.fr

(2)cf les groupes clandestins "Surcouf" ,des hauts gradés qui ont publié sous ce pseudo leurs états d'âme quant à la réorganisation des armées voulue par Sarkozy et "Marly", des diplomates signant des tribunes contre l'amateurisme de la France.

(3) source : geostrategique.net

(4)ibid(3)

(5) Lors de la manif "No border" ( dont le parcours a été dessiné par la sous-préfecture de Calais !), 3000 flics en civil et en tenue, à pied, à cheval (si!) et en voiture ont été mobilisés pour -ou plutôt contre- moitié moins de partcipants.

 

 

Encadré n°3 : Le spectre de la guerilla urbaine

 

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   Guerilla urbaine à Villiers le Bel, à Lyon, à Paris, à Amiens nord, à Chambery, à Strasbourg, à Fort-de France, à Poitiers, à Grenoble... À en croire les unes et manchettes de presse depuis, allez : un quinquénat, la France serait en proie à l'insurection, tous les guillemets fissant par sauter. Le choix des mots, une fois vidés de leur substance, porte à croire que la "guerre civile" (entre guillemets) est aux portes voire dans les murs pourtant républicains de nos cités !

 

   Rappelons que la guerilla est une forme de guerre dissymétrique menée par le faible au puissant. Elle est mue par une volonté de résistance à une force armée ou/et à un régime d'oppression (1).

Alors certes, de-ci, de-là, des projectiles, même tirés par des armes à feu, atteignent sporadiquement des forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions, voire en dehors. Des mouvements sociaux sont aussi régulièrements émaillés de violences ; force est de reconnaître que celles-ci sont généralement le résultat de provocations policières ou suite à des déprédations commises à dessein par des flics infiltrés dûment cagoulés dans les cortèges. Des émeutes éclatent à la suite de "bavures" plus ou moins intentionnelles ou maquillées. Et alors ? C'est l'insurection-qui-vient ? Soyons lucides.

 

    La conscience politique individuelle de la guérilla et les raisons de la lutte sont aussi importantes que l’aptitude au combat. Hors les (ré)actions spectaculaires des "émeutiers" relèvent davantage des tripes que du combat politique. Ensuite, un lien direct, positif et entrenu avec la population est vital, moteur pour la poursuite et l'extension de la guerilla. De plus, la population non-combattante doit croire en un changement possible -et politiquement crédible- de sa condition au fur et à mesure des "petites victoires" remportées par les guerilleros. Enfin, le soutien actif de la population est crucial pour la lutte finale. Las ! À bien y regarder, en France, il y a des soubresauts d'ordre social, de la répression, des morts et... des appels au calme à coup de "marches blanches". Et bien sûr, le moins d'analyse politique possible : consternation, condamnation avec fermeté et la justice qui fera... son travail.

 

   Non, il n'y a pas de scènes de guerilla, pas plus à Stasbourg qu'à Grenoble ou ailleurs. Ce qui est réel c'est la construction d'un sentiment de rique insurectionnel venant d'extrémistes coupés des masses prêts à embraser des quartiers, des villes... à l'image du sentiment d'insécurité qui lui est préalable. Pour la classe dominante, Etat et patronat, le processus classique : législation, criminalisation, contrôle et répression.(2)

Restent les coulisses où, à tout hasard ?, les forces de répression se préparent à un éventuel "Grand Soir". Comme on l'a vu, les rebellions et guerillas produites dans les colonies ont amené à forger des pratiques qui, eprouvées demeurent fiables. Le contexte et la technologie d'aujourd'hui n'en étant que des adaptations. Des rumeurs venant des forces de sécurité intérieure françaisesfont état d'une coordination avec la Mishtara (police nationale israélienne), dont la seconde, experte en terme de fusion des activités de contrôle de la population (occupée et hostile en premier lieu), de pouvoirs policiers, d'activités d'espionage et d'opérations anti-terroristes.(3) Il est vrai que l'Etat israélien ne peut ignorer la guerrilla.

 

   Sur fond de lutte contre le terrorisme -qu'est-ce-que ça englobe ?-, le ministre de l'Intérieur (Hortefeux), a inauguréen 2009 la FIPN Force d'Intercvention de la Police Nationale), sa structure opérationnelle. Cette task force, pendant civil du GIGN, sera capable de mobiliser 500 policiers d'élite en cas de nécessité, notamment lors de gros rassemblements de masse, tels que les grands évènements sportifs ou autres sommets du G20. La Force d'Intervention de la Police Nationale intègre sous une même bannière, autour de 120 hommes du RAID (Unité d'élite de la Police Française), les 279 athlètes, tireurs d'élites et logisticiens des brigades anticommandos de Paris ainsi que 200 policiers issus de 10 groupes d'interventions de la police nationale. Cette structure disposera, grâce à un budget propre de plusieurs millions d'euros, d'un attirail impressionant: drones furtifs et espions, détecteurs thermiques, nouvelle génération de radars, plusieurs postes de commandement mobiles bourrés d'électroniques... Elle pourra également disposer des appareils du groupe interarmées d'hélicoptères, d'autres appareils militaires ou des avions de la police des frontières.(4)

Toutes les dictatures, tous les régimes totalitaires, toutes les idéologies impérialistes, ont défini publiquement le résistant, l'insurgé comme "terroriste", un mot bien plus maléable et rassurant que "guerrillero".

 

 

(1) Guerilla remonterait à un mot castillan signifiant "petite guerre" et suggérant les tactiques mises en oeuvre pour s'opposer au régime imposé en Espagne par Napoléon Bonaparte.

(2)Avec une cerise sur le gâteau trop souvent ignorée : les systèmes , équipements et techniques de surveillance sont des marchandises et services exportables et un bon petit coup de force une vitrine alléchante pour les dictatures qui, elles, ont parfois affaire à de véritables guerillas.

(3) source : planete nonviolence.org se référant au "canard enchaîné" sans en donner toutefois la date de parution

(4)http://forum.anarchiste.free.fr et ailleurs.

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 22:04

 

   Le 27 mars 2008, le Fort de St Pierre, porte conteneur de la société CMA CGM appareille de Fort de France. Cap à l'est. A son bord 48OO Tonnes de bananes des Antilles. Douze jours plus tard, il touche le port de Dunkerque. Ce trajet en apparence anodine, quoi de plus normal pour un bateau que de transporter des marchandises ? Mais ce voyage marque plusieurs événements d'importance : d’une part la reprise de la production de bananes aux Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique) après le passage du cyclone Dean qui a ravagé les plantations d'autre part, la reprise du trafic de bananes sur le port de Dunkerque et l'inauguration d'un espace spécialisé dédié à ce trafic, enfin l'intervention d'un syndicat de dockers qui a annoncé son intention de maintenir la paix sociale sur les docks.

 

Un flux de marchandises d'apparence anodine on peut ainsi permettre de comprendre tout un pan d’une économie basée sur l’exploitation du travail.

 

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Un syndicat couleur... banane

 

   A Dunkerque, pour la première fois de ses 18 ans d'histoire la CNPTA (Coordination Nationale des Travailleurs Portuaires et Assimilés) a appelé à une grève le 20 janvier 2011. La contestation portait sur la reconnaissance de la pénibilité du travail sur les docks . Ce syndicat né d'une scission de la CGT lors de la réforme portuaire de 1992 n'a jamais fait mystère de vouloir maintenir coute que coute la paix sociale sur les docks.

 

 

Situation du port de Dunkerque

 

    Le port de Dunkerque s'est développé à partir de 1959 avec la création du complexe sidérurgique industrialo portuaire d'usinor (aujourd'hui Arcelor Mital) et la raffinerie des Flandres. Dans les années 70 l'extension des quais et des docks lui permet d'accueillir les pondéreux (charbons et minerai), les pétroliers (en lien avec la raffinerie des Flandres créée par Total en 1974), les conteneurs mais également le " vrac sec ", (essentiellement des produits agricoles) et un terminal roulier pour les camions. Troisième port de France, le Port Autonome de Dunkerque se trouve à la sixième place sur la façade maritime du Havre à Hambourg. Il est en concurrence directe avec le port de Zeebrugge en Belgique. Son arrière pays (Interland, zone de départ ou d'arrivée du fret transitant par le port) passait par la Picardie pour les pondéreux et les produits agricoles mais aussi l'Angleterre en tant que port de reroutage, la Belgique en association avec une filiale des chemins de fer belges " IFB ". Plus loin, Dunkerque réexpédie vers les aciéries de Florange en Moselle pour les produits sidérurgiques mais également vers l'Allemagne rhénane. Dans la pratique l'essentiel du tonnage était destiné à l'industrie dunkerquoise. L'année 2005 constitue avec 53,33 Millions de tonnes une année record pour ce port qui mise sur la diversité des possibles plutôt que sur un marché défini et garanti. Or depuis 2005, les difficultés s'accumulent sur le port: fermeture d’aciéries, concurrence du tunnel sous la Manche, désengagement de partenaire anglais, choix de Zeebruge pour le trafic Roro d'automobiles entre Espagne et Europe du Nord et dernièrement la fermeture de la raffinerie des Flandres mettent à mal les perspectives du port qui se voit contraint de se concentrer sur quelques niches comme les filières agricoles froid. D'où le développement du trafic de banane entre la France et les Antilles.

 

 

La Banane aux Antilles, c’est bon pour les esclaves


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    Si l’on dit que les troupes d'Alexandre le Grand auraient mangé des bananes lors de la conquête de la vallée de l'Indus, les premiers européens connus à en manger sont les portugais lors des voyages d'exploration le long des côtes de l'Afrique. Pour mémoire rappelons que ces voyages sont à l'origine du premier empire colonial européen. La banane est ensuite exportée de la Guinée aux Antilles avec les cargaisons d'esclaves qu’elles sont censées nourrir. Les premiers plants " occidentaux " du bananier sont introduits à Saint-Domingue en 1516, soit seulement 20 ans après la découverte. Ce n'est que progressivement que les européens s'approprient ce fruit nourrissant et riche en vitamines. Une fois réalisé le pillage des ressources en or et un premier partage, le développement colonial s'oriente sur la monoculture de produits tropicaux: canne à sucre essentiellement, la banane ne servant que pour les populations locales esclaves.

 

   Une ordonnance royale du 7 septembre 1736 obligeait les maîtres à planter 25 plants de bananier par esclave possédé, au minimum. Elle est, avec le manioc, la nourriture de base de la main d'œuvre esclave productrice de canne à sucre. La banane dont il s'agit est en fait la banane plantain. La forme de fruit stérile que nous connaissons est issue de multiples croisements : le fruit voyage très mal à température normale. Il ne peut voyager qu'une fois séché et ses propriétés sont alors moins intéressantes.

 

 

Les républiques bananières

 

   Avant 1870 les américains n'avaient jamais vu une banane. Mais cette année-là l'ingénieur ferroviaire Minor Cooper Keith exporta du Costa Rica les premières bananes au port de la Nouvelle-Orléans. Trois décennies plus tard, les USA consommaient approximativement 16 millions de régimes par an. Pour la construction des routes qui vont de Puerto Limon à San José, il avait recruté une première cargaison de 700 voleurs et criminels des prisons de Louisiane; seulement 25 survécurent aux dures conditions de la jungle et des marais. L'homme d'affaires ne se découragea pas et fit venir 2000 Italiens. A voir les conditions de travail, la plupart préférèrent fuir dans la forêt. L'entrepreneur attira alors des Chinois et des Noirs, en apparence plus résistants aux maladies tropicales.

 

   Dans l'installation des premiers 40 kilomètres de rails, 5000 travailleurs moururent. Il se fit des relations dans la provinciale haute société costaricaine, soudoya des politiciens, acheta des autorités et obtint la concession du chemin de fer flambant neuf pour 99 ans. Il put alors se consacrer à plein au négoce de la banane. En 1899 il chercha des associés et fonda à Boston l'United Fruit Company, la compagnie bananière la plus grande du monde, avec des plantations en Colombie, au Costa Rica, à Cuba, au Honduras, en Jamaïque, au Nicaragua, au Panamá et à Saint Domin-gue. En peu de temps il devint propriétaire de 10 % du territoire costaricain et se fit connaître comme “le roi sans couronne d'Amérique centrale”.

 

 

" L'homme banane "

 

   En 1895, à 18 ans Zemurray commença à acheter à bas prix des bananes sur le point de se décomposer sur les quais de la Nouvelle-Orléans. Il les vend rapidement à des villages voisins. A 21 ans il possède 100.000 dollars sur son compte en banque. En 1910 il est propriétaire de 6000 hectares, mais il est endetté avec diverses banques américaines. Il décide alors de s'emparer de tout le pays au moindre coût. Il y parvient l'année suivante en s’appuyant sur l’ancien président Manuel Bonilla, Lee Christmas, Guy “Mitrailleuse” et Molony, des tueurs professionnels. En janvier 1911, les quatre em-barquent à bord d'une flotte de corsaires en direction du Honduras. Armés seulement d'une mitrailleuse lourde, d'une caisse de fusils à répétition, de 1500 kilos de munitions et de bouteilles de bourbon, les mercenaires dévastent tout sur leur passage et arrivent à Tegucigalpa le 1er février 1912 où ils installent Bonilla au pouvoir.

 

   En 1912, le président reconnaissant attribue à Zemurray une concession libre d'impôts de dix mille hectares pour cultiver la banane durant 25 ans.

 

   La colonisation n'est plus le fait des états ou des églises mais celui des entreprises privées. Cette étape marque la forme actuelle du colonialisme. Aujourd'hui encore on parle de " bananes dollars " provenant principalement de l'Equateur, du Costa Rica, de la Colombie et du Panama, et ainsi dénommées parce que commercialisées par des firmes multinationales, notamment américaines (Chiquita, Dole Food Company)

 

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Monoculture coloniale

 

   Avant la banane d'exportation, le modèle économique de la Guadeloupe est en crise : la monoculture coloniale de la canne à sucre ne s'est pas remise de la concurrence de la betterave ni de la disparition définitive de l'esclavage en 1848. Mais l'abolition ne s'accompagne pas de réforme agraire. La propriété agricole reste entre les mains des planteurs alors que la plupart des anciens esclaves désertent le travail de la canne à sucre. La production connait une chute. La Guadeloupe qui produisait 37 994 tonnes de sucre en 1847 ne peut plus garder sa capacité malgré l'arrivée des Indiens en 1854.

 

   La banane d'exportation aux Antilles est récente, elle se développe dans les années 20. Depuis longtemps déjà, en France, la banane était un fruit apprécié. Elle venait alors des Canaries.

 

   Il ne faut pas s'étonner du temps mis par la production antillaise pour s'imposer sur le marché : les liaisons maritimes n'étaient ni sûres, ni régulières, ni rapides ; les distributeurs européens étaient déjà habitués à d'autres provenances, à d'autres qualités. Les mûrisseurs, qui avaient noué de longue date des liens avec les Canaries privilégiaient naturellement leurs fruits. Dans les années 1920-30, les exportations de bananes de la Guadeloupe se substituent aux produits dérivés de la canne à sucre : de 30 tonnes de bananes en 1922 on passe à 40 000 tonnes à la veille de la seconde guerre mondiale. Ce développement s'accompagne de celui des structures capitalistiques en charge de cette production : création en 1928 de la compagnie locale " La Fruitière " qui prend en charge le stockage et les exportations. La culture de la banane profite de la mesure de taxation des bananes d'importation en métropole au profit des bananes antillaises : les plantations se font massives, et les exportations vers la métropole décollent rapidement. Parallèlement la culture de la banane va structurer la société antillaise : aux grands colons la production sucrière et aux " petits planteurs " la production de bananes. Historiquement, c'est donc de 1928 à 1939, et grâce à la banane, que se crée dans les campagnes une petite bourgeoisie paysanne. Souvent même, il y a une concurrence locale entre exploitants de bananes et la propriété békée ancestrale et parvenue restant, elle, fidèle au sucre.

 

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Banane ... et patriarcat

 

Peau de bananes et casques lourds

 

    La banane antillaise est concurrencée après 1946 et la départementalisation en DOM par la banane " dollar " puis par la banane africaine. La production ne survit que grâce aux subventions de l'état. A la Guadeloupe, une première grève d'ouvriers des sucreries, le 14 février 1952 est réprimée dans le sang sur la commune de Moule : l'armée tire sur les grévistes. La journée est restée dans l'histoire locale sous le nom de massacre de la St Valentin. A la Martinique des émeutes font 3 morts et de nombreux blessés à Fort de France en 1959. En Octobre 1960, dans le contexte de la Guerre d'Algérie, Debré prend une ordonnance qui pose que " les fonctionnaires de l'État et des établissements publics de l'État en service dans les DOM dont le comportement est de nature à troubler l'or-dre public peuvent être, sur la proposition du préfet et sans autre formalité, rappelés d'office en Métropole par le ministre dont ils dépendent pour recevoir une nouvelle affectation. Cette décision de rappeler est indépendante des procédures disciplinaires dont ces fonctionnaires peuvent faire l'objet. Elle est notifiée par l'intermédiaire du Préfet qui peut prendre toutes mesures nécessaires à son exécution." Cette ordonnance est utilisée contre les indépendantistes antillais Dufond, Guiteau, Mauvois et Nicolas membres du Parti Communiste Martiniquais ainsi que de Edouard Glissant et Marcel Manville créateurs du front antillo-guyanais pour l'autonomie, tous fonctionnaires exilés, rétrogradés, sanctionnés pour leur appartenance politique. Par ailleurs les autorités maintiennent une violence répressive endémique depuis les années 20. Le maire qui prononça le discours lors de l'enterrement des trois victimes fut poursuivi et suspendu par la justice coloniale.

 

   Avec la création en 1967 du Bumidom Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'Outre Mer, les Antilles connaissent une migration massive de main d'œuvre vers la métropole. La Guadeloupe ne vit plus que des importations de la métropole qui impose ses tarifs sur les biens vendus en supermarché . La France a besoin de main d'œuvre les antillais sont recrutés à l'image des ouvriers étrangers venus grossir les rangs des ouvriers des usines métropolitaines. Les salaires, envoyés “au pays” permettent le maintien de la soumission à l'économie coloniale des îles.

 

Le Chlordecone

 

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A partir de 1972 l'utilisation massive de pesticides détruit progressivement l'environnement. Destiné à lutter contre un charançon attaquant les bananeraies, le chlordécone détruit la santé des ouvriers agricoles d'abord, des antillais ensuite. Le produit est interdit aux USA en 1976 mais autorisé aux Antilles Françaises à plusieurs reprises. Il est interdit depuis 1990 mais les planteurs de bananes eurent droit à une dérogation de 3 ans.

Le chlordécone a pollué toutes les Antilles. Les plantations de bananes étant situées en amont des terres agricoles, il a contaminé les cultures de patates douces en aval, puis l'eau des rivières et leurs élevages d'écrevisses, les crabes en bord de mer, les bovins, le lait de vache, jusqu'au sang de 90 % des femmes enceintes. Seules les bananes - sauf à en déguster la peau - échappent à cette contamination. . En septembre 2007, le rapport du professeur Belpomme dresse l'état des lieux de la pollution: le produit fortement cancérigène est présent partout. Il parle de " désastre sanitaire ". Un lobby bananier tente de développer une con-trexpertise en vain, même si des travaux ont été entrepris pour faire repousser des bananes. Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) estime que du fait des 1 250 tonnes de chlordécone répandues avant que l'usage ne soit définitivement interdit (1993), la pollution ne devrait disparaître que dans 7 000 ans !

 

 

La tempête Dean en Aout 2007 ravage 100 % des plantations

 

   "2007 devait être l'année phare du planteur", explique, Francis Lignières, président du groupement des Producteurs de Guadeloupe. " Après des années de vaches maigres, nous avions enfin achevé notre mutation et redressé nos exploitations." Cinq ans plus tôt la banane antillaise amorce son aggiornamento : divisée en plus de 40 marques, éparpillée sur des centaines de propriétés, minée par l'éternelle rivalité martiniquo-guadeloupéenne, discréditée à Bruxelles, la principale production agricole des tropiques français n'en finissait pas de perdre du terrain. Incapable de rester compétitive face aux coups de boutoir des bananes dollars et d'homogénéiser son système de distribution, la profession courait à sa perte. Le 1er janvier 2006, l'Organisation Mondiale du Commerce prévoyait de réduire les barrières protectionnistes européennes en vigueur. Réunis dans une seule structure: l'Union des groupements de producteurs de bananes (UGPB), présidée par Eric de Lucy - un béké martiniquais - les planteurs antillais ont donc sauvé leur profits, allant jusqu'à obtenir de l'Union Européenne un nouveau régime de montants compensatoires, non plus fondé sur la production mais sur une aide fixe. La production coloniale comptait maintenir les conditions de sa survie. Or en Août 2007, la tempête tropicale Dean fait 42 morts et ravage les plantations : " Les choses sont claires : 100 % de nos plantations ont été détruites. Au moins, il n'y aura ni polémique ni abus ", déclare Frédéric de Reynal, président de Banamart, principal groupement de planteurs martiniquais. Grâce aux subventions européennes et françaises, les bananiers ont été replantés et la production a repris. Les exportations aussi.

 

Les nouvelles bananes

 

A l'heure actuelle trois multinationales contrôlent à 60 % le marché mondial de la banane : Chiquita brands International, Dole Fruit Company et Del Monte Foods. 10 à 20 % du prix final revient dans le pays producteur et 1, 5 à 3 % dans la poche des paysans producteurs. Ceux des pays en développement comptant pour la majeure partie. A elles seules, l'Amérique du Sud et Centrale (Equateur, Costa Rica et Colombie) ont contribué pour près de 70% des exportations mondiales en 2006. Traditionnellement, les importations européennes de bananes proviennent de trois origines : de la production coloniale espagnole (Îles Canaries), et française (avec la Guadeloupe et la Martinique), de Grèce et du Portugal, des exportations en provenance des pays d’Afrique ont bénéficié d'un accès privilégié au marché européen par le biais de la Convention de Lomé et plus tard de l'Accord de Cotonou, et, finalement, d'Amérique centrale et du sud qui fournissent des pays dont le marché est libre.

La France ne s'approvisionnait avant 2006 qu'auprès de ses départements d'Outre-Mer (Guadeloupe et Martinique) et de deux pays : le Cameroun et la Côte d'Ivoire !

 

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Un os dans la banane

 

   Si depuis les années 90 des démarches ont été entreprises pour développer une production biologique , celle ci reste limitée : sur les 538 900 t que les français ont consommé en 2008, 48 % venaient de la Martinique, 23 % de Côte d'Ivoire, 14 % du Cameroun et 11 % de la Guadeloupe (11%). A la même date la production mondiale de bananes bio était de 152 000 tonnes. Les principales origines des bananes bio étaient la République Dominicaine 60.000 t, le Pérou : 27.000 t (en 2004), le Mexique, le Honduras,le Guatemala, les îles Canaries… Les importations françaises de bananes bio sont estimées de 5 à 6 000 t.

 

   Une autre piste est également développée pour améliorer la production de bananes: " Le Cirad développe depuis de nombreuses années des programmes de recherche sur les bananiers. Aujourd'hui, l'objectif général de ces recherches est de pouvoir proposer des systèmes de culture durables et respectueux de l'environnement. Pour ce faire, toutes les disciplines sont mises à contribution : l'agronomie, la physiologie, la phytopathologie, la génétique... Dans ce dernier domaine, le programme d'amélioration génétique cherche à créer de nouvelles variétés résistantes aux principales maladies et aux ravageurs de la culture. Ces variétés seront incluses dans des systèmes de culture où l'utilisation des pesticides aura presque totalement disparu. Alliés à une qualité accrue des fruits, ces caractères apporteront aux productions antillaises une valeur ajoutée plus grande.

Les programmes d'amélioration génétique en cours vont permettre d'obtenir un matériel génétique diversifié de grande qualité agronomique et organoleptique. Ce matériel sera valorisé à travers des réseaux régionaux de plate-formes d'échanges, favorisant les interactions entre les instituts de recherche et tous les utilisateurs, producteurs et transformateurs. " peut on lire sur une brochure de l'INRA consacré aux bananes. En conclusion, il s'agit bel et bien de nous faire bouffer des bananes OGM.

 

La lutte !

 

    Le Liyannaj Kont Pwofitasyon, ou abrégé en LKP (Collectif contre la profitation dans profitation, il faut comprendre “profiteur”, “exploitation” et tacitement “abus” que certains ont traduit par “exploitation outrancière”), est un collectif guadeloupéen qui regroupe une cinquantaine d'organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles de la Guadeloupe. L e collectif a été créé à la suite des premiers mouvements de décembre 2008 concernant le prix de l'essence en Gua-deloupe. En effet, comme tous les espaces dominés, les Antilles souffrent d’un déséquilibre commercial: exportatrices de matières premières, elles dépendent totalement pour leur approvisionnement de biens manufacturés de la métropole qui impose ses tarifs. Ajoutons que si le territoire est petit, les transports publics sont très mal organisés et par conséquent l’essence et les véhicules individuels jouent un rôle indispensable.

    Le collectif est à l'origine de la grève générale de 2009 qui a touché l'île entre le 20 janvier et le 4 mars. Sur la base de la grève précédente, le LKP a formulé un catalogue de 110 revendications (40 revendications sont ajoutées durant la grève) réparties en dix points de " niveau et condition de vie " à " arete pwofitasyon " (= arrêter la profitation) en passant par l'eau, l'aménagement du territoire ou la formation...

 

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    Le collectif parvient très vite à imposer ses mots d’ordres et ses pratiques : barrage des routes, fermeture des magasins, intimidation des patrons de l’hôtellerie en pleine période de carnaval et de vacances scolaires en métropole.

    A partir du 26 janvier, il obtient une négociation quadripartite: Patronat, Etat, représentants des élus et LKP soit au septième jour de blocage. Le ministre de l’outre mer qui n’intervient que le 1er février (11ème jour de grève) arrive avec plusieurs compagnies de gardes mobiles chargés de faire respecter la liberté de travail et de circulation. Après une semaine d’atermoiements le ministre repart. Les négociations sont dans l’impasse. Le patronat, les élus et l’Etat refusent l’augmentation de 200 euros pour tous les bas salaires. Le LKP réplique par des opérations “île morte”. Sur les barrages les affrontements deviennent quotidiens. De plus en plus de voix patronales dénoncent “l’irresponsabilité des syndicalistes qui vont torpiller l’économie de l’île”. Le 18 février, au 30ème jour de grève, on relève un mort sans qu’on puisse directement le rattacher à la lutte en cours. Dans la pratique, après chaque déblocage des routes, les jeunes réoccupent la chaussée et réinstallent les barrages. A partir du 20, les affrontements diminuent en intensité mais le MEDEF local refuse de prendre la suite de l’Etat dans la politique salariale. Le 4 mars le travail reprend dans l’île : la principale revendication : + 200 euros sur tous les bas salaires est satisfaite.

 

    La diversité des revendications et des membres du collectif à permis de tenir 44 jours de grève générale à la Guadeloupeet de déborder les structures d'encadrement dans une confrontation directe aux autorités. A l'heure actuelle le LKP négocie pied à pied face aux atermoiements des autorités d'état et au patronat beké sur les points non satisfaits du cahier des 150 revendications.

 

 

Références :

 

LIBERATION.17/10/2000. Un nouveau syndicat s’ancre chez les dockers.

http://www.dunkerque-port.fr/fr/presse/dossiers-presse-port-dunkerque.html

http://www.wk-transport-logistique.fr/actualites/detail/31607/le-mouvement-social-des-ports-francais-s-intensifie.html

http://lecodunord.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=404:dunkerque-port-charte-de-partenariat-avec-les-producteurs-de-bananes&catid=99:ports-et-eurotunnel&Itemid=139

Wikipédia : article banane

Marc Dufumier, « Amérique centrale et Caraïbes : les Républiques bananières de l'arrière-cour », in Agricultures et paysanneries des Tiers mondes, Ed. Karthala, Paris, 2008)

http://www.spandidos-publication.com/ijo/34/4/1037

http:collectif5fevrier.org

http://www.antilles.inra.fr/antilles/la_documentation/dossiers_et_documents

http://www.lkp-gwa.org/

F Gircour.LKP : grève générale en Guadeloupe. Syllepse. 2010

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 21:55

 

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    Quand Facebook est utilisé contre les lycéens titrait Libération le 19/11/2010. Cette chronique relatait le fait que dix élèves du Lycée Galilée de Combs la Ville ont été exclus les 8 et 9 Novembre 2010 de leur établissement au motif qu’ils avaient tenu sur Facebook des propos incendiaires et appelé à bloquer le lycée.

A Outreau, ce sont les collègiens d’Albert Camus, au moins quatre à notre connaissance, qui ont fait l’apprentissage de la lutte sociale vue par l’institution scolaire : Ils sont passés en conseil de discipline et ont été exclus quatre jours pour avoir appelé à bloquer le collège et tenté de mettre en oeuvre leur appel : Colle dans les serrures = dégradations du collège ! Rappelons qu’en brûlant force pneus et palettes sur la voie publique nous leur donnions l’exemple.

 

    La justice scolaire est à la justice sociale ce que la musique militaire est à la musique !

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 21:13

     La question du nucléaire, les catastrophes naturelles, le "printemps des peuples arabes", et les affaires politiques, financières, sanitaires... qui se téléscopent aujourd'hui dans les médias sont traités par ceux-ci, avec le ton qu'il faut, comme des sujets qui s'ensuivent "sans transition".

Ces derniers nous ont pourtant habitués au clou qui chasse l'autre, au drame qui éjecte la tragédie, à l'émotion qui remplace le sensationnel. C'est l'aubaine permanente qui permet aux "décideurs", au pouvoir comme dans l'opposition politicienne, de se faire oublier ou de se mettre en avant selon la nature et l'éloignement ou la proximité, réels ou supposés, de l'évènement. Le tout orchestré au quotidien autour de faits divers qui, faute de questions de fond, alimentent une frénésie de législation-paravent, de lois en trompe-l'oeil qui s'avèrent la plupart du temps démagogiques et, fort heureusement, inapplicables. Le schéma s'applique tout autant aux ukases d'ordre international.

Ce brassage confus trouvera ses limites dès lors qu'on le prendra pour ce qu'il est : une succession de manipulations plus ou moins opportunes aux desseins sociaux, économiques et politiques de la classe aux affaires.

 

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    Dans les rayons du savoir-faire français, un article de choix : le nucléaire. Là encore, la balle dans le pied qui se prend dans le tapis est devenu un classique. Outre le fait qu'on ne sait pas quoi faire des déchets, que des trains les transbahutent vers l'usine de retraitement, que des camions les déversent dans quelque commune à la Municipalité nécessiteuse et peu regardante, ou que des bâteaux les bazardent au Sud, l'opacité sur les risques de destruction massive est un dogme.(3) Le combat contre le nucléaire restant au second plan du citoyen lamda dès lors qu'il y est directement confronté, les militants ne sont souvent perçus que comme des idéologues alarmistes, leurs actions (blocage de trains, araisonnement de navire...) sont présentées comme des entraves à la raison technologique. Et de passer sous sillence la collusion du nucléaire civil/militaire, tarte à la crême bien emballée.

 

   La crême en l'occurence est appelée MOX. C'est un combustible dont la radiotoxicité est de 5 à 7 fois supérieure à celle du combustible à base d'uranium enrichi. Par comparaison grossière, le MOX est au plutonium issu des combustibles usés ce que le crack est aux déchets de raffinage de la cocaïne. Sur fond de guerre froide les USA et l'URSS avaient accumulé un armement nucléaire considérable : de quoi faire péter plusieurs planètes. Aussi, la paix (en)gagée avec le retour de la Russie dans le giron de l'économie de marché, les deux puissances ont parié sur le MOX pour éliminer les surplus militaires de plutonium dans le cadre de la politique internationale de désarmement nucléaire -sans compter le marché noir des vieilles ogives soviétiques-... Or, il s'avère que le développement du commerce international du combustible MOX et du retraitement associé pourrait accroître (plutôt que réduire) le risque de prolifération nucléaire. EDF, pour sa part, utilise depuis les années 1990 le mélange MOX pour 20 de ses réacteurs répartis sur six centrales (dont quatre pour celle de Gravelines)(4)

C'est là que le génie d'AREVA s'exprime : les centrales nucléaires mises sur le marché sont les plus sûres au monde. La preuve ? La France est prête -et ce n'est pas nouveau- à équiper la planète entière (et donc n'importe quel régime dément et à commencer par elle-même) de ses EPR, failles telluriques comprises !

Le doute s'est pourtant installé : le nucléaire, est-ce bien raisonnable ? L'Etat nippon va quand même réviser l'ensemble de son parc nucléaire, tandis que sa machine folle dégage des quantités de radioactivité fatales de plusieurs milliers de fois les doses "admissibles" ou "autorisées" (par qui ?). Merkel perd le Bade-Wurtemberg au profit des Grünen. Quant à Sarkozy, Il astique sa carte de VRP. C'est sa façon de compatir avec la population qui grésille au Japon, de plus en plus loin de Fukushima. Et à mesure que la "masse d'air" irradié enveloppe la planète, sans dommage exotique, s'entend : on balise, R.A.S....

 

    Le feu vert nucléaire ne risque pas d'être étouffé sous l'oreiller des politicards : la gauche ne peut guère faire montre d'opposition radicale en la matière (fissible); Aubry suggère une option de reniement du "tout nucléaire" (donc toujours un peu, beaucoup, à la folie ?) d'ici 30 ou 40 ans ! Les Verts demandent un référendum, la "sortie du nuc' s'opérant sur 20 ou 30 ans. La classe politique a ainsi en France le meilleur moyen d'empêcher la fermeture immédiate et définitive des centrales. L'artifice est classique quand il s'agit de décider de notre avenir. Les députés sont unanimes sur la question.

 

 

Issue de secours

 

    La sortie immédiate du nucléaire leur pose un problème plus politique qu'environnemental ou sanitaire : c'est au capital que doit revenir le bénéfice de toute alternative. Brevets et contrats sont une affaire de marché. Or, pour autant que ce soit urgent, les possibilités de substitution ne sont pas encore vérouillées en terme de profit - les motivations sont identiques à celles qui prévalent pour les sources d'énergie fossiles-. Reste comme appui l'argument crucial, l'idéologie fumeuse partagée, de l'indépendance énergétique de la France. Faut-il rappeler que "les mines d'uranium françaises sont aujourd'hui fermées, mais la contamination demeure. Les sites restent généralement accessibles au public, le danger n'est pas toujours correctement signalé. Les rejets de ces mines (qu'on appelle les "stériles") sont restés sur place. L'eau de pluie qui les traverse se charge de radioactivité, que l'on retrouve dans l'eau de boisson des habitants et du bétail."(5) Laissant aller à vau-l'eau ses propres gisements délabrés, la France va donc chercher son uranium en Afrique et surtout au Niger. La Patrie serait donc dépendante du Niger ? Bien-sûr que non, puisque la COGEMA est propriétaire des mines ! La garantie de notre indépendance énergétique, c'est le colonialisme ! Et si d'aventure, les Nigériens décidaient que leur sous-sol pourrait peut-être bien leur appartenir, et si les mineurs se mettaient en grève, et si...

 

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Petit commerce entre amis

 

     Ainsi l'émoi suscité lors des soulèvements des populations en Tunisie puis en Egypte contre leurs despotes respectifs interroge-t-il sur la nature des réactions de l'Etat et des entreprises français quant à la "pesée", particulièrement ardue, des intérêts en jeu et de la position à adopter. Soutenir les régimes dictatoriaux est resté la règle jusqu'à ce que "tout" s'avère perdu, frasques de copinage comprises. Il a donc fallu gloser sur les tergiversations, invoquant tantôt le "risque islamiste", cherchant tantôt le virage sur l'aile du clan au pouvoir vers la "démocratisation".

 

   D'une part les intégristes en question sont de fait absents de toute initiative de l'insurection, et d'autre part les conjonctions économico-politiques devaient être assurées quelle que soit l'issue du conflit. La soudaineté des évènements, pas même envisagés par les membres de l'ambassade, ni par la barbouzerie, a aussi joué dans le choix épineux du "bon camp". On comprend mieux la session de rattrapage en Libye avec l'option va-t-en-guerre, exutoire de tapis rouge et de contrats juteux. Le margoulin Kadhafi n'ayant finalement pas acheté nos Rafale, on les lui envoie contre les armes qu'on lui a vendues hier.(1)

 

   Le Libyen -s'en souvient-on ?- avait été privé de la foire-expo du 14 juillet 2008 à la tribune offcielle place de la Concorde, pour avoir manifesté ostensiblement son opposition au projet d'Union pour la Méditerranée cher à Sarkozy et aux grands patrons français. Le Tunisien Ben Ali, l'Egyptien Moubarak et le très controversé(2) Syrien El-Assad étaient eux alors des amis, invités au défilé.

 

   Pour l'heure la voix de la France toussote un appel à "l'arrêt des violences" en Syrie, ne moufte pas sur le Yemen, Bahrein, le Qatar...

 

   Trois choses sont certaines : d'abord, Sarkozy a besoin d'avoir "sa" guerre, ne fût-ce que pour endosser un costard international et hexagonal autre que celui qu'il s'est taillé dans l'exubérance et le comique de répétition. Ensuite la reprise en main de l'OTAN renoue à l'évidence avec la politique colonialiste de la canonnière que masque mal une prétendue "arabisation" du conflit, avec les interventions en armes et argent de l'Arabie saoudite et de l'un ou l'autre Emir chez un voisin en crise. Enfin, il urge pour l'Occident de faire émerger de la masse hétéroclite des insurgés les poulains compréhensifs pour un "avenir commun", comprendre : "à l'ancienne" et en pérennisant les projets entérinés par les désormais honnis prédécesseurs. L'ingérence humanitaire est l'alibi (sans jeu de mots) idéal d'un impérialisme sans cesse en quête de respectabilité. Les peuples à soumettre devenant secourables dès lors qu'ils refusent d'être soumis et qu'ils ont une chance, ou a fortiori la certitude, de renverser le pouvoir en place. Et de déployer rotomontades, armes et bagages à leur intention pourvu que lesdits insurgés sachent que ça n'est pas gratuit, que la démocratie à un coût, dont il faudra s'acquitter auprès des maîtres-exportateurs d'icelle.

 

   L'intervention est un investissement, qu'il s'agisse de guerre, de cataclysme ou de marasme économique. Le FMI et la banque mondiale ne sont jamais loin derrière les armées de militaires, de techniciens ou de secouristes.

 

 

Un fond social

 

    Car il faut qu'on se le dise, ce sont davantage les luttes des travailleurs sur le terrain qui sont le ferment des bouleversements tels que ceux qui traversent le monde arabe. En 2010, pour ne remonter qu'à un passé récent, au Yemen, une grève générale est menée en début d'année par le mouvement sudiste (autonomiste) en signe de refus d'être amalgamé à Al-Qaïda. En Algérie, les cheminots paralysent le pays en mai, en décembre, la police fait face à un mouvement étudiant. En Tunisie, les travailleurs de l'entreprise Teleperformance se mobilisent sur des questions salariales. En octobre 2010 toujours, les fonctionnaires marocains sont en grève. En Egypte, 800 travailleurs du pétrole (tiens !) débrayent et menacent de s'installer devant le Parlement (tiens,tiens !)... (6)

On a beau nous le seriner, il n'y pas de "Révolution Facebook". Médias et Capital ne vendent que l'écume d'une vague de fond qui surgit du désir, du besoin de l'émancipation du prolétariat. Il leur faut absolument évacuer cet aspect primordial, essentiel, des rassemblements de travailleurs dans la rue. Aucune puissance capitaliste ne pourra faire croire qu'elle adhère, de par son antagonisme définitif, historique, aux peuples qu'elle les soutient politiquement, économiquement, financièrement et militairement. Des masses de Libyens se précipitent à la frontière tunisienne et des Tunisiens s'exilent vers l'Italie... Rejet. Systématique. Que les insurections tournent court, que les réprimés se connectent aux "réseaux sociaux" de l'internet, qu'ils contactent leurs amis afghans, irakiens, kurdes, éthiopiens, érithréens, soudanais, maliens... ils apprendront vite comment ils seront reçus en Europe.

 

   S'il est un réseau objectif sur lequel il faut s'appuyer, ailleurs et ici, ensemble : c'est la rue. Que son expression soit internationale et s'inscrive dans la seule réalité qui vaille ici : la lutte des classes.

 

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Notes

(1)L'AQMI s'est borné a annoncer son soutien aux révolutions tunisienne et égyptienne mais envisage d'armer les rebelles anti-Kadhafi (Voir le "Canard enchaîné du 30 mars). Curieux paradoxe que des détenteurs d'otages occidentaux se retrouvent dans le même camp que ceux-ci contre un éxécuteur en chef qui appelait de ses voeux que l'Islam devienne "la religion de toute l'Europe", lors de sa visite à Berlusconi (Libé en ligne du 30 août 2010).

(2)Y-compris dans le monde arabe ; la suspicion étant générale quant à son implication dans l'assassinat de l'ex Premier ministre libannais Rafic Hariri.

(3)Le tabou définitif sur la question du nucléaire a été un postulat du "Grenelle de l'environnement". Les rapports sont bidonnés et le mensonge érigé en système.

(4)Source : Wikipédia

(5)Source : site Sortir du nucléaire

(6)Lire régulièrement la publication gratuite d'Echanges et mouvement : Dans le monde une classe en lutte, dont un tirage est joint en encart dans le présent numéro de La Mouette enragée..

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 17:40

 

A la suite des attentats du 11 septembre 2001, l’ère du tout sécuritaire franchit un palier supplémentaire. La sécurité n’est alors plus une simple histoire d’aviation. Les états veulent rapidement élargir ces moyens à tous les transports et renforcer la sécurité des liaisons maritimes. Le code international pour la sureté des navires et des installations portuaires (ISPS en anglais) est signé un peu plus d’un an après (le 12 décembre 2002) mais n’entrera en vigueur qu’en Juillet 2004.La sécurité portuaire prend alors un nouvel essor et les côtes voient fleurir de nouvelles entreprises spécialisées dans ce domaine.


Eamus Cork, l'opportuniste

 

  ECS est une entreprise dite « de sécurité portuaire » appartenant au groupe Eamus Cork. Ce groupe, créé en 2004 par Patrick Guerbette (ancien RG parisien puis responsable chargé de la sureté du site français d’Eurotunnel) est installé dans le nord de la France et compte cinq autres entreprises :

- Eamus Cork Sécurity (qui est spécialisée dans les métiers de la sécurité)

- Cogan consulting (qui, elle, est spécialisée dans la formation à la prévention des risques professionnels, domestiques et naturels).

- Fiona Consulting (qui fait de la gestion et coaching d’entreprise)

- Manannan Communications (entreprise de communication et d’édition qui publiera entre autre : « Les dieux ne sont pas immortels ou la légende d’Eamus Cork» écrit par … Patrick Guerbette)


   Les secteurs d’activités couverts par ces entreprises nous ont amenés à tenter de comprendre les intentions de Patrick Guerbette en nous penchant sur les activités sécuritaires de sa principale entreprise ECS. C’est en fin homme d’affaire que l’ancien policier crée son entreprise de sécurité portuaire 6 mois avant l’entrée en vigueur de ce code (en janvier 2004). Grand sportif, il surfe comme beaucoup d’autres sur cette vague du tout sécuritaire. Et ça marche (4M€ pour 115 salariés en 2009), Monsieur Guerbette gagne sa croûte en faisant virer les « clandestins » des camions. Sa toute nouvelle entreprise décroche d’ailleurs de palpitants contrats.

Le premier vient de la société Norfolkline dès la première année. Cette entreprise de transport de passagers et véhicules entre Dunkerque et Douvres, satisfaite des activités de son partenaire, lui renouvelle sa confiance depuis maintenant 6 ans.


   ECS s’installe ensuite un peu plus sur le port de Dunkerque en signant un contrat de surveillance de site avec NFTI, une société française de manutention portuaire.

 

 

Déploiement sur le littoral

 

   Mais cela ne suffit pas à Patrick Guerbette. Toujours plus humaniste ce dernier décide d’assister les autres ports de la Côte d’Opale dans leur « lutte » contre les indésirables sans-papiers. Avec les coups très médiatiques du ministre de l’intérieur de l’époque (N. Sarkozy) telle la fermeture du hangar de Sangatte en 2002, la situation migratoire à Calais est depuis quelques temps de plus en plus catastrophique et la répression en est d’autant médiatisée. Guerbette décide alors de surfer une nouvelle fois sur la vague, cependant cette fois-ci sa stratégie change. Afin de s’imposer dans les relations sécuritaires franco-britanniques, le patron décide d’entrer en contact avec les services de l’immigration anglaise. Il décroche un superbe contrat avec l’United Kingdom Border Agency (le service administratif en charge du contrôle de l’immigration vers les Royaume Uni).

 

   Guerbette atteint des sommets lorsqu’il signe en 2009 un contrat avec la chambre de commerce de Boulogne sur mer. Eamus Cork Solution s’installe alors sur les trois ports commerciaux de la région. L’entreprise se charge de la sécurité du port : le contrôle des accès, la vidéosurveillance, les rondes cynotechniques, les contrôles de sûreté sur véhicules et les fameux contrôle de détections de personnes (donc en gros la recherche des dangereux migrants). Malheureusement la CCI de Boulogne sur mer qui avait investi gros dans un terminal ferries (et sa sécurité) et attendait un second navire de la compagnie LD Lines se retrouve bien marrie lorsque cette compagnie de transport maritime décide fin août 2010 de supprimer sa liaison *. Le terminal (qui malgré la situation actuelle doit accueillir une seconde passerelle de déchargement dans les mois à venir) devient alors un géant parking à goéland. ECS est donc contrainte de licencier neuf employés de sécurité et ne renouvelle pas les contrats de sept autres. Il reste donc à ce jour une dizaine d’agents de sécurité d’ECS afin de surveiller les passages des nombreux goélands, cormorans et mouettes (enragées évidemment) transitant par ce site !

 

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Répression et exploitation


   Guerbette, assisté d'un conseil composé d'anciens officiers supérieurs des polices française et britannique, déclare disposer "d'un contingent de personnes testées qui lui permet de faire face aux arrêts maladie ou aux congés annuels". Il n’hésite pas à parler de ses agents de sécurité comme des "héros anonymes".

En septembre 2010 Eamus Cork reçoit le prix du meilleur service de gestion et formation lors de la 5ème édition des trophées de la sécurité, dans le cadre d'un projet lié au stress au travail...

Ingrats, plusieurs employés avaient pourtant attaqué Guerbette au tribunal des prud'hommes pour non paiement des heures supplémentaires de travail, et d'autres se sont permis de témoigner, dans un reportage de l'émission de France Inter "là-bas si j'y suis", sur leurs mauvaises conditions de travail: vestiaire sans point d'eau, avec des rats, fenêtres cassées depuis des mois, impossibilité d'apporter des secours de base aux migrants débusqués dans les camions alors que Guerbette clame haut et fort l'humanisme de ses services et exige de ses agents une formation de secouriste.

Ces témoignages donneront lieu au sein de l'entreprise à des incitations à la délation pour découvrir qui avait osé parler. Trois employés virés suite à leurs témoignages font actuellement appel aux Prud'homme pour licenciement abusif.

 

   Les Etats renforcent les mesures sécuritaires concernant les sans papiers mais la tendance est à la sous-traitance à des sociétés privées, ainsi les responsabilités se fondent dans les méandres des contrats de délégations de services.

 

    En octobre de cette année, Jimmy Mubenga, Angolais de 46 ans, escorté par trois agents de sécurité de la société G4S à laquelle le ministère de l'Intérieur britannique sous-traite l'essentiel du sale boulot des rapatriements forcés de clandestins, décèdera sous les yeux des autres passagers de ce vol commercial, étouffé par ses tortionnaires au fond d’un Boeing 777 sur l'aéroport de Londres.

La société G4S se targue d'être la première compagnie de sécurité privée au monde, présente dans plus de 110 pays - dont l'Irak et l'Afghanistan, mais aussi l'Angola . Sur son site internet, elle vante ses qualités d'intégrité : « On peut nous faire confiance pour toujours faire les choses comme il faut. »

Quelques députés britanniques réclament une enquête indépendante sur les conditions de ce décès mais la volonté de nos gouvernements de développer la sous-traitance au privé pour pourchasser les migrants, n’est pas remise en cause.

 

    Pour en terminer avec Eamus Cork, son patron toujours en quête d'honorabilité, a lancé le 26 octobre, un grand concours national d'illustration des personnages de son roman. Il a annoncé aussi un projet de BD et de film sur la si belle histoire que reflèterait sa philosophie d'entreprise.

 

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* LD-Lines s’est repliée sur saint Nazaire, profitant par la même occasion de subventions publiques dans le cadre du lancement des “Autoroutes de la mer”.

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 17:23

 

En ne débordant pas le périmètre délimité par les centrales syndicales : des journées de grève espacées combinées à des actions le plus souvent symboliques, ce mouvement “contre la réforme des retraites” ne laissait présager qu’une défaite supplémentaire annoncée de longue date.

Pour autant, il serait facile de s’en tenir à ce seul constat et passer sous silence tout ce qui dans le cadre imposé aussi bien qu’à sa marge, le plus souvent au sein des deux à la fois, révéla une volonté, certes minoritaire, mais bien réelle de lutter. C’est en cela, peut être, que cette défaite n’en est pas définitivement une...

Voici quelques éléments éparses qui traduisent cette impression à partir des semaines de protestation telles que nous les avons pu les vivre.


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   Le contexte général dans lequel se dérouleront les journées d’octobre/novembre 2010 demeure celui qui prévaut maintenant depuis trois décennies. Il se caractérise par la réalisation d’un taux de profit soutenu obtenu par une offensive globale contre le travail. Cette “contre révolution libérale” s’assortit dans sa seconde phase de puissants mouvements financiers, vecteurs de profits immédiats mais facteurs d’une instabilité chronique révélée sous la forme de “crises” répétées et rapprochées. Survenues d’abord en Asie dans les années 90, elles conduiront en 2008 à l’effondrement de la bulle immobilière américaine. Depuis cette date, en Europe, la récession frappe à tour de rôle les économies les plus fragiles du bloc, malmenant l’architecture financière de l’Union toute entière.

 

    Tiraillée en son sein, la bourgeoisie de l’U.E applique néanmoins le train des mesures qui lui permet de tenir la position sur les marchés internationaux. Ainsi, de la Grèce à la France en passant par l’Irlande ou le Portugal, sous des gouvernances de gauche comme de droite, s’impose partout aux travailleurs une seule et même politique. Celle-ci s’inscrit dans le prolongement de la rupture du compromis Fordiste et se fonde essentiellement sur :

-  l’ allongement de la durée du travail,

- la réduction des allocations chômage par une politique autoritaire de mise au travail forcé, et maintenant gratuit comme en Angleterre,

-  les suppressions massives d’emplois dans le secteur publique; en réalité des plans sociaux couplés aux baisses de salaires,

-  la remise en question du contrat de travail,

-  la fin du contrat à durée indéterminée au profit d’une employabilité fixée dans le temps par les besoins du patronat.

-  la remise en question du salaire par la réduction de la part fixe; extension de l’individualisation de la rémunération liée à la productivité,

-  la remise en cause des conventions collectives,

-  la baisse du montant des retraites;

-  la fin de la retraite par répartition.

 

   L’allongement de la durée du travail - la contre-réforme des retraites - se lit donc unilatéralement. Il fonde à partir d’une grossière propagande d’Etat : la fiction démographique, le vol d’une partie différée du salaire. Il permet à peu de frais aux financiers de faire main basse sur une fraction socialisée du revenu du travailleur; celle qui concourt à la reproduction de sa force de travail. La loi Woerth n’est en cela qu’une épate. L’objectif intermédiaire étant la disparition pure et simple du système dit “de répartition”. A terme, c’est dans la manne des fonds capitalisés que la bourgeoisie se servira comme vient de nous le prouver à titre d’exemple le gouvernement irlandais. Là-bas, l’Etat s’est emparé de 12 milliards d’euros qu’il a saisis dans les réserves des fonds de pensions afin de les distribuer aux banques. Crise oblige.

 

 

La réalité syndicale : l’expertise au service de l’offensive patronale.

 

   D’abord, reconnaissons qu’en dehors des syndicats, personne ou presque ne posa dans la forme comme sur le fond la question de la lutte autour des retraites. L’emprise syndicale put donc se déployer sur le seul registre qui vaut pour elle : la destruction d’acquis sociaux en prise avec le rôle gestionnaire qu’exercent encore certaines confédérations au sein de l’appareil d’Etat : caisses de retraites, sécurité sociale, mutuelles etc...

 

   C’est donc à leur propre reproduction et dans l’attente de la loi sur la représentativité de 2013 que les centrales ont travaillé dans l’unité que l’on sait. Une union apparue lors de la lutte contre le CPE et qui repose depuis sur l’ alliance au sommet des deux principales centrales : CFDT et CGT. Le recentrage achevé de cette dernière permet dorénavant ce numéro de duettiste qui trouve son principe dans la faiblesse croissante d’appareils déclinant ( aux alentours de 7,5 % de travailleurs syndiqués en 2005 contre 27 % en 1950). En remettant à plat les conditions de la représentativité, l’Etat espère se garantir auprès d’enseignes éprouvées la pérennité de l’encadrement de la force de travail dans une période incertaine. Il parachève ainsi la restructuration et la concentration du champ syndical et en signe l’intégration aux conditions du jour. Un coup d’oeil rapide sur la l’architecture de la seule CGT ne laisse planer aucun doute sur la question. En quarante ans, et à mesure que le nombre d’adhérents diminuait, celui des permanents y a été multipliée par cinq. Cette bureaucratisation renvoie aux transformations de la composition sociale du salariat et à celle du rapport des forces au sein du groupe. La progression de la catégorie “cadre” bien qu’aujourd’hui en crise et en voie de déclassement dépasse en nombre de syndiqués - notamment au sein des entreprises publiques - celle des ouvriers. Les cadres, base sociale ordinaire de la direction, colonisent les structures syndicales à mesure qu’ils en achèvent la dilution dans le champ du commandement capitaliste. L’arrivée en novembre 2010 d’un cadre à la tête de la fédération CGT des cheminots est à ce titre exemplaire.

 

    C’est dans ces circonstances que l’aire syndicale s’imaginait obtenir de l’Etat l’ouverture de négociations autour du “dossier retraites”. Quelques miettes distribuées à la volées auraient aussitôt suffi à clore le chapitre et permis d’étouffer les voix qui montaient des restes d’une base désorientée et embarrassante. Mais L’Etat refusa et rappela à ses partenaires ce qu’il est dorénavant en mesure d’exiger d’elles : quelles soumettent leur expertise au service des plans qu’il entend imposer aux travailleurs ou alors, qu’elles se taisent*. C’est le prix à payer pour qui fonde aujourd’hui sa légitimité en retour des conseils qu’il prodigue au prince. Les syndicats se confondent maintenant avec les Think-Thank qu’animent leurs “principaux experts” en tête à tête avec le patronat et les bureaucrates. Jean-Christophe le Digou de la CGT est une figure assez emblématique de ce recyclage de la fonction syndicale.

 

A partir de là, il ne restait à l’intersyndicale qu’à produire un simulacre de mobilisation sur un terrain qui, de fait, confine à l’impuissance : l’opinion publique.

 

* La collaboration de la CGT aux desseins de patronat repose essentiellement sur deux axes :

d’abord ce qu’elle a baptisé la “Sécurité Sociale Professionnelle” et ensuite le “Nouveau Statut du Travailleur Salarié”.

Deux réponses à l’ordre de flexibilité commandé par l’Etat et le MEDEF.

 

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Une mobilisation en trompe l’oeil.

 

   Fait nouveau, les cheminots répétant que cette fois ils ne porteraient pas le mouvement, la mobilisation s’est organisée de manière plus diffuse et à partir de boîtes privées, le plus souvent en lutte les mois précédents. Le cas des raffineries est à ce titre exemplaire. Autre fait marquant, une géographie de la lutte moins concentrée sur les grosses métropoles. Les actions se sont propagées dans les endroits les moins attendus et ont été recensées sur l’ensemble du territoire.

 

   Dans certaines entreprises, la grève sera reconduite sur quelques jours puis succéderont des arrêts de travail sur les modalités propres à l’organisation du travail posté. A leur tour, d’autres boites saisiront le relais. A aucun moment pourtant, un nombre suffisamment important d’entre elles ne se rejoindront sur un temps commun en dehors des journées d’action. Cette mobilisation fut donc essentiellement celle de délégués adjoints de travailleurs en récupération ou en dehors des postes. La faiblesse des salaires et la précarité expliquent cela, mais sans doute aussi la difficulté à se projeter, à esquisser des contours un peu assuré à la lutte. On pourra également y entendre la manoeuvre d’appareils syndicaux passant en revue des troupes potentiellement mobilisables. Toutefois, on ne saurait ignorer que la crise a réactivé dans certains secteurs des réflexes de lutte qu’une mobilisation, même en trompe l’oeil comme celle des retraites, a pu confirmé. Si cette mobilisation ne fut pas à la hauteur de l’enjeu, essentiellement par le nombre très insuffisant de travailleurs en grève, c’est parce qu’il n’émerge actuellement aucune nouvelle figure de classe capable de catalyser les millions de travailleurs que les syndicats ne représentent pas. Si la classe ouvrière n’a disparue que dans la tête de ceux qui ont intérêt à s’en persuader, il nous faut reconnaître que son fractionnement sape aujourd’hui sa capacité à se présenter en tant que telle face à l’Etat et à la bourgeoisie.

 

 

Composition de classe ...


   La période se caractérise par un marché instable, un fort taux de chômage et une précarité endémique. L’organisation du travail est flottante et globalisée, scellée par un management pervers et criminel qui se diffuse dans l’ensemble des secteurs et anéantit les derniers lambeaux de rigidité ouvrière de la période Fordiste. Transformation du travail, redéfinition ou disparition des catégories, dépossession des savoirs-faire, appauvrissement des taches couplée à une augmentation de la productivité et de la flexibilité, tout concourt à niveler la condition du travailleur et à atomiser les individus, aussi bien sur le lieu de la production que dans la société. Le plus souvent, la conséquence en est la perte du sentiment d’appartenance à la classe elle même. La disqualification des “savoir-faire”, la mise au ban du “métier appris” au profit d’une polyvalence ubiquitaire a dépouillé le travailleur de son identité et hypothéqué le projet collectif qui s’y rattachait - au moins symboliquement. La structure elle même des entreprises : la petite boîte satellisée à l’enseigne internationale, contraint la main d’oeuvre à un Turn-over important; une mobilité forcée qui disloque l’identité collective encrée jusqu’à hier au coeur de l’entreprise.

    Enchaîné au dessein d’un réseau de production/circulation éclaté, dématérialisé et mondialisé, le travailleur se dissout dans les entrelacs de la totalité techno-productive. Si hier l’asservissement se vivait sur la chaîne de montage de la planification Fordiste, il s’incarne d’avantage aujourd’hui dans la figure horizontale du réseau et son lacis de flux. De là à conclure qu’une période chassant l’autre, la transition aurait abolit définitivement les termes antérieurs de la domination il n’y a qu’un pas. Le franchir accréditerait l’idée selon laquelle cette horizontalité se substituerait définitivement aux hiérarchies antérieures. L’individualisation des exploités et par conséquent leur neutralisation serait en voie d’achèvement. Les journées d’octobre/novembre ont démontré de manière certes encore ambigu le contraire. Le “post-fordisme” par bien des aspects ne s’éloigne que partiellement de sa matrice. L’installation du “réseau WI-FI” sur les chaînes de montage des usines Ford, par exemple, n’oblitère en rien le face à face entre le travail et le capital. Au contraire, elle en accroît le champ. La chaîne, jusqu’ici rivée à l’usine s’en extrait progressivement par le réseau. Le travailleur occupé ici, demain, usinera là bas. Et c’est ce travailleur nomade, précaire et flexible qui fut le grand absent des journées d’octobre/novembre alors que son objectivation en qualité de sujet collectif demeure un enjeux incontournable de la période.

 

Mode d’action et forme d’organisation.

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   Le glissement du champ de la lutte à l’extérieur de l’entreprise, tel que l’on a pu le vivre durant ces deux mois a peut être apporté quelques éléments de réponse. Limités et forcément contradictoires comme le prouve les discussions entamées autour du sens réel des actions de blocage. Il est indéniable que ce mode d’action soit apparu comme un aveu de faiblesse, une incapacité à propager la grève et à l’inscrire dans le temps au sein même de l’entreprise. Mais il fut en partie une réplique aux transformations que les patrons sont parvenus a imposer tant au sein du procès de production, que dans son commandement. Nous aborderons plus loin le problème du vérouillage syndicale. Les blocages ont, dans l’état actuel d’un rapport de force dégradé pour les travailleurs, permit de composer de manière circonstanciée des collectivités à l’extérieur des entreprises où cela ne semblait guère possible. Le territoire, l’échelle locale se sont imposés comme lieux communs en dehors de l’usine de l’école ou des bureaux. En bloquant la marchandise sur les axes de circulation, les zones industrielles ou de distribution, en multipliant les piquets devant les boîtes ou les travailleurs n’étaient pas en grève, on ouvrait de fait un espace en marge des lieux de la production. Un espace qui ne s’est pas formalisé puisque des comités de bases réellement portés par les travailleurs ne sont pas nés de ces journées. Il n’en demeure pas moins que si la grève reste l’outil essentiel pour construire un réel mouvement de classe, la forme que revêt dorénavant le salariat impose de penser ce mouvement aussi bien à l’intérieur de l’entreprise qu’à l’extérieur de ses murs. Les illusoires “blocages” sous bannière syndicale n’ont trompé personne, cependant, ils ont en creux confirmé cette inclination. Les luttes à venir nous apporteront leur éclairage, n’en doutons pas.

 

La coquille intersyndicale en lieu et place du mouvement.

 

   Si la CGT put s’imposer aussi facilement durant ces deux mois, c’est qu’à contrario de 2003 bien peu de travailleurs étaient en grève. Rappelons qu’il y a sept ans, ce furent des grévistes non syndiqués qui pour une grande partie d’entre eux portèrent le mouvement à bout de bras. Cette fois, la CGT eu beau jeu d’enserrer ses partenaires tout en pianotant la partition du “je t’aime moi non plus” au coude à coude avec un Solidaire empêtré dans ses propres contradictions.

 

   En martelant qu’il ne fallait pas brader le capital de sympathie engrangé auprès de l’opinion, on ne pouvait pas s’attendre à grand chose. Et en effet, il ne se passa rien, ou ... presque. Les actions ont put se déployer car pour la plupart elles ne frappaient pas directement les intérêts du patronat. Et lorsqu’à la marge, elles y parvenaient partiellement par un débordement de circonstance, le grand frère syndical admonestait contre “la mise en danger d’activités déjà fragilisées”. Il est d’ailleurs piquant d’entendre un de ses dirigeants nationaux déclarer dans les colonnes des Echos que ce “mouvement” lui aurait “...confirmé qu’on ne peut plus vraiment bloquer le pays”. Quel soulagement ce doit être pour ce brave citoyen ...

 

   Pour la direction de la CGT, les actions de terrain ont d’abord servi de soupape à une base syndicale un peu déboussolée par une mobilisation qui n’en n’était pas vraiment une. Elles permirent ainsi d’entretenir le spectacle entre deux dates nationales. La plupart du temps négociées avec la police, elles prenaient fin à l’heure dite. Si bien que la formule repassée de la CGT : “Nous n’avons pas poursuivit mais sachez que cela est remonté en haut lieu...” ne laissait planer aucun doute sur le sens de toutes ces mises en scènes.

 

   Comme nous l’avons évoqué : dans certaines circonstances l’alliance au sommet s’est vu malmenée par l’action commune de regroupements aux limites variables et plurielles. Pour autant, nulle part d’authentiques collectivités de lutte ne se sont substituée à l’intersyndicale des bureaucrates. Pire, c’est en direction de ces appareils, dans le seul espoir, totalement naïf, de détourner le cours de leur stratégie démobilisatrice que certains se sont démenés. Il suffisait pourtant d’écouter Thibaut et sa coterie qui ne cessèrent de rabâcher durant des semaines : “... il n’est pas question de bloquer le pays !” C’est un fait, pour la plupart des travailleurs conscients de la faiblesse de la mobilisation, la priorité n’était pas de sortir du cadre ni d’inventer ou de créer de nouveaux modes et lieu d’organisation mais de faire pression sur celles existantes afin qu’elle fasse ce pourquoi elles seraient censées exister : organiser et combattre. D’où ce sentiment de trahison ressenti depuis des années, de recul en défaite, par ceux qui s’obstinent encore à espérer des bureaucraties syndicales.

 

 

La gauche syndicale une vieille histoire...

 

   La gauche syndicale a pu apparaître au delà d’elle même, comme une aire de regroupement un peu plus respirable aux yeux d’un certain nombre de travailleurs, sympathisants, ou simplement conscients de la nécessité de créer une zone échappant à l’emprise des bureaucraties intégrées au jeu de l’Etat. Il est vrai qu’en son sein, la moyenne d’âge y est un peu moins élevée, la présence de femmes y apparaît plus importante et on y affirme une certaine radicalité qui toutefois peine encore à trouver sa traduction en terme de classe. La minorité syndicale organisée dans et autour de Solidaire put ça et là offrir cet ‘en commun” à partir duquel il fut parfois possible de desserrer l’étau, de modifier le sens et la portée de certaines actions. En soi ce n’est pas négligeable. Mais enfin, tout cela est resté relativement anecdotique. Les limites sont d’ailleurs apparues rapidement. Solidaire servit d’abord au couple CGT/CFDT de caution radicale et démocratique. Cette assignation à la fonction d’épouvantail ne pouvait d’ailleurs être remise en question dans le cadre d’une intersyndicale neutralisante. La direction de Solidaire elle même s’est bien gardée de l’envisager. Si l’on revient sur la position partagée localement par l’ensemble des Sud en opposition avec celle de Solidaire national, elle rendait la situation certes intéressante, mais confinait à l’impuissance en l’absence d’une véritable dynamique portée par les travailleurs eux même. Un peu partout sur le territoire, dans les défilés, les cortèges Solidaires sont apparus comme pourvus et offensifs, mais ces manifestants là n’ont pas dans leur grande majorité investi d’avantage le terrain que leur homologues cégétistes ou autres. Faut-il comprendre que même “sudiste” un manifestant demeure pour le moment un manifestant et rien de plus ? C’est un fait, où alors comment expliquer que sur la dizaine de milliers d’adhérents de Solidaire-Nord-pas-de-Calais, une fois encore, seule une minorité ait franchi le pas. Par ailleurs, dans leur grande majorité, là où elles sont structurées, les sections de la gauche syndicale n’échappent pas à l’influence du jeu traditionnel ni à celui des vassalités en cascade. Une réalité qui même lorsque l’on sort du strict champ de sa boîte continue de peser et d’influer sur la manière d’aborder la construction d’un mouvement.

 

*** CGT : Les vraies raisons d’un faux durcissement. in Les Echos. 17/01/11.

 

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Encadré : Au fil du syndicalisme rassemblé.

 

   Dans les années 80, la gauche est au pouvoir et les syndicats abdiquent toute volonté de lutte devant les restructurations industrielles et la baisse des salaires. Des travailleurs vont alors s’organiser en dehors du contrôle des centrales. Des comités de grève locaux font leur apparition et se coordonnent au niveau national essentiellement dans la santé, l’enseignement et les chemins de fer*. A l’initiative de syndiqués de la base et de non syndiqués leur apparition traduit la nécessité de se départir de l’emprise des confédérations complices de la politique de l’Etat. Parfois affectées de tendances corporatistes, les coordinations n’en marquèrent pas moins une volonté de reprendre le chemin de la lutte et de gagner au fil de celle-ci en autonomie et en démocratie.

En 1995, ce souvenir est encore vif à la mémoire des bureaucrates, d’autant qu’une gauche syndicale en partie issue des restes des coordinations commence à émerger. Afin de prévenir toute concurrence mais surtout de nouveaux débordements, les directions offrent à la base un cadre plus souple à l’intérieur même du syndicat. Cette parade coïncide dans les années 90 avec le recentrage de la CGT que certains analysent comme une volonté d’ouverture après l’effondrement du bloc de l’Est**. Un assouplissement qui permet surtout de neutraliser en la récupérant la volonté qu’exprime la base d’une unité sur le terrain. Cette stratégie se révélera payante et s’incarnera dans l’intersyndicale au sommet qui naît en 2006, durant la lutte contre le CPE. C’est peut être le dépassement encore balbutiant de ce cadre mortel pour la lutte de classe que l’on a parfois eu le sentiment de toucher du doigt durant les journées d’octobre/novembre.

 

* Courant alternatif. N° 63. février 1987. Dossier SNCF/ N°64. Mars 1987. SNCF : Bilan d’une grève

** Le références à l’abolition du salariat et à la socialisation des moyens de production ont été supprimés des textes statutaires de la CGT depuis son congrès de 1995.

 

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Encadré : Octobre/novembre à Boulogne-sur-mer.

 

Boulogne sur mer, premier site européen de transformation des ressources halieutiques est une ville portuaire ou subsiste encore une identité ouvrière. Les actions de blocage ne vont donc pas forcément revêtir ici le caractère de nouveauté qui pour certains distinguerait “ce mouvement”. L’ action directe a toujours été une des armes de la lutte sur le port, au moins lors des mouvements de marins-pêcheurs : blocage de la zone, interception de camions sur l’ autoroute, intervention dans les centre de grande distribution pour enlever ou détruire la marchandise...

 

Toutes choses qui dans le cadre de cette mobilisation ne furent que simulées...Le cadre intersyndicale ne s’est imposé ici qu’après une habile reprise en main par l’UL CGT. A deux reprises, et en marge de l’intersyndicale, une assemblée ouverte composée de travailleurs des secteurs privés et publics se réunit à la bourse du travail. Au sein de cet espace s’exprima la critique de la stratégie des journées sans lendemain. On y partagea la nécessité mais aussi l’envie d’un véritable rapport de force inscrit sur le terrain économique. La question de la reconduction et de l’élargissement de la grève fut également évoqué lors des échanges. D’emblée, le blocage s’imposa comme la forme d’action à mettre en oeuvre avec un double objectif : porter un coup au patronat local et appeler les travailleurs d’abord occupés à manifester à venir nous rejoindre. Ce ne fut pas totalement un échec. D’abord parce que la tentative de blocage de la zone portuaire où se concentrent les entreprises de transformation de produits de la mer eut lieu. Elle se répétera d’ailleurs avec plus de succès quelques semaines plus tard. Mais il était clair que l’appareil cgtiste jusque là absent du terrain s’empressa de cisailler toute nouvelle tentative en recourant aux bonnes vieilles techniques d’encadrement et de manipulation.

 

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Encadré : Raffineries : le grand coup de bluff syndical.

 

   Durant le mois d’octobre, nous avons ventilé auprès des réseaux militants qui nous sont proches un article paru dans l’hebdomadaire “Le Marin” en date du 29 octobre 2010. Intitulé : “Pétrole : les importations qui ont contournées les raffineries.”, il livrait des informations importantes qui, à notre connaissance, ne seront divulguées nulle part ailleurs dans la presse à cette période.

 

   En effet, si nous n’ignorions pas que : “malgré douze raffineries à l’arrêt durant une dizaine de jours et les deux principaux terminaux d’importations de brut (Fos-Lavera et la Cim au Havre) toujours bloqués, le carburant continue de couler dans une majorité de pompes à travers le pays. Notamment dans les stations marseillaises, aux portes du plus grand complexe de raffinage français.” et bien sur que : “80 pétroliers sont en rade à Marseille-Fos et 16 au Havre.” qui savait que : “d’autres ont pris le chemin de nombreux dépôts côtiers « De Dunkerque à Bordeaux en passant par Rouen, Port-la-Nouvelle et Sète-Frontignan, les dépôts permettent à la France d’être approvisionnée depuis la zoner RA (Anvers — Rotterdam—Amsterdam), l’Europe du Sud et la Russie » explique Yves Le Goff de l’Union française des industries pétrolières. Mais encore que : “ A Bordeaux, les docks de pétrole d’Ambés, le deuxième dépôt de produits pétroliers raffinés en France (hors raffi­neries après Fos reçoivent ainsi depuis quelques semaines 100% de produits pétroliers importés ...

 

   Nous laisseront les camarades qui publient le bulletin “Dans le monde une classe en lutte”* conclure sur cet épisode en reprenant les commentaires qu’ils ont adjoints à la reproduction in extenso de l’article en question :



1/ :Ce réseau d’approvisionne­ment empruntait des ports et dépôts pétroliers dont personne n’a parlé au cours du mouvement, surtout pas notamment la CGT qui regroupe l’ensemble des travailleurs des ports et docks, aurait pu faire l’objet d’actions concertées de la part de tous ceux qui dans toute la France expri­maient ,notamment dans la participation aux manifestations leur détermination. Il n’en a rien été : black out d’un côté, ignorance de l’autre ?

2/ Il ne suffit pas de lancer des slogans du style « bloquons l’économie » et d ’amorcer des blocages sporadiques et plus symboliques qu’effectifs si l’on manifeste tant de naïveté et d’inexpérience tant dans la connaissance des structures du système, de ses possibilités de réponses pas seulement répressives mais surtout économiques et du rôle de nuisance que les syndicats peuvent jouer eu égard à tout mouvement tendant à échapper à leur contrôle légal et effectif des relations de travail.

*Reproduction complète de l’article en question sur le site http://mondialisme.org/spip.php?article1601

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 16:52

 

     Depuis plusieurs années, avec la création des premiers contrats précaires et l’apparition des aides éducateurs, le besoin de personnels supplémentaires pour l’aide administrative, la vie scolaire, puis l’accompagnement des élèves en situation de handicap est réel. Malgré ça, en 2011, le bilan est bien lamentable ...

     Après toutes ces années de bons et loyaux services, il n'existe toujours aucune perspective de pérennisation : cet emploi, aux yeux de l'état, ne mérite toujours pas de reconnaissance statutaire.

Difficile de savoir ce qui se passe dans l'enseignement depuis quelques années ... une méthode est pourtant connue, l'accumulation des réformes pour les oublier au plus vite, et faire rentrer pleinement le service public dans une logique de rentabilité.

 

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  L'école fabrique de l'inégalité, à commencer par le réseau EVS-AVS-assistant d'éducation, ATSEM... Nous ne parlerons, ici, que du cas EVS (employé(e) de vie scolaire) car les situations et conditions de chacun sont tellement différentes et scandaleuses qu'il faudrait un bouquin pour toutes les (d)énoncer. Par contre, les principes d'injustice et d'exploitation se rejoignent littéralement, peu importe le poste.

 

 Rappelons que les EVS, sont recruté(e)s à très bas salaire, sous des contrats précaires différents et, pour la plupart, sans une formation autre que symbolique.

 

Il existe 2 profils d'EVS :


  - l'assistance administrative aux directeurs d'école

  -  l'aide à la scolarisation des élèves « handicapés » (nommés ainsi par le système, mais beaucoup d'élèves ayant cette appellation ont plutôt un profil d'enfant en situation d'échec face à un environnement social fragilisé)

 

  Ni les directeurs et enseignants, qui auraient plus de difficultés à devoir fonctionner sans eux, ni les parents d'élèves, qui y voient une amélioration certaine pour les enfants, ne mettent en doute, aujourd'hui, l'intérêt de ce métier d'employé de vie scolaire.

 

  Dès 2006, le poste d'EVS fût implanté dans les écoles. Les personnes signaient un contrat d'un an renouvelable, un CAE (contrat d'accompagnement à l'emploi) de 20h semaine, pouvant aller jusqu'à 2 ans, ayant pour but de faciliter l'insertion professionnelle des personnes sans emploi, ou un CA (signifiant ironiquement « contrat d'avenir ») de 26h semaine pouvant aller jusqu'à 3 ans. Payés au smic horaire avec si peu d'heures effectuées, autant dire que la rémunération mensuelle ne payait et ne paie toujours pas de mine. Par contre, les employeurs sont exonérés de cotisations sociales et les subventions qu'ils reçoivent pour ces contrats, elles, sont plus qu'intéressantes ... En CAE, la subvention varie de 75 à 90% du salaire. En CA, l’employeur reçoit une aide forfaitaire qui correspond au montant de l’allocation que touchait le bénéficiaire des minima sociaux engagé.

Dans tous les cas, ces contrats précaires ne servent qu'à appauvrir des personnes qui les subissent, mais participent aussi à l'anéantissement du service public d’éducation.

 

   Premier état des lieux, ce genre de contrat annoncait déjà un barrage à une proposition d'emploi stable et durable, puisque les objectifs en faveur de l'employé, fixés par l'état, ne reflétaient en rien la réalité. Les salariés sont exploités, financièrement et psychologiquement, et ne bénéficiant pas de la sécurité de l'emploi, ils sont souvent contraints à encaisser sans broncher sous peine d'être renvoyés cyniquement à leur situation précédente.

 

Premier scandale, les horaires ...

 

 

   La personne employée en CAE était, dès la rentrée, soumise à effectuer des heures supplémentaires non payées, avec pour excuse le rattrapage des vacances scolaires. Cette pratique fût assez rapidement contestée par quelques evs et par certains enseignants et directeurs. En effet, après vérification, les syndicats se sont prononcés sur le fait que, n'existant pas de convention ou d’accord d’établissement conclu selon le droit commun (art. L212-8 du Code du Travail), la pratique qui consiste à faire effectuer des heures complémentaires non rémunérées pour récupérer les vacances scolaires est illégale . Les vacances scolaires sont des congés de faits.

Bref! Une belle arnaque qui aurait du, à grande l'échelle, entraîner l'éducation nationale devant les Prud'hommes, comme l'aurait été une entreprise privée ayant commis les mêmes pratiques.

 

   Désormais, ils prennent soin, lors de la signature du contrat, de présenter un document officiel stipulant que le salarié donne son approbation pour effectuer des heures supplémentaires gratuites dans le cadre de son contrat. Quelles belles et consciencieuses méthodes!

 

 

Autre scandale, l'absence de formation

 

   Les EVS arrivent sur le terrain sans formation. Pour travailler avec des enfants, tout salarié a le droit d'être formé préalablement (comme dans tous les métiers). Dans la mesure où l'on ne demande pas, lors d'un entretien d'embauche, à un(e) evs d'avoir les compétences et l'expérience requises pour l'aide à la scolarisation d'un élève en situation de handicap, une formation préalable aurait automatiquement du être proposée. Le contraire frôle l'aberration, et c'est effectivement le cas... L'evs doit, dès son arrivée, fournir une quantité d'efforts d'adaptation, et doit également employer certaines capacités qu'il ne maîtrise pas forcèment. Et tout ceci, biensûr, durant sa période d'essai.

 

   Pendant la durée du contrat, les personnes embauchées en CAE (avant le dispositif CUI) se faisaient des illusions, la formation n'étant pas obligatoire dans ce type de contrat, il suffisait de les inciter à cocher la case « non » dans la rubrique formation de la convention. Pour les CA, la formation était obligatoire, elle était même l'enjeu prophétisé par le ministre de l'éducation nationale, mais on leur suggérait simplement de cocher la case « formation interne, adaptation au poste de travail » sur le contrat, et le tour était joué!

 

   Soulignons que certains evs ont eu le courage de déposer un dossier aux Prud'hommes et ont obtenu gain de cause pour le motif : défaut de formation.

 

 

Renouvellement, de qui se moque t-on?

 

   Le ministère de l’éducation est un inconditionnel de la précarité, puisqu’un nouveau contrat précaire vient toujours chasser le précédent. On renvoie donc les EVS à la case départ, la case « chômage »... Un contrat de travail dont la durée va de 6 mois à 3 ans. Il n'y a aucune possibilité de le prolonger, donc d'insérer professionnellement le salarié arrivé en fin de « mission ». Le fait d'utiliser des personnes, souvent fragilisées par le système, pour pallier au manque d'adultes dans les écoles et combler le déficit d'éducation, sont des pratiques qui portent ce nom : l'exploitation. Après plusieurs mois ou années de boulot, la porte comme remerciement ! 

 

   Il est grand temps de se rendre compte que ces méthodes engendrent des situations assez détestables. Les personnes, qui attendent un renouvellement de contrat sont complètement isolées. Il arrive souvent que l'EVS se voit refuser ou accepter un renouvellement de contrat le dernier jour de celui-ci, ou au delà. Ceci est, en grande partie, dû au fait que le cheminement des conventions est assez abracadabrant, ces conventions doivent être signées à la fois par, le Pôle emploi, le référent du lycée mutualisateur, le Conseil général et l'employé, sachant que les dossiers ne sont biensûr pas traités le jour même, l'attente devient alors incommensurable.

 

   Tous les ministres de l’éducation ont créé un nouveau contrat précaire. 
La spirale de la précarité accouche d’une multitude de sigles qui nous perdent et nous divisent. Soyons sûrs que le prochain ministre saura trouver un nouveau contrat précaire à sa sauce avec un nouveau sigle. 
De gauche comme de droite c’est la précarité qu’ils nous imposent.

 

   Il faut se battre pour exiger que le seul recrutement possible soit celui de personnels à statut. Un vrai salaire avec les mêmes droits pour tous!

 

    L'Etat licencie donc massivement, et en même temps Sarkozy annonce, à grands renforcements médiatiques, la création de nouveaux emplois aidés, pour, soit dit en passant, « faire face à la crise ». Mais que deviennent alors les collègues arrivés en fin de contrat? Ils se foutent de qui? De ces emplois, l'enseignement en a réellement besoin. Pourquoi, donc, sont-ils précaires? Les missions des EVS dans les écoles sont de vraies missions, elles correspondent à de vrais besoins! Et qu'advient-il des élèves de toute cette mise en scène? L'enfant qui, bien souvent, trouve un équilibre avec cette personne spécialement présente pour l'aider à avancer, cet enfant devient tout autant victime des agissements du gouvernement.

 

   Il faut envisager de porter la lutte EVS-AVS sur le plan du respect du code du travail et non la laisser contraindre dans le champ clos de l’éducation nationale, car les personnes en situation de précarité auront à se battre en tant que travailleurs en fin de contrat et non comme enseignants, ni même comme salariés de la fonction publique... Pouvons-nous penser qu'il s'agirait d’un vaste projet de privatisation de l’éducation nationale par l’introduction progressive de personnels de droit privé au sein du service public? Les premiers à payer les frais de cette liquidation sont les EVS -AVS. Ils représentent les futurs contractuels de droit privé de l’enseignement, placés sous l’autorité de fonctionnaires petits patrons...

 

   N'oublions pas que plusieurs cas de jugements aux Prud'hommes ont permis d'éclaircir certains points et mettre le ministère dans une position, pas des plus confortables. Mais ces informations, hèlas, n'ont pas été, ou très peu, relatées par les médias. Les principaux motifs invoqués étaient, l'absence de formation, défaut d'accompagnement à la VAE, paiement des congés payés et des heures complémentaires, rupture abusive de contrat de travail, remboursement des tickets de transport etc ...

 

   Revendiquer ses droits est légitime. Lutter, s'organiser, entamer des actions, créer des collectifs, sont des combats qui ne doivent pas effrayer le salarié, victime des pratiques douteuses du gouvernement. Les conditions de travail, la distance et le manque de communication entre les écoles, peuvent s'avérer néfastes, et ont tendance à nous isoler et nous diviser. Mais quand l'union devient possible, la lutte la devient également.

Contrairement à ce que prétend le dicton, à force de bouffer de la merde, on ne finit pas par aimer ça! En tout cas on peut finir par avoir envie de la recracher sur les autres, sur ceux qui nous exploitent et nous méprisent!

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 17:11

  levent-nous-porte

 

 

Ni rose ni vert, arrêt immédiat du nucléaire

 

Dossier : Numéro spécial de la revue Courant Alternatif téléchargeable sur :

 

http://oclibertaire.free.fr/upl/HS-N4-2001.pdf

 

 

 

 

Texte de présentation de la Coordination contre la société nucléaire et son monde.

 

http://basseintensite.internetdown.org/IMG/pdf/coordination_contre_la_socit_nuclaire_-_bulletin_1.pdf


 

 

 

Arrêt immédiat et sans condition du nucléaire

 

4 pages de l’OCL à commander et à télécharger


http://oclibertaire.free.fr/IMG/pdf/4page_nuk_mars_2011_-_copie_1_.pdf


 

anti-nucleaire-390 - Copie

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La Mouette Enragée

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  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
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Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

 

- Nous rejetons tous les systèmes économiques, toutes les institutions politiques, étatiques ou privées qui se fondent sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'autorité et la hiérarchie.

- Nous avons toujours lutté, à la fois contre toutes les formes de Capitalisme d’État qui se dissimulaient ou se dissimulent encore sous les noms de Marxisme-Léninisme, Bolchevisme, Stalinisme, Etats-ouviers, etc... , et contre les Capitalismes Libéraux avec leur cortège de gaspillage et de consommation effrénés. Il s'agit pour nous, des deux faces de la même médaille.

- Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

- Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

- Nous sommes pour une Démocratie Directe qui correspondrait aux besoins authentiques des individus sans distinction de sexe ou de nationalité, et non plus au profit des marchands et des publicitaires, des bureaucrates et des notables.

- Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

- Nous pensons que c’est au cœur même des luttes et des mouvements sociaux que s’élaborent les formes nouvelles de rapports sociaux et donc que c’est au sein de ces mouvements qu’il faut lutter.

- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

Fortunes de mer

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

           Disponible, en vente

(contactez directement la Mouette)