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13 novembre 1996 3 13 /11 /novembre /1996 23:38

 

La situation dans le domaine de la pêche n'a pas véritablement évolué depuis l'année passée, on ne voit d'ailleurs pas comment il pourrait en être autrement. C'est pour nous l'occasion de réaffirmer 1'urgence d'une exploitation respectueuse du milieu et donc en rupture avec "les exigences du marché".

 

     Le projet de loi de Philippe Vasseur qui devrait entrer en vigueur au début de l'année 97, se veut une réponse aux problèmes rencontrés par ce secteur d'activité depuis une décennie. Souvenez vous qu'il aura fallu que les marins pêcheurs tiennent le haut de l'actualité pour que les pouvoirs publics se pressent au chevet du malade. Et pourtant, à l'examen du projet ministériel, il ne fait aucun doute que les causes profondes de la crise ne trouveront cette fois encore de conclusion pour la simple raison que la logique productiviste qui hypothèque à terme la ressource assoit l'ossature de ce plan.

 

marché

 

 

Marché, vous avez dit marché...

 

Indéniablement, les recettes préconisées ne sont qu’une allégeance à peine dissimulée aux intérêts du marché. En reprenant les termes du texte, "mieux gérer la ressource en intégrant pleinement les données du Marché... prenant en compte les besoins économiques et sociaux des populations et des régions" on comprend à l'évidence que toute sortie équilibrée de l'impasse prédatrice dans laquelle s'est engouffrée l'exploitation des fonds n'est d'aucune manière envisagée. Pour le moins, il convient de s'interroger sur ce qu'entend le ministre dans ce qui constitue le deuxième point de son projet en proposant "la régulation des apports et les besoins du marché". Car le marché objet de toutes les justifications de la politique libérale, n'est pas la main invisible qui d'une façon quasi parfaite établit la concordance entre l'offre et la demande. Dans la réalité, les besoins ne sont pas ceux qu'il s'agit de satisfaire biologiquement et socialement mais plutôt les fruits d'un conditionnement qui fluctue au rythme des profits fixés. Ainsi lorsque P. Vasseur fait mine de prendre en considération les contraintes du milieu naturel, c'est pour mieux refuser à Bruxelles la réduction de 20 à 40 % des captures préconisée par un groupe de scientifiques.

 

     Cette commission a estimé la diminution des prises vitale pour l’équilibre des espèces démersales (cabillaud, églefin, merlan ... ) et pélagiques avant la fin de l'année 2002. A cette annonce la levée de bouclier fut unanime chez les ministres concernés. Une réaction inquiétante quand on sait que la revendication émanent d'un groupe de chercheurs opérant pour le compte des marchands européens. Par ailleurs la contradiction n'est qu'apparente, puisque la protection des stocks n'ambitionne pas de rétablir un équilibre par trop compromis mais plutôt de permettre l'augmentation de la production mondiale de 15 à 20 %. Logique suicidaire qu'illustrent les résultats obtenus par le port boulonnais en 1994 avec une baisse de 6 % des prises et de 9 % selon les prévisions établies pour l'année 1995. La bande côtière, zone de surexploitation comme espace d'évolution des poissons les plus jeunes, qui mériterait une intervention rapide dans le but de rétablir la situation, ne fera l'objet d'un examen que dans deux ans...

 

 

Le poisson à toutes les sauces

 

    Rien donc, ne semble pouvoir freiner ces halieutivores dans leur incessante quête de profits, puisqu'ils fixent à 500 000tonnes la quantité de produits que traitera le complexe de transformation de la ressource dans les dix ans à venir au lieu des 300 000tonnes actuelles. Pour ce faire, le ministre de la mer a réaffirmé la nécessité d’accroître les importations afin de faire face à la situation déficitaire que connaîtrait en ce moment le marché français. Déficitaire signifiant qu'il ne rapporte pas ce qu'il devrait. Il rappela dans le but de calmer les esprits des producteurs que les importations feront l'objet de contrôles sanitaires stricts. D'un ministère à l'autre, si notre homme sert un discours qui semble en apparence ménager la chèvre et le consommateur, dans les faits, il couvre les intérêts financiers des magnats de l'agro-alimentaire et de la grande distribution. En effet, la part que se taillent les hyper et supermarchés dans la commercialisation des produits maritimes est de l’ordre de 51 %, et représente 5 % de leur chiffre d'affaire dans le domaine alimentaire. On comprend alors mieux ce qu'entend P. Vasseur lorsqu'il évoque le déficit du marché français.

 

     La consommation de poisson frais a augmenté de 9 % en 1995,une croissance à mettre en parallèle avec l'essor des produits surgelés et une modification des habitudes alimentaires. Ce tournant ne correspond ni a une croissance de la population, qui impliquerait un approvisionnement accru, ni à un changement qualitatif de la manière de se nourrir -le poisson, grâce à ses acides gras saturés, permet d'éviter les maladies coronariennes- mais plusprosaïquement aux pratiques commerciales des patrons de grandes surface.

 

 

Une autre logique s’impose.

 

     En rappelant lors du salon Profish que la population mondiale atteindra les 10 milliards dans la première moitié du siècle prochain et que le défi à relever sera aussi alimentaire, le président d'IFREMER ne croyait pas si bien dire. La contrainte démographique pèsera de tout son poids dans la recherche d'une alternative au saccage systématique des milieux naturels et des conséquences qu'il implique. Il semblait acquis il y a encore vingt ans que les ressources halieutiques étaient inépuisables, on sait dorénavant qu'il n’en est rien. A l'époque, certains envisageaient même de pourvoir aux besoins alimentaires des zones géographiques touchées par la famine grâce aux ressources aquatiques. Il est maintenant démontré que le mode de production dominant est dans l'incapacité de satisfaire les besoins les plus élémentaires d’une population mondiale en constant développement. Il s'impose donc à nous de redéfinir notre rapport à la production dans ce domaine, en privilégiant la satisfaction réelle de nos besoin alimentaires comme l'exploitation équilibrée du milieu naturel. Cela signifie rien de moins que la rupture avec le modèle économique en question et la recherche et l'application d'alternatives visant à satisfaire les besoins des populations concernées. On pense donc dans un premier temps :

 

- A l'arrêt des activités spoliatrices des eaux des pays les plus pauvres par les pays les plus riches. Monsieur Vasseur ayant réaffirmé que les importations insuffisantes en provenance des pays européens proviendraient des pays tiers (2).

- A une modification des techniques de pêche (puisque les quotas n'enrayent pas la diminution des stocks due à un chalutage manquant de sélectivité) comme à la diminution des prises des espèces les plus touchées.

 

- Le refus du POP IV assimilé à une réduction du nombre d'unités en exercice n'est que la démonstration de la fuite en avant qui tient lieu de politique en matière de pêche depuis des années. On ne peut nier les conséquences sociales qu'implique la réduction du nombre de ces unités, la seule politique qui pouvait éviter cette casse est celle qui consisterait à organiser le secteur afin de produire en fonction des ressources et des besoins spécifiques et non en fonction des intérêts des distributeurs.

- A la fin du bradage inqualifiable de quantités énormes de poissons par leur transformation en farines animales. Ce qui implique la remise en question du système des cours qui génère cette hérésie. La façon dont les responsables de tous poils ont géré cette affaire s'apparente à une véritable partie de roulette russe tant leur horizon s'arrête là où commence à poindre l'odeur de l'argent.

 

 

(1): Si on a consommé plus de poisson durant ces dernières années, tout le monde ne met pas la même chose dans son assiette. Ainsi le poisson frais est ainsi consommé par les milieux aisés et les plus de 50 ans. Pour les plus jeunes et les milieux modestes , on se contentera de poisson pané (La pêche Maritime).

(2): Voir Mouette n° 11.

 

Boulogne-sur-mer. Novembre 1996.

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Published by La Mouette Enragée - dans Pêche
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20 février 1996 2 20 /02 /février /1996 18:48

 

 Tout commence par un mouvement étudiant d'ampleur nationale, redite quasi annuelle où l’on croit deviner ça et là le dépassement des traditionnelles revendications matérielles. Dans quelques endroits, les étudiants affichent la volonté de rattacher la problématique au fonctionnement de la société elle-même. Une approche qui semble un peu nouvelle dans la période et trouvera un début de concrétisation au travers de la rencontre dans l'action des étudiants et des travailleurs (1). En parallèle, l'attaque frontale du gouvernement sur deux dossiers : la sécu, fonds de commerce de FO, et la SNCF,secteur rompu de longue date aux luttes fournira les ingrédients nécessaires à l'émergence d'une dynamique qui allait dépasser le cadre étroit du départ.

En complément, un article Wikipédia ici pour se rappeler la chronologie

 

 

LA LIGNE EST COUPÉE...

 

    Première surprise et non des moindres, ce mouvement éclate en pleine hystérie sécuritaire. Depuis des semaines, la France vit quadrillée par l'armée et la police. La vague d'attentats de l'été avait fourni l'occasion au gouvernement Chirac de s'assurer au travers de son plan Vigipirate l'adhésion de la population à son endroit et de museler ainsi les foyers de tension sociale que sont les banlieues. Une façon déjàéprouvée de taire les véritables problèmes, d'atomiser toujours plus les individus sur fond de basses besognes diplomatiques. Rien donc, ne laissait présager un retour en force de la lutte. Et pourtant...

 

... LA COMMUNICATION ROMPUE !

 

    Régulièrement dans les médias, on attribue l'échec du gouvernement à un défaut de communication. Ainsi, ce ne serait pas le contenu de la "réforme" qui serait en cause, mais la manière avec laquelle elle fut présentée aux travailleurs. Il est certain que la gauche se serait montrée moins maladroite dans sa façon de gruger le client. Question de style...

 

    Pourtant, les multiples tentatives de culpabiliser les grévistes échoueront. Il faut remonter à la période de la Guerre du Golfe pour retrouver des médias se déployant au grand jour comme les alter-ego du pouvoir. A leur tour, les "comités de défense de la République", comme les “comités d'usagers” feront long feu. Le divorce avec le pouvoir est patent et toute manœuvre de division échouera. Le spectacle disparaît pour un temps, c'est la vie qui reprend ses droits, et ce cheminot de Rouen ne s'y trompait pas quand il affirmait: "Faudra plus faire confiance qu'en notre propre communication ! "

 

SUR QUEL ECHIQUIER SE JOUE LA PARTIE?

 

    Le front des attaques menées par le pouvoir va catalyser le mécontentement et déboucher sur une lutte défensive de grande ampleur. Mais cette fois, les catégories sociales prises comme cible inaugurent une redéfinition du champ de la lutte des classes. Le secteur public après le textile, la sidérurgie, l'automobile, les chantiers navals ou la petite paysannerie se retrouve à son tour dans le collimateur des restructurations. Que ce soit le contrat de plan de la SNCF,les privatisations de France-Telecom, la fin du monopole d'EDFet plus globalement la casse de la “Sécurité sociale”, les enjeux du conflit sont ceux de la redistribution du capital en matière de services dans une économie globale où le cadre national est en phase de dépassement.

 

LA LUTTE ENTRE LES CLASSES AU GRAND JOUR

 

    On a assisté à un renouveau identitaire, que ce soit au travers des slogans, comme le très prisé : "tous ensemble", ou par le dépassement des clivages catégoriels. Le sentiment d'appartenance était de nouveau vécu comme porteur de sens autant que comme une nécessité. Les travailleurs ont, dans ce conflit, renoué avec leur histoire et redécouvert pour un temps les possibles de l'action collective. Baptême du feu pour des générations de jeunes et de salariés, l'automne 1995constitue dorénavant une référence qu'ils ont contribué à construire. La première pour bon nombre d'entre eux. C'est à un retour fulgurant du politique auquel on a assisté. Non pas celui des appareils discrédités d'un bout à l'autre de l'échiquier mais à celui de la prise en charge par les travailleurs de leurs propres problèmes.(2)

 

     Le système des valeurs de cette société n'a pas non plus été épargné. Les multiples actes de solidarité qui se sont exprimés, basculement en heures creuses, le transport gratuit, le ramassage des ordures dans les quartiers populaires, les aides financières multiples, souvent par l'action directe, ont contribué à battre en brèche le conditionnement de la société du spectacle sur un court laps de temps. Simplement les gens étaient heureux d'être ensemble, enfin ensemble dans la rue. C'est bien la démonstration qu'il est possible de vivre autre chose et autrement. Ce que beaucoup exprimèrent à leur façon : "Les gens parlaient, rigolaient de tout.. comme dans une fête" (un marcheur de Paris en grève). "Ils se disent que quelque chose est peut être en train de changer. Ils savent qu'ils peuvent rêver" (Un manifestant le 28.11.95).

 

Mvt 1995. B.

 

FORCER L'HORIZON ?

 

     "Insurrection !" (Titre d'une affiche placardée dans un local de la gare Paris-Nord). Un prétexte, le plan Juppé ? Non, bien sûr, mais on exprima plus que la défense d'acquis sociaux et du service public. De façon confuse, c'est partout : dans les AG, dans les manifs, lors d’actions ... que jaillit le ras-le bol d'une société basée sur le fric et la compétition. Pourtant il est difficile d'y entrevoir clairement la volonté affichée d'une rupture. Est-ce à déplorer ? Certainement, mais l'absence de la gauche pendant le mouvement sera peut-être apparue comme un espace dans lequel pourra s'exprimer avec discernement au fur et à mesure des luttes prochaines, la nécessité de redéfinir les contours de ce que l'on veut vivre et non plus nous faire vivre. D'ailleurs, revenons un instant sur la position de la gauche. Le P.S. a brillé par son silence, bien sûr, il avait appuyé le plan Juppé et son absence totale de projet politique a démontré son inutilité et sa nocivité. Il est resté caché, il avait tout intérêt. Quant au PCF qui n'impulse, ni ne contrôle plus les luttes depuis belle lurette, il s'est retrouvé, lui aussi, sur la touche.

 

DU COTE DES SYNDICATS

 

    Un des traits de ce mouvement fut sans nulle doute l'espace qu'y occupèrent les organisations syndicales. Localement, si elles apparurent comme les représentants légitimes de la contestation, la gestion quotidienne des rassemblements releva autant de l'accompagnement que de l'encadrement. Pour autant, on ne saurait affirmer qu'elles furent débordées par la base. D'abord, parce que dans la région, la lutte, si elle a connu des moments forts, n'exprima peut-être pas la radicalité qui se fit jour à d'autres endroits (occupations de mairies, séquestrations, sports gratuits .. ). Dans le même temps, on ne saurait ignorer les manifestations de mauvaise humeur qui secouèrent certains bureaucrates. Un vent de fronde caressa les rangs de la FEN dont les pratiques quasi staliniennes et les revendications catégorielles en échaudèrent plus d'un. A EDF, c'est le représentant de la CFDTqui se fit remercier après sa tentative d'explication de la position de Nicole Notat. La FSU, quant à elle, joua sur les deux tableaux empêtrée dans sa logique de syndicat co-gestionnaire au vernis revendicatif. Même si la grève fut reconduite pendant une semaine en AG, toute tentative d'ouverture interprofessionnelle fut occultée, ce qui ne fut pas le cas sur l’ensemble du territoire, bien sûr.

 

    Mais pour comprendre l'événement sous son jour syndical, il faut revenir dix ans en arrière. Une longue descente aux enfers qui se traduit par un taux de syndicalisation de 8 % en 1995et l'émergence des fameuses coordinations dans les mouvements qui jalonnèrent la période : cheminots 86, infirmières, enseignants... auront, pour le moins, incité plus d'un bureaucrate à la prudence. Il est évident qu'au fil du mouvement, et dans ce contexte, les syndicats relégués à une fonction d'assistance technique, ne pouvaient diriger une situation qui les dépassait de fait. Les confédérations avaient retenu la leçon et toute tentative un peu dirigiste de leur part pouvait conduire à un nouveau clash avec la base. Sans nul doute, durant le mouvement, ils auront tiré leur épingle du jeu.

 

    Mais surtout, c'est maintenant du pouvoir lui même que les organisations syndicales vont recevoir les sollicitations les plus pressantes. Car l'une des principales victoires de l'automne aura été l'échec de la politique de communication de l’État. Un État qui devra recourir impérativement à la responsabilité des corps intermédiaires et au premier rang desquels figureront les syndicats dans le but de désamorcer toute expression non digérable par le système. Car quel autre acteur intégré à l’appareil d’État se prêterait le mieux à cette fonction, si ce ne sont les syndicats ?

 

    D'ailleurs, il est une question qui est revenue sans cesse durant ces semaines de luttes : pourquoi le secteur privé n' a-t-il jamais rejoint la lutte ? On nous a bien expliqué que le privé avait le sentiment d'être dans la grève par procuration, qu’une formidable manifestation de soutien s’éleva de ses rangs malgré les tentatives de division opérées par le pouvoir et par quelques intellectuels serviles. Pourtant, comment expliquer que les grandes entreprises dans lesquelles des sections syndicales sont implantées soient restées hors de la lutte ? La réponse c'est Blondel qui nous la sert lorsqu'il revendique la "généralisation" de la grève, qu'il prend soin de distinguer de la grève générale. Il est certain que l'entrée en scène du privé aurait chamboulé singulièrement le scénario qui s'acheva par le guignolesque “sommet social” que l’on sait.

 

    Pour l'heure, nous allons assister à une redéfinition du paysage syndical. Le contexte international (chute du bloc de l'Est), a manifestement joué en faveur du rapprochement entre la CGT et FO durant plus de trois semaines. La confédération de Viannet a d'ailleurs, dans les derniers textes de son congrès, tiré un trait sur le dépassement du capitalisme. La CFDTva-t-elle, une nouvelle fois, purger ses rangs pour apparaître comme le plus collabo des appareils, entendez l'interlocuteur privilégié du pouvoir ?

 

QUELLES PERSPECTIVES ?

 

    Comme nous l'affirmions dans un tract que nous avons distribué le 12 décembre dans la manifestation boulonnaise : "C'est bien les travailleurs à la base, syndiqués et non syndiqués unis, qui sont la force de ce mouvement... et qui ne gagnera que si la base renforce sa détermination. Un mouvement qui doit se coordonner par exemple par des assemblées locales, interprofessionnelles, avec les chômeurs, et les étudiants, élisant directement leurs représentants..."

     Nous n'obtiendrons que ce que nous prendrons!

 

Boulogne-sur-mer. Février 1996.

 

 

1) Ces rencontres ont montré que bien des barrières étaient tombées durant l'automne. Est-ce à dire que les étudiants ont rompu avec l' apolitisme naïf et imbécile qui les caractérise ?

2) Grand absent du mouvement, le Front national. Voilà la démonstration que seul le retour des luttes peut contraindre l'extrême droite à la boucler et à amorcer un recul.

 

Ce que disent les images de l'époque (aperçu, montage INA)

 

 

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10 février 1996 6 10 /02 /février /1996 19:01

 

     Nous reprenons certains passages d’un texte produit à la suite du mouvement de 1995 par un camarade cheminot syndiqué à la CGT. Si nous ne partageons pas l’entièreté de son approche d’essence syndicaliste - les bureaucraties syndicales de la SNCF ont d’abord pris soin de ne pas répéter les erreurs qui provoquèrent l’ apparition des coordinations de cheminots des années 80 - certains éléments de son récit ont leur place dans ce bref retour sur cette lutte qui entraîna dans son sillage un retour de la conflictualité : mouvement des sans-papiers de 1996, mouvement des chômeurs de 1997-1998, etc...

 

     Le 24 novembre, l'ensemble des organisations syndicales de la SNCF appellent les cheminots à faire grève. Les revendications portent sur deux points : la remise en cause de l'âge de départ en retraite, avec la durée d'allongement des cotisations de 37,5 à 40 années, mesure prévue dans le plan Juppé de casse de la Protection sociale et la signature du Contrat de Plan entre l’État et la SNCF, document qui prévoit la fermeture de 16 000 kms de lignes, la suppression massive d'emplois et une augmentation de la productivité.

 

    Les fédérations de Cheminots concluent leur appel commun à la grève par l'organisation sur chaque lieu de travail dès le vendredi, d'assemblées générales, afin de créer les conditions d'une poursuite de la grève au delà du 24 novembre.

 

    Le 24 novembre, la grève est massivement suivie, avec des pourcentages de participation de 90% dans le collège ouvrier, 75 % chez les Agents de Maîtrise et 60 % chez les cadres.

    Cette forte participation se révèle être immédiatement un formidable point d'appui pour la poursuite du mouvement. Les premières assemblées générales montrent une présence importante de cheminots, syndiqués et non-syndiqués, avec une réelle volonté de mobilisation. La grève reconduite, les cheminots rentrent alors dans un conflit qui va durer trois semaines, et être le moteur d'un mouvement social d'une importance essentielle en ce qu'il porte le refus de la pensée unique et du libéralisme européen.

 

 

COMMENT UNE LUTTE AUSSI FORTE ?

 

    Si la lutte a été aussi forte à la SNCF,cela repose sur plusieurs raisons :

- d'abord, celle d’un réel mécontentement chez les cheminots. Ceux-ci refusent le démantèlement de la SNCF voulu par les technocrates et Bruxelles. L'ensemble des actions au cours de l'année 1995l'a montré. Les journées de lutte ont rassemblé au fur et à mesure qu'on avançait dans l'année de plus en plus de travailleurs. Le mouvement s'est ainsi construit tout au long de l'année 1995.

- Puis une pratique syndicale qui privilégie la base. Cela sera la méthode durant toute la grève, et donnera ainsi toute sa puissance au mouvement. Les cheminots vont s'approprier leur lutte.

 

   Il faut noter aussi que la fédération CFDT des cheminots est une opposante traditionnelle à la ligne confédérale. Ainsi, dès l'annonce du plan Juppé, elle a condamné fermement les positions de Nicole Notat.

 

 

LA GREVE A BOULOGNE

 

Mouvement de 1995

     L'assemblée générale se tient le matin à 8h ou 9h selon les opérations du jour prévues. On y discute de tout, du déroulement de la journée, des actions à mener, des personnalités à interpeller, de l'organisation du repas de midi... et surtout on y vote la poursuite du mouvement. Les votes ont lieu à main levée.

     Le piquet de grève est mis en place à l'entrée de la cour SERNAM dès le mardi 28 novembre. Le feu brûlera jusqu'au dernier jour de grève.

- Le mercredi 29 novembre, un rassemblement en gare, auquel seront conviés les usagers, rassemble 300 personnes.

- Le jeudi 30, les gaziers et électriciens du littoral, qui ont organisé une manifestation à Boulogne, viennent dissoudre leur rassemblement devant le piquet de grève des cheminots en fin d'après-midi. Leur visite sera saluée par un défilé dans le quartier de Brecquerecque, à la lumière des torches et au son des trompettes.

 

    A partir du vendredi 1er décembre, l'assemblée générale décide de ne laisser dans les locaux SNCFqu'un responsable de la direction, aidé d'un cadre, pour les questions de sécurité. Les non-grévistes (essentiellement des cadres et quelques agents de maîtrise) sont renvoyés chez eux. Ces derniers iront louer un local à Garomanche pour se donner l'illusion de leur utilité. A partir de ce moment, la gare appartient aux grévistes.

Le samedi 2 décembre, après une semaine de grève, les cheminots appellent la population à manifester en ville afin d’apporter leur soutien à la lutte. 1 500 personnes répondent à l'appel. L'importance de la manifestation étonne ce jour là, mais ce ne sera que la première d'une longue série. Elle renforce le moral des grévistes car on va assister à une série de défilés qui vont rassembler à chaque fois de plus en plus de monde :

- Mardi 5 décembre : 3 000 manifestants, au départ de la Bourse du Travail.

- Jeudi 7 décembre : 5 000 manifestants. La Bourse du Travail devient trop petite.

- Mardi 12 décembre : 10 000 manifestants envahissent Boulogne, une "marée humaine" titrera La Voix du Nord. Le départ se fera de la place Dalton. Les cheminots, symboliquement montent des voies de chemin de fer devant l'Eglise.

 

NOUS L'AVONS FAIT!

 

     Les objectifs étaient ambitieux mais les cheminots sont parvenus à emporter une bataille qui restera un moment important de l'Histoire sociale. Le Contrat de Plan est retiré et sera réécrit. Le gel de toutes les restructurations qu'il contenait arraché au gouvernement. Pas touche aux retraites et à la protection sociale.

 

     La lutte s'est caractérisée par la maturité de ses participants, qui a forcé le respect, la compréhension et la sympathie de l'opinion publique. Des comportements nouveaux ont été suscités chez l'ensemble des salariés. Les cheminots ont réveillé la conscience collective du monde du travail et des exclus. Ils ont fait naître un immense espoir en démontrant que l'on peut encore se battre et gagner.

 

TOUS ENSEMBLE

 

     Il y a des hivers où il fait moins froid quand... tous ensemble, tous ensemble, tous, tous, tous, on lutte pour gagner. Ce mouvement a donné un message fort: ENSEMBLE ON PEUT GAGNER!

 

 

Boulogne-sur-mer. Février 1996.

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1 février 1996 4 01 /02 /février /1996 19:24

 

Le plan Juppé a été décidé le 15 novembre 1995 et les cheminots sont entrés en grève reconductible à partir du 24 du mois. Dans les écoles, on évitait le sujet et la grève fut décidée d’en haut, aucune décision ne fut prise par la base.


 

image Prof 1995.

 

    La FSU (Fédération des syndicats unitaires) déposa son préavis le 2 décembre pour ne commencer la grève que le 7 espérant ainsi qu’entre temps, les autres centrales syndicales se décideraient. Et en effet, la FEN (Fédération de l’Éducation nationale) a suivi. Localement, le trois quart des enseignants grévistes n'ont suivi le mouvement qu’à l'appel des syndicats qui leur ont donné la marche à suivre (et les instits osent critiquer l'assistanat !).

 

    Très peu d’entre eux ont stoppé le travail en ayant vraiment idée de ce qu'était le plan Juppé. Peu se sentaient concernés. Pas ou peu de discussions sur les lieux de travail ou dans les cortèges de manif. Le plus souvent, ils étaient là parce que M. FEN (la FSU étantminoritaire à Boulogne) avait dit que ce serait bien qu'ils y soient (mais ceux qui continuaient le travail avaient quand même le droit à toute son affection). C'est tout ! Et encore "faudrait pas qu' ça dure parce que ça va coûter cher et qu'est-ce qu'il nous restera pour le réveillon ?" a été le leitmotiv quasi général.

 

    Les instits défilèrent joyeusement sous la bannière du S.N.U.I.P.P (syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC, appartenant à la FSU),visible de loin, pub oblige ("le syndicat a besoin de vous !" ou plus tristement sous la bannière digne et austère de la FEN (on se serait cru à l'enterrement prémonitoire de Mitterrand !)

 

    Seuls quelques "agité-es" (dixit les responsables syndicaux eux-mêmes) ont tenter d’impulser une dynamique à la base, malheureusement assez vite retombée faute de combattants. Les syndicats enseignants s’appliquant à dépolitiser la grève, la FEN en centrant les revendications sur la retraite et en ne dénonçant pas le plan Juppé pour ce qu'il était ; le SNUIPP en "noyant le poisson" sous un ensemble de revendications catégorielles.

 

    Tout se termina comme il devait le jour où la FEN décida de la reprise du travail. Les enseignants se sont alors précipités dans leurs écoles, soulagés pour leur salaire ("on n'a pas trop perdu") et pour leur retraite ("on a gagné"). Du côté du SNUIPP, le retour en classe se fit également dans l’ordre et comme prévu avant les sacro-saintes vacances de Noël. mais avec un peu plus de difficultés. Les syndiqués, moins nombreux, ayant le sentiment d’avoir eu davantage le droit à la parole. Si l'issue de cette "lutte" en a déçu et énervé certains, il en résulte que la réalité du syndicalisme enseignant est :

 

- celle d'un syndicalisme de service ("encartant" des consommateurs), réformiste (si, si, on peut se battre de l'intérieur pour un capitalisme plus humain) et catégoriel.

 

    Quant aux enseignants eux mêmes, ils se montrèrent peu conscients d'appartenir au même monde que celui des parents de leurs élèves, pseudos travailleurs-intellectuels ignorants de la sauce à laquelle ils seront mangés.

 

 

Boulogne-sur-mer. Février 1996.

 

 

Encadré :

Visite en terre F.E.N

 

    Sans y être conviés, nous nous sommes incrustés lors des journées de grève dans une grand messe qui se voulait être une “assemblée générale” organisée par la FEN. Cette petite visite nous a permis d'assister à leurs “débats". Ça commençait plutôt bien : y avait du monde, sur l'estrade comme dans la salle. Sur l'estrade, entouré de quelques “élus", un tribun populaire vêtu d'une panoplierévolutionnaire (costard noir, sous-pull rouge) haranguait la foule : "Camarades !” ...

     Malheureusement ça s' est arrêté là. Discours vide, ultra-corporatiste. La seule explication qui fut donnée du pourquoi de la grève fut la défense de la retraite des fonctionnaires !

     Le syndicat ayant chargé ses ministres sur terre (Labit entre autre) de prêcher auprès de son troupeau (les lnstit's) la bonne parole : la grève, modérée, du bout des lèvres. Aucune possibilité ne fut donnée à ces derniers de réagir, de discuter, de débattre des modalités de la lutte, des raisons de la grève, ce qu’ils se gardèrent bien de tenter de faire soit dit en passant.

Bref, les dirigeants dirigent et ordonnent, la base applique. Si, si, la FEN est un syndicat DE-MO-CRA-TI-QUE !

 

 

 

Boulogne-sur-mer. Février 1996.

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14 octobre 1995 6 14 /10 /octobre /1995 23:13

 

boulogne sur mer zoom720

 

Voici le témoignage d'un marin de passage à Boulogne-sur-mer qui nous éclaire un peu plus sur les réalités de ce métier.

 

La Mouette : Comment trouves-tu du travail en règle général ?

 

    Je viens du Calvados et je vais de port en port. J'ai des adresses ou je prends contact avec le Comité local des pêches, il y en a dans chaque port.

 

La Mouette : Tu travailles sur quel type de bateau ?

 

    Sur des bateaux de pêche industrielle ou artisanale, ça dépend, mais ça me permet de connaître les différents types de pêche.

 

La Mouette : Peux-tu nous parler de tes conditions de travail ?

 

    Généralement je suis en activité 7 mois dans l'année, mais les conditions sont différentes d'un bateau à l'autre. Le travail est difficile, tu es continuellement sur le qui-vive. Il faut savoir que tant qu'il y a du poisson, il y a du travail ; j'ai déjàtravaillé 48 heures d'affilées et les pauses sont rares. Évidemment, quand il y a une surcharge de travail et que les conditions sont difficiles, l'ambiance est parfois tendue... c'est normal... et parfois, c'est pour des conneries...

Dans la pêche artisanale l'ambiance est plus familiale ; sur les bateaux industriels les relations sont plus serrées, chacun tient à son poste, le second et le mécanicien ne mangent pas avec nous, tu vois... mais attention, bien souvent si le patron dit qu'il soutient les matelots lors des conflits, il reste le patron...

 

La Mouette : Comment s'applique la rémunération des équipages ?

 

    D'abord, le patron soustrait les frais de gasoil, l’huile, le matériel, les vivres... en général le matelot a droit à une part, le novice 3/4 de part et le mousse 1/2 part. En fait cela dépend aussi des ports : à Cherbourg, le second recevait 1/4 de part en plus mais il s'occupait des épissures ; en fait c'est le patron qui décide.

 

La Mouette : Pour toi, à quoi sont dues les difficultés actuelles ?

 

     Les importations ! C'est ce qui nous fait le plus de tort. Et le manque de poissons aussi, quoique en partie ce sont des conneries...

 

Boulogne-sur-mer. octobre 1995.

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13 octobre 1995 5 13 /10 /octobre /1995 22:55

 

La crise que traverse la pêche boulonnaise n'est que l'effet d'une onde de choc mondiale. Les mêmes causes produisent partout les mêmes effets et les solutions que semblent préconiser les différents responsables, armateurs, pouvoirs publics, politiciens prennent des allures de fuite en avant.

 

     De 1945 à 1989, les prises annuelles mondiales ont été multipliées par quatre passant de 20 millions à 100,3 millions de tonnes pêchées. Durant cette période, l'amélioration des techniques comme de l'outillage, couplés à la croissance mondiale de la demande alimentaire contribuèrent à une progression de l'effort de pêche. Cette politique s'imposa au prix de déséquilibres écologiques, économiques et sociaux au sein même des pays industrialisés ; mais depuis peu, la redistribution des cartes frappe de plein fouet nombre de pays tiers dont les ressources halieutiques sont la proie des prédateurs occidentaux.

 

morue

 

L'EXEMPLE DES MERS D'EUROPE DU NORD

 

    C'est au début des années 80 que la surexploitation des fonds commença à faire sentir ses effets, notamment dans les eaux de l'Atlantique Nord sillonnées par les chalutiers de pêche industrielle. La mer du Nord qui totalise 5 % des prises mondiales constitue le réservoir des pays d'Europe du Nord pour leur approvisionnement en harengs, maquereaux, cabillauds.

 

     Cette zone est aujourd’hui exploitée à un tel niveau que les prises sont quatre fois supérieures au seuil permettant à 90 % des espèces de se reproduire. Des années de pêche intensive et si peu sélective (selon la FAO, 40 % du poisson extrait de la mer, surtout par les flottilles industrielles, est rejeté mort ou impropre à la consommation ont progressivement vidé les fonds. Aujourd'hui les chercheurs chiffrent à 60 % le taux de surexploitation des 80 espèces étudiées dans les eaux de la CEE où les mers du Nord tiennent un rôle de premier plan.

 

     Les premières mesures prises pour endiguer la situation furent d'imposer une taille minimale de capture et un contrôle des maillages. Depuis peu, on assiste à la mise en place des quotas et de zones de pêche. Le but est de contrôler le taux de prises sur un stock donné afin d’en rationaliser l'exploitation et en éviter le saccage. Pour le moment il est difficile d'affirmer que les quotas participent au rétablissement des stocks car les espèces les plus sollicitées constituent la moitié de la valeur d'une pêche à l'exemple de la morue, de l'églefin ou du colin dont les prises en tonnages sont passées de 5 millions à 3 millions et pour lesquelles une réduction de l'effort de pêche s'impose. Un effort qui ne semble pas prêt d'être consenti tant les enjeux financiers que représente le secteur aux yeux des industriels sont importants.

 

 

UNE LOGIQUE SUICIDAIRE

 

    En effet, puisque c'est maintenant dans les eaux des pays du tiers monde que s'est rabattue une partie de la flotte industrielle européenne notamment au large de l'Afrique, privant les populations locales de ressources vitales. Plus près de nous, ce sont les eaux poissonneuses de la Norvège que jalousent les industriels français, au premier rang desquels le président du syndicat des armateurs boulonnais. Il faut dire que le stock de morues, partout au plus bas, a fourni dans la mer de Barents 700 000t. en 1994. Un productivisme prédateur contraint les flottes des pays riches à la recherche de nouvelles zones où redéployer leurs activités. De même, de nouvelles espèces dites "de grand fond" sont depuis peu l'objet d'une exploitation de la part de ces mêmes industriels sans que l'on sache comment réagiront les stocks à une exploitation intensive.

 

      poisson revolution-petit biggerLa déprédation des ressources naturelles directement liée à un type d'exploitation inhérent au capitalisme, hypothèque chaque jour l'équilibre vital de la planète. Le contrôle scientifique n'a jusqu'ici pas réussi à modifier le mode de gestion de la ressource halieutique qui ne pourra indéfiniment s'accommoder d'une exploitation basée non pas sur les besoins réels de la population, mais sur les intérêts des lobbies économiques. Saccage écologique et social, comme nous allons le voir ...

 

 

Boulogne-sur-mer. octobre 1995.

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12 octobre 1995 4 12 /10 /octobre /1995 17:58

 

Les effets visibles de la crise comme la baisse des cours et des tonnages ont des raisons profondes telles que la surcapacité de la flotte, l'internationalisation des marchés et la logique du profit. Mais d'un bout à l'autre de la chaîne, ce sont les intérêts antagonistes des producteurs, patrons et marchands qui interfèrent.

 

       Depuis plusieurs années, l'approvisionnement du port, assuré pour un quart par la flotte boulonnaise, connaît une baisse régulière des tonnages. En 1993, ce sont 70 000 t. de poissons qui seront amenées à quai et seulement 65 000 t. l'année suivante. Corollairement, les cours se dégradent sans discontinuer et si la crise frappe sans discernement pêche artisanale et industrielle, les effets sont ressentis différemment en fonction des traits propres à chaque type d'activité.

 

aerien.jpg

Vue aérienne du port de Boulogne sur mer

 

 

PANORAMA DE LA PECHE BOULONNAISE

 

 

     La pêche artisanale assure, avec ses 150 bateaux, la moitié des débarquements, soit 26.000t. en 1994, ainsi que plus de la moitié des apports en criée. La production se constitue pour moitié de merlan, de maquereau et de hareng, ces trois espèces représentent à peu près 1/3 de la ressource financière des étaplois. La dépréciation des cours, qui se traduit par une baisse du prix du poisson, a ramené le prix moyen de 8,5 F en 1988 à 6,60 F en 1994 ; autant dire que le manque à gagner est sérieux, la rémunération dépendant directement du prix du poisson sur le marché.

 

     Dans un contexte où elle est également en proie à la pression de la distribution, la pêche artisanale se voit contrainte de maintenir, voire d'augmenter, sa productivité ; cette situation amène les chalutiers de 20 à 24 mètres à sortir par tous les temps et parfois avec des équipages réduits, creusant encore l'écart avec les bateaux de plus petite taille contraints de rester à quai. Le ballon d'oxygène de la pêche artisanale c'est pour l'instant la diversification des prises à plus grande valeur marchande comme l'encornet, la coquille Saint-Jacques, la limande, la sole, etc...

 

      La situation demeure critique, dix bateaux sont ici inscrits au plan Puesh sur 653 demandes de dossiers d'aide à 1'échelon national. Pour les autres, ceux qui ont souscrit aux "compte épargne navire de salaire minimum" garantissant 5000 F àchaque inscrit, ils ont arrêté de cotiser en attendant la quote-part qu’à son tour l’État doit verser.

 

      La flotte industrielle compte pour sa part 13 chalutiers de pêche fraîche et trois surgélateurs qui assurent 36 % des débarquements, soit pour l'année 94 , 23 600 tcorrespondant à un chiffre d'affaire estimé à 293 millions de francs répartis entre les trois armateurs suivants :

J.M. Legarrec : président du syndicat des armateurs boulonnais et propriétaire de quatre chalutiers et d'un surgélateur, PêcheEurope exManesse et Sénéchal : quatre chalutiers et Nord pêcherie : cinq chalutiers et deux surgélateurs.

 

     Cette flotte qui constitue 10 % des effectifs de la pêche industrielle française a vu passer en 10 ans le nombre de navires hauturiers de 34 à 13 et la production en tonnage globale diminuer de 49 %. Sur l'ensemble de ces bateaux, onze ont été mis en service entre 1972 et 1976 et sont en totalité équipés de treuils hydrauliques leur permettant de pratiquer une technique de pêche à l'aide de chaluts dits pélagiques ; c'est à dire avec un immense filet conique, tiré par deux chalutiers de front, qui ramasse tout ce qui traîne entre les fonds et la surface. Une partie de cette production est généralement congelée en mer. Les cinq premières espèces en valeur marchande recueillies dans ces filets sont le Lieu noir, le Cabillaud, le Sébaste, le Flétan noir et le Sabre.

 

chalutsUn chalut qui tire son filet

 

      Les cours et les tonnages connaissent des fluctuations dont la tendance générale tire à la baisse. Les stocks de Lieu noir sont au plus bas niveau tandis que le Cabillaud a connu en 1994 une chute spectaculaire de son cours à 8 F au kg. Pour pallier l'amenuiseme nt de la ressource, les chalutiers  industriels se sont déployés depuis 1 990 sur l'ouest et le nord de l’Écosse afin d’y pratiquer une pêche de grand fond. En quatre années d'exploitation des mêmes zones, le bilan est sévère et on observe déjàun appauvrissement des stocks Ainsi, la production d'empereur qui atteignait 8335 t.en 1990est tombée à 1420 t. en 1994. Cette pêche qui représenta jusqu'à 42 % de la production en 1992et constitua 1/3 de l'effort de pêche en 1993 a connu une chute de la production égale à 27 % Autant dire que le malaise est profond et les issues à court terme ne sauraient masquer l'impasse dans laquelle se trouve ce mode d'exploitation des fonds. On ne saurait d'ailleurs oublier le mouvement des marins de 1994 qui, outre sa dimension revendicative pour un salaire fixe garanti mit en lumière les restructurations en cours tant au niveau local qu'international avec en filigrane la concentration des débouchés et la disparition d'unités artisanales et industrielles dans les années à venir.

 

 

LES RAISONS PROFONDES DE LA CRISE

 

    Pour certains, le problème serait conjoncturel. Il est couramment admis chez les armateurs et les marins que la cause principale de la crise serait l'entrée sur le marché français du poisson étranger. Indéniablement l'ouverture des frontières a placé les pêcheurs français dans une situation de concurrence directe avec les Espagnols et les Norvégiens. Philippe Vasseur, en visite à Boulogne cet été, affirmait pour sa part que la dévaluation de la peseta à laquelle on peut ajouter la faible rémunération des marins, mettait les Espagnols en position de force. Puis il s'empressa d'ajouter que le marché européen déficitaire ne pourrait jouer la carte du protectionnisme pour recommander un contrôle sanitaire destiné à juguler l'entrée des produits de mauvaise qualité. Enfin, il annonça une rallonge de 120 millions de francs au plan pêche qui, en réalité, était initialement prévu. Quelle place occupent donc les importations dans la crise que connaît ce secteur ? Le marché européen absorbe 40 % des importations mondiales dont 70 % proviennent des pays dits “développés” ; dans le même temps 58 % de l'approvisionnement de l'Europe des 15 provient des eaux des pays tiers. Il convient donc de s'interroger sur plusieurs points.

 

    Tout d'abord comment le marché européen pourrait-il se passer des importations qui, pour une bonne part, font vivre 200 000 travailleurs dans des secteurs comme la transformation ? J.M. Legarrec réclame d’ailleurs l'accès aux zones poissonneuses de la Norvège pour équilibrer les résultats. En fait, les importations ne doivent pas voiler la question d'une concurrence toujours plus acharnée qui contraint les unités à rivaliser pour s'accaparer des ressources réduites à la portion congrue sur fond d'internationalisation des marchés. Pour sa part, Bruxelles maintient une position ferme en la matière : les importations sont nécessaires si l'on veut fournir des prix modérés accessibles aux consommateurs. Alors certains pensent contourner le problème en évoquant la possible entrée de la Norvège dans l'Europe, y voyant le moyen de combler le déficit de production. Mais comme on le sait maintenant, toute option qui s'inscrirait dans la poursuite de cette logique productiviste ne saurait constituer une solution.

 

    Si l'on veut comprendre les raisons réelles de la crise, remontons la chaîne à contre-courant, c'est à dire de la distribution à la production. Actuellement la grande distribution assure 50 % des ventes du secteur. En fournissant une même quantité de marchandise à un coût inférieur à celui pratiqué par la concurrence et ce, quelle que soit la période de l'année, son rôle dans le formatage des habitudes alimentaires des populations est devenu prépondérant. Mais cette politique implique de faire appel directement aux importations et d'exacerber la concurrence en sous-évaluant les coûts de production et de reproduction des ressources naturelles. On touche là au cœur du problème. La course aux profits est directement responsable de la situation des marins qui, de fait, n'exercent aucun contrôle sur la vente du poisson puisqu'elle est totalement tributaire des cours.

 

     Autant dire que les propositions de P.Vasseur "d’affiner la présence des pêcheurs français dans la concurrence mondiale" ne visent rien d’autre que de renforcer la guerre économique dont seuls les marchands sortiront gagnants. Notons au passage que cette logique prédatrice contraint les producteurs à retirer de la vente des quantités considérables de poisson qui, ne trouvant pas preneurs, seront transformées pour quelques centimes le kilo en farine ou en aliments pour animaux.

 

 

LE ROLE DE LA TRANSFORMATION

 

En périphérie, la place occupée par le secteur de la transformation corrobore le phénomène de concentration des débouchés. Tout d'abord, parce que, comme nous l'avons déjà souligné, leflux de la matière première se fait à sens unique et pour une part importante des eaux des pays tiers vers le juteux marché européen. Bruxelles joue d’ailleurs pleinement la carte des transformateurs, il est envisagé que Capécure reçoive un milliard d’aide de l’État et de la Région afin de renforcer sa position sur le marché.

 

CAPECURE.jpgLa zone de transformation du poisson : Capecure

 

 

MARINS ET ARMATEURS : LE RAPPORT DE FORCE

 

    Enfin, comme tout secteur d’activité soumis à la loi du capital, celui de la pêche est traversée par des contradictions économiques et donc sociales. La lutte que se livrent depuis deux ans marins de la pêche industriels et armateurs boulonnais nous en fournit l'illustration. Sur un chalutier de pêche industrielle, la hiérarchie des salaires est importante. Le capitaine, le second et le chef mécanicien se partagent 30 % de la masse salariale. Pour un marin en 1993, la rémunération évoluait entre 90 000 et 94 000 Frannuels.Pour certains patrons, cette rémunération s’ élève à 700 000 F.

    A côté du salaire, les conditions de travail sont également un enjeu important de la confrontation. Un rapport de l'Institut maritime de prévention dénombrait 43 accidents sur un effectif embarqué de 114 marins en 1993-94. Ces accidents varient en fonction des règles de sécurité en vigueur sur chaque navire, mais la pénibilité des postes risque d'être accrue si l’effectif passe de 20 à 18 hommes comme le demandent les armateurs. Rappelons qu’il s’élevait à 25 marins en 1986. De son côté, la pêche artisanale connaît également des tensions et si, lors des conflits, patrons et matelots peuvent se retrouver au coude à coude, ces derniers savent quand il le faut faire valoir leurs revendications.

 

 

ET DEMAIN...

 

     La question qui vient à l'esprit est : quelle forme de pêche veut-on ou comment harmoniser les conditions d'exploitation avec une réduction de la pénibilité du travail et une juste rémunération ? A court terme on a avancé un système du style “montants compensatoires" permettant d'écouler la production à un certain prix pour contrer l'effet des importations mais cela ne réglera en rien le problème. Il n'y a qu'à regarder l'exemple du secteur agricole qui continue de liquider les petits paysans au profit des productivistes. Interrogeons nous plutôt sur le pourquoi de ce productivisme. Pour quelles raisons les importations ne touchent - elles quasi uniquement que les pays les plus riches ? Les tonnages extraits par la flotte européenne couplés à ces mêmes importations correspondent-ils à la satisfaction d'un besoin alimentaire réel ? Naturellement non, mais la commercialisation à une échelle industrielle est une source de profits juteux pour des marchands qui en ont fait une denrée à faible coût capable de rivaliser avec les denrées alimentaires bon marché. Il conviendrait donc de tenir compte des contraintes naturelles c'est à dire de ne fournir du poisson qu'en fonction des rythmes de reproduction et à un coût qui prend en compte non plus les fantaisies du marché mais la quantité du travail nécessaire à cet effort. Ce qui dans un premier temps revient à réorienter l'activité des pêcheries en fonction de leur demande respective et non plus selon les tendances du marché mondial. Ce qui irait à contre courant des objectifs de Bruxelles qui travaille au développement d'une flotte européenne semi-industrielle afin de liquider les effectifs actuels jugés en surcapacité. Pourtant il faut savoir que créer un emploi dans la pêche industrielle coûte quatre fois plus que dans la pêche artisanale, elle même cinq fois plus efficace dans l'utilisation du combustible. Mais surtout, les préoccupations écologiques ne sauraient plus longtemps rester lettre morte ; c'est le tissu social des ports de pêche du monde entier qui est ici en jeu.

 

 

Boulogne-sur-mer. Octobre 1995.

 

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Aperçu rapide des espèces les plus menacées.

(Tableau non exhaustif)

 

Lieu noir : principaleproduction de la pêche hauturière boulonnaise. En 1970 on en débarquait 320.000 t. en 1992 seulement 92 000 t. Le stock est sorti des limites biologiques acceptables.

Morue : La masse apte à féconder en 1960 était évaluée à 50 000 t. en 1986 on l'établissait à 17 000 t. Le stock serait dans un état inquiétant.

Églefin : connait 38 % de rejet dû à l'immaturité des prises qui est globalement évalué à 48 000 t.

Merlu : la capture d'immatures est en train de porter préjudice au stock.

N.B. : L'actuelle méconnaissances des espèces de grand fond peut nous permettre d'affirmer qu'une production intensive peut être préjudiciable. Le grenadier, par exemple, qui est exploité par la France depuis 1989 est une espèce à croissance lente et à maturité tardive, le nombre d'œufs par femelle est faible.

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Published by La Mouette Enragée - dans Pêche
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28 juin 1990 4 28 /06 /juin /1990 16:21

   A deux pas (de calais), du Royaume-Uni, la Mouette Enragée a participé aux manifestations contre l'instauration de la Poll Tax par le gouvernement Thatcher, en 1990. Pour se rafraîchir la mémoire, voici une vidéo faite par des amis anglais sur le mouvement contre cette taxe injuste, symbole des luttes de classes en Angleterre pendant les années Thatcher.

 

 


Pour visionner la suite, sélectionnez les vidéos 2 et 3 

I've got the power !!!

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Published by La Mouette Enragée - dans Poll Tax 1990
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10 juin 1990 7 10 /06 /juin /1990 18:36

 

En 1990, les futurs initiateurs du journal "la Mouette Enragée" firent paraître une brochure à propos d'une lutte populaire et de masse qui marqua le début de la décennie en Angleterre, la lutte contre “la Poll Tax”.

Ce fut l'occasion pour quelques un-es d'entre nous de nous rendre outre Manche et d'y rencontrer des camarades engagés dans ce combat. Nos échanges se poursuivirent quelques temps. Le texte que nous présentons ici témoigne de ces rencontres qui se déroulèrent à chaud, durant cette période.


Couv- poll tax

 

Préface


 

     Depuis plus d'un an, les îles britanniques. sont secouées par un mouvement de masse et de classes : la lutte contre la POLL TAX. Des millions de personnes refusent de payer un nouvel impôt qui frappe les plus pauvres au profit des plus riches.

    Occupations de conseils municipaux, manifestations et affrontements dans les rues, refus de collaborer d'employés administratifs, sabotage et destruction de fichiers, solidarité active entre les communautés, les travailleurs, les chômeurs, les quartiers, les régions... sont autant de formes d'actions directes qui remettent en cause la politique féroce des partisans de Margaret Thatcher à l'égard de la classe ouvrière.

     Certes,, le Royaume-Uni connaît une longue tradition de grèves, et de mouvements sociaux “durs”.. Ces dernières années, les mineurs, les ouvriers du livre, ceux des ports et des chantiers navals, l’ont amplement prouvé. Cette fois, de par sa nature même, il s'agit d'un mouvement qui dépasse les corporatismes et touche l'ensemble de la classe ouvrière, les travailleurs mais aussi les chômeurs, les immigrés, les femmes à la maison... en un mot le prolétariat.

 

    Face aux informations partielles, sinon volontairement tronquées des médias en France, nous avons voulu essayer d'expliquer de la façon la plus claire possible ce qui se passe dans un grand pays voisin. Au moment où l'on dénonce à juste titre les monstruosités de ces systèmes, de l'Europe de l’Est qui se prétendaient “communistes”, “socialistes”. “ouvriers” mais n'étaient en fait que la forme la plus étatique de 1’exploitation capitaliste, il importe de dire et de redire qu'à l'Ouest aussi, le capitalisme provoque : misère, chômage, exclusion et racisme.

    Patrons et politiciens occidentaux se sont réjouis trop vite : en Grande Bretagne, ultra-libéraux au pouvoir et réformistes sociaux-démocrates en font l'expérience.


 

 

I. QU'EST-CE QUE LA POLL TAX ?

 

 

    Jusqu’en 1989 l’impôt local sur l'habitation, connu sous le nom de OLD RATFES SYSTEM (ORS) était calculé comme la taxe d'habitation française sur la valeur du logement. Le gouvernement conservateur de M. Thatcher, poursuivant sa politique économique ultra-libérale, décide alors de supprimer l’ORS et de le remplacer par un nouvel impôt dont le nom officiel est COMMUNITY CHARGE (taxe communautaire). Les Tories (conservateurs) sont bien les seuls à s'accrocher à ce terme qui se veut rassurant Très vite, la population va identifier la nature du nouvel impôt qui bien loin d’être "communautaire”, est profondément inégalitaire. D'où le nom populaire de POLL TAX qui peut se traduire par "impôt par tête”.

 

1) Le fonctionnement de la Poll Tax

 

    La Poll Tax est due par toute personne âgée de plus de 18 ans, sans distinction de biens et de revenus. Concrètement, cela veut dire qu’un patron demeurant dans une belle villa va payer la même Poll Tax que l'ouvrier qui travaille pour lui et habite en HLM alors que leurs revenus et leurs conditions de logement sont bien sûr ,fort différents. Le nouvel impôt est donc fondamentalement injuste. La Poll Tax n'est pas identique pour tout le pays. Ce sont les conseils de chaque municipalité qui en fixent le montant après délibération publique (ou secrète).

 

    Le gouvernement central "recommande” à chaque municipalité "un taux d’imposition qu’il juge "acceptable" mais chaque Conseil de ville (ou de quartier dans les grandes agglomérations comme Londres) reste libre de fixer le montant final. Les chômeurs et les retraités ne devraient payer "que" 20% du nouvel impôt mais cela sera calculé sur un taux moyen national fictif décidé par le gouvernement. Mais les effets pervers de la Poll Tax ne s’arrêtent pas là. Les femmes de la classe ouvrière vont être particulièrement touchées : celles qui travaillent représentent un fort pourcentage des plus bas salaires et, bien sûr, beaucoup font un travail non rétribué (s'occuper des enfants, de la maison etc ...) Dans tous les cas, elles devront payer le plein tarif.

 

    Les familles d’origine africaine et asiatique, traditionnellement nombreuses à habiter sous le même toit, paieront un lourd tribut et ce, d’autant plus qu'elles habitent les quartiers paupérisés des centres ville, là où le montant de la Poll Tax est souvent le plus élevé.

 

 

2) L’ Écosse : une région test


    La Poll Tax est entrée en vigueur en Écosse en avril 1989 et en avril 1990, soit un an plus tard en Angleterre et au Pays de Galles. Pourquoi cette discrimination ?

    L’Écosse, très durement touchée par la récession de ses industries lourdes, est une région qui possède néanmoins une solide tradition ouvrière. Premières victimes de la politique de restructuration économique du gouvernement conservateur, les travailleurs et plus encore les nombreux chômeurs écossais qui vouent à Madame Thatcher une haine sans faille. Il est donc logique que la “Dame de Fer" ait voulu faire payer 1es écossais les premiers et ce, non pas par simple mesquinerie, mais bien pour tester les réactions d'une population qui lui est très majoritairement défavorable. Le rôle joué par les écossais dans la lutte contre la Poll Tax est comme nous le verrons plus loin, de première importance. Remarquons enfin que si nous parlons dans cette brochure de la lutte en Grande Bretagne et non pas au Royaume Uni, c'est parce que ce dernier, en plus de la Grande Bretagne (Écosse, Angleterre et Pays de Galles) comprend l'Ulster ou l’Irlande du Nord. Or au moment où nous écrivons ce texte, nous ne connaissons pas encore la date de l'introduction de la Poll Tax en Ulster. Étant donné la situation de lutte armée qui règne en Irlande du Nord, le Gouvernement Thatcher sait parfaitement ce à quoi il doit s'attendre dans cette région. Pourtant, il lui sera difficile, sauf à perdre totalement la face, d'exempter l'Ulster de la Poll Tax.

 

 

3) Un peu d'histoire...Maggie aurait-elle la mémoire courte ?

 

    Début de l'année 1381, il relève du suicide pour les officiers du roi, d'aller collecter la taxe, la Poll Tax la première. La haine du peuple va croissante, de plus les commissaires royaux se livrent impunément à des procédés révoltants lors du recensement des adultes. Par exemple, l’information vient du Kent, ils se réservent un droit d'”examen" des jeunes filles afin d'établir leur état de virginité. Si tel n'est pas le cas, elles sont soumises à la Poll Tax, puisque déflorées, elles sont considérées comme adultes. Un vent de révolte souffle sur l'Angleterre de Richard II, les recenseurs sont chassés ou bastonnés par les paysans furieux. Les collecteurs de Londres et du Middlesex refusent de faire leur travail dans les campagnes, ils jugent dès lors leur tâche comme suicidaire...

     Ce qui inquiète présentement le roi Richard II, c'est l’arrivée chaotique et triomphale des paysans rebelles de Canterbury. Leur colère est grande et croissante, comme leur nombre. Nous sommes le 10 juin 1381, les six jours à suivre seront rudes pour l’Angleterre.

     En 1371, Richard II a fait voter une loi de capitation, un impôt par tête, qui coûtera d'ailleurs la sienne à Robert Hales, trésorier du roi le 15 juin 1381, et depuis six mois déjà le peuple gronde, mais la couronne contient encore la colère populaire. Mais la Poll Tax du roi affame les ouvriers, les paysans et autres pauvres d’Angleterre : la crise nationale !

     Rappelons que l'impôt est alors d'un shilling par individu adulte de plus de 15 ans, soit donc trois jours de travail, et selon le mode de calcul de l'impôt, une famille de cinq adultes laisse au trésor royal quinze jours de travail.

     La rébellion est là maintenant, aux portes de Londres. Les révoltés de l'Essex, les insurgés du Kent et les pauvres ramassées çà et là lors de la marche vers Londres, passent par le London Bridge le 13 juin 1381, avec à leur tête l'ouvrier Wat Tyler, très en colère. La masse furieuse, grossie encore par les pauvres de Londres déjà affairés à saccager le palais de Jean de Gand, oncle du roi, marche dans la capitale encouragée par les prédications très radicales du prêtre John Ball.

     Le 15 juin 1381, la révolte atteint des sommets ; Hales, le médecin du roi, Sudbury - conseiller du roi - et quelques étrangers sont décapités, rien ne fera reculer Tyler. Pourtant ce même jour, le leader du peuple Wat Tyler est assassiné par le maire de Londres William Walworth dont la maison avait été ravagée par les insurgés. Richard II continue la répression et finalement, privé de son leader, le peuple s'en retourne dans sa campagne et ses bas-fonds miséreux, furieux, frustré, blessé, mort, vaincu... Plus tard à Coventry, on arrête John Ball, il est pendu.

 

Source: "L'autre Journal" (n° 1, mai 1990)

 

 

 

II. LES LUTTES ANTI-POLL TAX

 

 

    La Poll tax est si impopulaire qu'elle entraîne une vague de protestation immense. Là où la Poll Tax a déjà été appliquée, en Écosse, c'est dans tout le pays qu'on se mobilise, et qu'on agit sous des formes différentes.

Les actions menées en Grande Bretagne sont dignes d'exemples et il importe pour nous de savoir de quelle manière l'organisation s'opère. Pour cela, la meilleure des choses à faire est d'examiner quelques cas particuliers très concrets, de différentes résistances à la Poll Tax.

     Tout d'abord il faut distinguer deux sortes d'opposition :

- La première consiste en un refus légal de la Poll Tax ; ce refus est celui du Parti Travailliste s’opposant au non paiement.

- La deuxième opposition est celle de la campagne de non paiement, prônant la désobéissance civile menée par les anarchistes, les. trotskystes et quelques personnes à la base du Parti Travailliste, en désaccord avec la direction.

 

d-ont pay

 

      Nous ne nous intéressons qu'à la deuxième forme car c’est la seule qui puisse être efficace et sans arrière pensée électoraliste ; avec des réserves toutefois, à savoir que le non-paiement soutenu par 'Militant' (1) revêt en fait une arrière pensée politique visant à grossir les rangs du Parti Travailliste.

 

 

Écosse

 

     Dès l'annonce de la loi concernant la Poll Tax, et son application en avril 89 en Écosse, des groupes locaux se sont formés spontanément un peu partout, en plus de ceux formés ,par les anarchistes et 'Militant'. Sachant que la loi prévoit, que les municipalités décident elles-même, du montant de la taxe, c'est pendant les réunions des conseils municipaux, pour fixer ce montant, qu’ont eu lieu les premières manifestations anti-Poll Tax. C'est ce qui a marqué le début du mouvement.

 

     Après un an de Poll Tax, le nombre de personnes qui n’ont pas payé, dépasse maintenant le million, soit 22% de la population. Cela fait 30% de la population qui soit n'ont pas payé, soit ne sont pas enregistrés, soit le sont mais sont en sérieux retards de paiement. Il n'y a pas de carte d'identité en Grande Bretagne, ce qui fait que le fichage n'est pas systématique, c’est pourquoi il faut se faire enregistrer pour payer l'impôt.

     Avant février 1990, le conseil régional de Strathclyde a envoyé 353 000 rappels, ce qui représente 20% de ceux qui sont enregistrés, mais qui ont au moins trois mois de retard pour payer. Avant Noël, dans la région du Lothian, 76 000 rappels ont été envoyés. Dans cette région, il y a plus de 200 000 personnes en retard de paiement. Mais maintenant les municipalités, la plupart travaillistes, ont lâché leurs “chiens” les huissiers. La loi limite le nombre d'huissiers dans chaque région. Celle du Lothian en a 45. Il leur faudrait au moins 15 ans pour traiter chaque cas de non-paiement ...

    De plus ces huissiers ont un pouvoir limité, ils ne peuvent entrer chez les gens sans leur consentement. Face à cela, les municipalités et leurs huissiers utilisent la menace et l'intimidation. Ainsi une compagnie appelée H.M. LOVE a envoyé des lettres illégales menaçant les non-payant qu’à leur prochaine visite, les huissiers pourraient entrer par effraction chez eux.

 

     Également, lors de tentatives de saisies, des procédures illégales sont employées. En novembre 1989, une dame d' Édimbourg, qui s’était fait saisir sa chaîne hi-fi pour ne pas s'être enregistrée, a défié les huissiers de la mettre en vente. Ses amis et voisins, soutenus par des activistes anti-Poll Tax, ont décidé de les en empêcher. Le soutien fut large. Des travailleurs du Derrick, qui en avait entendu parler, ont fait une collecte, et lui ont envoyé l'argent. A la dernière minute, la municipalité travailliste a abandonné.

     Le 6 février, des huissiers avaient tenté de faire des “saisies”, sans avertissement, à Musselburgh, et dans des villes plus petites de I'Est et du Centre de la région du Lothian. Pendant les jours suivants, des activistes anti Poll Tax en voiture ont chassé les huissiers, et prévenaient par porte-voix les gens de ne pas ouvrir leurs portes. Des tracts avec un numéro de téléphone d'urgence furent distribués. Les pneus de voiture des huissiers furent à plusieurs reprises crevés, et leurs pare-brise recouverts de vaseline, pour qu'ils ne puissent rien voir. Deux d'entre eux furent attrapés dans un pub, insultés verbalement, et photographiés.


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     Le 17 novembre, les huissiers de la compagnie H.M. LOVE ont reçu à leur tour une visite. En effet, plus de 40 protestataires anti-Poll Tax, des enfants et un chien ont occupé leurs bureaux. Une parodie de saisie fut effectuée, et des drapeaux furent accrochés aux fenêtres. Mr LOVE a appelé la police, en prétendant que les meubles étaient saccagés, et le personnel agressé. Cependant, même la police a reconnu qu'il s’agissait d'une protestation pacifique. Le procureur fiscal a vu l’occupation à la télé et a exigé que le plus grand nombre possible de ces protestataires soient inculpés. Finalement 17 non-payants paraîtront le 20 juin, à 10 heures devant le tribunal d’Edinburgh, à Lawnmarket High St.

     C’est évidemment une tentative d’intimidation, et il est important que le soutien soit le plus massif. Un soutien international serait encore plus décisif, aussi envoyez vos lettres de protestation à l'adresse suivante : Procurator Fiscal, Queens ferry, St-Edinburgh EH2

 

    En dépit de toutes ces intimidations et menaces, il n'y a pas encore eu d'ordre de vente, pour non-enregistrement ou, non-paiement en Écosse.

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(1) tendance trotskyste, infiltré au parti travailliste (voir 'stratégie et intervention de l'extrême gauche)

 

 

 

ANGLETERRE ET PAYS DE GALLES

 

     La résistance en Angleterre et au Pays de Galles, s'organise également. Ainsi des millions d’anglais et de gallois ont refusé de se faire enregistrer. Cela représente plus de 40 % dans certains quartiers de Londres. Des groupes à Sheffield, Nottingham, Londres et ailleurs organisent des comités, et distribuent des numéros de téléphone “d'urgence" sur les lieux de travail.

    A Sheffield, des membres du N.A.L.G.O (syndicat de fonctionnaires) ont refusé de délivrer à leurs collègues les dossiers d'allocation-logement ; et les travailleurs de la sécurité sociale, en grève, se sont engagés à boycotter tout travail lié à la Poll Tax.

 

    La résistance la plus répandue. consiste à perturber de quelque manière que ce soit les réunions des conseils municipaux qui fixent le montant de la Poll Tax.

    A chaque fois, plusieurs centaines de personnes se mobilisent. Rien que depuis fin février, ceci est arrivé à Stroud, dans le Gloucester (400 personnes puis 1 500 personnes 2 semaines après, quand la réunion avait été reportée), à Manchester, à Swindon (plus de 700 personnes), à Hilingdon (Londres : une centaine de personnes), à Huddersfield (200 personnes chantent et lancent des choses diverses pour perturber la réunion).

     Souvent, la police est appelée pour protéger les conseillers municipaux. C’est alors le début systématique d'affrontements. A Shepton Mallet, 300 personnes ayant pris d'assaut le Conseil, bombardent de pierres 2 cars de police, ayant fauchés 5 jeunes. A Harringay (Londres), le 6 mars, des centaines de protestataires jettent des projectiles sur le bâtiment du Conseil et, sur les forces de l’ordre. Des policiers sont blessés et 13 personnes arrêtées. Mêmes troubles à Wallasey et Walsall. A Bristol, 1 000 personnes venues troubler un meeting de gauche tentent de libérer un protestataire que la police avait arrêté. Plus tard, ce sont 2 000 personnes qui s'en prennent au conseil municipal, 5 flics blessés. A Weston-Super-Mare, 1000 personnes se battent dans les couloirs de la municipalité après en avoir forcé l’entrée, 2 flics hospitalisés. A Norwich (1000 pers.), Maidenhead (700 pers), Birmingham (150 pers.), Reading, (600 pers.), Gillingham (150 pers.), Exeter (500 pers.), Derwentside (200 pers.), mêmes événements : réunions municipales interrompues, ou perturbées de différentes manières (chants, slogans criés, jets de toute sorte), combats avec la police, vitres de municipalités brisées. La liste est longue : Notthingam, Southampton, émeutes à Hackney, Swindon encore, Brixton, Sheffield, Colchester ...

 

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    Afin que la résistance anti-Poll Tax soit plus efficace en Angleterre et au Pays de Galles, pour profiter de l'expérience écossaise, des jumelages sont opérés entre les groupes anglais ou gallois, avec des groupes écossais.

 

 

III.L’ECHEC DE LA POLL TAX

 

 

    Face à l’ampleur du mouvement anti-Poll Tax, plusieurs tentatives de casser le mouvement ont été menées. Toutes se sont révélées, ou se révèlent être des échecs, et le mouvement ne cesse de grandir et de s'endurcir.

    En effet, le nombre de non-payants change constamment mais est toujours à la hausse, car beaucoup de personnes enregistrées sont plus qu’en retard et n’ont donc toujours rien payé. Il s'y ajoute en plus les écossais qui avaient payé la première année et qui ont rejoint la campagne de non-paiement pour la deuxième année.

    En Angleterre, le nombre élevé de personnes non enregistrées (la date limite pour l'enregistrement était décembre 1989) fait que les fonctionnaires de la Poll Tax sont dans un chaos bureaucratique tel que plusieurs mois de retard sont prévus avant que ne soient envoyées les premières factures (1). La pratique des descente de huissiers en Écosse s'est montrée complètement inefficace face aux mobilisations à grande échelle des communautés contre eux. A un point que plusieurs municipalités ont abandonné cette tactique.

 

     Leur projet de procéder à la place à des prélèvements automatiques sur les comptes en banque (2) est aussi infructueux. D'abord parce qu'il est matériellement impossible de faire le détail des comptes en banque de milliers de non-payants et que même si ce procédé long et coûteux était mené à part entière, seulement 5 à 6 % des non-payants seraient pénalisés. Ensuite parce que les banques craignent de perdre des clients et de devenir impopulaires en pratiquant ces méthodes répressives. Cette issue est donc évidement abandonnée. Une autre tactique a été, tentée, celle-ci, particulièrement ignoble dans son principe. Étant donné que par manque de fichage, les fonctionnaires de la Poll Tax n'ont pas accès aux non-payants pour la plupart, ils ont essayé de s'en prendre aux personnes qui sont effectivement fichées et en particulier aux chômeurs. Seulement là aussi c'est un échec total. Lorsqu'ils ont demandé aux travailleurs du bureau des indemnités de chômage (3) de bloquer les dossiers de chômeurs n'ayant pas payé la Poll Tax, ceux-ci ont catégoriquement refusé ce rôle de délateur et ont exprimé leur solidarité avec les chômeurs. D’autres fonctionnaires menacent de se mettre en grève, si un seul de leurs collègues est pénalisé pour non paiement. La solidarité et l'entraide sont les seules armes efficaces contre la répression étatique. Prenons en exemple.

 

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(1) Personne à ce jour n’a encore reçu de factures, en Angleterre et au Pays de Galles.

(2) En ayant recours à des banques de 'Clearing', sortes de contentieux.

  1. Equivalent, de l'ASSEDIC.

 

Collaboration entre les partis

 

    Chaque autorité locale, qu’elle soit travailliste, conservatrice, nationaliste, ou de coalition, poursuit vigoureusement les non-payants. Seul le degré d'hypocrisie les différencie. Le 23 janvier 90, des non-payants ont arrêté deux fois une réunion du Conseil Régional du Lothian afin d'essayer de les empêcher de voter le budget prévoyant le taux de Poll Tax pour 1991.

    Les protestataires exhibaient des affiches, criaient des nombres afin de troubler les parlementaires, et montaient sur les bureaux. Les Travaillistes et les Conservateurs ont collaboré, et ont fait comme si le vote avait été pris et qu'il était en faveur du budget. Stopper la réunion aurait été plus facile si des membres influents de la tendance 'Militant' n'avaient pas encouragé à peu près la moitié des protestataires à quitter les lieux avant que le vote ne soit tenté.

    Ceci en dépit du fait qu’une réunion massive de la fédération des groupes anti-Poll Tax du Lothian avait décidé quinze jours plus tôt de déranger la réunion du Conseil à un point tel qu'aucun taux de Poll Tax ne puisse être fixé.

 

     “Militant” semble déterminé à saper toute résistance anti Poll Tax, qu’il ne peut contrôler, surtout si de telles résistances s’en prennent au Parti Travailliste, en paroles comme en actes. Leur tactique habituelle est de monter des groupes et ensuite de décourager les gens de participer. C'est ce qui est arrivé à Wavertree (Liverpool), Niddrie-Craigmillar (Edinburgh), Gresham southfield (Teeside) et Notingham-East.

     Ils ne font pas grand chose mais se débrouillent toujours pour envoyer des délégués lors des réunions de grandes villes et se faire élire comme responsables. L'expérience montre qu’aucun des partis parlementaires ne soutient réellement la campagne anti-Poll Tax (malgré des contributions réelles de quelques membres, en tant qu’individu), que la participation active et démocratique au mouvement anti Poll Tax des nombreux non-payants, doit être encouragée que toute campagne refusant d’abolir la loi n'aura aucun soutien de la part du public, et sera un échec tant que les individus réagissent de manière isolée, ils risquent d'être écrasés par le système. Mais 1’action de masse et la solidarité peuvent en venir à bout. Les rues, les quartiers prennent conscience de leur force collective, et ce mouvement est loin d'être fini.


 

IV. LES EMEUTES DE TRAFALGAR SQUARE

 

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    La veille de la mise en application de la Poll Tax en Angleterre et au Pays de Galles, a eu lieu à Londres, une manifestation de protestation. Celle-ci a tourné à l'émeute. Les médias, la presse en ont fait un large écho, mais ont enrobé les événements de mensonges. La question de savoir comment s’est déclenchée l'émeute est importante puisque semble-t-il les actes brefs et spectaculaires marquent parfois plus l'opinion publique que la lutte quotidienne passée sous silence, mais tellement plus importante. Nous avons tenté de retracer le plus fidèlement possible la journée du 31 mars, à la suite de témoignages de gens qui y ont participé, ou qui en ont été les témoins.

     En voici le déroulement : un défilé de protestation pacifique contre la Poll Tax démarre de Kennington Park et remonte Whitehall rejoindre Trafalgar Square, dans l’après-midi du 31 mars.

 

15HOO

 

Un sit-in pacifique de 200 personnes a lieu à l'entrée de Downing Street où se trouve le bureau de Margaret Thatcher, deux heures après que la manifestation soit commencée. La plupart des manifestants ont continué de passer a côté de ceux qui faisaient le sit-in jusqu'à ce que la police en équipement anti-émeute charge sans sommation et frappe les protestataires.

 

15H 15

 

L'accès à Whitehall est bloqué par un cordon de police et le défilé est détourné vers Trafalgar Square par l’Embankment et l'avenue du Northumberland (voir plan). A cette heure le calme règne toujours à Trafalgar Square, empli alors d'une ambiance de fête. D'après le témoignage de camarades présents sur place, des gens dansaient, et il y avait de la musique.

 

15 H45

    La police boucle, Whitehall et charge les manifestants pris au piège avec la police montée. Les manifestants, alors coincés, s'échappent par les rues secondaires pour rejoindre le cortège dévié sur l' Embankment et l’avenue du Northumberland.

 

16 H00

 

    La police tente de forcer les manifestants à entrer dans Trafalgar Square à l’extrémité de l’avenue du Northumberland. Cependant Trafalgar Square est noir de monde. La manifestation avait réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes, si ce n'est plusieurs centaines. La police a émis le nombre de 30 000 personnes. Des témoignages plus honnêtes parlent de plus de 200 000 personnes. Il s'ensuit donc une immense bousculade, où chacun pousse l'autre. La bousculade est si intense que la foule commence à crier "Hillsborough" à la police (en référence aux bousculades du même genre causées dans le stade de Hillsborough par les hooligans, et qui avaient fait plusieurs morts).

 

16H20

 

     Alors que le rassemblement prend fin, des manifestants en colère se concentrent sur la police aux abords de l’avenue du Northumberland et tentent de libérer des manifestants dont beaucoup souffrent de blessures causées par la bousculade. Cinq minutes plus tard, les manifestants escaladent un échafaudage qui se trouvait au coin de la rue afin de jeter des projectiles sur la police en dessous. Le cordon de police se brise et charge en redescendant l'avenue du Northumberland. Des fourgons de police sont alors lancés dans la foule, encadrés d'une douzaine d'officiers en tenue anti-émeute. La foule en colère les force à battre en retraite.

 

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     Les témoignages à ce sujet sont accablants. Beaucoup de personnes ont été effrayées par le plaisir que semblaient prendre les policiers à charger la foule.Une femme qui travaillait dans un bar à vin, sur la place Saint Martin raconte qu'elle a vu par la fenêtre 3 cars de police dans l’ impossibilité de bouger à cause de la densité de la foule. L'un des conducteurs a alors accéléré brutalement et fit des embardées en heurtant les gens.

 

16H35


     La foule, au départ pacifique mais désormais énervée, ayant libéré les manifestants en embuscade dans l'avenue du Northumberland, s'affaire maintenant vers Whitehall gardée par un cordon de police. Car pendant ce temps, la police montée chargeait les manifestants poussés des deux côtés de Whithall.

    Les chevaux piétinaient indifféremment tout le monde , enfants comme personnes âgées. Il n’est pas surprenant que les gens aient commencé à s’emparer de bouteilles et à les jeter. Pressions et bousculades se multiplient ; la police ordinaire recule ; la police anti-émeute avance, matraquant indifféremment jusqu’aux abords de Trafalgar Square. Et de quelle manière ! Les policiers utilisent leurs matraques comme des épées sur les manifestants.

 

16 H 45

 

    Des fourgons de police foncent dans la foule sur le Strand, un manifestant est fauché et traîné sur cinquante mètres. La foule de plus en plus en colère attaque les fourgons.

 

16 H 50

 

     La police montée charge maintenant en plein Trafalgar Square où sont amassées des milliers de personnes. Les chevaux traversent la place en s’élançant de Whitehall jusque St-Martinb’lane, en matraquant et piétinant les gens. On a vu des chevaux charger en montant les marches de St-Martin in the field’, où des enfants s’étaient réfugiés pour se tenir à l’écart du danger.

     A partir de 17HOO c’est la bagarre dans Trafalgar Square alors que la police matraque les manifestants qui répondent en attaquant les véhicules de police. Un incendie se déclare sur l' échafaudage.

 

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17 H 30

 

   Les policiers repoussent les manifestants au nord de Trafalgar Square avec des charges féroces de matraquage et les dispersent dans les rues et les quartiers. Le Square est vidé. La foule humiliée, excitée s'en prend alors spontanément aux riches propriétés. Des banques, des sociétés de crédit immobilier, des agences de tourisme, des grands magasins, des bijouteries sont saccagés, leurs vitrines brisées. Les voitures de riches (et de yuppies) sont retournées ou brûlées.

     A part quelques rares exceptions, les lieux qui dispensent un service plus général furent laissés intacts. Il s'agissait d'une attaque des richesses ostentatoires, en réponse aux violences policières. Une manifestation spontanée du ressentiment des pauvres.

Après les émeutes du 31 mars, 341 personnes avaient été arrêtées. Un groupe de soutien aux émeutiers de la Poll Tax (Poll Tax Rioters Support Group) s'est crée.

 

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Il est nécessaire de leur venir en aide. Vous pouvez envoyer votre soutien tant financier que potentiel à l’adresse suivante : chèques à l’ordre de PTRSG) :

PTRSG, 84b Whitechapel, High Street, London E1.

(1) Ce groupe rassemble des membres de divers groupes et n'a pour but que la solidarité avec les victimes des émeutes policières. Ils collectent de l'argent pour ceux qui ont des amendes, passeraient en jugement ou seraient emprisonnés.

 

 

 

V. LA CRIMINALISATION PAR LES MEDIAS

 

 

     En France, en Grande Bretagne comme ailleurs, lorsque le peuple manifeste sa révolte, lorsque l' injustice atteint des niveaux qui poussent les gens à utiliser la violence, la réaction du gouvernement, aidé largement par les médias, est de tenter de criminaliser le mouvement. Leur tactique consiste essentiellement à réduire la révolte à un débordement de vandalisme et à faire croire que les émeutes ont été déclenchées et organisées par des “provocateurs" selon l’expression consacrée. Comme si le peuple ne pouvait rien décider pour lui même, et avait besoin d'être guidé. Comme si les gens n'étaient pas capables de prendre des initiatives.

La lecture de la majorité des journaux et l'écoute des informations ne laissent paraître une fois de plus que la même chose : "une poignée de casseurs venus pour la bagarre". “The Times” va même plus loin en tentant de montrer que les émeutes du 31 mars avaient été préméditées par les anarchistes. C'est en comparant la manière dont la manifestation des mineurs en février 85 avaient tourné à l'émeute avec celle du samedi 31 mars, qu'ils en sont arrivés à cette conclusion. “The Times” voudrait même faire croire qu'il s'agissait d'un complot organisé, en citant les publications anarchistes et leurs prises de position intransigeantes, à juste titre, contre la Poll Tax.

 

      Il est question aussi d'un manuel (1) qu'aurait édité un groupe anarchiste pratiquement inconnu (2) révélant des tactiques pour faire face aux manœuvres policières lors des émeutes. Nous doutons fort que tous les gens présents à Trafalgar Square aient lu ce manuel. Même si les anarchistes étaient au nombre de 3 000 à 4 000 (3) (selon les chiffres officiels) cela n'est pas suffisant pour déclencher l’émeute de dizaines de milliers de personnes.

      Enfin, les anarchistes ne cachent pas leurs positions et ce n’est pas nouveau qu'ils affirment que la violence sera une étape nécessaire à l’émancipation des pauvres. Car il n'est pas question de demander gentillement aux riches d'appliquer la justice sociale et leur expropriation ne se fera pas sans violence. De plus, il n’est pas blamable que les gens s'organisent, quitte à utiliser des tactiques d'émeute face aux violences policières, seule expression de l'ordre établi.

 

      Le travail des médias, dans le collimateur de la volonté gouvernementale, a donc été de dissimuler le fait que ces émeutes étaient spontanées et issues d'un sentiment d' exaspération générale des pauvres. Car les saccages effectués dans les quartiers nord de Trafalgar Square revêtaient un caractère de lutte de classe. Il s'agissait d'actions ciblées, responsables, en expression du ras-le bol général et en réponse à la répression sauvage de la police et non de pillages.

       On le voit nettement dans les témoignages et le déroulement des faits, les émeutes ont été déclenchées par l'apparition soudaine des forces de police anti-émeute et de la police montée. Il faut savoir qu'en Grande Bretagne, la police montée est très impopulaire, par des expériences passées de répression de manifestations, et que la simple vue des chevaux provoque la colère et le jet, presque systématique, de projectiles à leur encontre. Le début de la répression, l'idée même qu'elle allait s’accomplir, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, pour le peuple, qui depuis des années, subit l'humiliation du gouvernement conservateur qui l'écrase socialement, et qui cette fois-ci n’a pas envie de se laisser faire une fois de plus. Comme l'a avancé un des organisateurs de la marche : "la police a enflammé une situation qui couvait. Les policiers n'ont rien tenté pour disperser la foule pacifiquement. Ils sont simplement venus en chargeant". Même un membre du Parti Conservateur, Paul NICHOLAS, témoigne "Je remontais St-Martin's lane quand la police a chargé à cheval un groupe de personnes qui ne faisaient rien du tout. Ça ressemblait à une tactique visant à évacuer le secteur, mais cela n’a fait que provoquer les gens. C’était absurde".

 

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Un amalgame douteux

 

 

    Il était également assez révélateur que les médias focalisent leur attention sur les mutineries à Manchester, qui se sont déclenchées juste après l'émeute de Londres, ceci de manière à établir inconsciemment un rapport de cause à effet entre les révoltes anti-Poll Tax, et la mutinerie des prisonniers de Strangeways.

      Sachant très bien que cette dernière prendrait aux yeux de l'opinion publique, un caractère plus facilement crapuleux (d'autant plus qu'encore une fois, on ne montrait que les dégâts matériels perpétrés, et qu'on ne parlait pratiquement pas des revendications des prisonniers. Ces revendications sont à notre avis tout à fait légitimes, et mériteraient un exposé (4), mais ce qui nous intéresse pour le moment, c'est de dénoncer la tentative de criminalisation et de marginalisation du mouvement anti-Poll Tax).

 

     Cela voulait montrer clairement que l'émeute n'avait mené qu'à l’incitation au pillage et au saccage sous toutes ses formes. Cependant, nous savons qu'il n'y a aucun rapport entre les deux événements, si ce n’est qu’il est vrai que les émeutes anti-Poll Tax ont constitué une étincelle. Il n'est pas blamable, au contraire, que deux mouvements de révolte se déclenchent simultanément. Il serait souhaitable qu'il y en ait beaucoup d'autres car ce sont les révoltes éparses qui, coordonnées, mènent à la révolution. De plus, la situation dans les prisons (anglaises comme françaises), est telle que cela devait éclater un jour et éclatera encore.

      Les allégations du “Times” et d’autres journaux ( passons sur les quotidiens “populaires” genre Sun qui atteignent à peine le niveau de “France-Dimanche”) ont provoqué l'effet contraire à celui qu'ils recherchaient. Citons “Freedom” journal libertaire : “La personne qui a introduit le terme “anarchiste” dans les débats publiques qui ont suivi les émeutes de Trafalgar Square est le porte parole de la Police : David Meynell. Au cours d’une conférence de presse, il a dénoncé les anarchistes et des éléments de l'ultra-gauche tout en se refusant à citer des noms d'organisations. Pour lui (ndt. : admirons au passage la finesse de ce détective !), des gens portaient des drapeaux noirs dans la manifestation “ce qui indique généralement la présence d’anarchistes (...) Dès le lundi 2 avril à 8h30, les médias ont commencé à téléphoner à la rédaction de “Freedom”. Une douzaine de journalistes sont venus visiter notre librairie, certains incognito achetaient des revues... La 4ème chaîne de télévision est venue nous interviewer mais n’a pas diffusé le film, sans doute déçue que nous leur avions dit ce que tout le monde savait déjà: l'émeute n’a pas été organisée par qui que ce soit...".

 

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(1) 'Written in flaines, manuel de 32 pages

(2) 'Autognome', de Brixton.

(3) Des journalistes s'étant rendus ridicules en osant encore parler d'une poignée de 3 000 à 4 000 provocateurs anarchistes. Cela fait lourd la poignée, mais c'est tout de même flatteur quant à l'ampleur du mouvement anarchiste, même si leur implication dans la lutte anti-Poll Tax est des plus notables.

(4) Brochure "L'isolement carcéral" diffusée par le CAIC (Comité pour l'Abolition de l’Isolement Carcéral) disponible contre 10F + frais de port à l'adresse suivante: 29 rue Stephenson Paris 75018.

 

 

 

VI. LA STRATEGIE DES TORIES

 

 

a) Les effets économiques et sociaux de la Poll Tax

 

     On peut se demander ce qui entraîne le gouvernement Thatcher à prendre de tels risques pour un impôt qui devrait en fin de compte, ne représenter que 20% des ressources locales (le reste provenant de l’État et des entreprises). Ce serait mal comprendre la stratégie des ultra-libéraux au pouvoir.

      Bien sûr, il y a l'objectif classique : prendre l'argent aux pauvres pour le donner aux riches. Mais il existe bien d’autres moyens, plus simples à mettre en œuvre et surtout moins dangereux politiquement pour y parvenir.

En fait, la Poll Tax constitue pour les conservateurs le bouquet final d'une stratégie mise en œuvre depuis des années et qui consiste à détruire le pouvoir politique et financier des collectivités locales. C'est à dire tout ce qui à leurs yeux peut représenter un risque de pouvoir à la base.

      Ils se sont successivement acharnés à démolir toutes les structures de services publics, d'aide sociale, de prêts pour le logement, de droit des municipalités de racheter les logements vides et de les louer moins chers que dans le secteur privé. Ils ont aboli le Conseil du Grand Londres parce que sa politique n'était pas la leur. Au nom de la “libre concurrence” et de la privatisation, ils s'en sont pris aux hôpitaux, aux maisons de retraite, aux écoles municipales. Leur vision idéale de la gestion municipale est celle d'une poignée de technocrates et de managers répartissant au mieux de leurs intérêts des services réduits confiés à des entrepreneurs privés.

 

      En résumé, toute la politique gouvernementale consiste à faire payer l’aide et les services aux pauvres par ... ces mêmes pauvres. Pratiquement, les familles ouvrières se trouvent confrontées à un choix impossible : ou bien elles vont voter pour des municipalités qui veulent maintenir l'aide et les services publics et alors elles seront soumises à une énorme Poll Tax qu'elles ne peuvent pas payer ou bien elles voteront pour le Parti qui leur proposera la Poll Tax la plus basse que possible et ne bénéficieront alors quasiment plus d'aucune aide sociale. De plus, il faut savoir que les conservateurs ont retiré aux municipalités le pouvoir de lever l'impôt sur les entreprises locales.

       La façon traditionnelle pour les municipalités de “gauche” (travaillistes) de boucler leur budget était de faire payer un peu plus le business et l'industrie avant d'augmenter les charges des plus défavorisés. Désormais, les conservateurs mettent en place un taux d'imposition national très favorable aux entreprises qui forcera les communes les plus pauvres à tailler dans les dépenses sociales. Prenons un exemple concret parmi des milliers d'autres : La municipalité travailliste de Manchester a proposé deux options :

1) Une Poll Tax annuelle de £ 708 par personne (plus ou moins 8 000 Fr)

2) Une Poll Tax de l'ordre de £ 400 assortie d'une réduction des dépenses municipales de 95 millions de livres.

 

    Lorsqu'on connaît la situation dramatique, tant au niveau de l'emploi que du logement, qui règne dans la région de Manchester, on comprend tout de suite qu'une très grosse part des “économies” de 95 millions de livres serait faite sur le dos des défavorisés.

 

 

b) Les conséquences politiques

 

     Politiquement, le gouvernement a pris au piège les travaillistes. Ainsi, une étude récente montre que sur 402 “suggestions" gouvernementales, 380 municipalités ont décidé de dépasser largement le montant de la Poll Tax proposé. Bien entendu, ces municipalités sont très majoritairement travaillistes. Ainsi se forme dans une bonne partie de 1’opinion l'équation : municipalité travailliste = Poll Tax plus chère.

Cependant, il n'entre pas dans nos intentions de verser des larmes sur les travaillistes. Le "Labour” (Parti Travailliste) même confronté à une situation qui menace son pouvoir local a choisi depuis longtemps son camp, celui du “respect de la loi et de l'ordre”, autrement dit de la légalité bourgeoise.

 

 

 

VII. STRATEGIES ET INTERVENTIONS DE LA GAUCHE TRAVAILLISTE ET DE L'EXTREME GAUCHE

ou comment dévoyer un mouvement de masse

 

 

a) Le Parti Travailliste (LABOUR)

 

     Dans 1’affaire de la Poll Tax, comme dans les grèves des mineurs, des ouvriers du livre etc.., on peut faire confiance aux “socialistes” du Labour et aux bureaucraties syndicales du MC qu'ils contrôlent pour défendre au mieux les intérêts de la classe dominante et par conséquent s'opposer aux initiatives à la base des travailleurs. Pour l’opposition parlementaire travailliste, la stratégie anti-Poll Tax peut se résumer à un seul mot d’ordre : "payez d'abord et votez ensuite (pour nous !) ".

      En effet, le Labour, de par sa place et ses intérêts au sein du système britannique, ne peut se résoudre à soutenir des formes de désobéissance civile qui s'opposent directement à l’État. Osant se présenter comme le “Parti anti-Poll Tax”, toute sa stratégie consiste à demander aux travailleurs de bien vouloir patienter jusqu'aux prochaines élections générales (en 1991, sauf démission anticipée de l'actuel gouvernement).

En attendant cette échéance, le Labour, prisonnier de sa logique étatiste, condamne fermement la campagne de boycott, donc de refus de payer la Poll Tax et n’hésite pas à exclure de ses rangs ceux et celles qui se montrent trop radicaux.

 

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     Dès le début de la résistance massive en Écosse, les chefs travaillistes ont annoncé la couleur : "En tant que socialiste, je n'ai pas de temps à perdre avec ceux qui refusent de payer l'impôt". (Eric MdEgan, chef du Département des finances du Conseil Travailliste de la région du Lothian en Ecosse Avril 1989).

    Le même, en décembre 89 : "Il existe un tel mouvement de refus de payer dans notre région que nous pourrions perdre de grosses sommes d'argent encore dus nous avons expliqué que les travaillistes étaient “coincés” par la stratégie des conservateurs. Leur semi-échecs aux récentes élections municipales - qui n’ont cependant qu'assez peu d' importance en Grande Bretagne peut s’expliquer par le fait que les municipalités travaillistes appliquent une Poll Tax généralement supérieure à ce “qu'offrent” les conservateurs.

    A qui veut-on faire croire, dans ces conditions, qu'une fois le Parti Travailliste arrivé au pouvoir, la Poll Tax ou le même impôt sous un autre nom disparaîtra ?

    Nous nous souvenons, en France, des promesses du PS d'avant 1981 et savons de quoi la Social-Démocratie est capable. Fidèles cogestionnaires du Capital au Royaume-Uni, les travaillistes éprouvent de plus en plus de mal à duper leur électorat traditionnel. Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'y réussiront pas une fois de plus.

 

b) L'extrême gauche

 

    Ce que l'on appelle en Grande Bretagne la “Gauche” (en fait tout ce qui se situe à gauche des Travaillistes) est essentiellement d'obédience trotskyste et léniniste. Grosso modo, l'analyse de ces groupes consiste à dire , "il faut changer les leaders du Parti travailliste pour vaincre" ou alors . "il faut reconstruire un Parti Travailliste anticapitaliste et révolutionnaire".

    Cette “gauche” se refuse à admettre que les appareils du Parti et des syndicats cherchent à casser le mouvement (ce qui pourtant est évident) mais considère "qu'ils n'en font pas assez". Objectivement, et dans la droite ligne gauchiste, elle a soutenu toutes les tentatives de sabotage de la campagne anti-Poll Tax.

Ainsi, lorsque les bureaucrates des syndicats écossais (STUC) ont lancé le mot d'ordre ridicule de " 11 minutes de pause pour le thé contre la Poll Tax", ils ont été applaudis par cette “gauche” qui considérait que : “ce n'était pas assez long". Le Socialist Workers Parti (SWP), formation se qualifiant de marxiste révolutionnaire pour 1’autogestion, (en fait l'une des principales tendances trotskystes), a fait campagne à 1'époque pour que les bureaucrates en fassent un peu plus (12 minutes, 13 minutes ??). Et de se féliciter de “l'esprit combatif” du STUC!

 

    Ces gens ont toujours cherché à justifier, à expliquer le refus du Labour de soutenir la lutte exprimant leur surprise de voir Kinnock (chef du Parti Travailliste) refuser de s’opposer à la Poll Tax. Ils ont toujours cherché à sous-estimer, à dénigrer les actions autonomes de la classe ouvrière. Et bien sûr, à ôter l’initiative des mains de la base pour la redonner à ces mêmes forces politiques qui veulent éviter un affrontement réel.

     Depuis le début, la ligne du SWP a été celle de l'opportunisme. Dans un premier temps, ils ont tout comme le Parti Travailliste rejeté les structures de quartiers contre la Poll tax, considérant que “seule” l’organisation sur les lieux de travail pouvait être “efficace” (sous-entendu sur les lieux de travail où le SWP est présent !). Cette stratégie vise à exclure de la lutte les chômeurs, les femmes au foyer etc... Pour eux, toute action mobilisant la classe ouvrière au delà de l'usine était une action de division. Persuadés que le refus massif "de payer l'impôt “ était aventureux, et impossible, les militants écossais du SWP annonçaient, dès la fin de l'été 1989, l'échec de la lutte contre la Poll Tax. Puis confrontés à la réalité, la direction du Parti amorce un virage a 180 degrés : “Les “actions de division” deviennent un combat qu'il faut mener car il n'y a pas de barrières entre les luttes sur les lieux de travail et sur les lieux d'habitation”. Quelle sera, le mois prochain, la stratégie du SWP ?

 

     Si le SWP suit tant bien que mal sa ligne de reconstruire le Parti Travailliste, ses rivaux de MILITANT (à comparer à l'AJS-MPPT en France) pratiquent, eux, l'entrisme forcené au sein du .Labour, croyant qu’ en changeant les leaders du Parti tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes et se voulant la tendance de gauche du Parti, ils ont réussi à s'infiltrer localement dans quelques municipalités travaillistes.

     Attaqués par l'appareil du Parti qui cherche à se débarrasser d'eux, les gens de Militant vont utiliser l'affaire de la Poll Tax pour se refaire une base militante. Ils vont donc s'investir dans les groupes anti-Poll Tax et réussir à mettre en place une coordination nationale : la “All British Anti Poll Tax Federation” (Fédération Anti Poll Tax de toutes les régions de Grande Bretagne).

      Cette fédération a bien sûr un double but : tenter de prendre le contrôle des groupes de base et recruter pour le Parti Travailliste (tendance “Militant”). Toute leur stratégie consiste donc à se servir de la lutte contre la Poll Tax pour regagner du pouvoir au sein du Parti Travailliste. Le succès relatif de leur entreprise provoque d'ailleurs une réaction de la direction du Labour. Inquiet de voir surgir de nouvelles sections du Parti, Kinnock n'a pas hésité à les “suspendre”. Cette mesure qui vise des sections créées de toutes pièces par “Militant” permet à nos trotskystes de se poser en victimes de la "chasse aux sorcières" au sein du Parti.

       Nous pourrions continuer longtemps sur les magouilles de Militant, du SWP et d'autres petits partis trotskystes ou communistes de ce genre. Il est bon de savoir qu'en Grande Bretagne comme ailleurs, les léninistes cherchent à dévoyer les luttes à la base pour satisfaire leurs intérêts partidaires.

 

 

VIII. VERS UNE POLL TAX A LA FRANCAISE ?

 

 

     Pour l'année 1990, les socialistes prévoyaient une réforme de la fiscalité locale, cette mesure s'inscrivant dans le cadre d'un remaniement complet de la fiscalité nationale. Selon le mot de nos sociaux démocrates, il faut "moderniser la fiscalité de notre pays". Bérégovoy et Charasse s'acoquinent pour l'occasion, nous concoctant ce qu'ils nomment sans scrupule : "la Poll Tax à la française". Ce projet dont le maître d'œuvre est Edmond Hervé, vise à pallier les inégalités d'un impôt jugé seulement rétrograde en 1990, le but étant de financer les dépenses des collectivités locales communes, départements, régions. Assise sur la valeur locative des logements occupés, la taxe perd tout son sens en 1990, les bases de calcul actuelles étant peu représentatives de la valeur locative des logements. Edmond Hervé proposa donc de substituer à la part départementale de la taxe d'habitation, un impôt sur le revenu.

     Ce à quoi le ministre des finances rétorqua qu'une révision des bases de calcul de la valeur locative suffirait amplement. Mais ne nous y trompons pas, une fois de plus les ambitions sociales du gouvernement prennent l'allure d'une vaste supercherie. Dans une société qui distribue des revenus inégaux, la fiscalité ne peut établir d'égalité sans remettre en cause les fondements de l'ordre social.

 

Car de quoi s’agit-il exactement ?

      C'est en vérité cinq millions de contribuables exonérés jusque là qui devraient payer l'impôt à partir de 1991, tandis que quatre millions auront de fortes majorations. Globalement treize millions d'assujettis bénéficieront d'une réduction, certains pourraient voir leur taxe chuter de 10%

 

Qui sont ces nouveaux assujettis ?

      Ce sont les jeunes travaillant mais logeant chez leurs parents, de même que les retraités touchant une pension, logeant chez leurs enfants. Ce sont en fait 2,7 millions de personnes qui sont concernées auxquelles il faut ajouter ceux qui jusqu'ici étaient exonérés, par dégrèvement.

Au total 85% de ces nouveaux assujettis auraient un revenu inférieur à 75 000 Fr par an. Nos deux compères ont donc déposé un dossier à l'Assemblée, résumant les travaux de leurs services. Il y ont adjoint les fameuses “simulations“, “indicateurs” permettant de prévoir quelles seraient les réactions de la. population lors de l'application du projet de loi.

      Curieusement alors qu'il s'agissait dans l'esprit des rédacteurs de faire participer chacun à une contribution de “principe” et ce dans un esprit démocratique, les premiers indicateurs démontreraient qu'ici comme outre Manche, personne ne semble vouloir entendre parler d'une telle mesure. Gageons qu’à la vue des événements récents qui se sont déroulés en Grande Bretagne, nos “Thatchers nationaux” prendront leçon.

 

 

IX. POUR EN SAVOIR PLUS ...

 

Pour réaliser ce document, nous avons consulté un certain nombre de publications.

 

La Presse bourgeoise comme “The Times”', le “Sunday Express”... et aussi des journaux léninistes/trotskystes : “Socialist Worker”, “Militant”, “Socialist Organise”, “Red Action”, “Workers Power",

 

Mais tout particulièrement:

 

“ORGANISE !” (publié par l'Anarchist-Communist-Federation) c/o 84b Whitechapel High Street London El 7QX ainsi que des ressources internets ici


“FREEDOM” (journal libertaire) 84b Whitechapel High Street London El 7QX

 

“DIRECT ACTION” (journal anarcho-syndicaliste édité par le DAM, section britannique de l'AIT) PO Box 761 Camberwell SDO London SE5 9JH

 

“BLACK FLAG” (publié par l'Anarchist Black Cross) BM Hurricane London WCI N 3XX

“CLASS WAR” (journal libertaire populiste de la Class War Federation) PO Box 499 Bristol BS 99

 

Enfin des publications émanant de groupes de base indépendants contre la Poll Tax: REFUSE AND RESIST

2/3 Ark Lane Glasgow G31 2JS

 

“COUNTER INFORMATION” Pigeonhole CI c/o 11, Forth Street Edinburgh

 

Et pour contacter “Twinned against the Poll Tax” l'initiative de jumelage entre les groupes de base écossais, anglais et gallois, on peut écrire à: TWINS (english section) Box 5 Hisiki 15, Goosegate Nottingham

 

 

 

POSTFACE:

 

 

      Le sujet de cette brochure est un événement vivant, en train de se dérouler et par conséquent inachevé. C'est pourquoi nous ne prétendons pas avoir tout dit sur la Poll Tax. Qu'on nous pardonne donc si ce document n'est pas complet. La nécessité de traduire les informations et de rédiger collectivement ce texte, la faiblesse de nos moyens matérie

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  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
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- Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

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- Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

- Nous pensons que c’est au cœur même des luttes et des mouvements sociaux que s’élaborent les formes nouvelles de rapports sociaux et donc que c’est au sein de ces mouvements qu’il faut lutter.

- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

Fortunes de mer

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

           Disponible, en vente

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