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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 10:44

Deux années déjà que les Cavaignac de Matignon, s’acharnent à maintenir sous l’eau la tête de millions de prolétaires qui n’en peuvent mais... Deux années de trop, durant lesquelles, des beaux quartiers de Paris aux places de la Bretagne, les petits bourgeois réactionnaires ont pourvu l’espace d’une contestation toute médiatique et exclusive : un jour, les déambulations du patronat affublé de bonnets rouges (1), un autre, les jupes plissées d’un mariage hétéro fort heureusement déliquescent ; idiots (in) utiles et inconscients d’un gouvernement pourtant dévoué corps et âme aux desiderata du Medef. Les ingrats...

Mais depuis deux ans, loin de l’objectif des caméras, un sentiment de colère diffus remonte depuis les profondeurs. Non pas le remugle des névroses lepénistes exhibées à longueurs d’élections, mais, des frémissements épars que des observateurs impliqués savent décrypter. Un premier élément à prendre en compte serait sûrement la durée plus longue des luttes qui s’enchaînent depuis peu. Le rapport de force tendrait désormais à s’inscrire dans le temps.

Non pas sous l’effet d’un pourrissement que le patronat parviendrai à imposer systématiquement avant reddition, mais plutôt au travers de la conscience acquise par les travailleurs qu’ils n’ont désormais plus rien à perdre et donc, qu’ils ne céderont sur rien. Les ouvriers de PSA-Aulnay avaient bloqué la production de l’usine durant plusieurs mois de grève, ceux de Good-Year à Amiens ou de Fralib à Marseille ont maintenu le rapport de force plusieurs années durant.

Le mouvement qui secoue actuellement la Poste s’inscrit lui aussi dans cette tendance et témoigne d’une détermination tenace. Dans le département des Hauts-de- Seine, une grève offensive engagée par des postiers pour la plupart en contrat précaire a duré 173 jours (2). La direction qui avait juré de faire plier les grévistes, a recouru systématiquement à la répression et en a appelé à la collaboration des services de police afin d’y parvenir. A l’interne, quatorze mesures disciplinaires ont été engagées contre des grévistes et des syndicalistes solidaires. Malgré cela, ce sont les travailleurs qui ont obtenu gain de cause et prouvé, s’il le fallait encore, que ce n’est que par la lutte que l’on peut gagner : titularisation de 3 des 4 précaires de Rueil (la quatrième personne a trouvé un travail ailleurs et ne souhaitait plus travailler à La Poste), la réduction du nombre de suppressions d’emplois, le report de 8 à 12 mois des restructurations prévues etune amélioration des conditions de travail et de rémunération des facteurs remplaçants. Depuis le mouvement a fait tache d’huile et s’est répandu dans l’Essonne et au delà : à Saint-Nazaire, à Peyrehorade (40), à Tourcoing, à Brest, à Remiremont (Vosges), dans au moins trois communes (Ducos, Rivière-Salée et Saint-Esprit) de la Martinique, dans tout le département du Cher...

Les hôpitaux connaissent aussi des mobilisations. En réponse, les directions d’établissements recourent également à l’autoritarisme et en appellent à la violence policière. En mai, à Nanterre, s’est tenue à l’initiative des travailleurs en lutte la deuxième « Assemblée générale des hôpitaux confrontés aux restructurations et à l’austérité ». La fédération CGT a incité ses syndicats à ne pas s’y rendre et c’est là, sans doute, le deuxième enseignement notable de la période. Comme l’a montré la dernière lutte en date des cheminots, une certaine base n’entend plus se laisser dicter le calendrier, les modalités d’action et encore moins les finalités de la lutte par des appareils disqualifiés après des années de collaboration de classe.

Le scénario d’une grève « pour la forme » préalablement écrit par la direction de la SNCF et le PS d’un côté, le PCF et la CGT ne s’est pas déroulé comme prévu. Des cheminots, dont pour un certain nombre d’entre eux ce fut le premier mouvement reconductible, ont mené la grève plus de quatorze jours d’affilés déjouant les pièges qu’on leur tendait de part et d’autre. Ils ont lancé à la face des petits journalistes, d’une « opinion publique » fantasmée et du clan politicien, la seule position juste en la circonstance, leur détermination (3). Et contrairement à ce qui fut asséné, hormis chez les beaufs, cette grève ne fut pas impopulaire. Certes, le PS et l’Etat sont parvenus à leurs fins. Évidemment, le mouvement est resté sous le contrôle serré des enseignes syndicales soulagées d’y mettre un terme. On pourrait continuer d’énumérer les limites qui ne furent pas dépassées durant cette grève, pour autant, c’est la base qui a donné rythme et les bureaucrates qui ont couru derrière.

Autre exemple d’un jusqu’au-boutisme inévitable car vital : les salarié-es de la SNCM. En grève depuis le 28 juin, occupant un navire de la Méridionale, compagnie qui partage avec la SNCM la délégation de service public sur les lignes entre Marseille et la Corse.

La grève est reconduite à l’unanimité. Dans cette affaire, il n’est rien moins question pour les marins de la SNCM de voir leur compagnie péricliter et leur job disparaître. Une fois de plus le gouvernement, Frédéric Cuvilier en tête, les culpabilise au motif sacro-saint du manque à gagner touristique et de la mise en péril de la compagnie ! Le même, visionnaire, prône le redressement judiciaire. « Le redressement judiciaire, c’est un moyen de démanteler la SNCM, avec plus d’un millier de licenciements. Ce n’est pas acceptable pour nous » dénonce le représentant CGT des marins, Frédéric Alpozzo, au douzième jour de grève de la compagnie. (4)

En résumé nous sommes en présence de travailleurs qui cherchent à sauver leur peau contre l’Europe - Bruxelles exige le remboursement de deux fois 220 millions d’euros d’aides publiques jugées illicites -, l’État, leur autre patron (5), les professionnels du tourisme. Pour le coup, leur appartenance syndicale devrait servir de repoussoir auprès de l’ « opinion publique ». Il faut dire qu’il est un peu difficile pour les appareils de ne pas suivre la base à la veille de la fameuse « conférence sociale ».

Premiers et derniers parias empêcheurs de tourner en rond : les intermittents du spectacle. Inutile de refaire le panégyrique de leurs revendications ni du nombre de fois qu’ils ont roulé dans la farine, victimes sempiternelles des farces à la Comedia del Arte que leur jouent leurs employeurs, publics et privés. Ces mêmes personnels si utiles dans les coulisses des festivals et indispensables à la propagation des ondes.

Leur mouvement est à l’image de ceux des éboueurs : c’est quand ils s’arrêtent qu’on les voit.

En plein été, il faut que l’industrie du tourisme tourne, que la Culture innonde ceux et celles qui peuvent encore partir, celles et ceux qui restent là.

Le fil conducteur de toutes ces grognes, c’est qu’il n’est pas possible de ne pas les médiatiser puisqu’en prise directe avec « le public ». Il en est pourtant partout, ici et ailleurs - au Brésil par exemple - qu’on ne pourra indéfiniment étouffer. Après le stalinien de choc Maurice Thorez, en passant par l’ultradroitier Sarkozy, c’est au Président au socialisme « différent » de jeter l’opprobre sur les mouvements sociaux. (6)

La conférence sociale, bardée de pactes, terme en l’occurrence inadapté ou indécent s’il en est - sous Sarkozy on disait bien « Grenelle ». Il y a quelques 80 ans, les prolétaires dans la rue ont arraché des salaires, des congés payés, des avantages sociaux. Aujourd’hui le MEDEF va pouvoir se faire du beurre, l’État apporter l’argent du beurre et les « centrales » les moins effarouchées, joueront les crémières…

Qu’importe, bien des foyers de lutte, émancipés du monologue social, sont décidés : ils ne lâcheront rien. Et reprendront tout ce qui leur a été volé.

Notes :

1 - Le mouvement dit des “Bonnets rouges” nous est apparu comme la manifestation inter-classiste des contradictions qui traversent le secteur des transports et de l’agro-business breton en crise. Ni totalement poujadiste, ni singulièrement prolétarien, une composante ouvrière y a défendu pendant quelques semaines ses intérêts propres - et non ceux des patrons comme nous l’avons trop souvent lu ou entendu de part et d’autre. Si certains de nos camarades de la mouvance Libertaire ou Ultra-Gauche ont dressé un procès sans appel de cette mobilisation, ce ne fut pas notre cas. Bien qu’extrêmement septiques et critiques à son endroit, nous ne pensons pas qu’un mouvement de lutte quel qu’il soit, puisse se prévaloir d’être chimiquement pure dans sa composition. Ce n’était bien évidemment pas le cas de cet épisode dit des « Bonnets rouges ». Il s’agit d’être clair sur la question. Le prolétariat lui même est traversé en son sein d’antagonismes qui mettent aux prises les différentes strates qui le composent. Hé oui, il y a de la lutte de classe au sein même de la classe ! Notre position fut donc, comme nous l’avons rappelé lors de l’émission de radio de nos camarades du groupe Vosstanie de soutenir, non pas le patronat, même “petit”, mais les initiatives en direction du pôle ouvrier qui s’était constitué au sein des mobilisations de cet hiver. Les contradictions dans ce genre de situation sont criantes, tant mieux d’ailleurs, et c’est seulement en plongeant les mains dans le cambouis que l’on aidera à les aiguiser au point de les rendre intenables.
2 - http://grevedespostiersdu92.tumblr.com : Et pour aider financièrement les grévistes et leurs familles : chèques à envoyer à : « SUD Poste 92, 51 rue Jean Bonal, 92250 La Garenne-Colombes », ordre : SUD Poste 92, mention « solidarité grévistes » au dos. A noter également le site « Convergence Poste » : http:// convergenceposte.wordpress.com/ Créé par les postiers en lutte, il poursuit l’objectif de recenser l’ensemble des conflits postaux et aider à leur convergence.

3 - Localement l’hebdomadaire « La Semaine dans le boulonnais » a montré toute l’obéissance que l’on était en droit d’attendre de lui en la circonstance. Ce journal à la titraille racoleuse et au contenu très ordinaire en appelait dans son édito du 18 juin intitulé « Il est partout » à soutenir F.Cuvilliers contre les cheminots grévistes, concluant que : « Pour tout le monde, la grève doit cesser. Et vite ». Dans son ouvrage « Les paysans dans la lutte des classes ». B.Lambert rappelait la fonction de la presse de province : « Leur travail consiste à rapporter des nouvelles « faciles » qui ne menacent aucun tabou, aucune idée reçue, aucune autorité en place (...) Ces rédactions doivent nécessairement entretenir les meilleurs relations avec les autorités locales, ne serait-ce que pour ne pas tarir leurs ressources ultérieures d’information (...) Dans les faits, la presse régionale est au service de la bourgeoisie ». On ne peut être plus clair...

4 - Les mêmes s’étaient déjà battus en mai 2012 (et encore antérieurement). Dans le dernier conflit, les grévistes en sont arrivés à refuser de discuter avec le ministre des transport, maire d’un port fuit par toutes les compagnies de ferries qui s’y sont amarrées. Frédéric Cuvillier avait pourtant acquiescé la commande de quatre navires avant de tout bloquer en février. « Si nous n’avions pas porté l’exigence de clarification et de vérité, on nous aurait caché la vérité jusqu’en octobre. C’est un procédé honteux, scandaleux », a ajouté Maurice Perrin, délégué CFE-CGC et représentant des actionnaires salariés au conseil de surveillance.

5 - L’Etat est actionnaire à 25 % de la SNCM aux côtés de Transdev qui détient 66 % et des salariés on ensemble 9 %.

6 - Citations respectives de ces grands hommes : « Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue » : M. Thorez qui réduisait ainsila perspectiverévolutionnaireà une simple grève économique. « Désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit » : N. Sarkozy en 2008 qui tout au long de son règne, pourtant, insultera les grévistes qui bloquent le pays, sabotent l’économie, font fuir les investisseurs (et les touristes), prennent « les Français » (?) en otages… En 2014 :« Il y a un moment où il faut savoir arrêter un mouvement » dixit F. Hollande relayé par M. Valls (à moins que ce ne soit l’inverse) : « Il faut maintenant que la grève s’arrête ». La social-démocratie admet enfin que l’arbitraire du pouvoir se conjugue parfaitement aux intérêts capitalistes et implicitement que si lutte de classe il faut cesser, c’est que lutte de classe il y a.

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 17:38

« Champagne ! » s'est écrié l'armateur de la SNCF lors du baptême du dernier bateau de SeaFrance avant qu'une bouteille lancée par une marraine people de circonstance ne vienne se fracasser sur l'acier de la coque. Et vogue la galère, la mise en exploitation d'un ferry tournant 24 heures sur 24 entre Calais et Douvres pour la plus grande gloire du trafic maritime transmanche et du service public de transport républicain, laïc et obligatoire.

Jusqu'à la mise en service du Tunnel sous la Manche exploité également par la SNCF, dès lors l'entreprise se concurrence elle-même et se désengage de l'activité ferries. La suppression du Duty Free, le passage à l'euro et une ou deux bulles financières ou pétrolières ont justifié un premier plan social en 2010 puis le désastre actuel. Lorsque des marins du syndicat majoritaire interviennent avec leur projet de société coopérative ils se mettent en travers du projet de monopoly sur le détroit : réintroduire Louis Dreyfus Armateur sur le marché du car ferry. Ce projet de scop au moment où certains vont jusqu'à dire que les bateaux et équipement ne valent rien. C’est aux travailleurs eux même de prendre les décisions qui les engagent. L’idée de la scop apparaît à nos yeux extérieurs peut-être comme la moins pire des solutions envisagées dans le cadre de cette liquidation. Non pas car elle serait une panacée en terme de tentative de “produire autrement”, d’ailleurs il ne  semble pas  que ce soit l’objectif que poursuivent ses protagonistes mais il a permis avant tout de maintenir une relative unité des travailleurs en leur offrant une perspective collective. C’est d’abord cette dimension là, celle de garder autant que faire se peut un “collectif de lutte” qui à l’heure actuelle nous semble primordial. Trop souvent en de pareilles circonstances le “sauve qui peut”,  la résignation et l’éparpillement livrent les individu-es à l’isolement et accroît d’autant leur vulnérabilité.

Alors Champagne ?
Oui, mais... Made in France

Cette boisson pétillante est devenue au siècle des Lumières la boisson symbole de la légéreté, de la gaieté et de la fête. Comme la France était puissante à l'époque des guerres en dentelles, des petits marquis et des grands financiers !  Pas de soucis la révolution industrielle qui s'amorçait en Angleterre ne posait pas de soucis de localisation on produisait français, on consommait français – ou parfois Antillais – les productions coloniales assurées par l'esclavage des noirs d'Afrique étaient estampillées « made in France ». Un made in France dont on nous rebat les oreilles. Il n'y aurait plus d'industries en France. Les mêmes qui rêvaient d'usines sans ouvriers nous refont le coup du produire français. Ce patronat nationaliste est applaudi par les partis de gauche dont certains maires attachés à la défense du prolétariat national n'hésitaient pas à envoyer des bulldozers pour détruire les foyers d'immigrés sur leur territoire. Peu importe l'exploitation, le vol des bénéfice de cette formidable productivité pourvu qu'il soit le produit de la sueur nationale. Tout est bon pour défendre notre pré carré hexagonal. Un certain Colbert en son temps en avait rêvé, le patronat social chrétien associé au front de gauche va le réaliser. Le champagne, fruit de la vigne française n'a pas fini de couler. 2011 fut une année record en matière de ventes.

Que faire de la bouteille ?

En cette période électorale, il convient de la garder soigneusement. Les projets, les pseudo débats qui envahissent les médias unanimes à nous appeler aux urnes ne sont qu'une pollution pour nous appeler à renoncer à notre droit à la parole. Il s'agit bel et bien de confier au sens propre du terme nos voix à un homme, une femme qui parlera à notre place. Rares sont parmi ces candidats ceux qui remettent en cause la propriété des moyens de production. Quand bien même certains nous le proposeraient nous n'en avons que faire. C'est aux travailleurs eux mêmes de s'occuper de leurs affaires. Récupérons plutôt les bouteilles que les gogos soulés par leur victoire présidentielle ne manqueront pas de vider pour en faire un cocktail avant que ce fameux champagne ne vire au vinaigre

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 21:13

     La question du nucléaire, les catastrophes naturelles, le "printemps des peuples arabes", et les affaires politiques, financières, sanitaires... qui se téléscopent aujourd'hui dans les médias sont traités par ceux-ci, avec le ton qu'il faut, comme des sujets qui s'ensuivent "sans transition".

Ces derniers nous ont pourtant habitués au clou qui chasse l'autre, au drame qui éjecte la tragédie, à l'émotion qui remplace le sensationnel. C'est l'aubaine permanente qui permet aux "décideurs", au pouvoir comme dans l'opposition politicienne, de se faire oublier ou de se mettre en avant selon la nature et l'éloignement ou la proximité, réels ou supposés, de l'évènement. Le tout orchestré au quotidien autour de faits divers qui, faute de questions de fond, alimentent une frénésie de législation-paravent, de lois en trompe-l'oeil qui s'avèrent la plupart du temps démagogiques et, fort heureusement, inapplicables. Le schéma s'applique tout autant aux ukases d'ordre international.

Ce brassage confus trouvera ses limites dès lors qu'on le prendra pour ce qu'il est : une succession de manipulations plus ou moins opportunes aux desseins sociaux, économiques et politiques de la classe aux affaires.

 

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    Dans les rayons du savoir-faire français, un article de choix : le nucléaire. Là encore, la balle dans le pied qui se prend dans le tapis est devenu un classique. Outre le fait qu'on ne sait pas quoi faire des déchets, que des trains les transbahutent vers l'usine de retraitement, que des camions les déversent dans quelque commune à la Municipalité nécessiteuse et peu regardante, ou que des bâteaux les bazardent au Sud, l'opacité sur les risques de destruction massive est un dogme.(3) Le combat contre le nucléaire restant au second plan du citoyen lamda dès lors qu'il y est directement confronté, les militants ne sont souvent perçus que comme des idéologues alarmistes, leurs actions (blocage de trains, araisonnement de navire...) sont présentées comme des entraves à la raison technologique. Et de passer sous sillence la collusion du nucléaire civil/militaire, tarte à la crême bien emballée.

 

   La crême en l'occurence est appelée MOX. C'est un combustible dont la radiotoxicité est de 5 à 7 fois supérieure à celle du combustible à base d'uranium enrichi. Par comparaison grossière, le MOX est au plutonium issu des combustibles usés ce que le crack est aux déchets de raffinage de la cocaïne. Sur fond de guerre froide les USA et l'URSS avaient accumulé un armement nucléaire considérable : de quoi faire péter plusieurs planètes. Aussi, la paix (en)gagée avec le retour de la Russie dans le giron de l'économie de marché, les deux puissances ont parié sur le MOX pour éliminer les surplus militaires de plutonium dans le cadre de la politique internationale de désarmement nucléaire -sans compter le marché noir des vieilles ogives soviétiques-... Or, il s'avère que le développement du commerce international du combustible MOX et du retraitement associé pourrait accroître (plutôt que réduire) le risque de prolifération nucléaire. EDF, pour sa part, utilise depuis les années 1990 le mélange MOX pour 20 de ses réacteurs répartis sur six centrales (dont quatre pour celle de Gravelines)(4)

C'est là que le génie d'AREVA s'exprime : les centrales nucléaires mises sur le marché sont les plus sûres au monde. La preuve ? La France est prête -et ce n'est pas nouveau- à équiper la planète entière (et donc n'importe quel régime dément et à commencer par elle-même) de ses EPR, failles telluriques comprises !

Le doute s'est pourtant installé : le nucléaire, est-ce bien raisonnable ? L'Etat nippon va quand même réviser l'ensemble de son parc nucléaire, tandis que sa machine folle dégage des quantités de radioactivité fatales de plusieurs milliers de fois les doses "admissibles" ou "autorisées" (par qui ?). Merkel perd le Bade-Wurtemberg au profit des Grünen. Quant à Sarkozy, Il astique sa carte de VRP. C'est sa façon de compatir avec la population qui grésille au Japon, de plus en plus loin de Fukushima. Et à mesure que la "masse d'air" irradié enveloppe la planète, sans dommage exotique, s'entend : on balise, R.A.S....

 

    Le feu vert nucléaire ne risque pas d'être étouffé sous l'oreiller des politicards : la gauche ne peut guère faire montre d'opposition radicale en la matière (fissible); Aubry suggère une option de reniement du "tout nucléaire" (donc toujours un peu, beaucoup, à la folie ?) d'ici 30 ou 40 ans ! Les Verts demandent un référendum, la "sortie du nuc' s'opérant sur 20 ou 30 ans. La classe politique a ainsi en France le meilleur moyen d'empêcher la fermeture immédiate et définitive des centrales. L'artifice est classique quand il s'agit de décider de notre avenir. Les députés sont unanimes sur la question.

 

 

Issue de secours

 

    La sortie immédiate du nucléaire leur pose un problème plus politique qu'environnemental ou sanitaire : c'est au capital que doit revenir le bénéfice de toute alternative. Brevets et contrats sont une affaire de marché. Or, pour autant que ce soit urgent, les possibilités de substitution ne sont pas encore vérouillées en terme de profit - les motivations sont identiques à celles qui prévalent pour les sources d'énergie fossiles-. Reste comme appui l'argument crucial, l'idéologie fumeuse partagée, de l'indépendance énergétique de la France. Faut-il rappeler que "les mines d'uranium françaises sont aujourd'hui fermées, mais la contamination demeure. Les sites restent généralement accessibles au public, le danger n'est pas toujours correctement signalé. Les rejets de ces mines (qu'on appelle les "stériles") sont restés sur place. L'eau de pluie qui les traverse se charge de radioactivité, que l'on retrouve dans l'eau de boisson des habitants et du bétail."(5) Laissant aller à vau-l'eau ses propres gisements délabrés, la France va donc chercher son uranium en Afrique et surtout au Niger. La Patrie serait donc dépendante du Niger ? Bien-sûr que non, puisque la COGEMA est propriétaire des mines ! La garantie de notre indépendance énergétique, c'est le colonialisme ! Et si d'aventure, les Nigériens décidaient que leur sous-sol pourrait peut-être bien leur appartenir, et si les mineurs se mettaient en grève, et si...

 

nique_le_nucleaire-c1ce7.jpg

 

 

Petit commerce entre amis

 

     Ainsi l'émoi suscité lors des soulèvements des populations en Tunisie puis en Egypte contre leurs despotes respectifs interroge-t-il sur la nature des réactions de l'Etat et des entreprises français quant à la "pesée", particulièrement ardue, des intérêts en jeu et de la position à adopter. Soutenir les régimes dictatoriaux est resté la règle jusqu'à ce que "tout" s'avère perdu, frasques de copinage comprises. Il a donc fallu gloser sur les tergiversations, invoquant tantôt le "risque islamiste", cherchant tantôt le virage sur l'aile du clan au pouvoir vers la "démocratisation".

 

   D'une part les intégristes en question sont de fait absents de toute initiative de l'insurection, et d'autre part les conjonctions économico-politiques devaient être assurées quelle que soit l'issue du conflit. La soudaineté des évènements, pas même envisagés par les membres de l'ambassade, ni par la barbouzerie, a aussi joué dans le choix épineux du "bon camp". On comprend mieux la session de rattrapage en Libye avec l'option va-t-en-guerre, exutoire de tapis rouge et de contrats juteux. Le margoulin Kadhafi n'ayant finalement pas acheté nos Rafale, on les lui envoie contre les armes qu'on lui a vendues hier.(1)

 

   Le Libyen -s'en souvient-on ?- avait été privé de la foire-expo du 14 juillet 2008 à la tribune offcielle place de la Concorde, pour avoir manifesté ostensiblement son opposition au projet d'Union pour la Méditerranée cher à Sarkozy et aux grands patrons français. Le Tunisien Ben Ali, l'Egyptien Moubarak et le très controversé(2) Syrien El-Assad étaient eux alors des amis, invités au défilé.

 

   Pour l'heure la voix de la France toussote un appel à "l'arrêt des violences" en Syrie, ne moufte pas sur le Yemen, Bahrein, le Qatar...

 

   Trois choses sont certaines : d'abord, Sarkozy a besoin d'avoir "sa" guerre, ne fût-ce que pour endosser un costard international et hexagonal autre que celui qu'il s'est taillé dans l'exubérance et le comique de répétition. Ensuite la reprise en main de l'OTAN renoue à l'évidence avec la politique colonialiste de la canonnière que masque mal une prétendue "arabisation" du conflit, avec les interventions en armes et argent de l'Arabie saoudite et de l'un ou l'autre Emir chez un voisin en crise. Enfin, il urge pour l'Occident de faire émerger de la masse hétéroclite des insurgés les poulains compréhensifs pour un "avenir commun", comprendre : "à l'ancienne" et en pérennisant les projets entérinés par les désormais honnis prédécesseurs. L'ingérence humanitaire est l'alibi (sans jeu de mots) idéal d'un impérialisme sans cesse en quête de respectabilité. Les peuples à soumettre devenant secourables dès lors qu'ils refusent d'être soumis et qu'ils ont une chance, ou a fortiori la certitude, de renverser le pouvoir en place. Et de déployer rotomontades, armes et bagages à leur intention pourvu que lesdits insurgés sachent que ça n'est pas gratuit, que la démocratie à un coût, dont il faudra s'acquitter auprès des maîtres-exportateurs d'icelle.

 

   L'intervention est un investissement, qu'il s'agisse de guerre, de cataclysme ou de marasme économique. Le FMI et la banque mondiale ne sont jamais loin derrière les armées de militaires, de techniciens ou de secouristes.

 

 

Un fond social

 

    Car il faut qu'on se le dise, ce sont davantage les luttes des travailleurs sur le terrain qui sont le ferment des bouleversements tels que ceux qui traversent le monde arabe. En 2010, pour ne remonter qu'à un passé récent, au Yemen, une grève générale est menée en début d'année par le mouvement sudiste (autonomiste) en signe de refus d'être amalgamé à Al-Qaïda. En Algérie, les cheminots paralysent le pays en mai, en décembre, la police fait face à un mouvement étudiant. En Tunisie, les travailleurs de l'entreprise Teleperformance se mobilisent sur des questions salariales. En octobre 2010 toujours, les fonctionnaires marocains sont en grève. En Egypte, 800 travailleurs du pétrole (tiens !) débrayent et menacent de s'installer devant le Parlement (tiens,tiens !)... (6)

On a beau nous le seriner, il n'y pas de "Révolution Facebook". Médias et Capital ne vendent que l'écume d'une vague de fond qui surgit du désir, du besoin de l'émancipation du prolétariat. Il leur faut absolument évacuer cet aspect primordial, essentiel, des rassemblements de travailleurs dans la rue. Aucune puissance capitaliste ne pourra faire croire qu'elle adhère, de par son antagonisme définitif, historique, aux peuples qu'elle les soutient politiquement, économiquement, financièrement et militairement. Des masses de Libyens se précipitent à la frontière tunisienne et des Tunisiens s'exilent vers l'Italie... Rejet. Systématique. Que les insurections tournent court, que les réprimés se connectent aux "réseaux sociaux" de l'internet, qu'ils contactent leurs amis afghans, irakiens, kurdes, éthiopiens, érithréens, soudanais, maliens... ils apprendront vite comment ils seront reçus en Europe.

 

   S'il est un réseau objectif sur lequel il faut s'appuyer, ailleurs et ici, ensemble : c'est la rue. Que son expression soit internationale et s'inscrive dans la seule réalité qui vaille ici : la lutte des classes.

 

presse-ne-pas-avaler.png

 

 

Notes

(1)L'AQMI s'est borné a annoncer son soutien aux révolutions tunisienne et égyptienne mais envisage d'armer les rebelles anti-Kadhafi (Voir le "Canard enchaîné du 30 mars). Curieux paradoxe que des détenteurs d'otages occidentaux se retrouvent dans le même camp que ceux-ci contre un éxécuteur en chef qui appelait de ses voeux que l'Islam devienne "la religion de toute l'Europe", lors de sa visite à Berlusconi (Libé en ligne du 30 août 2010).

(2)Y-compris dans le monde arabe ; la suspicion étant générale quant à son implication dans l'assassinat de l'ex Premier ministre libannais Rafic Hariri.

(3)Le tabou définitif sur la question du nucléaire a été un postulat du "Grenelle de l'environnement". Les rapports sont bidonnés et le mensonge érigé en système.

(4)Source : Wikipédia

(5)Source : site Sortir du nucléaire

(6)Lire régulièrement la publication gratuite d'Echanges et mouvement : Dans le monde une classe en lutte, dont un tirage est joint en encart dans le présent numéro de La Mouette enragée..

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  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
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Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

 

- Nous rejetons tous les systèmes économiques, toutes les institutions politiques, étatiques ou privées qui se fondent sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'autorité et la hiérarchie.

- Nous avons toujours lutté, à la fois contre toutes les formes de Capitalisme d’État qui se dissimulaient ou se dissimulent encore sous les noms de Marxisme-Léninisme, Bolchevisme, Stalinisme, Etats-ouviers, etc... , et contre les Capitalismes Libéraux avec leur cortège de gaspillage et de consommation effrénés. Il s'agit pour nous, des deux faces de la même médaille.

- Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

- Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

- Nous sommes pour une Démocratie Directe qui correspondrait aux besoins authentiques des individus sans distinction de sexe ou de nationalité, et non plus au profit des marchands et des publicitaires, des bureaucrates et des notables.

- Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

- Nous pensons que c’est au cœur même des luttes et des mouvements sociaux que s’élaborent les formes nouvelles de rapports sociaux et donc que c’est au sein de ces mouvements qu’il faut lutter.

- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

Fortunes de mer

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

           Disponible, en vente

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