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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 16:46

Le suivi de la lutte à La Redoute et le bilan de la réunion des travailleurs d'Amazon à Poznan.

Tout est à redouter !

VPC - Logistique

Les choses se précisent pour l'ancien leader nordiste de la vente par correspondance. La direction bloque désormais les départs volontaires et réaménage le temps et les postes de travail tandis que le nouveau site logistique ultra-modernisé de la Martinoire se construit, blesse déjà et fait craindre le pire pour les nouvelles conditions de travail dans le secteur !

 

Plus personne ne part  ! L'arnaque du PSE (1)


Début septembre, les syndicats CGT et FO ont déposé aux Prud’hommes de Roubaix, 15 dossiers de salarié-es pour «  défaut d'accord  », une trentaine d'autres devraient suivre. Ce désaccord porte sur les modalités d'application du PSE qui prévoit la suppression de 1 178 postes jusque 2017, soit par des départs anticipés ou non à la retraite, soit par des départs dits volontaires vers des reclassements. Or aujourd'hui, les quotas ont été atteints et pour ceux qui veulent encore quitter le navire, ce n'est plus possible. Ces refus touchent surtout les ouvriers de la logistique et la relation-clients. De quoi dégoûté Ali qui comme les autres  : «  voulait gagner 1 ou 2 ans de salaire pour après faire une formation  » financée par la fiducie (2) . Car après, le futur semble bien bouché pour les reconversions, 40% de ceux qui sont partis volontairement sont au chômage, les autres ont trouvé dans l'aide à la personne, l'aide maternelle ou encore dans la manutention.

 

On ferme les robinets d'un côté et de l'autre, la direction recrute des gros bonnets dans la pub, l'internet et bien sûr les ressources humaines pour finir de faire le ménage. A l'image de Pascal Lafon, nouveau RH aux dents longues puisqu'il était avant chez Rabot-Dutilleul (grosse boîte de bâtiment dans le Nord), Bricoman et les boulangeries Paul. Ce dernier (3) se ferait un fixe de 130-180 000 euros, de quoi dégoûter encore un peu plus. Avec le recul, tout cela a été parfaitement orchestré. Aux lendemains des grèves de 2014, la direction a joué profil bas et a laissé partir beaucoup de salarié-es, aujourd'hui elle bloque les départs et se permet de réaménager les postes de travail à sa guise, en attendant les licenciements proprement dits en 2017 ou même avant. A la logistique, il ne doit rester que 550 salarié-es, il y en a encore environ 700...

 

Loi de la jungle dans la vente à distance

 

De l'aveu de ceux qui y travaillent, les stocks se remplissent sans qu'il y ait de grosses ventes et les dernières soldes ont été calamiteuses pour la Redoute. Preuve en est que le secteur de l'anciennement vente par correspondance disparaît pour laisser place à un nouveau modèle  : celui de la vente à distance par internet et de la livraison chrono en moins de 24h. A voir la fortune exponentielle de Jeff Bezos, le PDG d'Amazon (47 milliards de dollars tout de même), le secteur semble se porter à merveille mais c'est pour mieux cacher sa crise structurelle. Avec ou sans internet, les stocks grossissent et la consommation n'arrive plus à tout absorber à cause de la baisse des pouvoirs d'achat, les marges diminuent et il faut alors prendre là où l'on peut encore prendre  : sur le travail. C'est ce qui se passe dans les hangars de Amazon où les conditions de travail sont dantesques comme le montre de nombreux témoignages (4). La Redoute, elle, veut tout automatiser même les déplacements pour rattraper la concurrence mais ce n'est qu'une fuite en avant de plus … et un recul considérable pour les conditions de travail. Cela commence par des ouvriers polonais qui ont été appelés pour construire cette nouvelle Martinoire, travaillant au rabais, l'un d'entre eux a été grièvement blessé en faisant une chute.

 

Bien heureusement des résistances existent notamment par les voies syndicales comme à la Redoute mais aussi par le biais d'une initiative internationale menée par le syndicat polonais Inicjatywa Pracownicza, très présent dans l’entreprise Amazon à Poznan qui a appelé mi-septembre à une rencontre avec des camarades allemands et français d'autres sites. Le compte-rendu de cette réunion n'est pas encore publiée mais l'appel (reproduit ci-joint) laisse l'espoir d'une résurgence de la lutte dans le domaine de la logistique (5).

 

Notes  :

(1) Plan de «  sauvegarde  » ou plutôt de suppression de l'emploi. Il a été signé, il y a plus d'un an par la traîtrise de la CFDT centrale alors qu'une lutte importante de la base avait lieu notamment grâce à l'action des Redoutables, pour plus d'infos, voir CA de mai 2014 + émissions radio de l'Egregore consacrées à ce sujet.

(2) C'est une caisse de 180 millions d'euros que Pinault (ancien propriétaire de la Redoute) a laissé pour organiser la restructuration de la logistique (nouvelle Martinoire) et pour financer les départs volontaires avec un plan de formation et une prime de 20 000 euros. Quelques millions pour se laver les mains  !

(3) Selon les bruits de couloirs qui se rapprochent souvent de la réalité

(4) Lire, En Amazonie: infiltré dans le "meilleur des mondes" de JB Mallet, Fayard, 2013

(5) Soulignons les actions du syndicat Verdi en Allemagne qui ont bloqué plusieurs fois des hangars Amazon.

Rencontre internationale des travailleurs d’Amazon

(Poznan, du 11 au 13 septembre 2015)

Déclaration finale

VPC - Logistique

Le texte de l'appel est à télécharger ici.

 

Des travailleurs d’Amazon de Pologne et d’Allemagne se sont réunis pendant trois jours à Poznan (Pologne) avec d’autres camarades sympathisants. C’est la deuxième fois que nous nous rencontrons ainsi, après la première réunion à Bad Hersfeld (Allemagne) au printemps dernier. Ces réunions sont organisées par les travailleurs d’Amazon eux-mêmes, indépendamment de nos syndicats respectifs. Nous sommes un réseau de solidarité qui vise à répondre à la stratégie d’Amazon et à coordonner la lutte pour nos intérêts communs.

 

Cette fois, nous avons distribué des tracts devant l’entrepôt d’Amazon à Poznan-Sady, nous avons tenu une réunion publique pour expliquer la situation dans l’entreprise Amazon à Poznan, Bad Hersfeld et Brieselang et nous avons organisé un rassemblement et une conférence de presse avec les médias. Ensuite, nous nous sommes réunis en assemblée de travailleurs et avons discuté de la situation dans les différents entrepôts d’Amazon et de nos efforts communs visant à améliorer les conditions de travail dans le futur.

 

Nos échanges ont révélé que, dans les différents pays, les travailleurs d’Amazon sont confrontés aux mêmes problèmes (bas salaires, réglementation grandissante, pressions au travail élevées conduisant à des problèmes de santé, pratiques typiques d’Amazon d’embauches et de licenciement, etc.). Lorsqu’elle est confrontée aux revendications des travailleurs, Amazon utilise des stratégies semblables dans tous les pays, par exemple en menaçant les travailleurs de licenciement, en mettant la pression sur les militants syndicaux, en négociant sans aucune volonté de céder, etc.

 

Pour tous ceux qui ont participé à la réunion, il était clair que nous devons donner une réponse collective – entre les différents entrepôts dans les différents pays – afin d’imposer des améliorations et plus. Dans l'avenir, Amazon ne doit plus pouvoir jouer avec nous, les uns contre les autres, parce que nous unissons nos forces et établissons des liens à la base, de travailleur à travailleur.

 

Cet échange d’expériences au moyen de rencontres entre travailleurs d’Amazon peut motiver, mobiliser et renforcer l’autonomie des travailleurs à travers les frontières, même de ceux qui ne peuvent pas (encore) y participer. Un exemple est le ralentissement du rythme de travail auto-organisé dans l’entrepôt de Poznan contre les heures supplémentaires, exprimant le mécontentement des travailleurs vis-à-vis de leurs conditions de travail et qui a été aussi un clair geste de solidarité avec la grève des travailleurs d’Amazon en Allemagne, qui a eu lieu le même jour à la fin du mois de juin.

 

Nous sommes aussi déterminés à faire face à la répression menée par Amazon. Des travailleurs d’Amazon en Italie devaient assister à la réunion, mais l’un d’entre eux a été licencié peu de temps avant notre rencontre. Ils ont donc dû rester pour faire face à cette attaque et n’ont pas pu venir. Nous exprimons notre solidarité avec ces travailleurs et nous sommes heureux de savoir qu’ils sont déterminés à participer aux futures rencontres et actions communes.

 

Pour la prochaine rencontre, qui sera annoncée en temps voulu sur https://amworkers.wordpress.com, nous n’invitons pas seulement les travailleurs d’Italie, mais aussi ceux du nouvel entrepôt Amazon qui a ouvert près de Prague (République tchèque) et ceux qui travaillent dans les autres entrepôts d’Amazon dans toute l'Europe.

 

 À Poznan, tous les participants ont réaffirmé leur intention d’organiser de futures luttes communes transfrontalières. C’est seulement si notre combat est organisé par les travailleurs eux-mêmes, enraciné dans chaque entrepôt et coordonné avec les autres, avec une stratégie claire et imprévisible pour Amazon, que nous avons une chance de gagner !

 

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 10:23

Décidément, rien ne change. Depuis sa création, plusieurs dizaines de travailleurs ont trouvé la mort sur le site sidérurgique de Dunkerque. Au cours de ces huit derniers mois, trois ouvriers ont encore perdu la vie à leur poste de travail. Le premier a été percuté par une chargeuse, le second écrasé par un wagon, le dernier a chuté le 13 juillet dans une coulée de fonte liquide. Cette énumération funèbre dément à elle seule la politique d’affichage de la direction de l’usine qui n’a jamais cessé d’affirmer qu’entre ses murs “la sécurité demeure centrale”.

Les restructurations engagées au tournant des années 80, ont fait du site Dunkerquois une usine compétitive selon les critères de la profitabilité capitaliste avec trois fois moins de salariés qu’il y en avait à l’époque(1). Les camarades du Syndicat de Lutte des Travailleurs d’Usinor-Dunkerque (2) expliquaient à cette période que les conséquences de cette politique étaient de deux ordres : “une multiplication d’accidents graves liés à la productivité et un autre aspect qui entre en ligne de compte dans le nombre d’accidents graves, c’est une certaine politique de la direction d’Usinor qui est de ne tenir aucun compte des mises en garde qui sont faites sur les problèmes de sécurité (3) ..." Une réalité jamais démentie jusqu’à aujourd’hui puisque quelques semaines avant le dernier accident mortel en date, un intérimaire (4) avait déjà fait une chute tombant à côté d’une coulée du haut-fourneau nº 2. Le danger avait été identifié et avait fait l’objet d’un signalement après une enquête du CHSCT sans qu’aucune suite ne soit donnée.

Dernièrement des “records de production” ont été atteint à Dunkerque et la direction ambitionne déjà de réaliser une nouvelle performance en produisant 7 millions de tonnes d’acier à l’horizon de 2018. Pour parvenir à leurs fins les dirigeants successifs du site se sont appliqués tout au long de ces années à imposer aux salariés de nouvelles techniques de management toujours plus dissolvantes. Depuis les premiers “cercles de qualité” jusqu’à l’actuelle “implication de l’individu, le rendant responsable de sa sécurité et de celle des autres”, on réalise le terrain que la patronat n’a cessé de gagner en parvenant à imposer son idéologie à mesure qu’il supprimait toujours plus de travail vivant. La riposte syndicale est d’ailleurs assez éloquente, un membre de la CGT avouait dans la presse régionale : “ On se sent un peu impuissant” ...

Boulogne sur mer, le 20/07/2015.

Notes :

(1) En trente ans, l’effectif de l’usine est passé de 10 000 salariés à un peu plus de 3 000 aujourd’hui.

(2) http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-au-pays-d-usinor-la-projection-et-le-debat-autour-de-l-experience-du-syndicat-de-lutte-des-travai-86223870.html

(3) http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-projection-debat-au-pays-d-usinor-le-23-septembre-a-20h30-84086093.html

(4) Aujourd’hui 15 % des travailleurs d’Arcélor Dunkerque sont des intérimaires ou des salariés précaires.

Troisième mort en huit mois sur le site sidérurgique d’Arcélor Dunkerque
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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 12:25

C’est une fois encore la concurrence acharnée pour le contrôle du marché Transmanche qui a motivé la non reconduction du contrat initialement passé entre le groupe Eurotunnel et la Scop Seafrance. Cette fois, par un renversement d’alliance Jacques Gounon a rompu les engagements qui liaient son groupe à la coopérative en louant ses navires au concurrent d’hier, la compagnie danoise DFDS.

Qui pensait sérieusement que l’union nouée entre le Syndicat Maritime Nord, exclu de la CFDT et le groupe Eurotunnel résisterait aux échéances fixées par l’accord ? En août 2013, convaincus du contraire nous écrivions : “ Lors de ces derniers mois, les marins de Seafrance ont démontré une réelle détermination dans la lutte, tant à l’encontre de leur ancienne direction que contre l’appareil de la CFDT. Ils ont par ailleurs résisté sans fléchir à l’une des pires campagnes de dénigrement orchestrée par les médias à l’encontre de travailleurs en lutte. Nous aimerions imaginer qu’ils pourront à l’avenir se consacrer exclusivement à l’élaboration de nouvelles manières de penser et vivre leur activité. En réalité, nous croyons qu’à terme ils seront appelés à reprendre le chemin de la lutte, tout comme leurs camarades des autres compagnies condamnés, comme eux, à subir la guerre que se livrent sur la Manche les patrons du secteur ...”(1). Force est de reconnaître que deux ans plus tard, le conflit est de nouveau à l’ordre du jour.

Fin de partie pour la Scop Seafrance ?  Mythe et limites d’une expérience coopérative

Le trafic Transmanche à l’heure de la métropolisation.

 

Pour le patron d’Eurotunnel, ce serait la guérilla juridique que lui mènent de concert l’autorité britannique de la concurrence (CMA), et son rival DFDS qui le contraint à jeter l’éponge. Accusé de position dominante sur le marché Transmanche, il s’est vu interdire l’accès du port de Douvres à ses navires. Depuis, la cour d’appel de Londres a annulé cette décision et les ferries de la compagnie My Ferry Link circulent à nouveau. Il est avéré que le groupe franco-anglais a acquis une position dominante sur le marché mais c’est pour lui la condition indispensable afin de rester maître du jeu et de redistribuer les cartes au gré de la conjoncture. Un rang à tenir qui peut occasionnellement se payer de quelques escarmouche en justice.

En réalité, la raison de la rupture est d’un autre ordre. Elle repose sur les intérêts qui opposent le groupe Eurotunnel à la région Nord-Pas-de-Calais et depuis peu à la Scop Seafrance. Sur la Côte d’Opale, comme partout ailleurs sur le territoire, affleurent de grands projets d’aménagement portés, ici, par les initiateurs d’un “Pôle de Métropolisation du Littoral”. A sa tête on retrouve le Conseil régional aux mains du Parti Socialiste qui travaille à fusionner les deux ports de Boulogne-sur-mer et Calais au sein d’une seule entité pilotée par une société anonyme dans le cadre d’une délégation de service public. Tablant sur une croissance de 40 % du trafic Transmanche pour les quinze ans à venir, un plan de grands travaux prépare une extension assez spectaculaire de l’actuel port de Calais(2) afin de doubler sa capacité. Ironie de l’histoire, le groupe Eurotunnel, qui, de “grand projet” qu’il fut baptisé en son temps, se voit aujourd’hui disputé son titre et sa place et décide à son tour de saisir les tribunaux pour dénoncer une entreprise menaçante et par trop subventionnée ... Au milieu de cet imbroglio juridico-financier, Jacques Gounon se devait d’envoyer des signaux rassurants à ses actionnaires au moment où, de son côté,  la direction de la Scop  rendait public ses projets pour l’avenir.

 

Du syndicalisme à un patronat sous label coopératif

 

Le mariage d’intérêt célébré entre les ex de la CFDT et Eurotunnel offrait l’avantage aux marins de sauvegarder pour un temps leurs emplois ainsi qu’un cadre collectif de lutte, ce qui, avouons - le, n’est pas rien dans une région comme le Calaisis. Elle avait par contre le défaut de placer la scop dans la position inconfortable d’un sous-traitant assujetti au desiderata du groupe ferroviaire sur un marché très concurrentiel. Et contrairement à ce que certains pensent encore, le coopérativisme ne préserve en rien des rapports marchands et sociaux qu’impose la logique capitaliste. S’imaginant sans doute s’émanciper de cette tutelle, le promoteur puis président du conseil de surveillance de la Scop, Didier Capelle, caressait depuis peu le projet de bâtir une société d'économie mixte (SEM) adossée à certaines collectivités locales qui auraient reçu le soutient et l’engagement financier de la région pour le rachat des trois ferries sur lesquels naviguaient les anciens de Seafrance. Une solution qui mettait au mieux Eurotunnel devant l’obligation d’accepter d’être actionnaire minoritaire, au pire de revendre ses parts. Se rêvant sans doute à la tête de sa propre entreprise, l’ex patron du Syndicat Maritime Nord informa le PDG d’Eurotunnel de son dessein, non sans avoir préalablement révoqué de la scop l’un de ses proches. La réaction de Jacques Gounon fut immédiate et sans appel, il loua les bateaux à une société concurrente et la coopérative se retrouva placée en redressement judiciaire.

 

 

Fin de partie pour la Scop Seafrance ?  Mythe et limites d’une expérience coopérative

Hiérarchie et lutte de Scop

 

Il n’en fallut pas d’avantage pour que les divisions hiérarchiques s’exacerbent et mettent à leur tour en crise la coopérative Seafrance. Une fraction des salariés, c’est à dire la totalité des cadres, les commandants et les officiers s’est alors rangée auprès du directoire de la scop proche du patron d’Eurotunnel. Sous la tutelle du syndicat FO ils ont décidé de créer une nouvelle Scop afin de solliciter la bienveillance de Jacques Gounon après qu’il ait déclaré poursuivre une activité de transport maritime avec un seul navire au lieu de trois. Cette scission de l’encadrement d’avec la base des marins démontre, s’il le fallait encore, que non seulement la hiérarchie perdure au sein d’une Scop, mais qu’en cas de difficulté, une lutte sans fard s’y déclare entre les différents échelons de la main d’oeuvre comme dans n’importe quelle autre entreprise capitaliste.

 

 

Fin de partie pour la Scop Seafrance ?  Mythe et limites d’une expérience coopérative

Et maintenant ?

 

Au delà des démêlées juridiques sur le devenir fortement compromis de la scop, deux questions essentielles se posent dorénavant aux marins. La première, dans l’hypothèse probable où la coopérative disparaît, la loi prévoit que les sociétaires perdent la totalité de leur apport initial, soit dans le cas présent plusieurs milliers d’euros qui provenaient des indemnités de licenciement versées après la disparitions de la filiale de la SNCF. Hors, Eurotunnel avoue avoir engrangé des profits dans cette affaire, le groupe compte-t-il en restituer une partie aux salariés ? Il est permis d’en douter. Par ailleurs, se révèle au travers de cet exemple de la scop Seafrance toute l’ambiguïté du statut de sociétaire, qui entremêle les conditions du salariat à une forme de participation et d’association au capital qui entretient la fable d’un capitalisme différent, plus équitable.

Le deuxième point, concerne la disparition du registre sous lequel travaillent encore les marins de la scop, celui du pavillon français. Celui-ci disparaîtra de la surface de la Manche si la faillite de la coopérative est actée. Ce qui signifie dans le cas où ces marins se retrouvent à embarquer pour une des compagnies de ferries concurrentes de devoir accepter des conditions de travail, de navigation et de rémunération autrement plus défavorables. La défense des conventions de travail afférentes à ce registre est un des points cruciaux de la partie qui se joue actuellement. C’est un des leviers qu’il s’agirait d’actionner auprès des marins des autres compagnies, en réclamant son application à l’ensemble des navires qui circulent entre la France et l’Angleterre, dans un premier temps. C’est cette solidarité affirmée dans le cadre de la lutte qui pourrait ouvrir des brèches dans le front uni qui veut la peau de la scop. Dans le cas contraire, la défense du pavillon français apparaîtra comme un combat d’arrière garde aux relents corporatistes et patriotards assez nauséabonds.

Pour le moment les marins se réunissent régulièrement en assemblée générale sur le Rodin afin de préparer les actions : entrave au débarquement de navires du concurrents DFDS, blocage du port, de l’autoroute A 16 et enfin du Tunnel sous la Manche. Ils ont reçu le soutien d’une partie du personnel de la CCI Côte d’Opale qui s’est également mis en grève. A suivre ...

 

 

                                                                                 Boulogne-sur-mer, le 27/06/2015.

 

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Encadré : La nature du contrat établi entre la Scop et Eurotunnel.

 

La scop Seafrance emploie 600 salariés dont 370 travaillent en CDI sur trois navires et 106 à quai du côté français, les autre embauchent en CDD, enfin quelques dizaines sont des travailleurs britanniques. Concrètement le donneur d’ordre achetait les traversées à la Scop, il encaissait le chiffre d’affaire du transports, du fret et des véhicules de tourisme tandis que la Scop recevait le bénéfice des ventes à bord. Mais au final, c’était Eurotunnel qui garantissait l’équilibre financier de ce marchandage. Selon les critères de gestion capitaliste, l’entreprise apparaissait rentable avec un chiffre d’affaire en hausse de 25 % et un équilibre financier proche d’être atteint avant les délais établis. 

 

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(1) in : “La scop : tentative de réappropriation collective ou nouvelles formes de dépossession des travailleurs. Seafrance/My Ferry Link”. http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-la-scop-tentative-de-reappropriation-collective-ou-nouvelles-formes-de-depossession-des-travailleu-121247749.html. Sur le début de la lutte également consulter : http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-la-liquidation-de-sea-france-ou-le-grand-bal-des-faux-culs-97582371.html

(2) Calais est actuellement le premier port français et le deuxième port européen de voyageurs. Il accueille chaque année plus de 10 millions de passagers. Pour une présentation du projet “Calais Port 2015” : http://www.nordpasdecalais.fr/upload/docs/application/pdf/2014-07/a5_port_francais.pdf

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 10:38

Depuis les années 2000, les luttes se multiplient dans le secteur de la sous-traitance. Les sociétés privées chargées de la propreté pour les passeurs d’ordres – qu’ils soient privés ou publics – ont des pratiques des plus contestables en termes de respect des conditions de travail. En 2002, la lutte des femmes de ménages travaillant pour le groupe Accor avait fait grand bruit. Un documentaire en avait même été tiré (1) et plus récemment, la lutte à la gare d’Austerlitz. Aujourd’hui ce sont les personnels d’entretien intervenant à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) qui nous intéressent. Les années passent, mais les pratiques restent les mêmes.

« Onet malhonnêtes » ! (2)

Comme pour les précédents combats, le problème vient de la sous-traitance en tant que telle. En 2013, le marché du ménage dans la grande bibliothèque est ré-ouvert à la concurrence mais les budgets restent stables alors que les tarifs des entreprises de nettoyage augmentent. Même si les responsables affirment que la note technique attribuée aux concurrents lors de l‘analyse des offres pèse autant que la note financière, nous ne sommes pas dupes. En ces temps de « rigueur budgétaire », c’est le moins disant qui remporte le marché. Et c’est comme ça que l’équipe affectée à la BNF par l’entreprise Onet est passée de 63 personnes à 44; en gardant bien sûr les mêmes surfaces à entretenir. L’expérience d’une employée est édifiante à ce sujet (3): elle travaille sur 12 étages, 6 jours par semaine et ce pendant 5h00 d’affilées. S’ajoutent à cela les remplacements à l’interne. Tout ça pour un salaire de 850€ par mois! On ne s’étonnera pas dans ces conditions de l’augmentation de la fatigue à la fois physique et nerveuse et de la multiplication des accidents du travail ;

Les travailleurs ont alerté leur société depuis bien longtemps, ainsi que la direction de la BNF. Les premiers ne réagissent pas, évidemment. Les seconds ne s’en mêlent pas car ils ne sont pas les employeurs directs. Cette allégation est exacte sur le papier mais ils sont bien responsables de cette situation de par le fait qu’ils ont fait le choix il y a des années de l’externalisation. Les grévistes ne s’y trompent d’ailleurs pas. Au-delà des revendications de base: passage de certaines personnes en CDI, 13ème mois, augmentation des heures supplémentaires pour pouvoir faire leur travail; ils demandent surtout la ré-internalisation du ménage à la BNF. Ils sont en cela soutenu par le syndicat SUD Culture BNF qui, à l’inverse d’autres, ne fait pas de différences entre les salariés travaillant à la BNF – qu’ils soient employés directement par celle-ci ou non, ils ont les mêmes droits.

La grève commencée le 9 avril s’est arrêtée le 21 sur décision des personnels. 42 des 44 employés d’Onet étaient en grève. Afin de cacher au mieux ce mouvement, la direction de l’entreprise a envoyé des cadres nettoyer les halls et les toilettes (!), quant à la BNF elle a demandé à son personnel de recharger en rouleau de PQ les WC (!) (4). L’indifférence par rapport à ce mouvement était d’ailleurs assez générale parmi les publics fréquentant l’établissement. Alors qu’ils croisaient chaque jour les grévistes les étudiants travaillant dans les locaux de la BNF n’avaient cure de la lutte qui se menait à quelques mètres de leur table de travail et de leurs manuels.

Néanmoins cette lutte ne fut pas totalement vaine. Les employés ont réussi à arracher quelques avancées : paiement de 3 jours de grèves (!), embauche de 3 salariés en CDI, attribution de 100h supplémentaires et engagement de la BNF de mettre en place une charte sociale avec son « partenaire » pour maintenir les droits des salariés.

Cette lutte est bien une dénonciation de plus de la sous-traitance qui permet à nombre de donneurs d’ordres de se dédouaner des conditions de travail imposées aux salariés sous prétexte qu’ils ne sont pas les employeurs directs. La ré-internalisation de ces services ne résoudra certes pas tous les problèmes mais permettra peut-être à ces travailleurs exploités de mieux faire entendre leurs revendications.

(1) Remue ménage dans la sous-traitance un film d’Ivora Cusack

(2) Un des slogans des personnels en grève sur le site Tolbiac

(3) Témoignage d’une employée à lire sur le site de Streetpress ici: http://www.streetpress.com/sujet/1429270313-greve-bnf-agents-entretiens-onet

(4) écoutez à ce propos l’émission de sons en lutte ici : http://www.sonsenluttes.net/spip.php?article816

Maltraitance dans la sous-traitance
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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 20:26

 

    Nous dénoncions dans le n°30 de La Mouette Enragée les conditions de travail plus que dangereuses qui existaient alors dans l’entreprise. Notre article avait pour base une rencontre avec des camarades du SLT (Syndicat de Lutte des Travailleurs) qui avait toujours dénoncé les accidents du travail conduisant régulièrement à des morts.

 

    A l’époque le « score » était édifiant : depuis l’ouverture jusqu’en 2010, on a dénombré 210 morts. Ce ne sont pas là évidemment les chiffres des patrons. En effet, ne sont pas considérés comme morts sur leur lieu de travail ceux qui décèdent dans l’ambulance ou ceux qui ne sont pas des salariés de Mittal. Les sous-traitants ne sont pas des salariés comme les autres.

 

Arcelor-dunkerque.-.jpg

   Le décompte macabre n’est malheureusement pas terminé : le 26 décembre dernier un salarié de 36 ans trouvait la mort. Fait qui devient rarissime selon la direction puisqu’il faudrait, selon eux, remonter à 5 ans pour le dernier accident mortel. Ce dimanche 12 avril un intérimaire perdait la vie sur le site de Grande-Synthe (1). Le mépris de la vie des travailleurs est toujours présent à Dunkerque comme ailleurs.


Que fait le groupe Mittal pendant ce temps-là ?

   Dans un communiqué de presse du1er août 2014 (2), la société de M. Lakshmi N. Mittal, se targue que le taux de fréquence des accidents du travail est en baisse au deuxième trimestre 2014 par rapport au deuxième trimestre 2013 ! Certes ces deux accidents mortels n’avaient pas encore eu lieu… Sinon les résultats sont meilleurs : la dette baisse, les bénéfices augmentent.


Et les salariés ?

   Qu’ils ne s’inquiètent pas les syndicats s’occupent d’eux. La CGT revient bien sûr en page d’accueil de son blog sur le drame qui s’est produit (4). Mais qu’on ne s’y trompe pas, la sécurité n’était pas au centre des débats du dernier CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail). En effet, les élus de la centrale se félicitent dans un tract de la réfection des … réfectoires. Même si cela à son importance on est loin des considérations de mise en danger de la vie que représente le travail à Sollac.



    Deux accidents mortels en à peine 4 mois et des bénéfices en hausse. C’est bien une bonne application du capitalisme. Plus de rendement pour plus de bénéfices au mépris de la vie humaine. Cela ne date malheureusement pas d’hier et n’est pas prêt d’arrêter.



Notes :

(1) Information émanant du site de la Voix du Nord : http://france3-regions.francetvinfo.fr/nord-pas-de-calais/2015/04/13/grande-synthe-deces-d-un-interimaire-de-21-ans-sur-le-site-arcelormittal-703359.html

(2) à lire ici : http://corporate.arcelormittal.com/~/media/Files/A/ArcelorMittal/investors/results/previous-results/ER-Q214-FR.pdf

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 20:04

ecouterzap.jpg

 

L'émission de radio Zapzalap consacrée aux luttes et à la critique sociale vient de consacrer une interview-reportage sur la lutte des Redoutables (pour plus d'infos, voir plus bas dans le blog).

 

 

L'occasion durant cette période estivale de revenir sur cette lutte, ses forces et ses limites. En espérant voir des luttes similaires émerger à la rentrée. Bonne écoute en cliquant ici

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 08:42

     Depuis le lundi 24 mars et la signature de l'accord de plan social par la CFDT à la Redoute, le boulot a repris sur le site de la Martinoire. Le lendemain en assemblée générale, la résignation était de mise et chacun avait encore du mal à digérer la trahison (habituelle) de la CFDT. La CGT a décidé de mettre fin au mouvement, Sud a suivi. Les Redoutables de plus en plus isolé-es n'étaient plus assez nombreux pour espérer reprendre quelque chose. Mais c'est la tête haute, qu'ils ont « regagné leur poste », convaincus d'avoir mener la lutte jusqu'au bout.

 

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    Dans la semaine, la base de la CFDT a pris acte de l'attitude de leur direction. Les délégués syndicaux, en majorité en désaccord avec leur fédération ont décidé de quitter le syndicat. Lundi 31 mars, une quarantaine de personnes se sont réunies devant les portails d'entrée sécurisés. Après la lecture d'un communiqué de presse, 17 délégué-es CFDT ont enflammé leur carte d'adhérent. Les journalistes, pourtant conviés, ont refusé d’assister à cet autodafé. Mais les délégué-es n'abandonnent pas leur mandat dans les différentes instances de l'entreprise et reprennent une autre bannière syndicale : celle de FO ...

 

 

     La lutte des classes est faite de défaites et de victoires.... de plus en plus lointaines. Dans tous les cas, le mouvement des Redoutables a permis à des salarié-es de s'exprimer et de s'organiser contre leur exploitation journalière au profit d'un Pinault multimilliardaire. Pendant des mois, le rapport de classe a été posé de manière claire et il est lourd d'enseignement. La base ouvrière s'est battue contre sa disparition, l'encadrement a continué de soutenir la direction qui n'avait plus qu'à mettre en scène la division et faire jouer ses réseaux politiques et syndicaux pour mettre la pression et obtenir la signature.

 

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   La gueule de bois est encore là mais dans les têtes, des choses se sont jouées. Entre Redoutables un réseau s'est créée. Mais face au chômage et à l'aggravation des conditions de travail, il faudra se rebattre et être plus rapide pour déborder les directions. Lutter pour gagner, c'est s'organiser à la base.

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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 19:57

 

Ca y est ! La CFDT vient de signer le "plan social" proposé par les repreneurs de la Redoute qui entraîne la suppression de 1200 postes. Une nouvelle fois, ce syndicat à la solde du patronat joue son rôle de liquidateur des luttes en opposition totale avec la base. Aujourdhui, c'est le coup de massue après des semaines de lutte où une certaine autonomie a pu poindre grâce à l'action des "Redoutables". Retour sur les dernieres semaines.

 

 

 

Le spectacle de la division

 

 

Vendredi 21 mars, au siège social de la Redoute à Roubaix, deux camps de salarié-es se sont fait face. D'un côté, une majorité d'ouvrier-es venant de la Martinoire, le site de préparation des commandes et de logistique à Wattrelos venus réclamer la non-signature du plan social proposé par la direction ; de l'autre des salarié-es du siège social de Roubaix pour la plupart membres de l'encadrement brandissant des pancartes « Signez pour l'avenir de la Redoute ». Le spectacle de la division peut avoir lieu devant les médias, il a été savamment orchestré par le camp de la direction1. Clou du spectacle, Nathalie Balla et Eric Courteille (les repreneurs) ont tenté une sortie et un discours mais le tumulte et quelques jets de boulettes de papier les ont vite dissuadé. Finalement, après quelques bousculades, les pro-signatures sont repartis au turbin sous les « les moutons sont dans l'enclos, on a fait notre boulot ! » des grévistes.

 

 

L'enjeu des négociations : entre mobilisation et division

 

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    Depuis janvier et l'annonce de la suppression de 1 178 postes2, la mobilisation n'a pas cessé. Des manifestations ont eu lieu à Roubaix, à Wattrelos, à Tourcoing et à Lille. Le site de la Martinoire a été bloqué plusieurs jours, enfin chaque semaine, au moins deux assemblées générales sont organisées. Forts de ces actions qui ont su créer un collectif de lutte, ce sont des ouvrier-es déterminé-es qui, au son d'une chanson made in Roubaix3, ne veulent rien lâcher de leurs revendications. Pour ceux qui partent, ils réclament : 40 000 euros net de prime de licenciement + 1500 euros net par année d'ancienneté + 36 mois de congé de reclassement. Pour ceux qui restent, il faut la création d'une fiducie (caisse sociale) où Kering devra verser les mêmes sommes que les départs pour offrir une garantie et enfin pour les préretraites à 55 ans, payées à 100% pour tout le monde.

 

En face, la direction et l'encadrement ont réagi à la mi-mars en créant un collectif de salarié-es qui demande de signer le plan social pour l’avenir de la Redoute. Une pétition circule sur internet tandis que des tracts ont été diffusés grâce au matériel de la CFE-CGC, le syndicat des cadres. Ils sont d'accord avec les propositions de la direction qui propose 20 000 euros de primes de licenciements + 750 à 1.200 euros par année d'ancienneté en fonction des cas + 12 mois de reclassement.

 

 

Drame à la CFDT

 

 

     Entre les deux camps, les représentants syndicaux cherchent leur place et sont tiraillés par les choix à faire. Cela est surtout valable pour la CFDT et à moindre mesure Sud (syndicat peu représentatif) car la CGT et la CFE-CGC ont choisi respectivement le camp des ouvrier-es et celui des cadres. L'enjeu est important car pour que le plan social de la direction soit adopté, il faut une majorité qui est atteinte si la CFE-CGC et la CFDT signent. Mais la base de la CFDT ne l'entend pas de cette manière et a réussi à créer un rapport de force et de persuasion à l'encontre de ses représentants pour qu'ils ne signent pas le plan social en l'état.

 

    Ainsi le comportement du délégué central Jean Claude Blanquart est révélateur de cette tension. Depuis un bon mois, il a totalement disparu du paysage médiatico-militant et il ne vient plus qu'en catimini aux réunions de négociation. Vendredi 21 mars avant l'ultimatum de la direction, sa base syndicale lui a lancé un message clair : « si tu signes, on brûle notre carte ». Or la veille, une représentante nationale du syndicat est venue rappelé à l'ordre les délégués syndicaux sur la ligne politique de leur organisation. Une déléguée CFDT résume la teneur des débats : « notre direction veut qu'on signe l'accord jugé suffisant par Paris, entre la direction et les salarié-es la pression est insoutenable ». Vendredi 21 mars, la base a été la plus forte mais il faut s'attendre à des règlements de compte à la CFDT qui n'hésite pas à virer les sections rebelles comme ça s'est déjà vu à Sea-France ou chez Mory-Ducros.

 

 

Les Redoutables à l'initiative

 

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      Qui est cette base capable de bousculer le dialogue social ? Ils se font appeler les « Redoutables » : ce sont des syndiqué-es ou non syndiqué-es qui travaillent quasiment tous à la Martinoire. C'est la cheville ouvrière de la Redoute et ce sont eux les premiers touchés par les licenciements et les restructurations à venir4 . Ce groupe est composé de 150-200 personnes qui se connaissent bien car la plupart ont déjà lutté en 2008 lors d'un premier plan social qui a supprimé 672 emplois. Ce mouvement social a laissé des traces et permet d'expliquer la mobilisation actuelle et la méfiance par rapport aux directions syndicales. En effet, à l'époque, ce sont les syndicats Sud et CFDT qui ont trahi la mobilisation. « En AG tout le monde levait la main pour continuer le mouvement mais dans notre dos, Sud puis la CFDT ont signé l'accord contre une contrepartie minime : une hausse de quelques centaines d'euros pour les plus petits salaires » résume amèrement David, un ouvrier militant.

 

     De l'aveu même des délégués CGT, les Redoutables ont réussi à s'imposer dans l'intersyndicale et à bousculer le cours des négociations. Fin février, ils ont su mettre d'accord les syndicats sur les revendications à porter. Car au départ, c'était le grand flou entre les 100 000 euros de primes de licenciement avancés par la CGT et les 20 000 euros portés par la CFDT. « Ils [en parlant des Redoutables] sont venus autour de la table, ils ont présenté la revendication des 40 000 euros et les syndicats se sont alignés. Pour reprendre une image : ils ont mis de l'eau dans le vin de la CGT et du vin dans l'eau de la CFDT et de Sud » confie David.

 

      L'action des Redoutables ne s'arrête pas là. Ils ont rédigé et diffusé leur propre tract grâce au matériel prêté par les syndicats. Ils se réunissent et discutent. Enfin dans les AG, ils ont su maintenir une pression constante sur les chefs syndicaux pour qu'ils ne signent pas dans leur dos.

 

 

Seuls contre tous ?


 

    La détermination sans faille des Redoutables ne doit pas occulter les obstacles qui se présentent à ce mouvement encore en devenir. La première des difficultés, c'est qu'il n'y a pas réellement de grèves à la Redoute et les blocages restent occasionnels. « On essaye de proposer plusieurs modalités de lutte aux salarié-es pour mobiliser le plus large possible » confie JC Leroy, délégué CGT et membre de Lutte Ouvrière qui estime que les blocages ne sont pas nécessairement « l'arme la plus efficace , le plus important c'est l'ampleur du mouvement, son impact dans la boîte mais aussi à l'extérieur et dans les médias ». Le débat est là car toutes les pratiques de lutte des classes sont à re-construire dans une entreprise qui a forgé Roubaix-Tourcoing et qui maintenant apporte la misère sociale. Aux Redoutables de s'emparer de ce débat et de choisir les modalités d'action les plus efficaces pour obtenir leur dû.

 

    Ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes car la bourgeoisie dans toutes ses déclinaisons met en place sa propagande pour anéantir cet esprit frondeur. Bien entendu, il y a le discours patronal relayé par les cadres qui appelle à la « raison » en organisant de fausse manif devant le siège social et en menaçant de déposer le bilan. Puis, il y a le discours unanime des politiques et notamment de Martine Aubry qui déclare dans la presse5  sur France Bleu Nord, que le plan social de Pinault est « exceptionnel » et qui fait la leçon aux syndicats : «Vous avez obtenu beaucoup... L'essentiel aujourd'hui est de redresser la Redoute. ». Discours repris par l'avocat de l'intersyndicale M. Califano. Reste les médias qui mènent leur guerre idéologique contre la lutte des classes. La Voix du Nord titre le 22 mars: « La Redoute : impasse et confusion » tandis que le Monde6 se fait l'écho d'une campagne de calomnie contre un délégué CGT inscrit sur les listes électorales de Lutte Ouvrière et qui est jugé de « jusqu'au boutiste ». Pourtant dans les mêmes colonnes de ce journal, on a appris en début d'année qu'à Good Year Amiens : « Aucun salarié ne part avec moins de 60.000 euros, même avec un an d'ancienneté et au maximum les salariés partent avec 130.000 euros. »

 

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Lutte des classes et autonomie, le levier de tous les autres changements

 

 

    A la Redoute, ces slogans souvent pompeux et vides de pratiques commencent à reprendre du sens. Les Redoutables se positionnent clairement comme des prolétaires exploités et volés par un patron multimilliardaire : Pinault 7 et des repreneurs également riches à millions si l'on se réfère à la prime de départ que Nathalie Balla a reçu de son ancien employeur allemand KardstadttQuelle 8. Les ouvrier-es qui pour la plupart ont toujours travaillé à la Redoute et dont la moyenne d'âge est de 47 ans réclament leur dû pour ne pas sombrer dans la misère. A Roubaix, le taux de chômage est de 22%.

 

    Aussi, les Redoutables prouvent par leur initiative que seule la lutte la plus autonome possible paie. Ils ont su se positionner face aux directions syndicales qui ne font plus qu'accompagner les « plans sociaux ».

 

    Enfin, cette lutte permet de soulever les autres rapports de domination. « Nous on a pas de diplômes comme eux (en montrant les cadres) pour se reclasser. L'école ne nous a pas donné cette opportunité » déclare au micro une femme déterminée à aller jusqu'au bout de la lutte

 

Le 23/03/2014

 

 

1Pour l'anecdote, les cadres « ont été invités » sur leur temps de travail à quitter leur bureau. Et des personnes en congé ont été appelé pour venir supporter leurs nouveaux patrons.

2Pour plus d'infos, lire le 1er article sur la lutte à la Redoute.

3On lache rien de HK et les Saltimbanks, un groupe roubaisien

4Voir 1er article et les conditions de travail chez Amazon

5France Bleu Nord, le 10 mars 2014

6Edition du 22 mars 2014

8D'après le journal économique allemand Wirtschafft Woche « Les derniers licenciements, ceux de 4 directeurs dont Nathalie Balla (responsable des affaires internationales) couteront environ 5,7 millions d'euros »

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 09:03

 

Depuis plus d'une semaine, la lutte des ouvrier-ères de la Redoute s'intensifie. Après les premiers débrayages et les manifestations qui ont suivi l'annonce du PSE (plan de suppression des emplois et non de « sauvegarde ») début janvier , les actions tendent à se radicaliser comme lors du blocage du site logistique de la Martinoire à Wattrelos, lundi dernier. Les « Redoutables » comme s'appellent eux-mêmes les salarié-es luttent contre la suppression de 1 178 emplois d'ici 4 ans. Jadis premier employeur de la région lilloise, la Redoute fait les frais du virage internet et de « l'amazonification » de la vente par correspondance. L'entreprise reste néanmoins première dans le secteur de l'habillement et de la maison mais au nom de la compétitivité, ce plan imposé par le milliardaire Pinault et la nouvelle direction se veut inéluctable comme la progression de la fortune personnelle de la famille Pinault 1. Mais certain-es refusent cette résignation et se battent contre la misère annoncée.

 

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Pinault, un mauvais cru !

 

      La route est longue depuis 1837 et la création des Filatures de la famille Pollet, rue de la Redoute à Roubaix. La ville est alors la capitale industrielle du textile, des grandes familles bourgeoises y font fortune tandis qu'une main d’œuvre nombreuse afflue dans cet ancien bourg qui voit sa population exploser. A Roubaix-Tourcoing,tout tourne autour de ces usines et de leur patron, les quartiers ont été construits en fonction de l'implantation et des besoins des filatures. En 1922, pour faire face aux débuts de la crise du textile et pour écouler les stocks, la Redoute comme d'autres (les 3 Suisses, Phildar) décide de vendre directement au consommateur. Bientôt sort le premier catalogue, la vente par correspondance est née. Dès lors, la Redoute veut s'adapter aux nouveaux modes de consommation : la vente par crédit en 1969, le minitel en 1984 et enfin internet et l'émergence du e-commerce depuis 1994. Pendant ce temps, les dernières usines ferment et laissent la place à des friches qui balafrent des quartiers et des populations comme celle de la Lainière à Roubaix, fermée en 2000.

 

     En 1992, François Pinault prend le contrôle de l'entreprise et fonde le groupe PPR (Pinault-Printemps-La Redoute) présidé par son fils François-Henri. En bon capitaliste, Pinault fait fructifier ses avoirs en organisant les premières restructurations à la FNAC, Conforama, Vertbaudet, etc. Mais la vente ne rapporte plus assez et il décide d'investir dans ce qui ne connaît jamais la crise : le luxe et le lifestyle (Gucci, Yves Saint Laurent,Puma, etc). Pour symboliser ce changement, le groupe PPR change d'identité et devient Kering en 2011. Aussi, les cessions débutent :Le Printemps, Conforama, une partie de la Fnac, Verbaudet et maintenant la Redoute. Déjà en 2008, un premier gros plan de licenciements est organisé, 672 personnes se retrouvent sur le carreau, à cela s'ajoute une politique de départ volontaire à la retraite. Résultat : en 1998,il y avait 6 304 salarié-es ; aujourd'hui il y a 2 432 employé-es, et demain avec le PSE, il ne restera plus que la moitié de cet effectif.

 

      Pendant ce temps, 2013 a été une année record depuis 10 ans pour le titre en bourse PPR-Kering2. Hausse possible par le transfert de la plus-value de la Redoute dans le secteur du luxe. Un rapport d’expertise 3 commandé par le comité d’entreprise de La Redoute à un cabinet extérieur déclare « La Redoute a fortement contribué à la croissance de PPR  qui comptabilise 256 millions d’euros de dividendes et 113 millions d’euros de redevance de marques versées par La Redoute à PPR, puis Kering, entre 1997 et 2012. » De quoi développer le pôle luxe du groupe tandis que les investissements commerciaux pour la Redoute ont diminué de 10 millions d'euros...

 

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Evolution du cours de l'action Kering de 2008 à 2013

 

 

 

Plan de reprise …. du chômage


 

     Depuis plusieurs mois, les syndicats préparaient les salarié-es à la nouvelle et tentaient de mobiliser. L'annonce de la vente est faite en octobre 2013 avec déjà à la clé la suppression de 700 postes pour « céder une entreprise saine aux repreneurs » dixit Kering. La reprise est signée début décembre,le futur patron est … l'actuelle patronne de la Redoute : Nathalie Balla associée à un directeur financier du groupe Éric Courteille. On prend les mêmes et on recommence à discuter d'un « plan social » renommé « business plan » pour l'occasion. Le début d'année 2014 est amer, il ne s'agit plus de 700 mais de 1 178 suppressions d'emplois réparties sur 4 ans dont plus de la moitié seront des licenciements secs. A cela s'ajoute 172 licenciements sur 569 salariés à Relais Colis, filiale de la Redoute chargée de livrer les commandes aux clients.

 

         Tous les secteurs sont touchés, la logistique avec les sites de la Martinoire à Wattrelos et ceux de Tourcoing (Tourcoing 2 et 5) seront les premiers à trinquer mais aussi le service clientèle et commande au siège de Roubaix. Pour ceux qui restent, ce plan de reprise signifie l'aggravation des conditions de travail. Le site de Tourcoing 5 spécialisé dans les meubles va être externalisé à Anzin près de Valenciennes. La logistique va être filialisée ce qui entraînera un changement de la convention collective qui passe de celle de la vente par correspondance à celle des transports, une des pires en terme de droits sociaux. Enfin le site de la Martinoire à Wattrelos doit être reconstruit et modernisé, comprenez automatisé ce qui augure encore des mauvaises nouvelles pour les travailleur-es. Dos au mur, les salarié-es n'ont plus qu'à essayer de se défendre.

 

 

« Nous sommes des REDOUTABLES et on va le leur montrer »

 

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         C'est sur ce mot d'ordre lancé par un gréviste que lundi dernier (3 février) la Martinoire a été bloquée toute la journée (de 5h à 22h) par une bonne centaine de salarié-es. La mobilisation semble marquer le pas à mesure que l'on s'approche de l'échéance fixée par la direction qui table sur mi-avril pour finaliser la cession. Si aucun accord patrons/syndicats n'est trouvé d'ici là, Nathalie Balla menace de jeter l'éponge … tactique habituelle à en croire ce qui se passe à Mory Ducros ou ailleurs. Les syndicats sont dans tous les cas au centre des enjeux. A la Redoute, la CFDT est majoritaire puis vient Sud, la CGT et la CFE-CGC (le syndicat des cadres). Chacun essaye d'agir en intersyndicale mais après les premières indignations, les frontières et les contradictions se marquent en fonction de la marge de compromis offert à la direction. La CFE-CGC espère minimiser les pertes tout en voulant « rendre l'entreprise profitable », la CFDT propose « que la direction fasse partir entre 500 et 600 personnes en pré-retraite à 55 ans et si ce n'est pas entendu, nous monterons au créneau »  enfin la CGT appelle « à entrer dans le dur en se mobilisant pour faire pression et qu'il y ait le moins de salariés sur le carreau »4. De tous, la CGT est la plus combative, c'est aussi le syndicat le plus politisé avec quelques membres chez Lutte Ouvrière.

 

         Sur le terrain, les revendications des grévistes sont claires : prendre le maximum. Actuellement, la prime de départ est fixée à un demi mois de salaire par année travaillée + 3 mois de salaire brut. « C'est léger » résume Ali qui comptabilise plus de 25 ans de boîte. « Et pour ceux qui restent, il faut garder les acquis c'est-à-dire le 13ème mois, la prime d'ancienneté, les tickets resto et la participation aux bénéfices ». Des queues de cerise en comparaison des bénéfices qu'a tiré Pinault de la Redoute (voir rapport d'expertise cité plus haut). Mais même si la détermination de certains est intacte, force est de constater qu'il faut se compter pour mener des actions: « il y a environ 150 motivés sur les barrages, sur plus de 2000 salarié-es c'est léger ! Finalement, c'est toujours les mêmes» conclut Ali.

 

 

Trois p'tits tours et puis s'en vont, ainsi font font font


 

         C'est la petite ritournelle que nous ont offert les politiques au sujet de la Redoute. En novembre, les staffs lancent leur campagne de communication. Martine Aubry déplore dans la presse « avoir été baladée par les dirigeants de la Redoute et de Kering » et elle rajoute « c'est irresponsable d 'annoncer cela avec une telle brutalité ». De son côté, Pierre de Saintignon, vice-président du Conseil Régional est tout penaud car Nathalie Balla « disait qu'elle nous tiendrait au courant »5. Raté. Or Martine Aubry connaît bien la famille Pinault pour avoir accueilli la fondation d'art de François Pinault en 2007-2008 dans le cadre d'une exposition « Lille 3000 » au Tripostal. Cette exposition avait d'ailleurs un titre prophétique « Passage du Temps ». Forte de cette amitié artistique, Martine Aubry va en grande pompe à la rencontre de François-Henri Pinault le 12 novembre 2013, accompagnée d'élus dont Pierre Dubois, maire PS de Roubaix et Dominique Baert, député maire apparenté PS de Wattrelos. Tout ce petit monde ressort rassuré car « le président Pinault nous a dit clairement et je reprends ses termes : la Redoute a un savoir-faire qui permet sa pérennité industrielle ».

 

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     Deux mois plus tard avec le plan de reprise de Balla/Courteille, les suppressions d'emplois doublent quasiment. Les politiques se dépêchent de prendre du recul, le dossier la Redoute est devenu trop brûlant pour les campagnes électorales en cours. La social-démocratie préfère passer des pactes de confiance avec le Medef, elle ne sauvera pas les emplois. Leur ministère du Redressement productif n'a plus qu'à acheter ses marinières sur le site internet de la Redoute. De son côté Kering promet de verser 315 millions pour la « transformation économique et industrielle de l'entreprise », autrement dit pour l'amazonification de l'entreprise . Seule une fiducie (caisse destinée aux mesures sociales) est évoquée pour financer les licenciements et offrir une marge de négociation avec les syndicats.

 

 

Exploitation en Amazonie 2.0

 

 

       Pour justifier les licenciements, Nathalie Balla et Eric Courteille appellent à la nécessaire adaptation de la Redoute face à des concurrents comme Venteprivée.com ou Amazon toujours plus compétitifs car plus rapides pour préparer les commandes et les envoyer. Actuellement à la Redoute, il faut compter environ 1 jour et demi pour ces opérations, la direction veut réduire drastiquement ce temps en remodelant totalement la logistique, en particulier sur le site de la Martinoire qui devrait être modernisé. Il ne faudrait alors plus que 2h pour expédier les colis. Pour les salarié-es, cela signifie des suppressions d'emplois : de 1 250 personnes aujourd’hui à 550 personnes ; et une aggravation des conditions de travail : flexibilité accrue, travail 7j/7, passage à la convention collective des transports beaucoup moins favorable. Comme le résume Fabrice Peeters de la CGT : « ce sera le bagne ».

 

       Le bagne, il en est déjà question chez Amazon. « Les travailleurs chez Amazon sont loin très loin des progrès du XXIesiècle » écrit JB Malet dans son livre-enquête En Amazonie « Les conditions de travail sont dignes du XIXesiècle (au temps de l'exploitation capitaliste la plus brutale). Les entrepôts logistiques sont régis par une organisation du travail très précise qui n'est pas simplement celle du taylorisme ou du fordisme. Elle inclut toutes les potentialités d'Internet et fournit des outils de contrôle de productivité parfaitement inédits. » Et le contrôle des ouvrier-ères par la même occasion. Les préparateurs de commande d'Amazon à Lauwin-Planque près de Douai peuvent en témoigner.

 

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      Pour les e-capitalistes, il s'agit de ne pas perdre de temps et certains se repaissent déjà du cadavre fumant de la Redoute. Ainsi Guillaume Delbar, candidat UMP à la mairie de Roubaix, imagine dans les locaux abandonnés par la Redoute, le projet Blanchm@ille qui serait un pôle dédié au e-commerce investi par des start-up6. Ce projet est en réalité piloté par Euratechnologies et la société Picom (spécialisée dans le commerce et les innovations) qui appellent de leurs vœux à la formation d'une « VAD [vente à distance] Valley ». D'ores et déjà, le projet a retenu l'attention de la LMCU (Communauté urbaine lilloise) même si celle-ci n'apprécie pas l'annonce prématurée de Guillaume Delbar. Mais cette dernière est déjà pleinement engagée dans la révolution textile avec l'inauguration en 2012 du Centre européen des textiles innovants (CETI) à Tourcoing où on y travaille les textiles intelligents de demain, tissés avec des fibres optiques.

 

 

Lutter pour devenir redouté

 

 

On le voit le capitalisme et sa restructuration permanente nous amène à des licenciements ou une exploitation salariale de plus en plus forts. Ne rien faire, c'est laisser libre cours à cet esclavage moderne. Les « Redoutables » l'ont bien compris. La semaine dernière et sans nécessairement l'aval des syndicats, ils se sont organisés et ont mené des actions fortes : lundi 3 février, la Martinoire était totalement bloquée de 5h à 22h, les syndicats ont avoué suivre le mouvement ; Jeudi 6 février malgré la tempête des centaines de redoutables ont manifesté au côté des salarié-es de Stora-Enzo (une imprimerie qui ferme près de Douai) . Dans les semaines à venir, d'autres actions vont être menées et réclament tout notre soutien. Car sur le terrain, la compromission et la résignation sont encore trop étouffantes. Nous ne sommes pas encore redoutables mais il devient urgent de commencer à être redouté.

 

Notes :

1- 6eme fortune française d'après la revue Challenges. En 2012, sa fortune personnelle est estimée à 6,3 milliards d'euros, en 2013 : 11 milliards d'euros.

2 - BFM Business, février 2013

3- Cité dans l'Humanité du 5 décembre 2013.

4- Prises de paroles des différents délégués syndicaux dans la presse (Voix du Nord, janvier 2013)

5 - Voix du Nord, 12 et 13 novembre 2013

6- Voix du Nord, 02/02/2014

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 13:16

 

 

 

Samedi 9 novembre à Calais, nous avons rencontré dans l’enceinte de l’usine occupée de “Calaire-Chimie” des ouvriers en lutte depuis plusieurs semaines. Un échange ouvert s’en est suivi sur les modalités de leur action. Dans le cas précis de cette lutte, comme dans de nombreux autres cas identiques de la période, on retrouve le recours à une combinaison de moyens mêlant actions en justice, rapport de force sur le terrain et hypothétique alternative ...



Calaire chimie est une usine classée “Seveso niveau haut” qui produit des composants solides et liquides pour l’industrie pharmaceutique. Jusqu’en 2012 elle employait 250 salariés, avant une première vague de suppression de postes qui a poussé une cinquantaine de personnes vers la sortie. Depuis le 28 mai 2013, l’entreprise a été placée en redressement judiciaire. Initialement propriété du groupe belge Tessenderlo, elle est passée ensuite sous le contrôle de l’International Chemical Investors Group (ICIG) qui peut de temps après a souhaité s’en débarrasser. Une pratique courante et renouvelée du groupe ICIG selon les dires des travailleurs. Le dernier directeur en date était d’ailleurs un consultant en restructurations d’ entreprises ...

 

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Les ouvriers contestent la reprise de l’usine par le groupe Axyntis


    Depuis l’annonce de la liquidation de l’entreprise, l’ancienne direction a déserté le site. L’occupation de l’usine par les ouvriers fut donc décidée après que le tribunal de Boulogne-sur-mer ait attribué le 22 octobre la reprise de l’activité au groupe Axyntis, un producteur de chimie fine. Une mesure assortie de la poursuite de l’activité jusqu’au 28 novembre, raison pour laquelle les ouvriers nous ont précisé “qu’ils occupaient l’usine mais n’étaient pas en grève” ... Pour autant, cette décision de justice, les ouvriers la contestent et leurs avocats ont déposé un recours afin de la faire annuler.

 

    La raison en est simple, la reprise de l’activité par Axyntis va se solder par la suppression de 112 postes. “Faire tourner une usine classée Seveso, comme celle-là, avec seulement la moitié des effectifs, c’est n’importe quoi...” commente l’un d’entre-eux, “ça revient à terme à fermer l’usine”. Et c’est autant l’État que les ouvriers de Calaire rendent responsable de leur situation. L’État français possédait initialement 26 % des parts du groupe belge Tessenderlo qu’il a cédé au groupe IGIG. Les salariés ont donc réclamé de rencontrer le ministre du travail afin d’obtenir des explications et des engagements. La rencontre avec des représentants du ministère suscita ce commentaire à l’un de nos interlocuteurs “...tu as affaire à des petits jeunes en costards et souliers vernis qui connaissent rien au monde du travail (...) l’un d’eux a passé son temps à taper sur son téléphone portable ! Tu parles ...

 

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Rapport de force sur le terrain : l’usine est occupée, les patrons restent dehors.



     Parallèlement à la défense engagée devant les tribunaux dans le but de gagner du temps, les ouvriers ont établi un rapport de force réel sur le terrain. L’accès de l’usine est interdit à toute personne extérieure, et surtout aux nouveaux patrons. Outre la crainte des licenciements annoncés, les travailleurs redoutent également une baisse de 35 % du salaire de ceux qui devraient rester. A deux reprises, les patrons nouvellement désignés par le tribunal de Boulogne-sur-mer ont souhaité entrer dans l’usine prétextant la programmation des travaux de mise aux normes exigés par la Direction régionale de l’environnement. A deux reprises, les ouvriers les ont refoulé précisant que « de toute façon, on connaît notre usine, nous savons comment la faire fonctionner, comment la tenir puisque ça a toujours été nous qui le faisions. Ce n'est pas la direction qui le faisait ». Et pour cause, puisquedepuis que la ICIG avait repris l’entreprise, “c’est la responsable commerciale, nommée directrice de l’usine qui continuait à faire son boulot de commerciale ...”

 

    Le groupe Axyntis a donc saisi la justice en référé et exige l’expulsion des ouvriers du site. “On nous réclame pour le moment autour de 4 millions d’euros au titre des journées d’occupation de l’usine” nous précise avec un petit sourire le même ouvrier, “pour le moment on laisse passer le 11 novembre et après on va voir ce que l’on peut de nouveau organiser ...

Il est vrai que jusqu’ici, les salariés ne sont pas restés sans réaction... La voiture de l’ancien patron a été littéralement re-carrossée et des conteneurs de produits chimiques ont été placés à l’entrée du site. L’un des ouvriers précise : “Il y a ici du cyanur, du méthanol, des acides...”. Depuis, deux plaintes ont été déposées, l’une pour séquestration d’un cadre de l’entreprise, l’autre contre la dégradation de la berline de l’ancien directeur.


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La Scop au tournant ...


     Depuis un certain temps, l’éventualité de la création d’une Scop comme alternative à la fermeture de boîte revient de manière récurrente : Sea-France, Fralib, Goodyear Amiens, etc... Nous avons d’ailleurs consacré deux longs articles à ce sujet au moment de la lutte des travailleurs de Sea-France. Ces projets souvent portés par des cabinets d’avocats proches du Front de Gauche n’aboutissent pas systématiquement. En l’espèce, la proposition de Philippe Brun faite aux ouvriers de Calaire, proposition qu’ils avaient retenue après un vote, a été rejetée par le tribunal. Ce dernier a désigné le dossier Axyntis ficelé depuis plusieurs mois. Dans le cas présent, il faut sans doute comprendre le projet de coopérative plutôt comme un moyen de gagner du temps devant les tribunaux afin d’obtenir un véritable dispositif de départs volontaires qui pour le moment ne figure pas au programme ... 


A suivre ...

Boulogne-sur-mer le 10/11/2013.


 

Pour plus d'informations sur les Scop, vous pouvez lire aussi un article paru dans la dernière Mouette ici

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
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