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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 18:55

 

    Le clivage qui oppose les tenants de l’ « arrêt immédiat » à ceux qui prônent un arrêt « progressif » est ancien dans le mouvement antinucléaire. Il rebondit aujourd’hui tout simplement parce que, après Fukushima, l’ « arrêt immédiat » est devenu une revendication tellement évidente que les tenants de l’arrêt progressif (avec toutes ses variantes) sont obligés d’intégrer cette donnée en se livrant à toutes les contorsions politiciennes et linguistiques possibles.

 

rennes-15-oct.JPGManifestation du 15 octobre 2011 à Rennes - cortège pour un arrêt immédiat

 

    Le terme « immédiat » étant devenu symbolique il suffisait de le détourner. C’est ainsi qu’est né ce concept tordu de « décision immédiate » qui permettait de l’assortir de toutes les variantes : certes « décision immédiate de sortie immédiate » mais aussi « décision immédiate de sortie dans 10, 20 ou 30 ans.

 

    Seulement voilà, l’ « arrêt immédiat » que nous mettons en avant ne peut être réduit, et ce depuis longtemps, à une simple question de date ! Cet « arrêt immédiat » est devenu le symbole d’un clivage politique plus général entre une écologie sociale et de classe qui s’insère dans une perspective anticapitaliste et anti-productiviste et les tenants d’un néocapitalisme vert pour lequel les questions énergétiques peuvent servir à relancer une fois encore une économie de marché en crise.

 

    Greenpeace parle de socle commun aux tenants des différents scénarios de sortie : c’est « l'économie d'énergie, l'efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables ». En fait le seul socle dont Greenpeace se revendique c'est de résoudre la question énergétique sans changer de société (il n'est donc pas commun). Pourquoi Greenpeace ne veut pas d'arrêt immédiat et se retirerait d'un collectif qui prendrait une telle décision ? Tout simplement parce que Greenpeace n'est plus vraiment antinucléaire et que pour lui le réchauffement climatique est devenu la question essentielle. Il suffit de rappeler qui sont les signataires et les initiateurs de l'ultimatum climatique de mai 2009 qui estime qu'il faut prolonger la durée de vie de certaines centrales et garder une proportion de production issue du nucléaire. Soit dit en passant le Réseau est toujours signataire de cet ultimatum donc tous les adhérents du Réseau. Cet nouvelle priorité fait qu'il vaut mieux le risque d'une catastrophe nucléaire que remettre en marche, même pendant un temps court les centrales thermiques et hydrauliques. C'est un choix, ce n'est pas le nôtre.

 

    On sait que les risques d’excursion sont dans l’ordre d’une probabilité relative au temps de fonctionnement et nombre de réacteurs. Par conséquent accepter que chaque jour, chaque semaine supplémentaires ces réacteurs fonctionnent, c’est accepter le risque d’un Fukushima ou d’un Tchernobyl. Le thermique est certes polluant mais on peut facilement en envisager son arrêt dans 5 ou 10 ans et son remplacement par d’autres formes d’énergie dites renouvelables. Et dans ce cas, quels qu’en soient les inconvénients, il serait toujours moindre que de prolonger le fonctionnement des centrales.

 

    Pas de salade. En quelques semaines, le Japon a stoppé 80 % de sa production liée au nucléaire. A part dans la région de Fukushima, avez-vous entendu parlé d’un retour à la bougie ? Avez-vous noté une crise sans précédent de l’économie japonaise (hormis celle qui est liée à la crise mondiale du capitalisme) ? les Japonais ont-il cessé de vivre ou vivent-ils plus mal ? Évidemment non, hormis un éclairage public devenu très faible (tant mieux) et quelques manques ici et là rien n’a bouleversé quoi que ce soit. Alors encore une fois pas de salade, on peut arrêter le nucléaire immédiatement. Les capitalistes le feront à deux conditions et sans problème :

 

1) Que le nucléaire cesse d’être (ou menace de ne plus être) un secteur producteur de sur-profits énormes dans sa mise en place comme dans sa gestion. Par exemple si les catastrophes ou les menaces de catastrophe risquent de plomber par trop ces perspectives d’accumulation de capital comme les bénéfices escomptés. C’est ce qu’à compris Siemens depuis plusieurs années qui s’est doté petit à petit de moyens de changer son fusil d’épaule et qui ainsi accompagne les projets de l’Allemagne d’arrêt du nucléaire.

Évidemment le scénario n’est pas le même en France, la place du nucléaire dans le domino capitaliste hexagonal ayant une dimension autrement plus centrale que celle de son homologue d’outre-Rhin. Néanmoins ils savent très bien ce qui est souhaitable, de ce point de vue comptable, de laisser de côté… ils gardent comme toujours quelques bonbons dans leurs poches pour servir de monnaie d’échange en vue de tractations politiciennes. Plogoff en 1981 devenu par trop « insurrectiogène », Superphénix ensuite devenu un puits sans fond comme l’est maintenant Flamanville (avec l'EPR) ; il y en aura quelques autres selon le rapport de force.

Or l’honneur d’un mouvement antinucléaire serait de ne pas tomber dans ce piège et de le dénoncer. Ce n’est pas ce que font les tenants des « arrêts progressifs » qui de par leur position même offrent de telles ouvertures aux nucléocrates.

 

2) Qu’à ce coût financier s’ajoute un coût social qui mettrait par trop en péril et en question les structures de pouvoir en cas d’obstination nucléaire. Les dirigeants des « régions » au Japon l’ont parfaitement compris et c’est pour cette raison qu’ils ont poussé à la suspension du nucléaire, souvent contre l’avis du gouvernement central et des nucléocrates, car ils craignaient de perdre tout leur crédit auprès de celles et ceux qu’ils dirigent.

 

1-2-07a31.jpg

 

    Mais alors, que veulent « sauver » les tenants de l’arrêt progressif pour préférer un risque énorme de catastrophes à répétition au remplacement progressif de productions d’électricité polluantes certes mais remplaçables, elles, progressivement ? Eh bien ce qu’ils veulent sauver c’est tout simplement l’économie c’est-à-dire les profits énormes investis en France dans le nucléaire depuis des dizaines d’années. Il ne faut surtout pas changer le fondement de la société, en modérer quelques aspects qui apparaissent les plus scandaleux et parvenir à se passer du nucléaire sans gêner par trop les lobbys de ces entreprises qui se sont développées sur le nucléaire. Leur rêve c’est de faire couler de l’énergie douce et renouvelable dans les rouages d’une économie fonctionnant à peu près comme elle fonctionne à présent.

 

    Outre ce qui précède deux points me choquent dans le tract de la coordination poitevine.

- La référence à l’indépendance de la France en matière énergétique. Or cette indépendance-là nous devrions nous en foutre… Si l’uranium était « chez nous » serions-nous pour ?

- Il n’y a pas de dénonciation du nucléaire militaire (pourtant central dans le choix nucléaire français et tout aussi mortifère)…. Défendriez-vous la force de frappe française ?

 

    Derrière cela, on ne peut éviter d’évoquer succinctement la transformation sociologique du milieu écologiste « de gouvernement ». La pente suivie est celle de l’Allemagne à savoir une représentation de « classes moyennes éduquées » capables de participer à la gestion d’un pays au gré des alliances à droite comme à gauche. Cela aussi se cache derrière les clivages entre arrêt immédiat et arrêt progressif. Des marchandages électoraux qui tiennent lieu de ligne politique : des élus en nombre contre quelques bonbons et l’acceptation de la stratégie de sortie du nucléaire qui fait le moins mal aux capitalistes. Nous ne voulons pas que le mouvement antinucléaire serve de marchepied à cette stratégie de l’échec et de la soumission. C’est là le sens de la tentative de constituer des cortèges anticapitalistes pour l’arrêt immédiat, et que nous porterons, quant à nous, à Rennes le 15 octobre.

 

    Beaucoup se retranchent derrière l’unité nécessaire avec l’acceptation de quelques compromis. La question se pose en effet, mais à condition d’avoir le même but et de ne pas osciller entre « immédiat » ou dans 40 ans. Dans ce cas, ce ne serait plus de l’unité mais de la confusion qui ne ferait de l’antinucléaire qu’un moyen pour renforcer chacune des chapelles politiques. Depuis Malville l’unité proposée, celle qui tient lieu de ligne politique débouche sur des stratégies électoralistes et de lobbying. Nous n’en voulons plus.

 

Jean-Pierre Duteuil

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 17:11

  levent-nous-porte

 

 

Ni rose ni vert, arrêt immédiat du nucléaire

 

Dossier : Numéro spécial de la revue Courant Alternatif téléchargeable sur :

 

http://oclibertaire.free.fr/upl/HS-N4-2001.pdf

 

 

 

 

Texte de présentation de la Coordination contre la société nucléaire et son monde.

 

http://basseintensite.internetdown.org/IMG/pdf/coordination_contre_la_socit_nuclaire_-_bulletin_1.pdf


 

 

 

Arrêt immédiat et sans condition du nucléaire

 

4 pages de l’OCL à commander et à télécharger


http://oclibertaire.free.fr/IMG/pdf/4page_nuk_mars_2011_-_copie_1_.pdf


 

anti-nucleaire-390 - Copie

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Published by La Mouette Enragée - dans Anti Nucléaire
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24 juillet 2007 2 24 /07 /juillet /2007 16:38

 

Avouons le, les manifestations du 17 mars contre la construction du réacteur E.P.R (1) de Flamanville nous ont semblé bien ternes. Avouons encore que le caractère illusoire de ces rassemblements, mis en scènes en dehors de tout contexte de lutte réel, nous a fait rejoindre à Lille les camarades de la "Coordination contre la Société Nucléaire" en traînant les pieds... Malgré tout, signalons que les membres de la Coordination prirent l'initiative d'organiser dans le prolongement de la manifestation une projection-débat qui rompait avec la dimension spectacle de cette journée.

 

epr-marsAppel à la manif-promenade + appel à porter du jaune, symbole de la "révolution". On est sauvé !

 

    Cette promenade emmenée par le réseau "Sortir du Nucléaire" et les Verts s'intégrait à demi mots dans un scénario électoraliste et institutionnel dont on connaît par avance l'issue et ce quel qu’en soit le résultat. Il semblerait d'ailleurs, mais là n'est pas la surprise, que le "Réseau" persiste dans cette voie, protestant il y a peu de sa non invitation à la mascarade gouvernementale baptisée le "Grenelle de l'environnement"(2) ...

 

     En aucune façon, gauche et droite ne divergent sur la question du nucléaire(3) et si d'aventure, quelques gobe-mouches en doutaient encore, il convient en ne s'en tenant qu'au seul dossier E.P.R de leur rafraîchir la mémoire : ainsi en 2004 au parlement, le P.S se déclare contre la construction du réacteur décrit comme "inutile et dangereux". Mais voilà que la belle opposition de circonstance se volatilise quand Montebourg annonce peu avant les présidentielles, que le P.S maintiendrait le projet s'il gagnait les élections. Depuis, les candidats députés socialistes de basse-Normandie soutiennent sans condition la mise en chantier, usant même à l'égard des opposants d’un vocable que ne renierait pas un hobereau de l’ U.M. P.

 

     Entre temps, le décret autorisant la construction du réacteur est signé et l’État fait savoir que "le débat démocratique avait déjà eu lieu". La messe entendue, l’État compte ne pas perdre de temps et poursuivre rapidement les travaux. Rendons nous alors à l’évidence, hormis le développement de la lutte à la base, entendons une lutte de site, menée par “les gens confrontés de près à l'agression directe que suppose l'implantation chez eux d'un site ou d’une infrastructures en relation avec le nucléaire, qui réagissent et se mobilisent en priorité " et qui permettent ensuite "lorsque la mobilisation est massive d'attirer et cristalliser une opposition qui dépasse les seules forces locales...”, rien ne saurait remettre en question les choix de l’État et en aucune façon le recours aux élus achetables et achetés dans le passé comme aujourd'hui(4).

 

     A ce sujet, les derniers résultats électoraux peuvent peut être et pour un temps au moins, dégager des espaces depuis que les espoirs mis par certains dans les urnes se sont envolés. Les Verts devront d'ailleurs ravaler leurs ambitions suite à la prodigieuse branlée essuyée le 6 mai avec seulement 1,57% des voix (élections présidentielles portées par Dominique Voynet). Et dans les mois à venir, les choses ne leur seront guère plus faciles puisque leurs alliés du P.S se trouveront du côté du manche si une opposition concrète au chantier se manifeste. Cela n'exclue pas, le moment venu, de voir les mêmes user de stratégies intégratrices et opportunistes par le biais de satellites locaux car, n'oublions pas qu'il s'agira pour ceux là de se refaire d'abord une santé en vue des prochaines échéances électorales...

 

 

Boulogne-sur-mer. Eté 2007.


 

(1) L'EPR est un réacteur nucléaire de 1.650 MW. Il doit être construit sur les falaises du Cotentin au sein d'un site de 120 hectares du centre de Flamanville, qui comprend déjà deux réacteurs de 1.300 MW mis en service il y a 20 ans. Sa construction doit commencer à la fin de l'année, pour une mise en service prévue en 2012.

(2) Il eut été croustillant s'il en avait été autrement, de connaître alors la réaction des organisations libertaires membres du "réseau"...

(3) Ni sur le reste bien sûr. Rappelons qu'elle n'est jamais que la gauche... du capital ; comme l'extrême gauche par ailleurs.

(4) Courant alternatif : numéro spécial Antinucléaire. Quel bilan de la lutte contre la centrale de Golfech ? Numéro toujours disponible à l'adresse de la Mouette Enragée.

 

Aperçu de la manif lilloise + conférence, montage militant.

Faire le mort sur la Grand Place de Lille, faire des monts de conserves "radioactives" ... les nouveaux moyens de lutte contre le nucléaire ? Il y a un temps, c'était plutôt des pierres contre des fusils (extrait d'un documentaire sur la 5, L'affaire Plogoff)

 

 

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Fortunes de mer

 

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