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26 septembre 2003 5 26 /09 /septembre /2003 21:35

 

Il est difficile de dire si le mouvement de mai-juin peut se trouver un prolongement dans les semaines ou les mois à venir et si c’est le cas, quelles formes pourrait -il revêtir ? La volonté affichée par une partie de ses acteurs pourrait le laisser penser, mais sera-t-elle suffisante ? Dans de nombreuses villes, les enseignants sont restés mobilisés durant l'été et des rendez-vous étaient fixés pour la rentrée. La lutte des intermittents, le succès du Larzac, ont écorné la torpeur estivale mais il en faudra plus pour entamer la détermination de l’État et du MEDEF. Reprendre une lutte là où on l'a laissée après une défaite, ce n'est pas facile. Alors, c'est peut être, avant tout, en essayant de comprendre ce qui a fait la particularité de cette lutte que l'on avancera dans l'élaboration d'un nouveau et indispensable rapport de force.

 

Ce texte, nous l'avons rédigé à partir du vécu que nous avons eu de cette lutte à Boulogne-sur-mer, nous ne prétendons donc pas faire en quelques lignes le tour de la question. Nous avons d'abord recherché ce qui nous semblait significatif de l'état de la lutte sociale aujourd'hui. Nous n'évoquerons donc pas les différentes réformes en question ni ce qu'elles vont impliquer pour la vie de millions de travailleurs.

 

Pour un rappel historique, le contexte, les enjeux, voir ce site (mondialisme.org)

 

 

Des enseignants qui se cherchent.

 

     La place occupée par les travailleurs de l'éducation nationale, en pointe dans le mouvement, appelle quelques commentaires. Déjà par le nombre de grévistes puisque 2 500 établissements du secondaire sont en grève reconductible après le 13 mai. Dans les écoles, on recense à cette date 88 départements où le nombre de grévistes dépasse les 30 %. Des chiffres qui fluctueront au fil des semaines mais qui témoignent à eux seuls du caractère massif et national de la mobilisation. Une mobilisation en prolongement des luttes menées ces dernières années dans des académies de la région parisienne et du sud... et donc qui ne vient pas de nulle part.

 

   Si le projet de décentralisation est apparu comme un des facteurs déclencheurs, les raisons de la colère enseignante sont plus profondes. Au refus des différentes mesures : suppression des aides éducateurs, privatisation rampante du service public d'éducation au travers du transfert des compétences de l’État aux régions -mesures qui concourent toutes à la définition d'un projet global de société, se conjugue la mise à mal du rôle et de l'image sociale même de l'enseignant. Par ailleurs, s'il y eut une évolution notable durant ce mouvement, ce fut celle de la perception que les enseignants ont traditionnellement d'eux même. Les conditions de la lutte, la grève reconductible votée en Assemblée Générale et ses modalités élaborées et assurées en s'affranchissant à maintes reprises de la tutelle syndicale, ont traduit autant une aspiration à la radicalité que pour nombre d'entre eux, la découverte de sa possibilité. En l'exprimant un peu brutalement, on peut convenir que les profs se sont enfin déniaisés sur le terrain de la lutte sociale, ce qu'ils reconnaissent volontiers en affirmant "être fier d'avoir porté ce mouvement".

 

     Il faut admettre que la position est de plus en plus intenable pour les travailleurs de la reproduction sociale. Le corps enseignant à bien des égards encore emprunt d'illusion "sociale-républicaine" se trouve confronté au quotidien aux conséquences de l'éclatement de son cadre de référence. Si le prof illustre encore la figure du travailleur "garanti et à statut", cette figure du salariat est à terme vouée à disparaître. Et sans pour autant la partager (l), depuis de nombreuses années, il côtoie la précarité sur son lieu d'activité. Qu'il exerce dans des quartiers frappés de plein fouet par la misère sociale où il se retrouve à assurer une pure fonction d'encadrement, ou entouré de jeunes ou moins jeunes en contrats bidons : CES, Emplois-jeunes.... il s'est rendu à l'évidence : l'école n'est pas restée cet espace en dehors du jeu économique, ce qu'elle n'a par ailleurs jamais été.

 

     A un niveau plus large, la pression constante des patrons sur le monde de l'enseignement (2), l'injection à hautes doses de précarité dans le secteur et la privatisation à terme des différents services publics comptent comme autant de facteurs propres à aiguiser les consciences. Ce qui dans les faits ne fait pas forcément le compte et laissait malgré tout peu d'espoir de voir éclore une réelle dynamique tant le réflexe catégoriel contamine la profession. Pour ne citer qu'un exemple, l'introduction dans le premier degré d'une distinction entre instituteurs et "professeurs des écoles" illustre ces clivages internes et les avantages qu'en retire l'administration. Rappelons si nécessaire que, le monde de l'école est parfaitement étranger à l'image monolithique qu'on lui renvoie. Il est bâti de niches qui s'ignorent mutuellement, et ce de la maternelle à l'université, en passant par les lycées professionnels. Rappelons au passage que ce sont surtout les personnels enseignants qui sont entrés en grève. La faible participation, en nombre, des TOS (techniciens, ouvriers de service) par exemple, tient à bien autre chose qu'à "leur niveau de salaire bien inférieur à ceux des profs qui rendait difficile leur engagement dans plusieurs semaines de grèves" (3). Les TOS ne se sont pas davantage investis parce qu'ils ne partageaient pas, dans l'espace des débats, les codes qui demeuraient ceux des profs, bien qu'en lutte. De la même façon, la grève n'a nullement effacé les barrières qui séparent enseignants du premier et du second degré. Que dire également sur un plan local de l'absence des travailleurs en contrat “Emplois jeunes”... On peut simplement répondre que la solidarité manifestée à l'égard des travailleurs les plus précaires de l'éducation nationale est souvent le fait des enseignants les plus politisés et qu’elle s’exprime en dehors des logiques syndicales institutionnelles.

 

     Certes, les réformes entamées par le gouvernement Rafarin ont déclenché une opposition massive du corps enseignant mais celui-ci n'a que partiellement dépassé ses propres freins durant le mouvement. Le temps de la grève n'a pas servi à élaborer une approche critique de l'institution. Le refus de bloquer les examens en fut la démonstration et les grévistes ont inscrit leur lutte dans une logique défensive.

 

     Localement c'est sur le dossier des retraites que les avancées ont été les plus notables, notamment dans la recherche d'ouvertures sur l'interprofessionnel. Le rapprochement opéré entre travailleurs de différents secteurs publics et dans une certaine mesure du privé, a permis l'organisation d'actions fortes. Et c'est bien en sortant du cadre éducatif que les enseignants ont ébauché dans les faits une critique politique fragmentaire. Notamment à deux reprises, d'abord en bloquant le départ de quelques deux cents camions chargés de poissons sur la zone portuaire de Capécure, puis en interdisant l'approvisionnement d'un hypermarché sur la journée. Pour limitée qu'elles soient dans leurs effets, ces initiatives ouvraient des perspectives, surtout elles déplaçaient la lutte sur le terrain de la production et de la distribution. Naturellement il s'agissait par d'autres moyens de chercher "à se faire entendre" du gouvernement. Sans parvenir à dépasser le discours "citoyenniste" propre au milieu, car c'est en direction de l’État que convergeaient ces initiatives, la jonction sur le terrain avec les travailleurs de la production a contribué l'espace de quelques semaines à repenser et recomposer une dynamique de classe.

 

     Attendons les mobilisations à venir pour savoir si l'essai porte ses fruits. Dans certaines régions les convergences ont donné lieu à la création de collectifs regroupant intermittents, profs, sans papiers ainsi que des travailleurs des boîtes en liquidation. A Boulogne-sur-mer, dans les semaines à venir, va se poser la question de l'avenir des ouvriers de la Comilog et d'autres entreprises. Souhaitons donc que s'approfondissent ces débuts de recherche commune, dans l'action et la réflexion.

 

Avant toute chose

 

     Ce qui vient immédiatement à l'esprit c'est la question de la grève générale et la responsabilité des syndicats dans son supposé sabordage. Poser le problème en ces termes est pour le moins surprenant puisqu'il revient, dans les faits, à reporter sur les bureaux confédéraux les conditions de son déclenchement. Bureaux desquels on expliqua que la grève générale ne se décrète pas mais qu'elle se construit et pour cause puisque tous ces mêmes dirigeants n'en voulaient pas. Quel était donc le sens de ces appels du pied quand on sait qu'historiquement les mouvements sociaux se sont toujours construits contre la volonté de ces bureaucraties ?

Si le rapport de force avait été propice au débordement la question ne se serait pas posée. Les espoirs mis dans la CGT et sa capacité d'entraînement dans les secteurs les plus combatifs paraissaient donc infondés, si ce n'était alors de s'en remettre aux sections les moins alignées, forcément minoritaires (4), ce qui appelle d'autres questionnements. Reconnaissons que dans de nombreuses régions, l'investissement de militants de base fut déterminant dans l'élargissement de la grève. Toutefois, le rapprochement d'avec la CFDT et les politesses adressées au P.S, l'absence de perspective politique à gauche et le refus de se positionner contre le plan Fillon suffisaient à comprendre qu'il n'était pas question un instant pour Thibault, de se lancer dans la bagarre.

 

     Du côté de la FSU, dès le départ, l'affaire était entendue puisque que c'était auprès de l'opinion que devait se livrer la bataille. Il est donc inutile de ré-ouvrir une fois encore le débat sur la responsabilité des directions syndicales dans l’échec de cette lutte. Localement, des camarades de la CFDT estampillés "Canal Historique" furent de toutes les actions faisant la démonstration, s'il en est encore besoin, que c'est à la base, sur le terrain et avec les travailleurs en lutte qu'il faut se retrouver pour commencer à poser les jalons.

 

 

Autonomie et démocratie jusqu'où et comment ?

 

     La mobilisation ne s'est pas vécue aux mêmes rythmes selon les régions mais la question de sa structuration s'est posée peu ou prou de manière assez semblable. Ainsi des tendances à l'auto-organisation se sont exprimées en premier lieu dans les assemblées générales à l'échelle des établissements ou des localités/ bassins. Il en est allé autrement des tentatives d'organisation départementale ou régionale qui sont la plupart du temps restées lettre morte. Il est assez difficile par ailleurs de lever l'ambiguïté sur l'expression d'une exigence démocratique dont les non-syndiqués seront les principaux vecteurs, mais qui ne se concrétisera que rarement ou sur la fin par un regroupement ou un positionnement autonome. Ainsi la coordination nationale ne fut que très peu le lieu de convergence d'expériences démocratiques et locales mais comme bien souvent un enjeu de pouvoir et une caricature décalée de la centralité parisienne. Les syndicats ont bien compris qu'elle ne représentait pas un concurrent sérieux, du moins pas en mesure d'égratigner leur légitimité pour d'hypothétiques négociations. Et c'est là, en partie, la limite de ce mouvement. Il a naturellement traduit la méfiance voire le rejet de pratiques bureaucratiques, tout en continuant dans les premiers temps à espérer des centrales la généralisation de la grève. Si la prise de distance fut une réalité, dans sa nature il est resté pétri de "syndicalisme". Bien que contestés et mis à distance les appareils n'en restaient pas moins sur le terrain qui est le leur. Il est difficile d'affirmer que cela était dépassable dans la mesure ou les luttes de la période ne sortent que rarement de cette logique. Ce sont la critique et la pression qui ont prévalu à l'égard des syndicats et non pas le débordement. Une structuration autonome exige localement l’émergence dans le cours de la lutte de regroupements en capacité d'impulser des dynamiques, ce qui globalement n'était pas le cas. Que les non syndiqués aient joué un rôle déterminant dans la recherche d'une autre manière de vivre et gagner la lutte ne les mettait pas spontanément en capacité de le réaliser. Dans l'éducation, les luttes antérieures aux modes d'organisation différents sont restées localisées et en l'absence d'une tradition de lutte dures ces expériences n'ont pas laissé de trace dans la mémoire collective.

 

     Bien que les A.G furent ouvertes, des travailleurs du public et du privé y intervenaient régulièrement, la jonction avec les autres secteurs s'est effectuée essentiellement dans le cadre intersyndical. Dans le meilleur des cas, disons que les non syndiqués ont profité des brèches que purent ouvrir certains militants de syndicats minoritaires SUD/CNT (5). Qu'à certains endroits, des non syndiqués porteurs d'une expérience des luttes et conscients du jeu des bureaucraties aient pu se regrouper et agir, cela aussi fut important, mais au bilan, ça ne pesait que de peu dans le rapport de force. A l'exaspération et la détermination réelle des non syndiqués, une traduction politique pratique faisait défaut. Lorsque les grévistes dénoncent les entraves et les magouilles de tel ou tel représentant de centrale -comme dans tout mouvement les phénomènes de personnalisation jouent à plein- ils n'en demeurent pas moins accroché à une unité syndicale de façade. Il y a une trouille réelle à sortir du cadre et d'une certaine manière cela s'explique. L'auto-organisation ça se pense et ça se construit au cœur et au cours de la lutte, progressivement, ça ne s'improvise pas obligatoirement. Quand les syndicats n'offrent plus de garantie pour la bagarre, le vide ressenti paralyse plus qu'il ne libère. Il arrive aussi que le lien entre les acteurs eux même soit long à tisser. C'est dans ces moments que l'on mesure le degré avancé d'isolement qui ronge au quotidien la grande masse d’entre nous. A fortiori pour des travailleurs qui ne se pratiquent pas au quotidien. Pour la plupart des profs, la référence est celle des collègues de l'établissement où ils travaillent et ces fameux collègues n'étaient pas tous grévistes, du moins pas toujours ensemble. Créer une communauté de lutte exige un minimum de temps pour que les contacts s'établissent et commencent à porter leurs fruits, un handicap supplémentaire alors que le tous avaient conscience qu'il fallait rapidement élargir la lutte et la radicaliser.

 

 

Quelle unité, quels contenus

 

     Ce mouvement offre-t-il des signes de recomposition de classes ? Les catégories en mouvement en mai et juin sont-elles porteuses de perspectives mêmes partielles de dynamiques solidaires ? Quel sens donner à l'unité réclamée au travers de l'appel à la grève générale ? L'unité pourquoi faire, pour bloquer les réformes et trouver une voie à la vulgate “étatiste" de groupes comme Attac ? Et la question du travail dans tout cela... Autant d'interrogations restée en suspend à la fin de l'été mais qui se reposeront à n'en pas douter dans les mois a venir.

D’abord, les contours de l'unité et les termes d'une recomposition de classe ne sont pas si faciles à délimiter. Affirmer comme le font les camarades de la revue Temps Critiques que : “ ce qui a donné au mouvement de 95 comme à celui que nous venons de vivre sa dimension unitaire, c'est que dans les deux cas il part des travailleurs de la reproduction (reproduction du capital au sens productif pour ce qui est des secteurs des transports et des communications ; reproduction des rapports sociaux pour les enseignants, le secteur de la santé, les travailleurs sociaux,etc) est en partie vrai (6). Ceci dit, et sans pour autant réduire le mouvement de 2003 à celui de catégories intermédiaires, il fut d’abord et dans une certaine mesure l'expression d'une fraction de l'encadrement capitaliste.

 

     Pour l'encadrement d’État, dont les profs sont une composante importante, la défense du "service public d'éducation" en particulier, et des "services publics" en générale, est avant tout celle des conditions de sa reproduction en tant que classe (7). Conditions de reproduction aujourd'hui remises en question par les évolutions d'un capitalisme mondialisé. Cette rupture d'alliance réactive depuis quelques temps son vieux fond de commerce politique par l'entremise d' associations et de publications qu'elle anime (8). En cela, rien de plus naturel puisque ce projet a été abandonné par l'appareil politique admis à sa réalisation : P.S, PC dont on remarqua le silence durant tout le mouvement. Mais pour ce qui nous intéresse, il faut comprendre que les multiples appels à "la société civile" pour préserver son projet politique d'étatisation du capitalisme, subordonnent dans les faits toute unité à une "démocratisation de l’État" dont, elle seule, en tant que classe tire intérêt. Difficile alors de parler de convergences avec les travailleurs de la production dont les intérêts demeurent parfaitement étrangers à ce " fétichisme d’État". On objectera que les travailleurs du privé ont vu dans les mouvements de 95 ou de 2003 une riposte aux ravages du libéralisme sur cette question, se remémorer la fameuse formule de "la grève par procuration". Nous sommes bien d'accord là dessus, mais on ne pourra faire plus longtemps l'économie de la question du travail, de sa centralité réelle ou supposée, si comme on l'a entendu clamé au travers des appels à la grève générale, l'unité de l'ensemble des travailleurs reste une exigence dans la constitution d'un vrai rapport de force.

 

     A terme, cette frange du salariat s'est engagée dans une course de vitesse dont l'issue risque de lui être fatale si elle n'ouvre pas le champ de la critique au delà de la défense de ses intérêts propres. Il n'est qu'à voir ce qui est advenu du vieux mouvement ouvrier, dont les bastions sont tombés les uns après les autres, et souvent à la suite de luttes autrement plus radicales que celle que nous venons de livrer. Il n'y a d'ailleurs plus grand monde pour espérer d'un hypothétique new-deal que “la gauche de la gauche” appelle de ses vœux. Qui en serait seulement l'artisan ?

 

 

Boulogne-sur-mer le 26/09/03

 

 

Notes

(1) Rappelons au passage que la précarité touche également les profs. Nombreuses furent les luttes de "maitres auxiliaires" pour obtenir leur titularisation, le plus souvent contre la volonté des appareils syndicaux agrippés à la "sainte sanction du concours".

(2)Lire à ce sujet les essais de Nico Hirtt : "L'école sacrifiée" et "Tableau noir" aux éditions EPO. Consulter également le site de l'APED : ~vww.ecoledemocratique.org

(3) Extrait d'un entretien avec Daniel Aiache, enseignant gréviste. Texte diffusé par la revue "Oiseau tempête ". Fin juin, durant une AG à Boulogne/mer, quelques camarades essuyèrent les protestations d'enseignants à qui ils venaient de rappeler l'attitude qui est le plus souvent la leur à l'égard des personnels ouvriers des établissements scolaires.

(4) Lire "Montpar rend les a=es" sur la sortie de grève des cheminots de Montparnasse.

(5) La CNT diffuse un texte "Assemblée Générale mode d'emploi" on peut se le procurer en écrivant à la CNT UL/Lille 1 rue Broca 59 000 Lille.

(6) Temps Critiques : Qualifier la grève pour catalyser les luttes. l'juillet 2003.

(7) "La place occupée par l'encadrement capitaliste dans la division sociale du travail, autrement dit sa spécialisation dans le travail de domination, explique par ailleurs le rôle tout particulier que joue l'appareil scolaire dans le processus de sa reproduction en tant que classe..." Entre bourgeoisie et prolétariat: l'encadrement capitaliste. A.Birh. ed L'harmattan. 1989.

(8) Il n'y a qu'à constater la sur-représentation de cadres du public : chercheurs, profs... dans une association comme Attac.

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2 septembre 2003 2 02 /09 /septembre /2003 22:13

 

    Le 6 mai, première action au départ d'une course cycliste régionale. Le 13 mai, première assemblée générale après un tour de ville qui comptera 4 000 personnes. L'encadrement syndical y est assuré par le SNES et le SNUIPP. A noter pour la première fois, l'apparition d'un représentant SUD aux côtés de figures locales installées pour certaines depuis deux décennies. A cette date, ce sont près de trois cents personnes qui se retrouvent au sein de l'A.G. Composée essentiellement de travailleurs de l'enseignement, elle s'ouvrira progressivement à d'autres secteurs sans réellement parvenir à prendre une dimension interprofessionnelle.

 

L'A.G du boulonnais au fil des semaines

 

    Dans un premier temps, les échanges qui animent l'A.G sont de deux ordres : l'état de la mobilisation dans les établissements et l'organisation d'actions menées le plus souvent en direction des médias censées répondre, d'après les partisans du "dialogue social", à la nécessité de "gagner la bataille de l'opinion". On peut estimer à cette période qu'entre 20 et 30 % d'enseignants, profs et instits confondus, reconduisent quotidiennement la grève. La popularisation du mouvement au sein des équipes pédagogiques donne lieu à une comptabilité journalière qui aura pour conséquence de remettre systématiquement à plus tard les débats de fond. Très tôt, les non-syndiqués ont reconnu l’A.G comme le seul espace de prise de décision. Les organisations syndicales accompagnent alors le mouvement plus qu'ils ne parviennent à le contrôler. Pourtant, le souci existe de maintenir une unité tout en se livrant à une concurrence entre partisans de l'ouverture de "réelles négociations" et ceux qui réclament le retrait pur et simple des plans gouvernementaux.

 

    Progressivement, la participation de travailleurs des Télécom, de la D.D.E, de cheminots relativement déterminés vient redonner du souffle aux discussions que les enseignants plombent par d'interminables palabres sur la nécessité ou non de bloquer les examens. Nombreux furent également les questionnements pour caractériser la grève à un moment où l'on attend l'entrée des cheminots dans le mouvement . Cette grève doit-elle être : "reconductible", "illimitée"...? Les syndicats argumentent sur l’inopportunité de la déclarer générale, le débat n'aura pas lieu. Une communauté de lutte se dessine progressivement au gré des actions menées. La nécessité de donner du contenu aux revendications fait la part belle aux positions d' associations comme ATTAC sur la taxation, à celles de Bourdieu contre la "barbarie néolibérale". La tonalité des échanges reflète assez bien l'esprit "citoyenniste'' qui désigne cette gauche opposée à la "mondialisation libérale". Il est souvent question de lutter contre la marchandisation des services publics, de dénoncer l'AGCS (Accord général sur le commerce des services) et l'O.M.C. Cette limite semble difficilement dépassable, nous y reviendrons plus largement par la suite. La question de la précarité trouvera un prolongement dans l'intervention d'une délégation de l'A.G à l'A.N.P.E et dans une boite de formation le GRETA. Une volonté d'élargissement qui resta dans une certaine mesure le fait de quelques personnes. Des contacts s'établiront avec l'A.G de Calais, de même qu’un site web rendra compte au jour le jour de l'état de la mobilisation (1). Au fil des semaines, apparaît avec plus d'acuité la nécessité d'un fonctionnement interprofessionnel ainsi que le choix de cibler les actions, de sortir de la logique des manifs traine-savates du mardi en centre ville, qui, si elles permettent effectivement de se compter, n'entament pas la détermination de l’État. Progressivement le débat se déplace de la "bataille de l'opinion" qui pour une partie des gens en lutte n'a bientôt plus de fondement, à la nécessité d'établir un réel rapport de force sur le terrain. C'est la traduction d'une prise de conscience. "Frapper là où il y a du fric c'est prendre la réelle mesure de l'offensive lancée par le MEDEF par État interposé.

 

    Une évolution qui intervient tardivement dans la mobilisation mais qui laissera à n'en pas douter des traces dans les consciences et espérons le portera ses fruits lors des prochaines mobilisations. Dans l’attente de la rentrée, l’A.G se transforme début juillet en "collectif de vigilance" et poursuit son activité durant l'été.

 

Sur le terrain.

 

    Réunions dans les établissements avec les parents d'élèves afin d'expliquer le mouvement et le projet de décentralisation. Blocage d'école à l'initiative de parents dans les quartiers populaires. Théâtre de rue, opération sur l' A16 avec levée des barrières aux péages, diffusion de tracts dans les centres commerciaux, intervention à un meeting de Douste Blazy au Touquet, il quittera rapidement la salle sous les quolibets. Intervention devant un lycée contre les réquisitions de personnel, tournée de l'ensemble des bahuts et de la fac. Tenue de permanences animées par des enseignants et des parents chaque soir pour informer le plus largement et désamorcer la nervosité de certains d’entre eux face aux problèmes de garde. Barrages filtrants et distribution de tracts dans le centre ville, sur la zone industrielle de la Liane, à St Martin... Piquenique sur le rond point du" dernier sous"...

 

     La manifestation du 19 mai réunira 7000 personnes, ce qui est exceptionnel. Elle traversera les quais du port où sont localisées l'ensemble des usines de transformation de poissons. Participation à cette occasion de 400 ouvriers de la Continentale de Nutrition. Le lendemain, l'ensemble du personnel de cette boite recevra un rappel à l'ordre sous forme de courrier. Le 22 mai, 4000 personnes, bonne mobilisation des lycéens, et organisation de départs groupés pour rejoindre la manifestation régionale de Lille. Le 3 juin, à partir de 5 heures du matin, des enseignants rejoindront les grévistes de la SERNAM (société de transport), heure à laquelle ceux-ci installent leurs piquets. Danse et musique sur les quais de la gare et "pti déj" avec les cheminots. Vers 7 heures du matin, un patron routier force le piquet avec son véhicule. A partir de 10 h, manif en ville. L'après-midi, le cortège sillonne les rues de la ville et rejoint une nouvelle fois les cheminots. Petite visite dans les locaux qui abritent le MEDEF, nous trouvons porte close...

 

Capécure : la pression commence à monter...

 

    Neuf heures trente, manifestation en centre ville : 2 500 personnes selon la Voix du Nord. Peut être plus. Alors que la manif devait rejoindre le quartier de la marée et qu'un militant de la CFDT Marée réclame du renfort au rond point de la Glacière, la tête du cortège CGT part en divaguant dans le centre ville. Nous ne sommes qu'une poignée à venir renforcer les barrages. La détermination des ouvriers de marée est forte. La fumée des pneus indique que les barrages tiennent toujours. Premier incident, un patron de marée connu localement pour sa politique sociale musclée tente de forcer un barrage à bord de sa mercedes. Il en sera pour ses frais...

 

cap-cure -1- NEW

     Une rumeur court Capécure, les camions vont forcer le blocus à 12 heures, à 13 heures à 14 heures... Ce qui est sûr c'est que la grève n'est pas générale et qu'on travaille dans les magasins de marée. Vers 13 heures, première intervention peu convaincante des flics locaux en tenue anti-émeute. Le commissaire lance les sommations au rond point de la Glacière. Quelques occupants se positionnent sur une butte surplombant la position des flics. Petit à petit des renforts arrivent. Nous étions vingt à 11 heures nous sommes maintenant une cinquantaine. Les flics avancent, repoussent les manifestants avec leurs boucliers au delà de la barricade. Il n'y a pas d'échange de coups. Les pompiers interviennent pour éteindre le brasier.

 

cap-cure -2

 

    L'intersyndicale avait mis au programme de la journée du 10 juin le blocage de Capécure où, de 5 heures du matin à 15 heures, les camions font la navette pour alimenter en produits de la mer le marché de Rungis. Il s'agit enfin de frapper là où ça fait mal: au porte-monnaie. Les Dockers sont les premiers à mettre les barrages en place vers minuit. A 6 heures du matin quelques enseignants arrivent à leur tour. Sont également présents des cheminots, des ouvriers de marée (dont une partie de non grévistes : ils occupent avant ou après leurs postes). Les cinq accès au port sont bloqués. Les camions peuvent entrer mais toute sortie leur est impossible. Dans le face à face qui suit le démantèlement de la barricade, les camions se préparent à partir. Des ouvrières de marée posent des planches à clous sous les roues. Les chauffeurs ont compris le message et n'insistent pas. Les hommes interpellent les flics qu'ils connaissent et à plusieurs reprises, se mélangent à eux, obligeant le commissaire à faire reculer son groupe. Une nouvelle barricade est immédiatement enflammée. Les camions ne circulent toujours pas. Quelques chauffeurs participent au blocage en immobilisant leurs bahuts sous le viaduc J. Jaures. A 15 heures le commissaire annonce la venue d'une compagnie de CRS de Calais. Ils sont signalés devant la poste par le groupe qui tient le barrage près de la douane. A 15 heures 30, ils prennent position. Un groupe est chargé de nettoyer la colline en surplomb. Incertitude chez les 200 grévistes à présent regroupés. Un rendez vous est donné en cas de dispersion au rond point du parc Mont-plaisir. Des dockers, cheminots, ouvriers de marée tentent de résister à la charge. Quelques caillasses volent. La lacrymo couvre la fumée des pneus. Une personne est frappée au sol, une autre reçoit un tir. Les CRS insultent copieusement les grévistes. La dispersion se fait au travers des camions arrêtés. Les camions sont de nouveau bloqués par les manifestants qui ont rejoint le nouveau rond point. La motivation est au rendez-vous. Les CRS arrivent de nouveau suivis de prés du maire de la ville. La négociation est difficile d'autant que le temps joue en notre faveur: les camions ne peuvent toujours pas circuler. Finalement, le maire obtient un barrage filtrant contre le retrait des CRS. Il tente de négocier les délais de passage, les manifestants restent fermes. Le soir à 22 heures, cheminots, dockers et ouvriers de marée réinstallent deux barrages. De nouveau les pneus et les palettes brûlent. A 4 heures du matin fin de la partie.

 

cap-cure -3-cap-cure -4-  

 

NB : Toutes les photographies sont celles du blocage de Capécure, le 10 juin 2003. Elles ont été prises par la presse, présentes lors des échauffourrées avec les CRS. Les bloqueurs étaient déterminés, la police aussi. Malgré les coups, les barrages ont tenu !

 

 

Et de plus belle à l’hyper-marché Auchan.

 

    Le jour du bac philo, deux actions sont menées simultanément. Une qui s'adresse une fois encore symboliquement aux médias et aux lycéens. Des enseignants déploient le matin une banderole devant l'entrée du lycée Branly. L'action menée sur l'hyper-Auchan répond à une tout autre logique. A la suite d'une action péage gratuit sur l' A 16, il est décidé en A.G de frapper le secteur de la grande distribution. L'initiative suscite la controverse voire la réticence chez certains, les mêmes qui s'empressent par ailleurs de scander que le "monde n'est pas une marchandise"...

 

     Peu importe, à trois heure du matin, une cinquantaine de personnes bloque l'accès aux quais de déchargement de l'hypermarché Auchan. Sont réunis une nouvelle fois autour du barrage de pneus et palette enflammés : des enseignants, des ATOS (Agent Technicien et Ouvrier de Services) , des dockers, des travailleurs de la Continentale (usine de transformation du poisson), des cheminots... Ce sont 24 camions qui ne parviendront pas à livrer leur chargement. Jusqu’à 16 heures, l’ambiance est chaleureuse, on discute, on fait le point. On réalise qu’en osant, on crée un rapport de force, loin des médias mais au plus prés des intérêts du système . Un peu de convivialité à opposer à la logique mortifère de la marchandise, c'est peu mais ça permet d'entrevoir des perspectives.

 

blocage-auchan03Photo du blocage (source : presse)

 

    Durant la journée, les communaux de St-Martin organisent des barrages filtrants à proximité. Dans l'après-midi, deux cortèges de voitures au départ de Calais et Boulogne se rejoignent et coupent les moteurs au milieu de l' A16. Le lendemain des enseignants partagent un barbecue avec les parents de l'école Louis Blanc. Le mardi suivant, dernière grande manifestation à l'issue de laquelle on brûle l’effigie de Raffarin et Seillières devant la sous préfecture.

 

Depuis...

 

    Le 27 Juin, rassemblement à la fac pour attendre et chahuter l'arrivée d'un ministre qui ne viendra pas. Participation à cette occasion de profs de Dunkerque et Calais. Quelques participants s'invitent au buffet dressé pour l'occasion. Le 30 Juin, entre 150 et 200 personnes organisent une fête bien méritée : la lutte oui mais la fête aussi ! Rassemblement le 1 juillet, une soixantaine de personnes se réunit devant la Sous-Préfecture afin de montrer qu'en dépit des vacances les profs restent mobilisés. Il est décidé de maintenir une AG hebdomadaire tous les mardis durant l'été en vue d'une reprise du mouvement à la rentrée. Le 8 Juillet : rédaction d'une motion en soutien aux camarades cheminots frappés par la répression : demande d'explication écrite de la part de la direction, mesures de mise à pied... Le 13 Juillet : Intervention symbolique lors des fêtes de la mer à Boulogne. Les profs portent les lettres " Liberté Égalité Solidarité " et distribuent un tract en soutien aux intermittents. A cette occasion lecture est faite par un intermittent d'un texte de Victor Hugo sur le budget de la culture en 1848.

 

     Le 14 Juillet, manifestation en ville le matin, les profs s'invitent au pot de la mairie. Rassemblement toujours avec les fameuses lettres lors du feu d'artifice sur la plage. Les AG du 15 et 22 sont consacrées à un travail de documentation sur la sécurité sociale. Rédaction d'un tract pour célébrer l'abolition des privilèges le 4 août. Le texte est diffusé sur Boulogne et Calais.

 

     Élaboration toujours en cours d'un document d'information et d'analyse sur la "réforme de la sécu" en prévision d'une mobilisation prochaine. Suivi de la répression qui frappe les cheminots, le samedi 20 septembre action en gare de Boulogne sur mer, des enseignants, des chômeurs sont présents. Au même moment des camarades de Calais et Boulogne-sur-mer se rendent aux côtés des travailleurs de la Comilog qui attendent Delevoy en "visite" à wimille, à cette occasion l'invitation est lancée aux travailleurs de la Comilog (usine sidérurgique) pour l'AG du mardi 23 septembre.

Nous dresserons un état de la mobilisation des semaines qui viennent dans le prochain numéro du journal.

 

 

Boulogne-sur-mer. Septembre 2003.

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La Mouette Enragée

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  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
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Qui sommes nous ?

 

Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

 

- Nous rejetons tous les systèmes économiques, toutes les institutions politiques, étatiques ou privées qui se fondent sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'autorité et la hiérarchie.

- Nous avons toujours lutté, à la fois contre toutes les formes de Capitalisme d’État qui se dissimulaient ou se dissimulent encore sous les noms de Marxisme-Léninisme, Bolchevisme, Stalinisme, Etats-ouviers, etc... , et contre les Capitalismes Libéraux avec leur cortège de gaspillage et de consommation effrénés. Il s'agit pour nous, des deux faces de la même médaille.

- Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

- Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

- Nous sommes pour une Démocratie Directe qui correspondrait aux besoins authentiques des individus sans distinction de sexe ou de nationalité, et non plus au profit des marchands et des publicitaires, des bureaucrates et des notables.

- Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

- Nous pensons que c’est au cœur même des luttes et des mouvements sociaux que s’élaborent les formes nouvelles de rapports sociaux et donc que c’est au sein de ces mouvements qu’il faut lutter.

- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

Fortunes de mer

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

           Disponible, en vente

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