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24 septembre 2006 7 24 /09 /septembre /2006 17:28

 

Contrat Pourri Et caetera. L'imagination putative a, deux mois durant, décliné le mot de trois lettres, le mot de Villepin, jusqu'à le rendre, pour finir, imprononçable. Le dico sociopolitique a, malgré quelques tentatives d'édulcoration pour une poignée de "radicaux", conservé d'autres sigles du même champs sémantique : CDI, CDD, CNE... L'ombre de la précarité planant sur la jeunesse avait été dissipée, assurant du même coup une condition de salarié à venir qui s'annoncerait sinon radieuse et pour cause préservée.

 

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Une déclinaison possible ...

 

     Le contrat lancé par Galouzeau-de-Villepin sur la jeunesse aura remué du monde et dans pas mal d'azimuts. Si une certaine cristallisation de mécontentements est apparue au fur et à mesure de l'amplification du mouvement, on a pu constater et on aurait pu le prévoir que les enjeux n'étaient pas les mêmes selon les protagonistes et leurs positions respectives.

 

 

Imbroglio ma non troppo

 

      Pour le MEDEF, c'est le cadeau empoisonné, le cadeau de trop, trop voyant. Les patrons ont déjà l'arsenal de contrats précaires qui font très bien l'affaire jusque là, dont le CNE qui n'a mis personne dans la rue, ni suscité de joutes enflammées à l'Assemblée. Le service public a lui aussi son lot de vacataires et de contractuels dont les plus décidés, notamment dans l’Éducation Nationale et pour cause se joindront aux cortèges.

 

     A droite, les sarkozistes attendent que De-Villepin (et son dernier carré), s'écrase comme une merde. En ligne de mire : 2007 et cap sur le contrat unique. Galouzeau quant à lui n'a pour objectif que de satisfaire l'orgueil de De-Villepin.

     A gauche, le PS, au contraire fait mine de se raccrocher à coup d'amendements contre le projet de loi. Tout en se faisant d'abord jeter des manifs, il joue le grand écart jusqu'au trotskistes pour recréer un truc du genre union. Par ailleurs les partis politiques ont à faire oublier la dichotomie d'avec " le pays réel " héritée du référendum “relatif à la constitution européenne”. Les syndicats réformistes ont d'une part les défaites, programmées, à assurer (retraites, sécu ... ) et d'autre part leurs congrès à venir. On s'aperçoit aujourd'hui que la construction d'un front unitaire sur des mots d'ordres minimalistes devrait redorer les blasons. Les candidatures uniques des plus pusillanimes rassurent les états majors, parfois de plus en plus décalés d'avec leurs bases, dont des pans entiers, parfois, ont claqué la porte suite aux échecs d'anthologie de ces dernières années.

 

 

C'est jeune et ça commence à savoir

 

     Le tri des bons et des mauvais, des vrais et des faux jeunes, des politisés et des autres a épuisé tous les volets. La grosse trouille qui a agité les microcosmes politiques, syndicaux et médiatiques, c'est la jonction objective entre la " racaille des quartiers " et " les futures élites ". Car s'il est vrai que quelques bandes agressives ont émaillé les manifs, la grosse majorité des jeunes de banlieue venait grossir les rangs des cortèges, avec les mêmes motivations que leurs camarades d' intrapériph.

On a glosé sur la (re ?) politisation de la jeunesse. La réaction est majoritairement partie des étudiants qui n'étaient pas la cible privilégiée du CPE et qui ont senti passer le vent du boulet de la précarisation alors qu'ils attendent de leurs diplômes des postes stables et qualifiés.

 

CPE 1Affiche diffusée par la CNT

 

 

Le mouvement paradoxal

 

      Si l'on s'en tient au feuilleton médiatique, le mouvement contre le CPE se résume au refus d'une période d'essai (de consolidation de l'emploi selon la phraséologie des patrons) et le licenciement possible sans motivation de l'employeur. Gagné. Le retrait de ces points de grippe renverra tout le monde chez soi en vainqueur. Le " Non au CPE " comme stricte revendication, s'il a permis de mettre jusqu'à 2 millions de personnes dans la rue, ne pouvait qu'avorter un mouvement d'ampleur dès lors qu'il serait satisfait.

 

      Amorcé le 7 février 2006 par une journée d'action nationale d'envergure modeste, le mouvement "anti CPE" amplifiera de façon exponentielle jusqu'à sa retombée brutale à partir du 10 avril.

Très vite des facs se mettront en grève ( Rennes, Nantes, Montpellier,Toulouse, Lille, ...), lançant concrètement l'action, notamment par des blocages.

 

       Bloque ? Pas bloque ? Le débat sur la nécessité et la légitimité des blocages s'est instauré dans les universités. Il ressort objectivement que d'une part, l'établissement d'un réel rapport de force avec un pouvoir sourd et aveugle, à travers le blocage, a permis l'amplification du mouvement, même si l'argument liberticide pour les non-gréviste (dont une bonne partie s'affirmait contre le CPE !) a été resservi tel que pour les cheminots, électricien, personnel communaux et autres enseignants “preneurs d'otages”. Pourtant le mouvement s'est grosso-modo cantonné au monde estudiantin, lycéen, collégien parfois. Le "monde du travail" s'est singularisé par son absence compte tenu de l'enjeu. Les secteurs des transports ou de l'énergie n'ont pratiquement pas bougé alors que leur appui eut été décisif et aurait pu amener la lutte sur un champ plus large que le strict CPE. Idem pour le secteur de l'industrie où le combat a été perçu comme étranger à leurs propres aspirations. Les travailleurs (en activité ou pas) sont généralement apparus en tant que parents ou citoyens et ont même parfois dans cet esprit cherché à "calmer le jeu" derrière des badges syndicaux .

 

     Déplorons enfin le silence ou les fiascos des "générations précaires", stagiaires anonymes qui avaient initié une bagarre il n'y a pas si longtemps et des intermittents empêtrés dans la leur. Personne au bout du compte ne voulait du CPE mais son irruption dans le droit du travail aura eu l'heur de masquer les renoncements.

 

     L'absence d'implication massive des travailleurs dans l'action révèle le peu d'allant des appareils syndicaux encore fortement présents dans les ateliers pour un combat de fond. Si la menace d'une grève générale a effectivement plané, elle est venue comme d’habitude d'une partie radicalisée de la base. Parce que la grève générale ne se décrète pas, elle procède de l'émulation d'une classe en lutte ; elle nécessite l'implication spontanée de toutes et tous. La grève générale est un support indispensable à la rencontre, au débat élargi, aux actions communes. Elle installe un rapport de force réel qui met en jeu ses propres débouchés et garantit une véritable résistance à la répression. C'est sa valeur intrinsèque, au delà du symbole qui a timoré une partie des acteurs potentiels du mouvement.

 

 

Une organisation sans orga ?

 

      La spontanéité du mouvement a pris de court les partis, les "partenaires sociaux”. Autre particularité, la résistance a été ancrée sur le terrain (comme ont pu le faire les " émeutiers " de novembre 2005). Là où l'on est. C'est dans la rue, le quartier, la ville que la lutte a été menée.

      Des coups tels que les blocages de voies rapides, de rond-points, de lieux publics, des voies de chemin de fer ... avec distribution de tracts ; la mobilité de petits groupes efficaces et présents tous les jours ont permis de maintenir le mouvement y compris durant les vacances scolaires au grand dam du presque gouvernement De Villepin. Et de quelques autres.

      Sur le fond revendicatif les mots d'ordres " officiels " n'auront pas suffit et des critiques plus larges de la loi ont vu le jour: le travail dès 14 ans, le travail de nuit dès 16 ans.

      Les dispositions relatives au travail ou aux études ont aussi été mises dans le chaudron . Enfin une solidarité de fait étudiants, lycéens/ travailleurs (syndiqués ou non) a pu être constatée à travers, par exemple, le cadenassage de certains dépôts par les premiers et l'impossibilité forcée de travailler des seconds. Bref la prise d'otage avec consentement, cette fois, et qui évite aux prolétaires une répression quelconque.

 

 

La répression nerveuse

 

      La priorité affichée le 16 mars par Sarkozy, " c'est d'interpeller les casseurs et d'éviter toute forme de violence inutile ". Les casseurs sont décrits : militants "de l'extrême gauche", "de l'extrême droite", "des hooligans" des "voyous d'un certain nombre de quartiers". Il a été difficile de les trouver. Les interpellations en marge des manifs ont en majorité concerné des étudiants, lycéens ou travailleurs précaires. Si Sarkozy, en début de mouvement a demandé à ses sbires "la plus grande retenue", très vite, il est revenu à sa politique du chiffre. Les flagrants délits étant trop peu nombreux, on a laissé le champ libre aux rafles d'après manif sans prétexte aucun . A tel point que de simples passants se sont vus embarqués manu militari. Il se trouve qu'en France, la revendication politique n'est officiellement ni un motif d'interpellation ni une circonstance aggravante de l'infraction. Il fallait donc vendre aux médias l'axiome “personne interpellée = casseur”. Dans plusieurs villes de province, des leaders locaux (lycéens ou étudiants) ont été présentés à la justice sans aucun autre motif que d’être connu des RG pour leurs activités politiques ou syndicales légales. Au total, ce sont 4 500 personnes qui se sont vue au minimum privées de liberté (quelques heures ou jours de garde à vue) et présentaient un profil rarement conforme à celui du "casseur" multirécidiviste abonné aux commissariats

 

lyon

Tags lyonnais pendant le CPE

 

Et après ? Et maintenant ?

 

      La lecture du mouvement anti-CPE est finalement multiple. Pour certains, c'est un combat des classes moyennes, (étudiants), pour conserver un statut déjà chancelant. D'autres y voient l'éveil politique d'une jeunesse jusque là atone. Il aura fallu deux mois pour empêcher le projet de De Villepin. Il avait fallu 2 temps et 3 mouvements pour éjecter le CIP de Juppé. Entre les deux tout a continué. Aujourd'hui ? Tout continue.

       Le fait de ne pas connaître des modalités d'exploitation pires que celles entérinées serait une victoire ? La question de l'exploitation capitaliste du prolétariat ne se poserait-elle plus ? Il faudrait aménager, simplement ? Avoir refusé le CPE signifierait se satisfaire des conditions de vie liées au travail. Serait-ce en CDI, le productivisme, le profit large et immédiat, le coût du travail minimum, la main d'œuvre pas chère, les discriminations en tout genre, restent la marque de l'exploitation d'une classe par une autre. On croit avoir évité le pire ? Mais qu'est-ce qui empêche de faire signer un CNE à un jeune de moins de 26 ans ?

       Tout reste à faire. Par nous même, contre tous les appareils. Allons ... un bon mouvement!

 

 

Boulogne-sur-mer. Septembre 2006.

 

 

Notes :

1) Les CDD représentent 32 % des emplois des 15-29 ans.

2) Le 7 mars 2006 entre 400 000 et 1 million de personnes sont dans les rues de plus de 200 villes. le 9, jour de l'adoption à l'Assemblée de la loi " sur l'égalité des chances" 38 universités sont en grève.

3) Les RG avaient défini les émeutiers de novembre comme étant des jeunes adultes masculins, des jeunes travailleurs précaires et pour la plupart inconnus des services de police. Donc des prolétaires en chute libre.

4) La prévention selon Sarko : des trains de banlieue ont été contrôlés pour empêcher " des casseurs qui viennent d'un certain nombre de quartier et qui sont les mêmes que les "émeutiers du mois de novembre... " Pas de présomption d'innocence pour les pauvres bronzés.

5) A Boulogne sur Mer, ce sont les lycéens qui, à juste titre ont déclenché le mouvement.

6) Date du retrait/ transformation de l'article 8 de la loi sur l'égalité des chances.

7) Les services d'ordre syndicaux, requis au départ pour assurer la sécurité des manifestants ont révélé une capacité de freiner la montée en puissance et en radicalisation des jeunes quand ils n'ont pas favorisé la répression policière.

8) Le rétablissement des quotas des postes d'enseignants supprimés au Capes ou l'agreg (en STAPS notamment), la réforme européenne du système de scolarité (LMD).

9) Comme lors des manifs de sans papiers et de leurs soutiens.

10) Nombre d'interpellations ne reposaient que sur la parole du flic, en l'absence de la moindre preuve d'exaction de leur part.

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Published by La Mouette Enragée - dans Anti-CPE 2006
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1 septembre 2006 5 01 /09 /septembre /2006 21:44

 

Pour ceux qui l'auront vécu in vivo, c'est à dire hors micro trottoir "pour ou contre" des quotidiens, la bagarre contre le CPE aura donné un éclairage riche d'enseignements sur sa jeunesse, qu'on aurait pu croire irrémédiablement atone.

 

9359685 mUne manif, vue des remparts

 

    Tout d'abord le mouvement a été de fait initié par les lycéen-nes qui n'auront jamais cessé de le porter. Et ce n'est pas un hasard au regard de la situation socio-économique dévastée de la région. Une poignée d'étudiants ont du ramer pour embringuer la fac dans un combat qui, a priori, semblait extérieur, tant dans son contenu que par ses enjeux, à leurs pairs. De rares profs auront de leur côté tenté de convaincre les élèves de la nécessité de descendre, au moins, dans la rue.

 

    Certes l'université de la Côte d'Opale n'a pas d'Histoire, ni apparemment d'histoires, et il aura fallu une amplification nationale et dans la durée pour que ça bouge enfin.

    Lors de la première AG à la fac Saint Louis, les échanges lycéens/ étudiants ont été révélateurs. Sur la question du blocage, l'argument majeur des étudiants : "les examens en fin d'année" aurait du tomber face à l'évidence que le bac est aussi un examen important pour les lycéens qui prônaient et mettaient en œuvre dans leurs bahuts le blocage afin de justement devenir étudiant... Le pas aura été franchi par des étudiants en économie qui avaient annoncé la couleur : " Nous, on s'en fout, de toute façon on sera vos patrons "

    L’opposition à la lutte de ces derniers sera avérée quand, lors d'une AG ultérieure, au moment du vote pour le blocage, ils sont allés chercher leurs copains en cours afin de voter contre le blocage de la fac .

 

    Néanmoins, il serait malhonnête de faire l'impasse sur l'engagement réel et solidaire des étudiants qui se sont mobilisés sur le fond du problème, du moins dans son expression générale "CDI pas CPE ".

   Rappelons qu'une trentaine de lycéens-nes et étudiant-es aura été présente dans la rue pour le tractage, la discussion avec les gens, le sit-in, le "cache-cache banane bleue" avec les flics presque quotidiennement entre deux journées de mobilisation nationale.

 

    Redisons le, les lycéens boulonnais ont fait montre d'une coriacité remarquable. Il est enfin, et surtout, une dimension qu'il sera bon à l'avenir de prendre en compte : la maturation politique de ceux-ci, ou au moins de quelques-un-es qui auront au jour le jour consacré leur énergie, leur temps et leur volonté à la construction d'un mouvement auto-organisé, qui renouvelle ses modes d'action, essaie de taper au plus juste et se devait d’être à la mesure de l'échelon national.

 

    L'encadrement des manifs par la CGT (et la police) n'aura pas toujours réussi à garder une dimension "raisonnable" aux actions. Ainsi, le blocage du rond-point Leclerq aura été plus ample et solide qu'attendu. Les tentatives du “syndicaliste paternel” de service pour limiter l'action se sont arrêtées devant l'évidence de la pleine possession par les lycées et étudiants de leur mouvement.

 

    En dehors des manifs nationales, les travailleurs, en activité ou non, ont surtout brillé par leur soutien moral à l'exception notable du blocage de Capécure (de façon bien plus symbolique qu'efficace au regard de la lutte pour les retraites) où les travailleurs de la Continentale-Nutrition rejoins par une partie des manifestants du matin. De leur côté, les cheminots apportèrent leur assistance à l'occasion de l'occupation des voies de chemin de fer.

 

       Blocage de Capécure, vidéo de mauvaise qualité mais vidéo de terrain

 

    En dernier recours, devant les faits, le SNES notamment, affirmera que les jeunes étaient “manipulés !”. Quel mépris! On notera que ces circonstances ont tout de même amené les CRS, démontrant par là même le choix judicieux des modes d'actions. Le rallye vers l'ANPE aura apporté le sens de l'humour indispensable aux luttes qui durent.

 

    Au final, si les premiers cortèges ont été folklos, marrants, partiellement alcoolisés, le sérieux de l'engagement forge bon nombre de futurs travailleurs à l'envie de défendre "son bout de gras ". Les heures de cours perdues se rattrapent, les moments passés ensemble auront offert d'autres enseignements majeurs : la nécessité du débat, l'indéfectible solidarité face aux provocations, les choix stratégiques et tactiques, l'appropriation du mouvement.

 

    Aujourd'hui dans le Boulonnais on est un peu plus nombreux à le savoir : seule la lutte paie !

 

 

Boulogne-sur-mer. Septembre 2006.

 

Notes:

1) Cette première avait été l'occasion pour la Mairie PS de venir faire sa propre promotion sur fond de violon au " futurs électeurs ".

2) Au final 435 pour ; 799 contre (option soutenue par l'administration).

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Published by La Mouette Enragée - dans Anti-CPE 2006
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18 avril 2006 2 18 /04 /avril /2006 21:29

 

 

À Boulogne-sur-Mer, la mobilisation lycéenne précède de plusieurs semaines celle des étudiants qui ne rejoindront le mouvement que sur la pointe des pieds. Une lutte riche d'enseignements qui mit aux prises les lycéens et l'encadrement syndical de l'éducation nationale.

 

     L' Université du Littoral, de création récente, éclatée en trois pôles localisés à Calais, Dunkerque et Boulogne-sur-mer ne compte qu'un faible nombre d'inscrits au regard de ses homologues lilloises. C'est l'archétype de ces petites facs de province, sans histoire de lutte et dont les étudiants demeuraient jusqu’ il y a peu indifférents à toute forme d'initiative collective.

 

    Cette fois, une minorité a franchi le pas, non sans heurts comme en témoigne ce prof après un vote sans surprise qui verra l'emporter le «non au blocage » : « J'ai assisté à des scènes ahurissantes, les étudiants mobilisés ont en face d'eux de chers collègues et leurs étudiants pro-C.P.E qui ne reculent pas devant les moyens, j'ai moi même été bousculé et attrapé au col par l'un d'eux, l'ambiance était très tendue »(1).

 

 

PROGRESSIVEMENT...

 

     Sur la côte, le C.P.E signe l'acte de naissance d'une contestation étudiante dont les lycéens demeureront le principal ressort Rapidement, les trois établissements de la ville sont bloqués sous l’œil d'abord, “bienveillant» de quelques enseignants actifs en 2003 contre la réforme des retraites. Les mêmes animent depuis quelques semaines un collectif essentiellement syndical contre les suppressions de postes dans le secondaire (2) et vont assurer un rôle de tampon avec l'administration dont profiteront dans les premiers temps les bloqueurs. Un rapprochement qui à mesure que le mouvement s'affirmera, s'accompagnera de la part des membres du S.N.E.S d'une volonté déclarée d'encadrement pour finalement verser dans le chantage et le dénigrement

 

     De son côté, l'union locale C.G.T qui assure le bordurage des cortèges ne semble pas goûter les initiatives prises à partir de la fin mars. Boudant le défilé hebdomadaire, une bonne cinquantaine d'étudiants et lycéens mènent des actions spontanées de blocage à la sortie de la gare de bus puis, sur les principaux axes de circulation du centre ville. Auparavant, ils s'étaient rendus sous les fenêtres du M.E.D.E.F pour y scander un: “À bas l'État, les flics et les patrons! ” repris jusque dans les colonnes du quotidien “La Voix du Nord”.

 

9359691 mAu pied des drapeaux CGT, les lycéens déroulent leur banderole sur les remparts de Boulogne "Nous n'arrêterons pas en si bon chemin", signe de leur détermination

 

 

      Ce jeu du “chat et de la souris” entamé avec la police, agace une C.G.T qui ne tarde pas à renâcler quand les lycéens entendent poursuivre leurs A.G. dans les locaux de la Bourse du Travail..

 

 

... VERS PLUS D’AUTONOMIE

 

     Dans son expression, la mobilisation rompt avec “l'apolitisme” benêt revendiqué par les étudiants des années 80, voire même par une partie de ceux de 1994 lors de la lutte contre le C.I.P.

 

     Aujourd'hui, on remarque ça et là des signes qui traduisent une approche volontairement politique/idéologique de ce qui se joue. Les textes militants sont bien accueillis et réclamés dans les manifestations (ci joint, un lien vers un tract de la Mouette), le contact avec les salariés de boîtes, pour certaines localement en lutte, se nouent plus naturellement qu'aux périodes antérieures, peut être parce que dans cette bagarre, ces jeunes se projettent en salariés. Les actions se multiplient, l'autonomie du mouvement se renforce attisant les tensions avec les appareils syndicaux d'enseignants

 

    Le point de rupture sera atteint après la participation de lycéens aux barrages mis en place par les ouvriers de l’usine “Continentale de Nutrition” bloquant le poumon économique de la ville: la zone industrielle de transformation des produits de la mer. La réaction du S.N.E.S et de la C.G.T est immédiate, présents à l'A.G lycéenne, ils dénoncent en vrac les manipulations de Sud-Éducation, des lycéens « fumistes » et pressent au soir du 28 mars chacun d’entre eux à retourner rapidement en cours... il n'en fallut pas plus pour que les lycéens rappellent à ces enseignants que : “C'est notre mouvement! Si vous n'êtes pas d'accord, vous sortez !”, ce qu’ils firent sur l'instant... Les limites étant posées, les actions reprirent de plus belle cette fois en toute liberté : occupation des voies de chemin de fer, blocage pour partie de la zone commerciale, péage gratuit sur l'A 16, relais en centre-ville...

 

 

Boulogne-sur-mer. Le 18/04/2006

 

 

Notes

(1)Un prof de l'université de droit-éco de Boulogne-sur-mer.

(2) Pour l'académie de Lille, 636 suppressions de postes sont annoncées dans le secondaire à la rentrée

 

 

Montage réalisé par les lycéens, signe de leur autonomie avancée

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