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20 février 1996 2 20 /02 /février /1996 18:48

 

 Tout commence par un mouvement étudiant d'ampleur nationale, redite quasi annuelle où l’on croit deviner ça et là le dépassement des traditionnelles revendications matérielles. Dans quelques endroits, les étudiants affichent la volonté de rattacher la problématique au fonctionnement de la société elle-même. Une approche qui semble un peu nouvelle dans la période et trouvera un début de concrétisation au travers de la rencontre dans l'action des étudiants et des travailleurs (1). En parallèle, l'attaque frontale du gouvernement sur deux dossiers : la sécu, fonds de commerce de FO, et la SNCF,secteur rompu de longue date aux luttes fournira les ingrédients nécessaires à l'émergence d'une dynamique qui allait dépasser le cadre étroit du départ.

En complément, un article Wikipédia ici pour se rappeler la chronologie

 

 

LA LIGNE EST COUPÉE...

 

    Première surprise et non des moindres, ce mouvement éclate en pleine hystérie sécuritaire. Depuis des semaines, la France vit quadrillée par l'armée et la police. La vague d'attentats de l'été avait fourni l'occasion au gouvernement Chirac de s'assurer au travers de son plan Vigipirate l'adhésion de la population à son endroit et de museler ainsi les foyers de tension sociale que sont les banlieues. Une façon déjàéprouvée de taire les véritables problèmes, d'atomiser toujours plus les individus sur fond de basses besognes diplomatiques. Rien donc, ne laissait présager un retour en force de la lutte. Et pourtant...

 

... LA COMMUNICATION ROMPUE !

 

    Régulièrement dans les médias, on attribue l'échec du gouvernement à un défaut de communication. Ainsi, ce ne serait pas le contenu de la "réforme" qui serait en cause, mais la manière avec laquelle elle fut présentée aux travailleurs. Il est certain que la gauche se serait montrée moins maladroite dans sa façon de gruger le client. Question de style...

 

    Pourtant, les multiples tentatives de culpabiliser les grévistes échoueront. Il faut remonter à la période de la Guerre du Golfe pour retrouver des médias se déployant au grand jour comme les alter-ego du pouvoir. A leur tour, les "comités de défense de la République", comme les “comités d'usagers” feront long feu. Le divorce avec le pouvoir est patent et toute manœuvre de division échouera. Le spectacle disparaît pour un temps, c'est la vie qui reprend ses droits, et ce cheminot de Rouen ne s'y trompait pas quand il affirmait: "Faudra plus faire confiance qu'en notre propre communication ! "

 

SUR QUEL ECHIQUIER SE JOUE LA PARTIE?

 

    Le front des attaques menées par le pouvoir va catalyser le mécontentement et déboucher sur une lutte défensive de grande ampleur. Mais cette fois, les catégories sociales prises comme cible inaugurent une redéfinition du champ de la lutte des classes. Le secteur public après le textile, la sidérurgie, l'automobile, les chantiers navals ou la petite paysannerie se retrouve à son tour dans le collimateur des restructurations. Que ce soit le contrat de plan de la SNCF,les privatisations de France-Telecom, la fin du monopole d'EDFet plus globalement la casse de la “Sécurité sociale”, les enjeux du conflit sont ceux de la redistribution du capital en matière de services dans une économie globale où le cadre national est en phase de dépassement.

 

LA LUTTE ENTRE LES CLASSES AU GRAND JOUR

 

    On a assisté à un renouveau identitaire, que ce soit au travers des slogans, comme le très prisé : "tous ensemble", ou par le dépassement des clivages catégoriels. Le sentiment d'appartenance était de nouveau vécu comme porteur de sens autant que comme une nécessité. Les travailleurs ont, dans ce conflit, renoué avec leur histoire et redécouvert pour un temps les possibles de l'action collective. Baptême du feu pour des générations de jeunes et de salariés, l'automne 1995constitue dorénavant une référence qu'ils ont contribué à construire. La première pour bon nombre d'entre eux. C'est à un retour fulgurant du politique auquel on a assisté. Non pas celui des appareils discrédités d'un bout à l'autre de l'échiquier mais à celui de la prise en charge par les travailleurs de leurs propres problèmes.(2)

 

     Le système des valeurs de cette société n'a pas non plus été épargné. Les multiples actes de solidarité qui se sont exprimés, basculement en heures creuses, le transport gratuit, le ramassage des ordures dans les quartiers populaires, les aides financières multiples, souvent par l'action directe, ont contribué à battre en brèche le conditionnement de la société du spectacle sur un court laps de temps. Simplement les gens étaient heureux d'être ensemble, enfin ensemble dans la rue. C'est bien la démonstration qu'il est possible de vivre autre chose et autrement. Ce que beaucoup exprimèrent à leur façon : "Les gens parlaient, rigolaient de tout.. comme dans une fête" (un marcheur de Paris en grève). "Ils se disent que quelque chose est peut être en train de changer. Ils savent qu'ils peuvent rêver" (Un manifestant le 28.11.95).

 

Mvt 1995. B.

 

FORCER L'HORIZON ?

 

     "Insurrection !" (Titre d'une affiche placardée dans un local de la gare Paris-Nord). Un prétexte, le plan Juppé ? Non, bien sûr, mais on exprima plus que la défense d'acquis sociaux et du service public. De façon confuse, c'est partout : dans les AG, dans les manifs, lors d’actions ... que jaillit le ras-le bol d'une société basée sur le fric et la compétition. Pourtant il est difficile d'y entrevoir clairement la volonté affichée d'une rupture. Est-ce à déplorer ? Certainement, mais l'absence de la gauche pendant le mouvement sera peut-être apparue comme un espace dans lequel pourra s'exprimer avec discernement au fur et à mesure des luttes prochaines, la nécessité de redéfinir les contours de ce que l'on veut vivre et non plus nous faire vivre. D'ailleurs, revenons un instant sur la position de la gauche. Le P.S. a brillé par son silence, bien sûr, il avait appuyé le plan Juppé et son absence totale de projet politique a démontré son inutilité et sa nocivité. Il est resté caché, il avait tout intérêt. Quant au PCF qui n'impulse, ni ne contrôle plus les luttes depuis belle lurette, il s'est retrouvé, lui aussi, sur la touche.

 

DU COTE DES SYNDICATS

 

    Un des traits de ce mouvement fut sans nulle doute l'espace qu'y occupèrent les organisations syndicales. Localement, si elles apparurent comme les représentants légitimes de la contestation, la gestion quotidienne des rassemblements releva autant de l'accompagnement que de l'encadrement. Pour autant, on ne saurait affirmer qu'elles furent débordées par la base. D'abord, parce que dans la région, la lutte, si elle a connu des moments forts, n'exprima peut-être pas la radicalité qui se fit jour à d'autres endroits (occupations de mairies, séquestrations, sports gratuits .. ). Dans le même temps, on ne saurait ignorer les manifestations de mauvaise humeur qui secouèrent certains bureaucrates. Un vent de fronde caressa les rangs de la FEN dont les pratiques quasi staliniennes et les revendications catégorielles en échaudèrent plus d'un. A EDF, c'est le représentant de la CFDTqui se fit remercier après sa tentative d'explication de la position de Nicole Notat. La FSU, quant à elle, joua sur les deux tableaux empêtrée dans sa logique de syndicat co-gestionnaire au vernis revendicatif. Même si la grève fut reconduite pendant une semaine en AG, toute tentative d'ouverture interprofessionnelle fut occultée, ce qui ne fut pas le cas sur l’ensemble du territoire, bien sûr.

 

    Mais pour comprendre l'événement sous son jour syndical, il faut revenir dix ans en arrière. Une longue descente aux enfers qui se traduit par un taux de syndicalisation de 8 % en 1995et l'émergence des fameuses coordinations dans les mouvements qui jalonnèrent la période : cheminots 86, infirmières, enseignants... auront, pour le moins, incité plus d'un bureaucrate à la prudence. Il est évident qu'au fil du mouvement, et dans ce contexte, les syndicats relégués à une fonction d'assistance technique, ne pouvaient diriger une situation qui les dépassait de fait. Les confédérations avaient retenu la leçon et toute tentative un peu dirigiste de leur part pouvait conduire à un nouveau clash avec la base. Sans nul doute, durant le mouvement, ils auront tiré leur épingle du jeu.

 

    Mais surtout, c'est maintenant du pouvoir lui même que les organisations syndicales vont recevoir les sollicitations les plus pressantes. Car l'une des principales victoires de l'automne aura été l'échec de la politique de communication de l’État. Un État qui devra recourir impérativement à la responsabilité des corps intermédiaires et au premier rang desquels figureront les syndicats dans le but de désamorcer toute expression non digérable par le système. Car quel autre acteur intégré à l’appareil d’État se prêterait le mieux à cette fonction, si ce ne sont les syndicats ?

 

    D'ailleurs, il est une question qui est revenue sans cesse durant ces semaines de luttes : pourquoi le secteur privé n' a-t-il jamais rejoint la lutte ? On nous a bien expliqué que le privé avait le sentiment d'être dans la grève par procuration, qu’une formidable manifestation de soutien s’éleva de ses rangs malgré les tentatives de division opérées par le pouvoir et par quelques intellectuels serviles. Pourtant, comment expliquer que les grandes entreprises dans lesquelles des sections syndicales sont implantées soient restées hors de la lutte ? La réponse c'est Blondel qui nous la sert lorsqu'il revendique la "généralisation" de la grève, qu'il prend soin de distinguer de la grève générale. Il est certain que l'entrée en scène du privé aurait chamboulé singulièrement le scénario qui s'acheva par le guignolesque “sommet social” que l’on sait.

 

    Pour l'heure, nous allons assister à une redéfinition du paysage syndical. Le contexte international (chute du bloc de l'Est), a manifestement joué en faveur du rapprochement entre la CGT et FO durant plus de trois semaines. La confédération de Viannet a d'ailleurs, dans les derniers textes de son congrès, tiré un trait sur le dépassement du capitalisme. La CFDTva-t-elle, une nouvelle fois, purger ses rangs pour apparaître comme le plus collabo des appareils, entendez l'interlocuteur privilégié du pouvoir ?

 

QUELLES PERSPECTIVES ?

 

    Comme nous l'affirmions dans un tract que nous avons distribué le 12 décembre dans la manifestation boulonnaise : "C'est bien les travailleurs à la base, syndiqués et non syndiqués unis, qui sont la force de ce mouvement... et qui ne gagnera que si la base renforce sa détermination. Un mouvement qui doit se coordonner par exemple par des assemblées locales, interprofessionnelles, avec les chômeurs, et les étudiants, élisant directement leurs représentants..."

     Nous n'obtiendrons que ce que nous prendrons!

 

Boulogne-sur-mer. Février 1996.

 

 

1) Ces rencontres ont montré que bien des barrières étaient tombées durant l'automne. Est-ce à dire que les étudiants ont rompu avec l' apolitisme naïf et imbécile qui les caractérise ?

2) Grand absent du mouvement, le Front national. Voilà la démonstration que seul le retour des luttes peut contraindre l'extrême droite à la boucler et à amorcer un recul.

 

Ce que disent les images de l'époque (aperçu, montage INA)

 

 

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10 février 1996 6 10 /02 /février /1996 19:01

 

     Nous reprenons certains passages d’un texte produit à la suite du mouvement de 1995 par un camarade cheminot syndiqué à la CGT. Si nous ne partageons pas l’entièreté de son approche d’essence syndicaliste - les bureaucraties syndicales de la SNCF ont d’abord pris soin de ne pas répéter les erreurs qui provoquèrent l’ apparition des coordinations de cheminots des années 80 - certains éléments de son récit ont leur place dans ce bref retour sur cette lutte qui entraîna dans son sillage un retour de la conflictualité : mouvement des sans-papiers de 1996, mouvement des chômeurs de 1997-1998, etc...

 

     Le 24 novembre, l'ensemble des organisations syndicales de la SNCF appellent les cheminots à faire grève. Les revendications portent sur deux points : la remise en cause de l'âge de départ en retraite, avec la durée d'allongement des cotisations de 37,5 à 40 années, mesure prévue dans le plan Juppé de casse de la Protection sociale et la signature du Contrat de Plan entre l’État et la SNCF, document qui prévoit la fermeture de 16 000 kms de lignes, la suppression massive d'emplois et une augmentation de la productivité.

 

    Les fédérations de Cheminots concluent leur appel commun à la grève par l'organisation sur chaque lieu de travail dès le vendredi, d'assemblées générales, afin de créer les conditions d'une poursuite de la grève au delà du 24 novembre.

 

    Le 24 novembre, la grève est massivement suivie, avec des pourcentages de participation de 90% dans le collège ouvrier, 75 % chez les Agents de Maîtrise et 60 % chez les cadres.

    Cette forte participation se révèle être immédiatement un formidable point d'appui pour la poursuite du mouvement. Les premières assemblées générales montrent une présence importante de cheminots, syndiqués et non-syndiqués, avec une réelle volonté de mobilisation. La grève reconduite, les cheminots rentrent alors dans un conflit qui va durer trois semaines, et être le moteur d'un mouvement social d'une importance essentielle en ce qu'il porte le refus de la pensée unique et du libéralisme européen.

 

 

COMMENT UNE LUTTE AUSSI FORTE ?

 

    Si la lutte a été aussi forte à la SNCF,cela repose sur plusieurs raisons :

- d'abord, celle d’un réel mécontentement chez les cheminots. Ceux-ci refusent le démantèlement de la SNCF voulu par les technocrates et Bruxelles. L'ensemble des actions au cours de l'année 1995l'a montré. Les journées de lutte ont rassemblé au fur et à mesure qu'on avançait dans l'année de plus en plus de travailleurs. Le mouvement s'est ainsi construit tout au long de l'année 1995.

- Puis une pratique syndicale qui privilégie la base. Cela sera la méthode durant toute la grève, et donnera ainsi toute sa puissance au mouvement. Les cheminots vont s'approprier leur lutte.

 

   Il faut noter aussi que la fédération CFDT des cheminots est une opposante traditionnelle à la ligne confédérale. Ainsi, dès l'annonce du plan Juppé, elle a condamné fermement les positions de Nicole Notat.

 

 

LA GREVE A BOULOGNE

 

Mouvement de 1995

     L'assemblée générale se tient le matin à 8h ou 9h selon les opérations du jour prévues. On y discute de tout, du déroulement de la journée, des actions à mener, des personnalités à interpeller, de l'organisation du repas de midi... et surtout on y vote la poursuite du mouvement. Les votes ont lieu à main levée.

     Le piquet de grève est mis en place à l'entrée de la cour SERNAM dès le mardi 28 novembre. Le feu brûlera jusqu'au dernier jour de grève.

- Le mercredi 29 novembre, un rassemblement en gare, auquel seront conviés les usagers, rassemble 300 personnes.

- Le jeudi 30, les gaziers et électriciens du littoral, qui ont organisé une manifestation à Boulogne, viennent dissoudre leur rassemblement devant le piquet de grève des cheminots en fin d'après-midi. Leur visite sera saluée par un défilé dans le quartier de Brecquerecque, à la lumière des torches et au son des trompettes.

 

    A partir du vendredi 1er décembre, l'assemblée générale décide de ne laisser dans les locaux SNCFqu'un responsable de la direction, aidé d'un cadre, pour les questions de sécurité. Les non-grévistes (essentiellement des cadres et quelques agents de maîtrise) sont renvoyés chez eux. Ces derniers iront louer un local à Garomanche pour se donner l'illusion de leur utilité. A partir de ce moment, la gare appartient aux grévistes.

Le samedi 2 décembre, après une semaine de grève, les cheminots appellent la population à manifester en ville afin d’apporter leur soutien à la lutte. 1 500 personnes répondent à l'appel. L'importance de la manifestation étonne ce jour là, mais ce ne sera que la première d'une longue série. Elle renforce le moral des grévistes car on va assister à une série de défilés qui vont rassembler à chaque fois de plus en plus de monde :

- Mardi 5 décembre : 3 000 manifestants, au départ de la Bourse du Travail.

- Jeudi 7 décembre : 5 000 manifestants. La Bourse du Travail devient trop petite.

- Mardi 12 décembre : 10 000 manifestants envahissent Boulogne, une "marée humaine" titrera La Voix du Nord. Le départ se fera de la place Dalton. Les cheminots, symboliquement montent des voies de chemin de fer devant l'Eglise.

 

NOUS L'AVONS FAIT!

 

     Les objectifs étaient ambitieux mais les cheminots sont parvenus à emporter une bataille qui restera un moment important de l'Histoire sociale. Le Contrat de Plan est retiré et sera réécrit. Le gel de toutes les restructurations qu'il contenait arraché au gouvernement. Pas touche aux retraites et à la protection sociale.

 

     La lutte s'est caractérisée par la maturité de ses participants, qui a forcé le respect, la compréhension et la sympathie de l'opinion publique. Des comportements nouveaux ont été suscités chez l'ensemble des salariés. Les cheminots ont réveillé la conscience collective du monde du travail et des exclus. Ils ont fait naître un immense espoir en démontrant que l'on peut encore se battre et gagner.

 

TOUS ENSEMBLE

 

     Il y a des hivers où il fait moins froid quand... tous ensemble, tous ensemble, tous, tous, tous, on lutte pour gagner. Ce mouvement a donné un message fort: ENSEMBLE ON PEUT GAGNER!

 

 

Boulogne-sur-mer. Février 1996.

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1 février 1996 4 01 /02 /février /1996 19:24

 

Le plan Juppé a été décidé le 15 novembre 1995 et les cheminots sont entrés en grève reconductible à partir du 24 du mois. Dans les écoles, on évitait le sujet et la grève fut décidée d’en haut, aucune décision ne fut prise par la base.


 

image Prof 1995.

 

    La FSU (Fédération des syndicats unitaires) déposa son préavis le 2 décembre pour ne commencer la grève que le 7 espérant ainsi qu’entre temps, les autres centrales syndicales se décideraient. Et en effet, la FEN (Fédération de l’Éducation nationale) a suivi. Localement, le trois quart des enseignants grévistes n'ont suivi le mouvement qu’à l'appel des syndicats qui leur ont donné la marche à suivre (et les instits osent critiquer l'assistanat !).

 

    Très peu d’entre eux ont stoppé le travail en ayant vraiment idée de ce qu'était le plan Juppé. Peu se sentaient concernés. Pas ou peu de discussions sur les lieux de travail ou dans les cortèges de manif. Le plus souvent, ils étaient là parce que M. FEN (la FSU étantminoritaire à Boulogne) avait dit que ce serait bien qu'ils y soient (mais ceux qui continuaient le travail avaient quand même le droit à toute son affection). C'est tout ! Et encore "faudrait pas qu' ça dure parce que ça va coûter cher et qu'est-ce qu'il nous restera pour le réveillon ?" a été le leitmotiv quasi général.

 

    Les instits défilèrent joyeusement sous la bannière du S.N.U.I.P.P (syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC, appartenant à la FSU),visible de loin, pub oblige ("le syndicat a besoin de vous !" ou plus tristement sous la bannière digne et austère de la FEN (on se serait cru à l'enterrement prémonitoire de Mitterrand !)

 

    Seuls quelques "agité-es" (dixit les responsables syndicaux eux-mêmes) ont tenter d’impulser une dynamique à la base, malheureusement assez vite retombée faute de combattants. Les syndicats enseignants s’appliquant à dépolitiser la grève, la FEN en centrant les revendications sur la retraite et en ne dénonçant pas le plan Juppé pour ce qu'il était ; le SNUIPP en "noyant le poisson" sous un ensemble de revendications catégorielles.

 

    Tout se termina comme il devait le jour où la FEN décida de la reprise du travail. Les enseignants se sont alors précipités dans leurs écoles, soulagés pour leur salaire ("on n'a pas trop perdu") et pour leur retraite ("on a gagné"). Du côté du SNUIPP, le retour en classe se fit également dans l’ordre et comme prévu avant les sacro-saintes vacances de Noël. mais avec un peu plus de difficultés. Les syndiqués, moins nombreux, ayant le sentiment d’avoir eu davantage le droit à la parole. Si l'issue de cette "lutte" en a déçu et énervé certains, il en résulte que la réalité du syndicalisme enseignant est :

 

- celle d'un syndicalisme de service ("encartant" des consommateurs), réformiste (si, si, on peut se battre de l'intérieur pour un capitalisme plus humain) et catégoriel.

 

    Quant aux enseignants eux mêmes, ils se montrèrent peu conscients d'appartenir au même monde que celui des parents de leurs élèves, pseudos travailleurs-intellectuels ignorants de la sauce à laquelle ils seront mangés.

 

 

Boulogne-sur-mer. Février 1996.

 

 

Encadré :

Visite en terre F.E.N

 

    Sans y être conviés, nous nous sommes incrustés lors des journées de grève dans une grand messe qui se voulait être une “assemblée générale” organisée par la FEN. Cette petite visite nous a permis d'assister à leurs “débats". Ça commençait plutôt bien : y avait du monde, sur l'estrade comme dans la salle. Sur l'estrade, entouré de quelques “élus", un tribun populaire vêtu d'une panoplierévolutionnaire (costard noir, sous-pull rouge) haranguait la foule : "Camarades !” ...

     Malheureusement ça s' est arrêté là. Discours vide, ultra-corporatiste. La seule explication qui fut donnée du pourquoi de la grève fut la défense de la retraite des fonctionnaires !

     Le syndicat ayant chargé ses ministres sur terre (Labit entre autre) de prêcher auprès de son troupeau (les lnstit's) la bonne parole : la grève, modérée, du bout des lèvres. Aucune possibilité ne fut donnée à ces derniers de réagir, de discuter, de débattre des modalités de la lutte, des raisons de la grève, ce qu’ils se gardèrent bien de tenter de faire soit dit en passant.

Bref, les dirigeants dirigent et ordonnent, la base applique. Si, si, la FEN est un syndicat DE-MO-CRA-TI-QUE !

 

 

 

Boulogne-sur-mer. Février 1996.

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La Mouette Enragée

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  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
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Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

 

- Nous rejetons tous les systèmes économiques, toutes les institutions politiques, étatiques ou privées qui se fondent sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'autorité et la hiérarchie.

- Nous avons toujours lutté, à la fois contre toutes les formes de Capitalisme d’État qui se dissimulaient ou se dissimulent encore sous les noms de Marxisme-Léninisme, Bolchevisme, Stalinisme, Etats-ouviers, etc... , et contre les Capitalismes Libéraux avec leur cortège de gaspillage et de consommation effrénés. Il s'agit pour nous, des deux faces de la même médaille.

- Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

- Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

- Nous sommes pour une Démocratie Directe qui correspondrait aux besoins authentiques des individus sans distinction de sexe ou de nationalité, et non plus au profit des marchands et des publicitaires, des bureaucrates et des notables.

- Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

- Nous pensons que c’est au cœur même des luttes et des mouvements sociaux que s’élaborent les formes nouvelles de rapports sociaux et donc que c’est au sein de ces mouvements qu’il faut lutter.

- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

Fortunes de mer

 

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           Disponible, en vente

(contactez directement la Mouette)