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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 14:45

Toujours à l’affût d’une opportunité qui lui permette de prendre pied dans le secteur de l’enseignement, le patronat joue la carte de l’innovation pédagogique dans les zones où se concentrent les difficultés scolaires, les “Réseaux d’Education Prioritaires” (REP). Dans certaines académies, comme celle de Lille par exemple, des enfants des quartiers populaires servent de cobayes à des expérimentations impulsées par quelques faux-nez du Medef.

 

Afin de lutter contre les difficultés scolaires rencontrées par les enfants des milieux populaires, la gauche arrivée au pouvoir en 1981, crée un dispositif baptisé “Enseignement prioritaire”. Programmé pour une durée de quatre ans à l’issu desquels les écarts constatés étaient censés s’être résorbés, trente ans plus tard “l’enseignement prioritaire” concerne plus d’un élève sur cinq du niveau primaire ou du secondaire. Les principaux concernés sont à plus de 73 % les enfants dont les parents sont recensés lors des enquêtes sociales dans les catégories : “ouvriers, employés, inactifs”.

 

Le plan Peillon pour l’enseignement prioritaire

Dès son retour à la tête de l’Etat, le Parti Socialiste réclame à Vincent Peillon de remettre à plat les objectifs de l’éducation prioritaire. Celui-ci s’y attelle et favorise en premier lieu le niveau élémentaire. Sur le fond, rien de bien neuf ne ressort de son plan. Comme ses prédécesseurs il se contente de rappeler les banalités d’usage en insistant sur l’importance de la “maîtrise de l’oral, de la lecture et de l’écriture”. Afin de le mettre en oeuvre, il dote les enseignants des zones concernées de moyens qu’il estime “supplémentaires”. Ceux-ci reposent essentiellement sur deux axes : le premier étant “la pondération horaire”. Il s’agirait d’un temps dégagé durant lequel les enseignants pourraient idéalement échanger, se concerter entre eux afin d’adapter leurs pratiques aux besoins du terrain. En réalité, ce sont des heures de réunions la plupart du temps obligatoires et chronophages au contenu souvent indigent. Le temps nécessaire à leur tenue est pris sur les heures d’enseignement, parfois il intervient en supplément. Pour leur faire avaler la pilule, les enseignants en REP perçoivent à chaque fin de mois une prime spéciale d’un montant approximatif d’une centaine d’euros. Le second axe du plan Peillon, de loin le plus inquiétant, c’est le volet pédagogique. Comme bien souvent, il s’appuie sur les récentes trouvailles en la matière expérimentées par quelques spécialistes flânant d’une école d’application à l’autre. Cette fois-ci, l’objet en question se présente sous les traits de “l’enseignement explicite”.

 

L’enseignement explicite, un vieux fond de sauce scientiste.

La méthode a au moins ce mérite de mettre en lumière tous les préjugés de classe que trimbale toujours avec elle l’institution Education Nationale comme le scientisme dont elle demeure imprégnée. L“enseignement explicite” se veut le fruit de recherches menées au Canada dans une école de médecine. Ses promoteurs opposent ce qu’ils caractérisent comme des données probantes, les “Evidence-Based-Medecine” (EBM) aux pratiques de classes diverses et variées qu’ils proscrivent car elles seraient depuis toujours le “fruit de la tradition, de la croyance, ou de principes philosophiques”. Ce qui n’est évidemment pas le cas de “l’enseignement explicite” comme chacun l’aura deviné ... En France, c’est le docteur Michel Zorman qui est à l’initiative du programme de référence. Décédé depuis, il affirmait s’appuyer sur “les dernières connaissances en matière de fonctionnement du cerveau apprenant”. Pour les partisans de Zorman ce qui rendrait leurs intentions pédagogiques si infaillibles, ce sont les découvertes importantes qu’aurait réalisé la recherche dans le domaine des neuro-sciences. Le secret en terme d’apprentissage se logerait dorénavant dans certaines zones du cerveau de l’enfant qu’il s’agirait de stimuler de manière intensive et répétitive, exit les dimensions et interactions sociales et culturelles jugées désormais accessoires. Il n’aura pas échappé à quelque esprit acerbe que le marché des neuro-scicences, tout comme celui de la génétique, par exemple, est actuellement en pleine expansion et qu’il brasse des sommes colossales (1). Enfin, tout devient intelligible lorsqu’on découvre qui sont les promoteurs de ce projet et quels sont leurs desseins auxquels se sont ralliés les équipes du Parti Socialiste.

 

L’association “Agir pour l’école” un cheval de Troie du patronat

L’acteur principal dans cette affaire est l’association “Agir pour l’école”. Elle a développé un programme de “prévention de l'illettrisme et de l'échec scolaire” qui s’inspire directement des travaux du docteur Zorman. Elle s’est allouée les services de quelques chercheurs et bénéficie de relais locaux. Son travail de lobbying a fini par payer puisqu’elle intervient dorénavant comme partenaire attitré de l’Education nationale dans plusieurs académies, notamment celles de Lyon et de Lille. Avant son décès, Zorman a tenu à se dissocier des activités de l’association avec laquelle, a-t-il dit, “ il n’a jamais travaillé ”. Quoi qu’il en soit, “Agir pour l’école” est dans les faits une création de Claude Bébéar, le patron du groupe d’assurance Axa associé dans cette démarche à une autre membre du groupe, Françoise Colloc’h. Claude Bébéar est connu par ailleurs pour être le fondateur de l’influent Institut Montaigne.

 

L’institut Montaigne à la manoeuvre

Ce “laboratoire d’idées” regroupe en son sein tout le gratin du patronat national et souffle à l’oreille des gouvernements successifs les mesures de régression sociale qu’ils se devront d’imposer aux travailleurs(2). Les groupes capitalistes membres et bailleurs de fonds de l’Institut Montaigne sont aussi les partenaires et financeurs de l’association “Agir pour l’école”. Une simple consultation du site de l’association nous le confirme. On y retrouve que du beau monde : le groupe Axa, le groupe Dassault, le groupe Total, la banque HSBC, la fondation Bettencourt Schueller, la Caisse des dépôts, la banque Société Générale (3) ...

L’institut se vante dans ses publications de “bien connaître les questions éducatives de manière générale” et entend jouer de son ascendant. En s’appuyant sur les résultats de la fameuse enquête PISA, ce hochet de l’OCDE, l’institut Montaigne salive de convoitise devant les scores enregistrés par les pays arrivés en tête à l’issue des dernières évaluations : la Chine, la Corée du sud et le Japon (4). Des Etats avant tout préoccupés, comme on le sait, du bien être de leur population scolarisée et où les taux de suicides chez les jeunes laissent pour le moins songeur ... Mais peu importe, car l’ambition poursuivie par “Agir pour l’école” est avant tout de soumettre les enfants des milieux populaires qui plombent les résultats nationaux à un bachotage aliénant qui permettrait aux patrons de retrouver le sourire. A l’école, au chômage ou au travail, les pauvres coûtent toujours trop chers et ne rapportent jamais assez. C’est uniquement de cela dont il est question. L’Institut Montaigne s’est donné pour mission de réduire les dépenses publiques, notamment en augmentant le temps de travail des salariés ainsi qu’en réduisant fortement la dégressivité des allocations chômage, alors autant que les enfants de prolos comprennent dès le départ ce qui les attend.

 

Quelles réactions ?

Nombre de collègues ont tout de suite flairé l’escroquerie et les critiques sont virulentes mais peu d’enseignants refusent de se plier aux injonctions des IEN(5). Cela s’explique en partie par le fait que, bien qu’ils disposent encore d’une certaine liberté dans les choix de leurs pratiques pédagogiques, pour un certain nombre d’enseignants en REP, ce n’est déjà plus le cas. Dans certaines zones d’expérimentation, la méthode “explicite” est imposée en maternelle comme au primaire. Sans compter que cela semble être en prime une affaire commerciale relativement juteuse. La méthode nécessite l'achat d'un matériel pédagogique qui coûterait aux alentours de 8000 euros. Toutefois, dans certains endroits, l’Education Nationale semble faire machine arrière et n’a pas reconduit l’expérience. Quelques cadres de l’institution ne souhaitaient pas la généraliser et auraient même fait valoir une question d’éthique ...

 

Boulogne-sur-mer, le 17/04/16


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(1) La commission européenne vient d’allouer plus d’un milliard d’euros aux projet de recherche “Humain Brain Project”.

(2) Mediapart a révélé dernièrement que le tout nouveau mouvement politique de Macron était hébergé au domicile personnel du directeur de l’institut Montaigne.

(3) Site : "http://www.agirpourlecole.org/portfolio/partenaires/"

(4) Essentiellement pour les activités mathématiques.

(5) Inspecteur de l’éducation nationale.

Quand le patronat se pique de pédagogie,  c’est Taylor qui frappe à la porte de la classe ...

L'"enseignement explicite" c’est ...

Le plus affligeant dans cette histoire, c’est de vendre une marchandise frelatée, c’est à dire un apprentissage de type frontal des plus classiques où "le professeur dit le savoir, fait répéter individuellement ou en choeur de manière très fréquente" pour le nec plus ultra du marché de la pédagogie ... L’enseignement explicite très concrètement c’est la chaîne de production telle que Taylor l’a définie appliquée à l’espace classe :

- Une organisation prétendument scientifique des tâches en lien cette fois avec les recherches en neuro-sciences.

- Une totale parcellisation des tâches d’apprentissage et une perte de sens. En activité de lecture, les enfants peuvent répéter des syllabes sans faire de sens pendant des semaines. Quand on juge qu’ils ont suffisamment syllabé, ils ont le droit de “faire du sens” avec les mots, de construire des phrases.

- La pratique est chronométrée (!) l’enfant doit sans cesse tenter d’améliorer son score. 

On y retrouve même l’équivalent du bureau des méthodes : la méthode, le matériel et les procédures sont fournis et on ne peut s’y soustraire. L’enseignant est ravalé à la simple fonction d’exécutant. Enfin il y a la mise en compétition des enfants durant l’apprentissage afin d’augmenter la cadence et les résultats du groupe.


 

Le témoignage d'une travailleuse précaire de l'éducation nationale, dans la région Nord-Pas-de-Calais à propos de la méthode :

Jusqu'à cette année, j'étais assistante dans les écoles et classes de REP+. Mais depuis la dernière rentrée scolaire, on m'impose une nouvelle mission dans certaines classes de « grande section » (GS) de maternelle, toujours en lien avec le dispositif REP+.

Elle consiste à mettre en application une nouvelle méthode de lecture, dite syllabique, avec des enfants de 4/5 ans, qui, jusqu'à présent, ne devaient apprendre que quelques bases, progressivement, afin d'intégrer la classe de CP et, l'apprentissage traditionnel de la lecture.

Voilà en quoi consiste mon travail lorsque, chaque matin, je me rends à la maternelle :

A mon arrivée dans l'établissement, on me remet une liste de groupes, qui comporte environ 5 ou 6 noms d'élèves. Je dois m'organiser pour faire passer tous les groupes en une matinée. Cette tâche est chronométrée par le directeur de l'école (ça fait partie des choses qu'on lui a demandé d'appliquer). Je dois, selon le niveau des groupes, « accaparer » les enfants pendant 20, ou 30 minutes. J'ai une salle de classe à ma disposition, je suis donc également chargée de faire « le transfert » d'élèves répartis dans les 2 classes de GS. C'est une opération délicate puisque, par manque de temps, nous sommes obligés (l'enseignant et moi-même) de mettre sous pression le ou la petit(e), qui, bien souvent à cet âge, a besoin d'un certain temps pour arrêter son travail en cours et regarder ce qu'il se passe autour...

Hormis les conditions de travail qui font réellement penser à l'usine, la partie pédagogique vaut également le coup d’œil.

Donc, une fois le petit groupe assis, je sors un énorme classeur avec un tas de fiches d'exercices numérotées. Il y a une fiche par exercice qui comporte plusieurs items. De plus, pour continuer dans le domaine de la frustration des petits, je dois noter au fil de la séance mes observations, si un enfant a soudainement un défaut de « performance » ou, au contraire, si son voisin a bien réussi, tout est noté, devant eux. Bien souvent, un rapport de force s'installe entre les élèves, cette méthode met en avant celui qui réussit, et banalise l'échec lorsqu'un enfant a un rythme moins « performant ».

C'est une méthode de lecture syllabique, donc, aucune place n'est laissée à la réflexion, l'élève doit répondre du « tac au tac ». Par exemple, si je prononce le son « r » et la voyelle « a », l'enfant doit rapidement me dire « ra ». Nous travaillons placés en cercle et dans le sens des aiguilles d'une montre. Pendant 20 minutes (ou 30) je leur pose une question à tour de rôle, et ainsi de suite. Si au bout de 8 secondes il n'y a pas de réponse, ou si elle est fausse, c'est au voisin de prendre le relais. « Si je dis la syllabe « mi », quels sons entends-tu  dedans? » 1-2-3-4 … « tu ne sais pas ? Alors à ton voisin ! ».

A la fin d'une fiche d'exercice, nous procédons à une évaluation pour décider si nous pouvons passer à l'étape suivante. Dans un groupe, un élève peut recevoir la notation : A (acquis), et un autre : NA (non acquis) ; dans ce cas je dois réorganiser les groupes afin qu'ils restent homogènes. Cela demande énormément de temps et de patience.

Un enfant qui arrive en GS a 4 ans ou déjà ses 5 ans, dans tous les cas il n'est pas prêt et en condition pour assimiler cette méthode très technique et robotisée. On coupe court à la réflexion, on le lobotomise avec cette façon directe de répondre à une question. Une fois que l'on a capté son attention, on ne le lâche plus et on lui bourre le crâne pour lui apprendre la technique de l'automatisme.

Bilan en cette fin de mois d'avril : tout est à jeter !

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 14:28

A lire ci-contre ou pour une lecture plus aisée téléchargez directement le pdf ici

 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 12:10

Passé largement inaperçu, le mois d'octobre 2011 a été agité dans les établissements scolaires, alors que le climat social en général était morose. Pendant plus de trois semaines, des blocages et des manifestions ont réuni des lycéens mais aussi des collégiens pour protéger leurs vacances, entre autres. Mais la défense des vacances scolaires n'est qu'un symptôme. Celui d'un malaise de la jeunesse dans l'école, plus particulièrement le malaise d'une partie de la jeunesse déclassée (la plupart du temps dans la voie professionnelle) pour laquelle l'école n'est que le reflet de l'échec.

A Boulogne, c'est au collège Langevin que l'étincelle prend. Un peu avant 8 heures, quelques collégiens (une vingtaine) mettent le feu à des sacs poubelles récupérés dans la rue Aristide Briand ainsi qu'à quelques copies et cahiers devant la grille d’entrée du collège. Mais le mini-incendie est très vite maîtrisé par les pompiers et les quelques incendiaires sont poursuivis par la police. Très vite, la situation revient à la « normale ». La contestation est tuée dans l’œuf, le collège Langevin est le seul réellement touché, rien ne vient des bastions boulonnais traditionnels que sont les lycées. Tout juste circulent sur les téléphones portables quelques messages de blocage mais sans effet concret.
Ailleurs dans la région, ce sont surtout les lycéens qui se mobilisent car on leur reconnaît plus facilement le droit de protester. Le bassin minier est particulièrement mobilisé avec des records de mobilisation à Lens (600 manifestants), Béthune (350 manifestants) et Arras (250 manifestants). Le rectorat estime à vingt le nombre de lycées touchés avec une majorité de lycées professionnels à l'image du lycée professionnel d'Etaples (LP Jules Verne) où il y a 50 manifestants. Les chiffres restent modestes mais témoignent de la spontanéité du mouvement.

 

mouvement-lyceen.jpg

Cartographie du mouvement des lycéens et des collégiens faite par la Voix du nord.

Outre la belle infographie, nous sommes déjà dans la décrédibilisation et la criminalisation du mouvement. L'accent est mis sur les dégradations (que la presse déplore tout naturellement) et on a franchement l'impression que la région est en guerre.

 

 

Justement les lycées professionnels sont les foyers principaux de cette contestation qui ne touche pas seulement l'académie de Lille. Des actions sont aussi menées un peu partout comme en Isère, en Haute-Saône (Vesoul), en Champagne-Ardenne, à Amiens. Les heurts les plus violents ont lieu en région parisienne, au lycée du Chesnay dans les Yvelines, dans une ville de la banlieue chic de Paris où les antagonismes de classe sont importants entre la majorité aisée de la population et la population plus  pauvre du lycée professionnel Jean Moulin. Les élèves refusent d'aller en cours tandis que des voitures sont retournées et incendiées.

« Ni leader ni mot d'ordre »

L'expression est empruntée à  l'édition locale de la Voix du Nord, mais le mot d'ordre se retrouve  dans tous les autres médias qui parlent d'un mouvement totalement « infondé » qui repose sur la rumeur. En effet, le mouvement surprend tout le monde et en premier lieu les syndicats lycéens (essentiellement UNL et la FIDL) qui n'étaient pas au courant des actions menées et qui sur place vont, disent-ils, à la pêche aux informations. A noter que les syndicats lycéens sont surtout implantés dans les lycées généraux or ce sont surtout des lycées professionnels qui se mobilisent.
A la base de la contestation, une information selon laquelle l'éducation nationale supprimerait un mois de vacances scolaires en août. Le rectorat tient alors un double discours. Il nie tout d'abord les informations avancées par les jeunes. Puis il finit par reconnaître qu’un rapport du comité de pilotage sur les rythmes scolaires propose de raccourcir de deux semaines les vacances d'été mais dit-il « le ministère n'a pris pour l'heure aucune décision ». On le voit, le mouvement de colère n'est pas aussi infondé que veulent le faire croire les médias.
En face, il y a des jeunes issus des classes populaires qui veulent garder un acquis symbolique que sont les vacances en réaction à une école dans laquelle ils ne voient aucun avenir et dans laquelle ils s'ennuient fermement. Le refus est d'autant plus ferme qu'ils ne veulent pas passer  une minute de plus dans l'encadrement scolaire. Bien sûr à chaud, il n'y a pas forcément de discours construit et intellectualisé car nous sommes dans le domaine du vécu et de la contestation en acte plus qu'en discours. Il est alors facile de faire passer la contestation pour un acte de vandalisme surtout qu'il s'agit d'une catégorie particulièrement visée par la politique sécuritaire de l'état, celle des jeunes des classes populaires. C'est la voie royale pour la répression !
Dans la rue, la police réprime sévèrement les supposés « casseurs », terme quasi générique pour désigner un jeune en révolte. Cet acharnement n'est pas nouveau, il faut se rappeler pour ça des arrestations massives de jeunes qui ont eu lieu notamment dans le centre de Lyon pendant le mouvement des retraites d'octobre 2010, sur la place Bellecour (19 octobre 2010). Rappelons nous aussi de la lutte anti-CPE en 2006 où il y a eu aussi de nombreuses arrestations et des condamnations à la prison ferme. Il reste un compte à régler entre la jeunesse et la police.
Dans ce qui nous concerne, la police a opéré à de nombreuses interpellations suite à des outrages et à des incidents (vols, projectiles). Dans la région, notons une quinzaine d'interpellations à Arras où comme le dit la Voix du Nord « des jeunes, porteurs de capuche sur la tête ou d'écharpe sur une partie du visage, ont été interpellés. Même traitement pour les plus énervés du lot ». Même chose à Lens avec 6 interpellations mais aussi des gardes à vue. Les jeunes n'ont qu'à bien se tenir et bien s'habiller car gare aux capuches et autres écharpes depuis la loi anticagoule (votée en 2009).
Répression et intimidation sont aussi les lots de l'institution scolaire. A Boulogne, une plainte a été déposée à la brigade des mineurs. Ces dépôts de plainte sont fréquents dans un collège ou un lycée mais, par cette procédure, on évacue toute lecture collective et sociale d'une action. C'est tellement plus facile de voir dans un mouvement de jeunes de la simple délinquance plutôt que d'y voir une tentative d'organisation collective même si celle ci est, de fait, maladroite et violente. S'agissant de l'intimidation, l'institution scolaire a su mettre à profit le développement des outils de communication.

Les suites : l'encadrement du mouvement et la perte de dynamique

Lundi 3 octobre : le Sud Ouest est un foyer de contestation. Blocage des lycées à Pau (lycée professionnel Baradat et le lycée Saint-John-Perse)
Jeudi 6 octobre : les lycées généraux se mobilisent, notamment à Paris. 300 lycéens font une manifestation Bastille-Nation mais déjà le mouvement perd de sa spontanéité. Les syndicats lycéens (surtout UNL et FIDL) sont aux commandes et rattachent leurs revendications aux revendications des professeurs (suppressions de postes, sur effectif des classes). Il n'est plus question de la filière professionnelle qui ne compte quasiment pas de syndiqués1
Mardi 11 octobre : Journée nationale de manifestation contre la politique d'austérité. Les jeunes y participent. Selon les syndicats, « dans toute la France, au total, 9500 lycéens ont défilé et 125 lycées ont été bloqués ou étaient le théâtre d'assemblées générales ». Sur le terrain, blocages et manifestations se font surtout dans les grandes villes comme à Paris, Toulouse, La Rochelle, Lille. Toutes les organisations rejoignent l'intersyndicale. La lutte de terrain est définitivement abandonnée, en réalité elle ne s'est jamais vraiment structurée.
Avec l'approche des vacances, faiblissement général. Les lycées professionnels à la base du mouvement ne sont plus mobilisés car sévèrement réprimés dès le début. A la suite du 11 octobre, quelques actions sont menées mais sans réelle perspective comme le blocage improvisé du lycée Baggio (à majorité technique et professionnelle) le jeudi 20 octobre, qui rassemble tout de même 150 lycéens. La police disperse les jeunes.

La révolte 2.0 : Police = 2 / Jeunes : 0

Au cours de cette contestation du mois d'octobre, les nouvelles technologies ont eu une grande importance dans la mobilisation et l'organisation des actions. Les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, MSN) ont permis de faire circuler largement et rapidement les mots d'ordre.
Néanmoins la rapidité et la spontanéité de ces nouveaux moyens de communication ont desservi la mobilisation des jeunes et l'efficacité de leur action :
Tout d'abord, cette rapidité de circulation de l'information a renforcé l'idée qu'il s'agissait d'une rumeur infondée, ce qui a fait les choux gras de la presse et des pouvoirs publics. Sur les SMS et les mails, ne circulaient que les mots d'ordre de blocage avec la revendication principale mais rien sur les possibles discussions (cette fois-ci bien réelles), les autres malaises rencontrés en classe et les modalités d'organisation.
Cette forme de communication s'avère être une formidable arme de renseignement. Sur les réseaux sociaux, il existe des faux comptes d'utilisateurs, des taupes mis en place par l'administration pour repérer les mots d'ordre divers qui peuvent circuler entre les élèves. L'administration était au courant des mobilisations, par exemple à Boulogne où policiers et pompiers étaient déjà sur place avant même le début du mini-blocage, vendredi 30 septembre. Au final, être derrière un ordinateur est beaucoup moins anonyme et discret que de discuter dans la rue.
Rappelons que la surenchère de communication marche aussi dans l'autre sens, c'est à dire à destination des parents d'élèves qui reçoivent les démentis d'actions que les jeunes veulent organiser et l'injonction par la direction d'emmener leur enfant en classe. Cette nouvelle communication des établissements scolaires a été testée à grande échelle lors du mois d'octobre 2010, pendant le mouvement des retraites et depuis elle est incessante. Désormais, pour la moindre absence, un SMS est envoyé sur le portable des parents, plus rien n'échappe à la surveillance.

Les filières professionnelles en avant poste

Même si la mobilisation des collégiens et des lycéens n'a abouti à rien, elle est révélatrice d'un  climat latent qui règne entre la jeunesse et l'état (et donc l'école) mais pas n'importe quelle jeunesse, la jeunesse déclassée économiquement (via leur origine sociale) et intellectuellement car il s'agit d'une jeunesse en échec scolaire.
Ce n'est pas pour rien que la mobilisation a commencé dans les lycées professionnels et à Boulogne dans l'établissement scolaire le plus ghettoïsé de l'agglomération (le collège Langevin). Les jeunes concernés ont cette conscience et surtout ce vécu d'appartenir à un groupe défavorisé et délaissé par l'école et la société toute entière. Malgré les discours encore prégnants sur une école qui donnerait sa chance à tout le monde grâce au collège unique et à la méritocratie individuelle, l'école n'a jamais été émancipatrice pour les classes populaires. Pire, l'école dans son mouvement historique (depuis Jules Ferry) de démocratisation s'avère être le lieu du tri social et de la ségrégation. Des études récentes2 montrent qu'un enfant d'origine populaire a 7,6 fois plus de « chances » de demander une orientation professionnelle que les autres milieux (classes moyenne et privilégiée).
Deux grands processus sont à l’œuvre. Tout d'abord, un processus interne au milieu social d'origine qui fait ses choix et raisonne en fonction de son environnement immédiat. Bien souvent celui des quartiers prolétarisés où l'école n'a jamais été un atout pour trouver un travail : ce sont d'autres réseaux à l’œuvre. D'autre part, il y a un processus interne à l'école qui dès le collège met en place des relégations comme les sections spécialisées type SEGPA ou les redoublements qui découragent plus qu'ils ne motivent les jeunes en échec scolaire. En effet, on observe de moins en moins de mixité sociale dans ces filières, ce qui renforce le sentiment d'appartenance à une culture anti-école avec ses propres règles : dénoncer les fayots, résister au savoir non-technique, etc. Au final, la plupart de ces jeunes sont relégués dans les filières professionnelles qui tendent à se prolétariser.

La filière générale : des attentes différentes

Avec l'arrivée des lycées généraux dans la contestation, les modalités d'actions ont été totalement bouleversées : place à la négociation et au lissage des actions, on rentre finalement dans un cadre contestataire traditionnel (blocage, manifestation, négociation via les syndicats pour finalement finir dans une intersyndicale illusoire). Dans les discours, les élèves de la filière générale réclamaient plus de moyens, « on ne veut plus de classe à 35 élèves ». Pas sûr que les élèves de la filière professionnelle aient les mêmes attentes. Eux voulaient avant tout protéger un acquis, celui des vacances comme le font leurs parents travailleurs quand ils font grève pour les retraites.

En classe, une lutte des classes

Malgré le discours ambiant de démocratisation de l'école et de méritocratie (seulement valable pour les classes moyennes et supérieures), l'institution scolaire entretient des antagonismes de classe car celle-ci est avant tout bourgeoise de par le savoir et les références qu'elle veut diffuser. Dans son sein, une partie de la jeunesse entre en résistance frontale avec l'institution. Cela donne des colères épisodiques comme lors du mouvement d'octobre 2011. En classe, cela se manifeste par une résistance au professeur et au savoir qu'il veut inculquer. De fait, une culture anti-école s'entretient dans ces milieux sociaux.

 

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Mais l'école tend à sortir vainqueur de cette lutte interne car le tri social est finalement effectué à force de résignation de la part des élèves en « échec » par rapport à l'institution scolaire. C'est ce que montre le sociologue anglais Paul Willis3 : une contradiction fondamentale persiste. Les enfants des « classes défavorisées » en échec et rétifs dans et à l'institution scolaire finissent par faire advenir un futur que d'autres avaient conçu pour eux. Ils s’accommodent au non choix qu'on leur donne, en fait c'est leur culture de s’accommoder de la situation (à l'école ou en entreprise). D'eux mêmes, ces élèves finissent par manquer d'ambition scolaire et expriment un « refus du risque de l'espoir ».

 

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1 - Victor Colombani, président de l'UNL déclare : " Pour tous les lycéens, c'est la pire rentrée de notre vie, que ce soit dans les meilleurs lycées ou dans les pires ". Mais, est-il le meilleur représentant des « pires » lycées ?
2 - voir l'article de Ugo Palheta « Destins des jeunes d'origine populaire dans l'école massifiée » dans la revue Agone, Apprendre le travail, 2011
3 - Cf revue Agone, Apprendre le travail, 2011. Le langage utilisé entre guillemets est celui de la sociologie universitaire

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 23:32

 

   Au collège Jean Moulin du Portel, les personnels n'ont pas attendu la sempiternelle grève carrée des grosses orgas syndicales du jeudi 10 février pour se lancer dans un mouvement de grève reconductible contre les suppressions de poste dans leur établissement.

 

   Dès le lundi 7 février au soir le chef d'établissement dans une grande messe nous a abreuvé de chiffres et de statistiques pensant nous faire avaler les suppressions de postes (2,5) alors que le nombre d'élèves de ce collège en éducation prioritaire resterait le même. Le lendemain matin l'ensemble des professeurs s'est réuni en Assemblée Générale et nous avons décidé à l'unanimité de nous mettre en grève reconductible de suite.

Ce collège n'avait pas connu un tel mouvement depuis longtemps. Surtout, il a été totalement autogéré, tout fut fait par l'AG : les revendications, les communiqués à la presse, la mise en place d'une caisse de solidarité, les rencontres avec la hiérarchie... Très tôt les parents d'élèves ont soutenu et rejoint ce mouvement, venant chaque matin devant le collège avec les enseignants grévistes. Lors de la journée nationale de grève du 10 février, agents et surveillants ont eux aussi rejoint le mouvement.

 

   Ce mouvement s'est fait sans l'intervention des grosses organisations syndicales dirigistes et récupératrices, il s'agissait donc d'une lutte des salariés sans contrainte de stratégie syndicale, sans contrainte de calendrier. Pour la première fois depuis longtemps la politique des journées d'actions perlées a été remise en cause par cette AG qui a donc tenu près de deux semaines de grève.

 

lutte-de-classe.jpg

 

    La hiérarchie s'est montrée répressive face à ce mouvement qu'elle n'attendait pas ou plus de la part d'enseignants et surtout faute d'autres réponses. Le chef d'établissement a parfaitement rempli son rôle de représentant du rectorat en nous accusant, les enseignants, d'être les responsables de l'agitation des élèves durant cette grève, accusant la grève de ralentir les négociations qu'il menait avec l'inspection académique alors qu'il n'est qu'une courroie de distribution, convoquant enseignants et parents d'élèves qui avaient osé s'exprimer dans la presse... L'inspection académique qui a reçu les mandatés de l'AG en audience après une semaine de grève pour ne rien donner accusant la crise économique mondiale d'être responsable de notre situation et des suppressions de postes ! Cascade de chiffres et mépris de l'humain, des élèves et des personnels peut résumer cette audience de près de deux heures.

   Au final, si sur les revendications nous n'avons rien obtenu nous ne sommes pas totalement abattus. La fin de la grève à la veille des vacances fut difficile mais tous ensemble nous avons construit dans ce collège un outil de résistance contre les dérives autoritaires de notre hiérarchie. Nous avons tous retrou-vé la volonté de nous battre contre toutes les réformes de casse du service public. Une lutte contre les grandes réformes médiatiques mais aussi tous les moyens insidieux de nous faire rentrer dans le rang : conseil pédagogique, entretien individuel avec le chef pour la notation, multiplication des taches du professeur principal, heures supplémentaires...

 

   Maintenant notre lutte autogérée nous a uni et encouragé à continuer mais nous ne pouvons rester seuls. Dès ses premiers tracts l'AG du collège a appelé les autres établissements scolaires du Boulonnais à la rejoindre car nous subissons tous la même politique réactionnaire. Nous avions bien conscience que seuls nous n'allions pas gagner, un mouvement d'ampleur sur le Boulonnais aurait été plus efficace mais ce n'est qu'un début. Cette grève doit servir pour montrer à tous les établissements scolaires qu'ils ne doivent pas se laisser faire, la lutte finira par payer car nous avons raison et ils ont tort.

 

 

Un travailleur en lutte du collège du Portel

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 21:55

 

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    Quand Facebook est utilisé contre les lycéens titrait Libération le 19/11/2010. Cette chronique relatait le fait que dix élèves du Lycée Galilée de Combs la Ville ont été exclus les 8 et 9 Novembre 2010 de leur établissement au motif qu’ils avaient tenu sur Facebook des propos incendiaires et appelé à bloquer le lycée.

A Outreau, ce sont les collègiens d’Albert Camus, au moins quatre à notre connaissance, qui ont fait l’apprentissage de la lutte sociale vue par l’institution scolaire : Ils sont passés en conseil de discipline et ont été exclus quatre jours pour avoir appelé à bloquer le collège et tenté de mettre en oeuvre leur appel : Colle dans les serrures = dégradations du collège ! Rappelons qu’en brûlant force pneus et palettes sur la voie publique nous leur donnions l’exemple.

 

    La justice scolaire est à la justice sociale ce que la musique militaire est à la musique !

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 16:52

 

     Depuis plusieurs années, avec la création des premiers contrats précaires et l’apparition des aides éducateurs, le besoin de personnels supplémentaires pour l’aide administrative, la vie scolaire, puis l’accompagnement des élèves en situation de handicap est réel. Malgré ça, en 2011, le bilan est bien lamentable ...

     Après toutes ces années de bons et loyaux services, il n'existe toujours aucune perspective de pérennisation : cet emploi, aux yeux de l'état, ne mérite toujours pas de reconnaissance statutaire.

Difficile de savoir ce qui se passe dans l'enseignement depuis quelques années ... une méthode est pourtant connue, l'accumulation des réformes pour les oublier au plus vite, et faire rentrer pleinement le service public dans une logique de rentabilité.

 

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  L'école fabrique de l'inégalité, à commencer par le réseau EVS-AVS-assistant d'éducation, ATSEM... Nous ne parlerons, ici, que du cas EVS (employé(e) de vie scolaire) car les situations et conditions de chacun sont tellement différentes et scandaleuses qu'il faudrait un bouquin pour toutes les (d)énoncer. Par contre, les principes d'injustice et d'exploitation se rejoignent littéralement, peu importe le poste.

 

 Rappelons que les EVS, sont recruté(e)s à très bas salaire, sous des contrats précaires différents et, pour la plupart, sans une formation autre que symbolique.

 

Il existe 2 profils d'EVS :


  - l'assistance administrative aux directeurs d'école

  -  l'aide à la scolarisation des élèves « handicapés » (nommés ainsi par le système, mais beaucoup d'élèves ayant cette appellation ont plutôt un profil d'enfant en situation d'échec face à un environnement social fragilisé)

 

  Ni les directeurs et enseignants, qui auraient plus de difficultés à devoir fonctionner sans eux, ni les parents d'élèves, qui y voient une amélioration certaine pour les enfants, ne mettent en doute, aujourd'hui, l'intérêt de ce métier d'employé de vie scolaire.

 

  Dès 2006, le poste d'EVS fût implanté dans les écoles. Les personnes signaient un contrat d'un an renouvelable, un CAE (contrat d'accompagnement à l'emploi) de 20h semaine, pouvant aller jusqu'à 2 ans, ayant pour but de faciliter l'insertion professionnelle des personnes sans emploi, ou un CA (signifiant ironiquement « contrat d'avenir ») de 26h semaine pouvant aller jusqu'à 3 ans. Payés au smic horaire avec si peu d'heures effectuées, autant dire que la rémunération mensuelle ne payait et ne paie toujours pas de mine. Par contre, les employeurs sont exonérés de cotisations sociales et les subventions qu'ils reçoivent pour ces contrats, elles, sont plus qu'intéressantes ... En CAE, la subvention varie de 75 à 90% du salaire. En CA, l’employeur reçoit une aide forfaitaire qui correspond au montant de l’allocation que touchait le bénéficiaire des minima sociaux engagé.

Dans tous les cas, ces contrats précaires ne servent qu'à appauvrir des personnes qui les subissent, mais participent aussi à l'anéantissement du service public d’éducation.

 

   Premier état des lieux, ce genre de contrat annoncait déjà un barrage à une proposition d'emploi stable et durable, puisque les objectifs en faveur de l'employé, fixés par l'état, ne reflétaient en rien la réalité. Les salariés sont exploités, financièrement et psychologiquement, et ne bénéficiant pas de la sécurité de l'emploi, ils sont souvent contraints à encaisser sans broncher sous peine d'être renvoyés cyniquement à leur situation précédente.

 

Premier scandale, les horaires ...

 

 

   La personne employée en CAE était, dès la rentrée, soumise à effectuer des heures supplémentaires non payées, avec pour excuse le rattrapage des vacances scolaires. Cette pratique fût assez rapidement contestée par quelques evs et par certains enseignants et directeurs. En effet, après vérification, les syndicats se sont prononcés sur le fait que, n'existant pas de convention ou d’accord d’établissement conclu selon le droit commun (art. L212-8 du Code du Travail), la pratique qui consiste à faire effectuer des heures complémentaires non rémunérées pour récupérer les vacances scolaires est illégale . Les vacances scolaires sont des congés de faits.

Bref! Une belle arnaque qui aurait du, à grande l'échelle, entraîner l'éducation nationale devant les Prud'hommes, comme l'aurait été une entreprise privée ayant commis les mêmes pratiques.

 

   Désormais, ils prennent soin, lors de la signature du contrat, de présenter un document officiel stipulant que le salarié donne son approbation pour effectuer des heures supplémentaires gratuites dans le cadre de son contrat. Quelles belles et consciencieuses méthodes!

 

 

Autre scandale, l'absence de formation

 

   Les EVS arrivent sur le terrain sans formation. Pour travailler avec des enfants, tout salarié a le droit d'être formé préalablement (comme dans tous les métiers). Dans la mesure où l'on ne demande pas, lors d'un entretien d'embauche, à un(e) evs d'avoir les compétences et l'expérience requises pour l'aide à la scolarisation d'un élève en situation de handicap, une formation préalable aurait automatiquement du être proposée. Le contraire frôle l'aberration, et c'est effectivement le cas... L'evs doit, dès son arrivée, fournir une quantité d'efforts d'adaptation, et doit également employer certaines capacités qu'il ne maîtrise pas forcèment. Et tout ceci, biensûr, durant sa période d'essai.

 

   Pendant la durée du contrat, les personnes embauchées en CAE (avant le dispositif CUI) se faisaient des illusions, la formation n'étant pas obligatoire dans ce type de contrat, il suffisait de les inciter à cocher la case « non » dans la rubrique formation de la convention. Pour les CA, la formation était obligatoire, elle était même l'enjeu prophétisé par le ministre de l'éducation nationale, mais on leur suggérait simplement de cocher la case « formation interne, adaptation au poste de travail » sur le contrat, et le tour était joué!

 

   Soulignons que certains evs ont eu le courage de déposer un dossier aux Prud'hommes et ont obtenu gain de cause pour le motif : défaut de formation.

 

 

Renouvellement, de qui se moque t-on?

 

   Le ministère de l’éducation est un inconditionnel de la précarité, puisqu’un nouveau contrat précaire vient toujours chasser le précédent. On renvoie donc les EVS à la case départ, la case « chômage »... Un contrat de travail dont la durée va de 6 mois à 3 ans. Il n'y a aucune possibilité de le prolonger, donc d'insérer professionnellement le salarié arrivé en fin de « mission ». Le fait d'utiliser des personnes, souvent fragilisées par le système, pour pallier au manque d'adultes dans les écoles et combler le déficit d'éducation, sont des pratiques qui portent ce nom : l'exploitation. Après plusieurs mois ou années de boulot, la porte comme remerciement ! 

 

   Il est grand temps de se rendre compte que ces méthodes engendrent des situations assez détestables. Les personnes, qui attendent un renouvellement de contrat sont complètement isolées. Il arrive souvent que l'EVS se voit refuser ou accepter un renouvellement de contrat le dernier jour de celui-ci, ou au delà. Ceci est, en grande partie, dû au fait que le cheminement des conventions est assez abracadabrant, ces conventions doivent être signées à la fois par, le Pôle emploi, le référent du lycée mutualisateur, le Conseil général et l'employé, sachant que les dossiers ne sont biensûr pas traités le jour même, l'attente devient alors incommensurable.

 

   Tous les ministres de l’éducation ont créé un nouveau contrat précaire. 
La spirale de la précarité accouche d’une multitude de sigles qui nous perdent et nous divisent. Soyons sûrs que le prochain ministre saura trouver un nouveau contrat précaire à sa sauce avec un nouveau sigle. 
De gauche comme de droite c’est la précarité qu’ils nous imposent.

 

   Il faut se battre pour exiger que le seul recrutement possible soit celui de personnels à statut. Un vrai salaire avec les mêmes droits pour tous!

 

    L'Etat licencie donc massivement, et en même temps Sarkozy annonce, à grands renforcements médiatiques, la création de nouveaux emplois aidés, pour, soit dit en passant, « faire face à la crise ». Mais que deviennent alors les collègues arrivés en fin de contrat? Ils se foutent de qui? De ces emplois, l'enseignement en a réellement besoin. Pourquoi, donc, sont-ils précaires? Les missions des EVS dans les écoles sont de vraies missions, elles correspondent à de vrais besoins! Et qu'advient-il des élèves de toute cette mise en scène? L'enfant qui, bien souvent, trouve un équilibre avec cette personne spécialement présente pour l'aider à avancer, cet enfant devient tout autant victime des agissements du gouvernement.

 

   Il faut envisager de porter la lutte EVS-AVS sur le plan du respect du code du travail et non la laisser contraindre dans le champ clos de l’éducation nationale, car les personnes en situation de précarité auront à se battre en tant que travailleurs en fin de contrat et non comme enseignants, ni même comme salariés de la fonction publique... Pouvons-nous penser qu'il s'agirait d’un vaste projet de privatisation de l’éducation nationale par l’introduction progressive de personnels de droit privé au sein du service public? Les premiers à payer les frais de cette liquidation sont les EVS -AVS. Ils représentent les futurs contractuels de droit privé de l’enseignement, placés sous l’autorité de fonctionnaires petits patrons...

 

   N'oublions pas que plusieurs cas de jugements aux Prud'hommes ont permis d'éclaircir certains points et mettre le ministère dans une position, pas des plus confortables. Mais ces informations, hèlas, n'ont pas été, ou très peu, relatées par les médias. Les principaux motifs invoqués étaient, l'absence de formation, défaut d'accompagnement à la VAE, paiement des congés payés et des heures complémentaires, rupture abusive de contrat de travail, remboursement des tickets de transport etc ...

 

   Revendiquer ses droits est légitime. Lutter, s'organiser, entamer des actions, créer des collectifs, sont des combats qui ne doivent pas effrayer le salarié, victime des pratiques douteuses du gouvernement. Les conditions de travail, la distance et le manque de communication entre les écoles, peuvent s'avérer néfastes, et ont tendance à nous isoler et nous diviser. Mais quand l'union devient possible, la lutte la devient également.

Contrairement à ce que prétend le dicton, à force de bouffer de la merde, on ne finit pas par aimer ça! En tout cas on peut finir par avoir envie de la recracher sur les autres, sur ceux qui nous exploitent et nous méprisent!

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 14:00

 

 

couv-CA.jpgCliquez pour une présentation de ce numéro spécial éducation

   L’histoire de l’éducation et de l’école, c’est une suite sans fin de tentatives pour faire passer les codes et les messages dont les nouvelles formes de pouvoir ont besoin, tout en faisant croire qu’ils ont une valeur universelle. L’éducation de masse fut mise en place à la fin du XIXe siècle pour contribuer à la paix sociale en évitant les conflits de classe et en « civilisant  » le peuple des villes, perçu comme un danger, et celui des campagnes, vu encore alors comme l’une des figures marquantes des Lumières, Voltaire, le considérait comme: « Des rustres vivant dans des cabanes avec leurs femelles et quelques animaux (...), parlant un jargon qu’on n’entend pas dans les villes.  »

    L’école s’est construite en niant les cultures populaires au nom de la citoyenneté et de la nation, et elle continue de le faire à travers toutes les réformes que le Capital réclame. Instrument de domination, donc, c’est certain !

    Le mouvement ouvrier est né à la même époque et, sans qu’il y ait la moindre filiation entre lui et l’institution scolaire, il a donné naissance à des courants qui ont œuvré à saper la domination pour promouvoir l’émancipation à travers de multiples expériences dans et en dehors de l’école de la République. Cela dure encore. Et comme les institutions à 100 % totalitaires n’existent pas plus que celles qui seraient à 100 % émancipatrices, on peut avoir la certitude qu’une certaine schizophrénie se perpétuera.

     Mais c’est précisément au cœur de cette ambiguïté que les questions de la transmission des connaissances et du savoir-être progresseront, avec la mise à l’écart de cette idée saugrenue (qui servit de conducteur aux idéologies dites progressistes) selon laquelle éduquer serait « éclairer le peuple par le haut ».

     Enterrons aussi définitivement l’idée qu’une élévation du niveau scolaire rendrait les êtres humains… plus humains. Combien d’intellectuels, de savants, de médecins furent les supports du nazisme, servirent avec zèle le régime de Staline ou celui de Mao et de tant d’autres dictatures ? Ni Dieu ni maître d’école, il n’est pas de sauveur suprême !

Pour toute Commande :

40 pages, 4 euros (port compris)

EGREGORE – BP 1213 – 51058 Reims cedex
Chèque à l’ordre de La Galère.

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 22:27

petit-chefLes cadres de l’éducation nationale - le corps des inspecteurs - tentent de garantir sur le terrain l’application de réformes gouvernementales qui peinent à s’imposer. Après plusieurs décennies de prêche pédagogiste, la base sociale de la direction s’est depuis peu convertie aux nouvelles vérités libérales. Une mue apparemment indolore puisque négociée aux meilleures conditions entre le sien-UNSA et l’Etat. En passant peu ou prou sous le contrôle direct des recteurs d’académie, l’encadrement décuple le poids d’une hiérarchie qui recoure sans détour à l’arbitraire et à l’autoritarisme afin d’imposer des méthodes de gestion d’entreprise au sein du secteur.



Depuis mai 2009, une circulaire a redéfini les lignes à partir desquelles les enseignants du premier degré seront désormais évalués. La mission des inspecteurs de circonscription repose dorénavant sur deux priorités : “le pilotage pédagogique” et le “management du personnel”. Le pivot de cette nouvelle orientation, “le socle commun de compétences” se présente sous la forme d’une liste de quelques aptitudes dressée par la commission européenne et que les élèves se doivent d’acquérir avant de quitter le collège. Ce viatique promis à la grande majorité d’entre eux, leur permettra d’évoluer à la demande du patronat dans un environnement de travail essentiellement précaire, flexible et ne requérant qu’un minimum de savoir faire concret.

C’est donc autour de ce “socle commun” que se polarisent maintenant l’ensemble des activités scolaires et professionnelles de l’école élémentaire. Les programmes de 2008, les binaires évaluations nationales des classes de CE1 et de CM2 et maintenant l’évaluation du personnel enseignant, tout converge dans une seule et même direction. Ce formatage du travail des enseignants et de l’activité des élèves a naturellement entraîné de vives réactions. Les plus visibles furent celles rendues publiques par les “désobéisseurs” en dehors de toute dynamique syndicale officielle: refus à la carte ou en bloc des programmes, des heures de soutien individualisé, de la déclaration préalable de grève, des évaluations nationales etc ... La hiérarchie a réagi immédiatement et de manière brutale sans pour autant parvenir à décourager ces enseignants frondeurs à qui les tribunaux administratifs semblent pour l’instant donner raison. Mais pour la grande majorité, la résistance se vit quotidiennement dans la passivité observée face aux injonctions. Quoi qu’on en dise, cette inertie constitue une force mais qui rapidement trouvera ses limites si elle ne déborde pas hors des murs des salles de classe afin de se donner un cadre collectif.

Pressions et clientélisme.

Entendons nous, l’autoritarisme et un certain penchant à la fatuité ont toujours entaché le costume des inspecteurs. La plupart des enseignants gardent en souvenir qui, des entretiens pour le moins croustillants, qui un rapport bricolé à coups de “copié-collé” et chez la plupart d’entre eux une méconnaissance manifeste, voir l’oubli de la réalité du métier ...

Avec la redéfinition de leur mission, l’observation de la pratique tend à disparaître au profit du contrôle des seuls résultats quantifiables : le taux de réussite de l’établissement aux évaluations nationales. Pour bien faire, la circulaire de 2009 énonce clairement que : “Les corps d’inspection ont le devoir (...) d’impulser et d’encourager les “bonnes pratiques“ ; la liberté pédagogique dont bénéficient, pour organiser leur enseignement les personnels enseignants ne sera pas le prétexte de pratiques qui font obstacle à l’acquisition des savoirs”. Sans pour cela se bercer d’illusions pédagogistes, il faut admettre que cette prescription annonce le retour de méthodes éculées, répétitives et mécaniques, d’un bachotage stupide aux finalités purement comptables. Car il faut les écouter ces cadres rabâcher à chacune de leurs interventions, sur le ton culpabilisant du moment, le coût qu’occasionne à la collectivité l’entretien d’un élève. Et aussitôt laisser entendre qu’en retour de résultats escomptés, ils pourraient plaider la cause des établissements et peut être sauver moyens et postes. Pour cela, chacun devra y mettre du sien et appliquer scrupuleusement les recommandations ministérielles : les programmes et rien que les programmes, une bonne dose de fichage et la traque des absentéistes. Actuellement de nombreux témoignages attestent de vagues d’inspections-sanctions. Dans l’intimité de l’entretien se susurrent les récriminations qui parfois prennent le tour de la menace et laissent certains collègues sidérés. Ainsi, avant même la création effective des établissements primaires autonomes, s’installe insidieusement un climat mêlant “chantage aux moyens” et clientélisme. Dans les faits, ce glissement traduit la fin annoncée du paritarisme et du mode de gestion du personnel qui s’y rattache. Les syndicats l’ont compris et assistent impuissants à leur relégation espérant sauver ce qui peut l’être pour eux, c’est à dire quelques bonnes places. Car jusqu’à nouvel ordre, il revient aux inspecteurs de conduire leurs “ interventions directes (...) comme un acte de gestion de la ressource humaine.”

Officiellement le salaire au mérite n’a pas cours. Dans les faits, il prend corps peu à peu avec le versement de primes spéciales aux seuls enseignants qui font passer les évaluations nationales. On le devine ensuite tapi sous les heures supplémentaires offertes aux volontaires qui encadrent les stages de remise à niveau durant les vacances scolaires. D’ailleurs, afin d’intimider les malveillants qui refusent de les proposer à leurs élèves, les inspecteurs n’hésitent pas à brandir les résultats des fumeuses évaluations nationales. Mais la chose pourrait bientôt prendre un tour plus tangible. Le ministre Chatel évoque depuis peu la création d’entretiens d’évaluation individuels réalisés par des personnes extérieures au secteur de l’enseignement. Qu’adviendrait-t-il alors du dévoué corps des inspecteurs ?

Quelle riposte ?

Malgré les oppositions résolues d’une partie de la base, le rapport de force apparaît aujourd’hui fortement dégradé. Les enseignants n’opposent aux attaques qu’ils subissent que les pauvres illusions qu’il continuent d’entretenir sur leur fonction en particulier et sur celle de l’école en général. Illusions lourdes de conséquences quand le fossé entre l’institution qu’ils prétendent défendre et la partie la plus prolétarisée de la société ne cesse de se creuser. La période impose de faire des choix, des choix collectifs qui portent la critique au coeur même du système d’ enseignement. Il est urgent d’ouvrir le débat et de mener l’action non pour la défense d’une école de la reproduction sociale, une école de classe grimée en “service public” mais contre elle. Reprendre la bagarre contre les petits chefs, reposer collectivement la question du refus de l’évaluation pourrait être parmi bien d’autres une de ces pistes.

Un travailleur de la reproduction sociale.

Boulogne-sur-mer, le 19/02/11.

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La Mouette Enragée

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  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
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Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

 

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- Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

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- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

Fortunes de mer

 

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