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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 22:32

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Au programme :

La Brique d’Avril / Mai 2013 est dans les kiosques ! Au sommaire :

  • Enquête à Boulogne : La pêche prend l’eau.
  • Accords de compétitivité : Marche ou grève !
  • Lahoucine Ait Oumghar : Tué par la police
  • RFID : Un tour de Pass Pass signé Transpole
  • 1789 : la Révolution bourgeoise à Lille
  • Hôtesses : L’intérim en talons haut
  • Reportage au Vénézuéla : Retour sur les années Chavez

Mais aussi : des dessins à volonté, de la poésie, du débat syndical, une nouvelle BD, un docu, du rap... et une livraison de brèves fraîches !

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Published by La Mouette Enragée - dans Pêche
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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 16:00

Cet article est aussi disponible en brochure 4 pages (en format pdf) ICI

 

Désignée “Plate-forme Européenne” de la transformation des produits de la mer, la zone de Capécure  est confrontée à l’incertitude d’un approvisionnement soutenu et constant de matière première*. Elle fait face aux contradictions inhérentes à l’exploitation du milieu naturel aux conditions du capital : maintenir le taux de profit dans une période de crise de l’approvisionnement imputable à la raréfaction de la ressource. Derechef, la réaction des patrons du secteur s’apparente à une course effrénée vers l'inconnu. Après le fiasco du projet “Hub-port” et des “Bateaux à Grande Vitesse”**, voici venu le temps de l’aquaculture, nouvelle sirène de la filière.

Lors d’une action de blocage du port en 2009, des marins boulonnais s’interrogeaient sur l’avenir de leur métier: “Pêcheurs depuis 400 ans, mais pour combien de temps encore ?” Les contradictions qui taraudent le secteur: une hausse continue de la demande sur le marché mondial contrariée par une baisse alarmante de la ressource, précipitent l’activité dans une crise écologique et sociale profonde dont l’issue paraît désormais fatale.

a/ Pêche:  le capital condamne le secteur à la marginalisation.

L’impasse dans laquelle s’est abandonnée l’activité n’apparaît à certains que sous l’aspect d’un productivisme débridé1. Pour autant, l’effondrement en trois décennies des tonnages débarqués n’incombe pas au seul secteur de la pêche industrielle. L’observation attentive d’une pêche artisanale accablée des mêmes maux, a mis à jour le caractère global et peut être inéluctable de la crise actuelle2. On constate par ailleurs que l’ensemble des dispositions techniques appliquées à l’un comme à l’autre des deux secteurs, tels : la réduction du nombre de jours en mer et du maillage des filets, voire l’exploitation d’espèces de grands fonds, n’est jamais parvenu à enrayer le processus. Au final, le bilan est accablant.

 

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Néanmoins, ces manifestations locales d’un marasme qui n’épargne aucune pêcherie à la surface du globe, ne peuvent s’interpréter à la seule lueur d’une exploitation irraisonnée de la ressource. Ni d’ailleurs comme le résultat d’une surcapacité des outils de pêche qu’il suffirait tout bonnement de réguler. Elles sont d’abord le fruit d’un rapport social d’exploitation et de domination des hommes et de la nature. Ce rapport a une histoire et s’est imposé jusqu’à aujourd’hui par étapes successives. Il a également une fonction précise, celle d’exploiter l’écosystème jusqu’aux limites de l’épuisement dans le seul but de servir les intérêts de quelques uns.

Conscients dès le départ que la prospérité de leurs affaires dépendait du coût et de l’abondance de l’approvisionnement, les industriels de la transformation parvinrent à imposer leur tutelle aux activités d’extraction : Jusqu’au tournant du vingtième siècle, la pêche en mer demeurait, au même titre que le travail de la terre, une activité rythmée par le cycle des saisons(...)En imposant leurs conditions aux pêcheries, les industriels de la conserverie recevront un approvisionnement de matière première dorénavant soumis aux impératifs du marché. Dès lors, les rapports de productions capitalistes -étayés par les “plans de soutien” de l’Etat à l’activité- s’appliqueront méthodiquement aux hommes comme à la ressource, ouvrant une époque ininterrompue de crises.3

Par la suite, l’activité adoptera, bon gré mal gré, le modèle de la Politique Agricole Commune, la PAC, soutenue par les aides publiques d’Etat et celles de l’Europe. Dès lors que la diminution de la ressource eu atteint un seuil critique, susceptible de menacer la réalisation du taux de profit, la réponse de l’Etat fut immédiate. Elle consista à distribuer des droits de propriété privée sur la ressource halieutique commune appelés “quotas”. Si pour l’Etat le recours à la pratique des quotas s’affiche comme le moyen d’enrayer la surexploitation des fonds, il permet d’abord et à court terme, de maintenir le taux de profit en rationalisant l’activité. Après plusieurs années de cette politique, la démonstration est faite que la concentration du secteur entre les mains d’un nombre toujours plus réduit d’ exploitants n’offre aucune perspective de reconstitution des stocks. Tout juste permet-elle la réalisation du taux de profit par le partage d’une manne décroissante de matière première entre les mains d’ équipages chaque année moins nombreux.

C’est donc dans ce contexte qu’il faut appréhender l’annonce faite d’une prochaine implantation d’un élevage
industriel de saumon dans le boulonnais.


b/ : L’aquaculture dans le boulonnais : main dans la main,  patrons et politiciens.
 
Réunis au sein d’une mission crée par le Conseil Régional et la CAB baptisée “Capécure 2020”, les politiques de la région et les patrons du secteur parient ensemble sur l’élevage industriel de poisson; de saumon dans un premier temps4. Ainsi pour le socialiste Percheron, il ne s’agit rien moins que de : ”transformer les menaces qui pèsent sur le secteur en opportunités5. Objectivement, faire le choix de l’aquaculture revient à précipiter tout en l’annonçant la fin de la pêche en milieu naturel. En octobre 2011, le patron de la Coopérative Maritime d’Etaples affirmait lors d’une visite en délégation d’un site de production danois que l’origine de la ressource lui importait peu. Il en conclut à cette occasion que, face au coût de la modernisation des outils de pêche, il choisissait sans hésiter d’accélérer la reconversion vers l’aquaculture. La CME ambitionne donc de créer dans un premier temps 6 bassins capables de produire 85 tonnes de saumon tous les deux mois,  soit un total annuel de 500 tonnes, avec une main d’oeuvre limitée à trois salariés; c’est à dire moins que celle d’un équipage de pêche artisanale6. Cette prétendue réponse à la sur-exploitation des fonds mais véritable garantie d’approvisionnement pour les industriels de la transformation, signe la disparition à terme de l’activité. Elle achève son intégration définitive aux conditions de la production capitaliste. Dorénavant, une pêche marginalisée et labellisée servira indirectement les plans de la touristification appelée de ses voeux par les édiles locaux. Aux côtés de centaines d’anneaux réservés aux plaisanciers, on imagine déjà les derniers pêcheurs offrir le spectacle discret de scènes désormais folklorisées7.

 

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Les promoteurs d’un capitalisme Vert.


Parmi les soutiens au projet, les Verts locaux et leurs élus régionaux arguent d’une pareille nécessité imposée par la raréfaction de la ressource alors que ne cesse de croître la demande alimentaire mondiale. Curieuse démonstration que celle qui prétend s’opposer à un productivisme mortifère en empruntant les chemins de sa reproduction sous une forme plus artificielle encore. A leurs yeux, l’application de quelques dispositions d’ordres environnementales offriraient des conditions acceptables à la substitution d’un mode d’exploitation hors sol. La première serait la certification du site par l’emploi d’une alimentation d’élevage d’origine “bio”; la seconde consisterait à sélectionner précautionneusement l’emplacement des sites afin de ne pas dénaturer le littoral et porter préjudice “au développement touristique”. En définitive, les Verts en sont réduits à promouvoir les intérêts de deux secteurs l’un comme l’autre particulièrement nuisibles à l’homme et à la nature. Ce postulat pour un “capitalisme vert” abandonne donc la décision entre les mains des laboratoires de recherche entretenant par surcroît l’illusion d’une résolution techniciste de la question sociales et écologique. Et quant bien même une alimentation d’origine “bio” se révélerait-elle possible, qu’elle n’abolirait pas la toxicité intrinsèque d’un élevage de type industriel8. Son caractère concentrationnaire est à l’origine d’une longue chaîne de nuisances aux conséquences sanitaires parfois dramatiques que de multiples épidémies: bovines, aviaires, porcine... ont révélé ces dernières décennies.
Le seul inventaire des dangers réels et des menaces en germe que fait planer cette activité sur le vivant terminera de nous convaincre qu’elle ne diffère en rien de son homologue agricole. 


Un marché juteux et attractif

Parmi les différents secteurs de l’agro-industrie l’aquaculture est celui qui connaît actuellement la croissance la plus rapide. Dans les pays industrialisés, son exercice repose sur l’élevage intensif de poissons prélevés en milieu naturel et reproduits par sélection en captivité. En moyenne, 3 à 5 kg de poissons extraits de la mer et transformés en denrées piscicoles sont nécessaires à la production de 1 kg de poisson d’élevage. Les aliments employés se présentent sous la forme de granulés ou d’une pâte appelés “moulée” produite à partir de farine ou d’huile prélevés sur les stocks naturels. Ce rendement, apparemment aberrant, se révèle pourtant très profitable. Le secteur de la pêche minotière, aux mains de quelques consortiums internationaux compte pour un tiers des captures mondiales, soit 25 à 30 millions de tonnes pêchées chaque année. L’activité connaît par ailleurs un mouvement de concentration qui progressivement le fait glisser sous le contrôle des géants de l’agro-alimentaire. L’extraction massive d’espèces de faible valeur recyclées en farines pour l’élevages intensif de porcs ou de poissons, bénéficie en prime de la forte hausse du prix des protéines végétales comme le tourteau de soja. L’heures des protéines végétales de substitution n’a pas encore sonnée, d’autant que pour mémoire, le saumon qui semble recueillir les faveurs des patrons boulonnais est un poisson carnivore...


Les OGM bientôt planche de salut ?


Les formes de pollutions qu’engendrent les fermes d’élevage sont multiples et maintenant bien connues. Certaines tiennent à l’utilisation de produits chimiques destinés à éviter l'agglomération de déchets sur les infrastructures ou à éliminer les maladies et les parasites. Le recours aux engrais et aux antibiotiques est une nuisance d’une autre nature encore. L'excrétion fécale et la décomposition de l'alimentation animale entraînent pour leur part la prolifération d'algues toxiques, tandis que l’accumulation des différents déchets produisent d’importantes quantités d’azote (nitrate, ammoniac), de phosphore (phosphate) et de carbone. Enfin, un dernier préjudice, et non le moindre celui là, résulte de l’hybridation opérée entre les individus échappés des sites d’élevages et la population sauvage des milieux naturels dont les cartes génétiques diffèrent. La fuite d’individus issus de la sélection artificielle représente donc une véritable menace pour la biodiversité et à terme, pour l’existence même du saumon sauvage9.
Mais le pire reste à venir. Aux Etats-Unis, une société spécialisée dans les biotechnologies est parvenue   à  fabriquer un saumon trans-génique. La Food and Drug Administration pourrait bientôt autoriser la commercialisation de cet OGM à qui la greffe d’un gène fabriquant une protéine “anti-gèle” lui assure une croissance deux fois plus rapide que son homologue sauvage10. Une chose est certaine, l’abjection tehno-marchande et son cortège de catastrophes à retardement s’introduit  dans nos vies chaque jour d’avantage ...



c/ : Le secteur de la transformation : concentration et trans-nationalisation.   

A la fin des années 70, la salaison et le saurissage sont les principales activités de transformation de la ressource. On dénombre alors une dizaine d’entreprises de conserverie. Le capital de la plupart d’entre-elles est encore d’origine familial. Elles salarient autour de 550 travailleur-ses essentiellement dans des taches de transformation. A cette époque, le procédé de surgélation s’impose et marque un tournant important dans l’histoire du secteur. Il transforme les techniques de production et hâte la disparition de celles jugées les plus obsolètes, mais avant tout, il conduit les changements dans la composition du capital et peu à peu, la trans-nationalisation devient la règle. En trente ans, la zone portuaire de Capécure passe d’un pôle de production locale à vocation régionale et nationale à celle d’une plate-forme d’import-export à destination du marché européen. Pour seul exemple, l’une des dernières usines à s’implanter appartient à un groupe d’origine norvégienne travaillant à lui seul un quart de la production mondiale de saumon d’élevage.

Cette entrée de capitaux internationaux par l’entremise de groupes comme Nestlé-Findus , Gelmer, Pêche et Froid a commandé un changement d’échelle qui se poursuit toujours aujourd’hui. Ainsi, à  la faveur de la crise qui frappe l’Islande, l’ entreprise Gelmer du groupe Icelandic est passée, tout comme la société allemande Pickenpack Hussman & Hahn, sous l’aile de Pacific Andes, un conglomérat chinois enregistré en bourse à Singapour et comptant comme l’un des dix plus gros fournisseurs de poissons congelés dans le monde. Pour la petite histoire, la multinationale est en possession de toutes les certifications légales labellisée “développement durable”.

La restructuration du secteur a simultanément entraîné la modification de la composition de la main d’oeuvre. A mesure que le nombre de travailleurs de la production reculait, celui des services et de la maintenance augmentait de manière significative (emballage, entreposage frigorifique, conditionnement de surgelés...), à l’égale de celui de la logistique. Le transport de marée est devenu le pivot du secteur et emploie à lui seul 600 personnes; la gare routière première de cette taille en Europe  compte 112 portes d’embarquement.

d/ : La fonction de la recherche ou l’art d’accommoder les restes.

La recherche est appelée à jouer une rôle  important dans l’avenir de la filière. Elle remplit plusieurs fonctions dont la première d’entre elles est de rationaliser l’extraction de la ressource. Comme nous l’avons déjà évoqué, il s’agit dorénavant de gérer au mieux des stocks atrophiés. Les laboratoires travaillent donc à mettre en adéquation l’état de ces stocks avec leur futur exploitation à l’issue d’observations, d’études et de rapports dûment établis. De son côté, l’Etat arrête le cadre légal, distribue les quotas et en garantit un usage rigoureux. Mais  désormais, c’est du côté de la formation que les patrons placent leurs attentes. La modernisation de l'outil de production et l’obtention de gains de productivité  passent  par la chasse aux subventions publiques en s’appuyant sur les centres de recherche et de formations régionaux11. C’est le rôle que joue actuellement le “pôle de compétitivité labellisé”, appelé Aquimer, par ailleurs actif promoteur de l’élevage de poisson hors sol. Enfin, l’un des enjeux sera de s’attacher les grâces du monde universitaire12. Les travaux du futur “Campus de la mer”, s’il voit le jour, viseront d’abord à maximiser la plus value du secteur13.

 

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Ainsi, pour répondre à une consommation de poisson en hausse de 3 % par an quand la ressource est au plus bas, les industriels de la filière joueront la carte des produits à forte valeur ajoutée et destinés à une certaine clientèle; en substance, la petite bourgeoisie. Les stratégies marketing s’y emploieront en recourant à la labellisation et à la certification, gages de qualité appréciés de ce milieu. Les laboratoires travailleront ainsi à dissoudre une matière qui se fait rare dans des produits toujours plus sophistiqués et à un prix prohibitif. Pour la masse, largement exclue de la consommation régulière de poisson, les même industriels fabriquent déjà les erzatz que l’on sait à partir d’espèces d’importation et de faible valeur.

e/ : Le grande retour de la question alimentaire, ici et partout dans le monde.

Ce n’est donc pas seulement la question de la survie d’un milieu naturel qui est ici posée. Ni d’ailleurs la manière dont on s’applique à l’exploiter. C’est au final et surtout celle de l’accès à la nourriture qui, de nouveau, réoccupe une place centrale. Au delà de sa dimension culturelle, elle porte en elle toutes les contradictions de ce système puisqu’elle redevient progressivement un enjeu entre les classes. Alors, répétons le, la bouffe est d’abord une question de classe ! Du reste, quelle autre question mieux que celle là nous amène à nous interroger sur ce que l’on souhaiterai produire, pour qui et comment.


f/: L’exploitation de la main d’oeuvre.


La filière ne concentre plus exclusivement ses activités sur le port. Seules 54 des 140 entreprises du secteur sont encore implantées en bord de mer. Les patrons qui affirment se “soucier de la ressource mais aussi des hommes”, y exploitent l’une et les autres dans de semblables conditions. Les usines, des PME pour la plupart d’entre elles, emploient chacune quelques dizaines ou centaines de salariés. La mécanisation et la  rationalisation du procès de production a entraîné une forte croissance de la productivité couplée à une baisse tendancielle de la part de la rémunération. En règle générale, le salaire égale un  smic le plus souvent agrémenté de primes. Après une formation débouchant sur un CAP, BEP ou équivalent Mareyage, un fileteur obtient le statut d’ouvrier qualifié (P1,P2) et gagne le smic horaire, soit 9 euros brut de l’heure. Les travailleurs paient cette productivité accrue par une augmentation des accidents de travail et des maladies professionnelles. Le travail est posté, cadencé, les gestes mécanisés et répétitifs prolongent le mouvement des machines. Un ouvrier de la Scamer, filiale du groupe Intermarché  avoue : « C'est le dégoût de venir travailler, et la maladie aussi. Mais surtout le manque de motivation. Nos primes, c'est ce qui fait nos salaires. Il n'y a pas de reconnaissance»14. Comme partout, la précarité et la flexibilité se sont répandues dans l’ensemble du secteur. Le volant d’intérimaires représente  10 %  des effectifs de la filière et le nombre augmente en saison. A titre d’exemple, l’usine du groupe norvégien Marine Harvest emploie actuellement 125 personnes en CDI et 70  intérimaires, soit plus d’un tiers de l’effectif global en contrat précaire. Tout comme le travail au noir, le temps de travail non rémunérés est dans les usines du secteur monnaie courante, le plus souvent sous la forme d’heures supplémentaires non payées. Sombre tableau, où le patronat en position de force impose sa loi. Ces derniers mois, la Société Findus propriété du groupe “Lion Investissement” a obtenu des travailleurs l’abandon d’un tiers de leurs RTT et des temps de pause à l’issue d’un chantage à la délocalisation. Ce genre de menace précède systématiquement un mauvais coup à venir, souvent plus dur encore. Les exemples ne manquent pas. Et en effet, quelques semaine plus tard, les ouvriers apprirent que l’actionnaire souhaitait vendre l’entreprise.

Reconnaissons qu’actuellement la combativité ouvrière est faible dans la filière, mais elle n’est pas non plus inexistante. En 2010, de multiples actions de terrain menées durant les journées de mobilisation contre la casse  des retraites le furent grâce à la détermination d’un certain nombre de travailleurs du secteur.

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*Actuellement la pêche boulonnaise débarque à l’année 50 000 tonnes dont 37 000 de poisson frais.
**Un investissement gagé par des fonds publics et servi par un discours tehno-scientiste imaginé comme la solution logistique à l’acheminement express de la ressource. Ce projet s’est soldé par un échec économique retentissant.
Lire à ce sujet: “Fortunes de mer : lignes maritimes à grande vitesse, les illusions bleues d’un capitalisme vert”.

1 - Pour une critique de l’approche “anti-industrielle”, lire Ch.VII. Les remous de la crise: “la quête d’une alternative...”op.cit. p 82. 
2 - “La pêche artisanale rattrapée par le productivisme”.Courant alternatif n°été 2008. Consultable sur le site de la Mouette Enragée : http://lamouetteenragee.over-blog.com/article-la-peche-artisanale-rattrapee-par-le-productivisme-70021369.html
3 - ibid.

4 - Un PLDE: (Plan Local de Développement Economique) établi par le Conseil Régional fixe la marche à suivre à l’échelon inférieur par la CAB: (Communauté d’Agglomération du Boulonnais).
5 - http://www.agglo-boulonnais.fr/uploads/media/1012-Capecure_2020.pdf
6 - in Le Marin. “L’aquaculture danoise séduit les boulonnais.”vendredi11 novembre 2011.   
7 - L’actuel PLDE privilégie deux filières majeures : le secteur halieutique et le tourisme.
8 - Précisons qu’à la différence de leurs cousins industriels, les saumons “bio” peuvent être porteurs d’une bactérie : la listeria monocytogène.
9 - Le saumon est bien présent au large de la côte d’Opale, certes en nombre réduit, et on le confond  le plus souvent avec la truite de mer.
10 - in http://www.aquabounty.com/

11 - Les cadeaux aux patrons se font sous la forme de mise à disposition de subventions publiques.   Un exemple parmi d’autres: “Haliocap” crée par la CAB et qui a pour objectif de : “permettre à des créateurs de minimiser leurs investissements de départ(...), à des entreprises extérieures de s’implanter rapidement.  http://www.haliocap.fr/index.php
12 - On retrouve : le Conseil Régional, la CAB, l'Université du Littoral Côte d'Opale, Ifremer, Nausicaa, Aquimer, le Centre d'expérimentation et de Valorisation des Produits de la Mer (CEVPM), l'Afssa, la ville de Boulogne, Lille I, le conservatoire du Littoral travaillent ensemble pour faire que Boulogne devienne le siège de l'Université de la Mer. Aquimer est subventionné par l’Etat et la Caisse des Dépôts et Consignations.
13 - Le “Campus de la mer”, pourrait accueillir en son sein une école d'ingénieur. Il est vrai qu’en terme de d’image de marque, le diplôme d’ingénierie surclassera le maintenant si commun “Master” universitaire...

14 - Capécure : des employés de la Scamer dénoncent leurs conditions de travail. La Voix du Nord.08.10.2009





Panorama du secteur de la transformation en 2010:
Le mareyage : 54 entreprises - 1 391 emplois. 138 000 tonnes traitées
La transformation :  (salaison, conserverie, cuisson de crevettes) 
19 entreprises - 1 265 emplois- 72 000 tonnes de produits finis.
Le transport : 13 entreprises (locales) - 480 emplois - 327 000 tonnes.
La  commercialisation :  40 entreprises - 331 salariés - 144 000 tonnes

Sources: conseil régional du Pas-de-Calais.

 

 


 

 

Tableau comparatif des tonnages pêchées à Boulogne-sur-mer : en 1976 et 2009.

Tonnages des principales espèces pêchées à Boulogne sur mer en 1976 :

Cabillauds :       6  345  tonnes            en 2009 :  1 390 tonnes.
Harengs :          15 293 tonnes             en 2009 :  2 438  tonnes.
Lieux noirs :       35  526 tonnes          en 2009 :  3  641 tonnes.
Lingues :            8   417 tonnes            en 2009 : 1 053 tonnes.
Maquereaux :    18  524                       en 2009 :  3 295 tonnes.
Merlans :            19 836 tonnes            en 2009 :  6 930 tonnes.


Sources : Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais.
Le CRI du boulonnais n° 6. Janvier février 1978.

 

 


 

 

La flotte de pêche boulonnaise


Pêche industrielle : la société Euronor compte actuellement 200 salariés et remonte 10 000 tonnes de poisson dans l’année. Elle est née en 2006 de la fusion des armements Nord-Pêcheries et Le Garrec a été racheté par la société britannique UK Fisheries elle même au services de deux importantes sociétés du secteur l’une néerlandaise et l’autre islandaise. Euronor possède actuellement quatre chalutiers de pêche industrielle et trois navires surgélateurs.
Pêche artisanale : 120 bateaux de pêche côtière : chalutiers/trémailleurs/fileyeurs dont  quatre-vingt sont regroupés sous l’égide de la Coopérative Maritime Etaploise.

 

 


 

 

Témoignage recueilli auprès d’un jeune travaillant dans une usine de Capécure.

Rares sont les témoignages qui nous parviennent de l’intérieur des boites de la zone portuaire. La parole rapportée dans la presse locale est d’abord celle des patrons du secteur, des politiques ou des “experts”, jamais celle de ceux qui font tourner les machines ou travaillent la matière. Nous livrons ci dessous un instantané d’une conversation que nous avons eu avec un jeune salarié d’une usine de Capécure.

Est ce que tu peux nous présenter la boîte dans la quelle tu travailles ?

C’est une boîte assez importante sur la marché international. D’ailleurs un nouveau site de production est actuellement en construction sur le port. On y travaille surtout le saumon et en moindre quantité du poisson “blanc” comme le cabillaud.  

Comment y est organisé le travail : les postes, les horaires ?

Le travail est effectué par des équipes différentes. Celle du matin débute à 5 heures. Puis celle de l’ après midi prend le relais et une équipe de nuit est chargée du nettoyage. S’il y  a des commandes supplémentaires il nous arrive de travailler sur des périodes plus longues. C’est le cas lorsqu’il n’y a pas assez de monde pour l’équipe de l’après-midi, on termine alors après 13h30 et parfois même  à 17h30... Dans ce cas les pauses sont plus nombreuses, ceci dit, dans certaines boîtes tu peux travailler de 6 heures du matin jusque 15h 30 avec seulement une heure de pause ! Le jour de repos tourne dans la semaine

Peux-tu nous décrire le type de taches effectués ?

On y travaille en postes. Les principaux sont le filetage et le chargement/déchargement de la matière première et des produits expédiés aux clients. Ce sont essentiellement des hommes qui y travaillent.  Au désarêtage on trouve plus de  femmes. Le travail du poisson se fait sur des chaînes. Le travail du saumon par exemple est très parcellisé. Le nombre de taches effectuées est important :
d’abord on balle les poissons sur la chaîne
on les décapite
on coupe le poisson pour en faire deux filets
on extrait l’ arête principale qui part pour la production de produits cosmétiques ou autres... en fait tout est vendu dans le saumon.
on décolle le dos
on coupe l’aileron et on enlève le gras du filet
on le passe à la désarêteuse puis sur une table de désarêtage où on retire à la pince  les dernières arêtes, les plus petites
le trieur, lui, supprime les “abîmés”
le peseur remplit des boîtes de 10 à 20 kg de poisson qui passent ensuite au glaçage 
les boîtes sont ensuite stockées sur des palettes pour  enfin être  étiquetées.

Quelle place occupent aujourd’hui les machines dans la production ? 


Les machines interviennent sur des taches précises comme la décapitation du poisson. Mais le travail est très manuel même s’il est effectué sur une chaîne.

Peux tu nous parler des maladies professionnelles ?

C’est au filetage que c’est le plus dur bien que la direction fasse tourner les poste. En travaillant de 5 heures du matin à 12 heures tu te flingues les épaules. Le plus souvent les anciens se font  opérer.

Quel est le rapport au travail en général; il y a des résistances, individuelles, collectives ?

Ca gueule lorsqu’on demande aux gars de l’équipe du matin qui commencent à 5 h de continuer après leur poste, donc après 13h 30 . Au filetage surtout. C’est arrivé que les fileteurs “posent les couteaux” et se barrent !
 
Quelle est l’ambiance au quotidien dans la boîte ?


L’ambiance est plutôt bonne, c’est assez familial.
 
Et les rapports avec la hiérarchie ?


Ca va, car les chefs viennent de la production en général.

Et les contrats de travail, quelle est la part de CDI, de CDD, d’intérimaires ?

En 2010, il y avait 130 personnes en CDI et 70 en contrat intérimaire. Les intérimaires signent en général un contrat d’une semaine qui est reconduit pendant 18 mois !

Vous avez des contacts avec les salariés des autres boîtes ?

Oui, avec les intérimaires justement car ils font pas mal de boîtes. Il y a pas mal de turn-over entre les boîtes, c’est comme cela que l’on connaît l’ambiance.

Et les salaires ?

Pour un embauché ça tourne autour de 1200 à 1300 euros. Il y a différentes primes : de production, de fin d’année, de participation, etc... Un chef gagne autour de 2000 à 2500 euros


 

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 22:27

   Ces dernières semaines, deux entreprises liées au « complexe international de transformation du poisson » qu'est Capécure connaissent des coupes sombres dans les personnels ouvriers. Cela fait déjà quelques temps que le pôle industriel de Capécure vacille mais le patronat semble plus que jamais à l'offensive car désormais, il licencie à moindre frais sous couvert de mises à pied disciplinaires. Moyens faciles de se débarrasser des travailleurs en ces temps de crise profonde du capitalisme. 

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                                                     L'usine Conegan : 5 mises à pied

    Le 8 décembre dernier,  cinq salariés de l'entreprise de conditionnement de poissons surgelés Conegan, basée à Wimille et qui emploie 70 employés environ, ont été mis à pied par leur direction. Motif retenu : des erreurs dans la manutention et la soudure des sachets de poisson. Les mesures disciplinaires sont lancées et aboutissent un mois plus tard aux licenciements de deux inculpés, les autres restent en suspend, parmi eux une déléguée CGT du personnel. Un mois (et quel mois!) pendant lequel le salaire n'est pas versé et malheureusement pour les licenciés aucune indemnité versée contrairement à un licenciement économique plus onéreux pour le patron. Une manière de se débarrasser d'un prolétaire à petit prix...


                                                    L'usine PRF Atlantys: 3 mises à pied

    Le contexte est différent car il s'agit d'une boîte en lutte depuis plusieurs mois (il faut attendre la Mouette n°30 pour plus d'infos) contre son patron et les conditions de travail. Il s'agit d'une usine de filetage du groupe Atlantys, basé à Rungis avec une filiale à Capécure. Mais le patron est passé à l'offensive en prononçant  trois mises à pied cyniquement appelées «mise à pied à titre conservatoire ». Motif retenu : maltraitance (c'est le mot utilisé) du patron par les salariés, il est question d'insultes et de chansons humoristiques. Les patrons seraient-ils devenus susceptibles ? Encore une fois, les capitalistes ont grand besoin de trouver des prétextes pour se débarrasser d'un capital variable (les ouvriers) devenu trop coûteux dans un contexte de rétractation général de la consommation et de la production. 

                                                    Un climat général de tensions

   Ces deux épisodes ne sont pas isolés et s'inscrivent dans un contexte plus général de mise à sac du prolétariat boulonnais. Il n'est de secret pour personne que le secteur de la pêche et de la transformation boulonnais se cassent de plus en plus la figure. Chaque mois, des plans sociaux sont annoncés :

 

- en octobre, la Continentale Nutrition (un des leaders de la production d'aliments pour chiens et chats) ferme son usine de Vedène, près d'Avignon, mettant 99 travailleurs sur le carreau. A Boulogne-sur-mer, 22 licenciements et deux lignes de production sont fermées, la faute à la crise dit-on.

 

- en novembre-décembre, Findus, autre géant industriel de Capécure, annonce un « plan social » car l'investisseur Lion Capital connaît des problèmes de compétitivité alors que deux mois avant les salariés avaient renoncé à dix jours de RTT pour une promesse d'investissement et de pérennisation de l'activité. C'est que la course en avant du capitalisme est cruelle, une promesse de plus ou de moins, ils sont prêt à tout! On parle alors d'un rachat de l'usine par le concurrent allemand Captain Igloo, qui veut racheter la marque mais pas les unités de production boulonnaises, toujours pour une histoire de compétitivité. Une vraie histoire de pirates que les politiques s'empressent d'accaparer au nom de la défense de l'agroalimentaire français. Ils obtiennent un suspens du processus de vente de la société, mais pas un arrêt. Le navire continue de prendre l'eau, le temps-argent fera sûrement son œuvre... après les élections.

 

 - Aujourd'hui, c'est au tour des entreprises moyennes de 70-80 employés de licencier comme on l'a vu avec les usines Conegan et PRF.


    Jusque quand va-t-on subir cette logique implacable, qui ira toujours contre les intérêts de ceux qui travaillent ? Il est temps de proposer une réponse adaptée : celle du coup de pied bien placé

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 22:04

 

   Le 27 mars 2008, le Fort de St Pierre, porte conteneur de la société CMA CGM appareille de Fort de France. Cap à l'est. A son bord 48OO Tonnes de bananes des Antilles. Douze jours plus tard, il touche le port de Dunkerque. Ce trajet en apparence anodine, quoi de plus normal pour un bateau que de transporter des marchandises ? Mais ce voyage marque plusieurs événements d'importance : d’une part la reprise de la production de bananes aux Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique) après le passage du cyclone Dean qui a ravagé les plantations d'autre part, la reprise du trafic de bananes sur le port de Dunkerque et l'inauguration d'un espace spécialisé dédié à ce trafic, enfin l'intervention d'un syndicat de dockers qui a annoncé son intention de maintenir la paix sociale sur les docks.

 

Un flux de marchandises d'apparence anodine on peut ainsi permettre de comprendre tout un pan d’une économie basée sur l’exploitation du travail.

 

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Un syndicat couleur... banane

 

   A Dunkerque, pour la première fois de ses 18 ans d'histoire la CNPTA (Coordination Nationale des Travailleurs Portuaires et Assimilés) a appelé à une grève le 20 janvier 2011. La contestation portait sur la reconnaissance de la pénibilité du travail sur les docks . Ce syndicat né d'une scission de la CGT lors de la réforme portuaire de 1992 n'a jamais fait mystère de vouloir maintenir coute que coute la paix sociale sur les docks.

 

 

Situation du port de Dunkerque

 

    Le port de Dunkerque s'est développé à partir de 1959 avec la création du complexe sidérurgique industrialo portuaire d'usinor (aujourd'hui Arcelor Mital) et la raffinerie des Flandres. Dans les années 70 l'extension des quais et des docks lui permet d'accueillir les pondéreux (charbons et minerai), les pétroliers (en lien avec la raffinerie des Flandres créée par Total en 1974), les conteneurs mais également le " vrac sec ", (essentiellement des produits agricoles) et un terminal roulier pour les camions. Troisième port de France, le Port Autonome de Dunkerque se trouve à la sixième place sur la façade maritime du Havre à Hambourg. Il est en concurrence directe avec le port de Zeebrugge en Belgique. Son arrière pays (Interland, zone de départ ou d'arrivée du fret transitant par le port) passait par la Picardie pour les pondéreux et les produits agricoles mais aussi l'Angleterre en tant que port de reroutage, la Belgique en association avec une filiale des chemins de fer belges " IFB ". Plus loin, Dunkerque réexpédie vers les aciéries de Florange en Moselle pour les produits sidérurgiques mais également vers l'Allemagne rhénane. Dans la pratique l'essentiel du tonnage était destiné à l'industrie dunkerquoise. L'année 2005 constitue avec 53,33 Millions de tonnes une année record pour ce port qui mise sur la diversité des possibles plutôt que sur un marché défini et garanti. Or depuis 2005, les difficultés s'accumulent sur le port: fermeture d’aciéries, concurrence du tunnel sous la Manche, désengagement de partenaire anglais, choix de Zeebruge pour le trafic Roro d'automobiles entre Espagne et Europe du Nord et dernièrement la fermeture de la raffinerie des Flandres mettent à mal les perspectives du port qui se voit contraint de se concentrer sur quelques niches comme les filières agricoles froid. D'où le développement du trafic de banane entre la France et les Antilles.

 

 

La Banane aux Antilles, c’est bon pour les esclaves


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    Si l’on dit que les troupes d'Alexandre le Grand auraient mangé des bananes lors de la conquête de la vallée de l'Indus, les premiers européens connus à en manger sont les portugais lors des voyages d'exploration le long des côtes de l'Afrique. Pour mémoire rappelons que ces voyages sont à l'origine du premier empire colonial européen. La banane est ensuite exportée de la Guinée aux Antilles avec les cargaisons d'esclaves qu’elles sont censées nourrir. Les premiers plants " occidentaux " du bananier sont introduits à Saint-Domingue en 1516, soit seulement 20 ans après la découverte. Ce n'est que progressivement que les européens s'approprient ce fruit nourrissant et riche en vitamines. Une fois réalisé le pillage des ressources en or et un premier partage, le développement colonial s'oriente sur la monoculture de produits tropicaux: canne à sucre essentiellement, la banane ne servant que pour les populations locales esclaves.

 

   Une ordonnance royale du 7 septembre 1736 obligeait les maîtres à planter 25 plants de bananier par esclave possédé, au minimum. Elle est, avec le manioc, la nourriture de base de la main d'œuvre esclave productrice de canne à sucre. La banane dont il s'agit est en fait la banane plantain. La forme de fruit stérile que nous connaissons est issue de multiples croisements : le fruit voyage très mal à température normale. Il ne peut voyager qu'une fois séché et ses propriétés sont alors moins intéressantes.

 

 

Les républiques bananières

 

   Avant 1870 les américains n'avaient jamais vu une banane. Mais cette année-là l'ingénieur ferroviaire Minor Cooper Keith exporta du Costa Rica les premières bananes au port de la Nouvelle-Orléans. Trois décennies plus tard, les USA consommaient approximativement 16 millions de régimes par an. Pour la construction des routes qui vont de Puerto Limon à San José, il avait recruté une première cargaison de 700 voleurs et criminels des prisons de Louisiane; seulement 25 survécurent aux dures conditions de la jungle et des marais. L'homme d'affaires ne se découragea pas et fit venir 2000 Italiens. A voir les conditions de travail, la plupart préférèrent fuir dans la forêt. L'entrepreneur attira alors des Chinois et des Noirs, en apparence plus résistants aux maladies tropicales.

 

   Dans l'installation des premiers 40 kilomètres de rails, 5000 travailleurs moururent. Il se fit des relations dans la provinciale haute société costaricaine, soudoya des politiciens, acheta des autorités et obtint la concession du chemin de fer flambant neuf pour 99 ans. Il put alors se consacrer à plein au négoce de la banane. En 1899 il chercha des associés et fonda à Boston l'United Fruit Company, la compagnie bananière la plus grande du monde, avec des plantations en Colombie, au Costa Rica, à Cuba, au Honduras, en Jamaïque, au Nicaragua, au Panamá et à Saint Domin-gue. En peu de temps il devint propriétaire de 10 % du territoire costaricain et se fit connaître comme “le roi sans couronne d'Amérique centrale”.

 

 

" L'homme banane "

 

   En 1895, à 18 ans Zemurray commença à acheter à bas prix des bananes sur le point de se décomposer sur les quais de la Nouvelle-Orléans. Il les vend rapidement à des villages voisins. A 21 ans il possède 100.000 dollars sur son compte en banque. En 1910 il est propriétaire de 6000 hectares, mais il est endetté avec diverses banques américaines. Il décide alors de s'emparer de tout le pays au moindre coût. Il y parvient l'année suivante en s’appuyant sur l’ancien président Manuel Bonilla, Lee Christmas, Guy “Mitrailleuse” et Molony, des tueurs professionnels. En janvier 1911, les quatre em-barquent à bord d'une flotte de corsaires en direction du Honduras. Armés seulement d'une mitrailleuse lourde, d'une caisse de fusils à répétition, de 1500 kilos de munitions et de bouteilles de bourbon, les mercenaires dévastent tout sur leur passage et arrivent à Tegucigalpa le 1er février 1912 où ils installent Bonilla au pouvoir.

 

   En 1912, le président reconnaissant attribue à Zemurray une concession libre d'impôts de dix mille hectares pour cultiver la banane durant 25 ans.

 

   La colonisation n'est plus le fait des états ou des églises mais celui des entreprises privées. Cette étape marque la forme actuelle du colonialisme. Aujourd'hui encore on parle de " bananes dollars " provenant principalement de l'Equateur, du Costa Rica, de la Colombie et du Panama, et ainsi dénommées parce que commercialisées par des firmes multinationales, notamment américaines (Chiquita, Dole Food Company)

 

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Monoculture coloniale

 

   Avant la banane d'exportation, le modèle économique de la Guadeloupe est en crise : la monoculture coloniale de la canne à sucre ne s'est pas remise de la concurrence de la betterave ni de la disparition définitive de l'esclavage en 1848. Mais l'abolition ne s'accompagne pas de réforme agraire. La propriété agricole reste entre les mains des planteurs alors que la plupart des anciens esclaves désertent le travail de la canne à sucre. La production connait une chute. La Guadeloupe qui produisait 37 994 tonnes de sucre en 1847 ne peut plus garder sa capacité malgré l'arrivée des Indiens en 1854.

 

   La banane d'exportation aux Antilles est récente, elle se développe dans les années 20. Depuis longtemps déjà, en France, la banane était un fruit apprécié. Elle venait alors des Canaries.

 

   Il ne faut pas s'étonner du temps mis par la production antillaise pour s'imposer sur le marché : les liaisons maritimes n'étaient ni sûres, ni régulières, ni rapides ; les distributeurs européens étaient déjà habitués à d'autres provenances, à d'autres qualités. Les mûrisseurs, qui avaient noué de longue date des liens avec les Canaries privilégiaient naturellement leurs fruits. Dans les années 1920-30, les exportations de bananes de la Guadeloupe se substituent aux produits dérivés de la canne à sucre : de 30 tonnes de bananes en 1922 on passe à 40 000 tonnes à la veille de la seconde guerre mondiale. Ce développement s'accompagne de celui des structures capitalistiques en charge de cette production : création en 1928 de la compagnie locale " La Fruitière " qui prend en charge le stockage et les exportations. La culture de la banane profite de la mesure de taxation des bananes d'importation en métropole au profit des bananes antillaises : les plantations se font massives, et les exportations vers la métropole décollent rapidement. Parallèlement la culture de la banane va structurer la société antillaise : aux grands colons la production sucrière et aux " petits planteurs " la production de bananes. Historiquement, c'est donc de 1928 à 1939, et grâce à la banane, que se crée dans les campagnes une petite bourgeoisie paysanne. Souvent même, il y a une concurrence locale entre exploitants de bananes et la propriété békée ancestrale et parvenue restant, elle, fidèle au sucre.

 

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Banane ... et patriarcat

 

Peau de bananes et casques lourds

 

    La banane antillaise est concurrencée après 1946 et la départementalisation en DOM par la banane " dollar " puis par la banane africaine. La production ne survit que grâce aux subventions de l'état. A la Guadeloupe, une première grève d'ouvriers des sucreries, le 14 février 1952 est réprimée dans le sang sur la commune de Moule : l'armée tire sur les grévistes. La journée est restée dans l'histoire locale sous le nom de massacre de la St Valentin. A la Martinique des émeutes font 3 morts et de nombreux blessés à Fort de France en 1959. En Octobre 1960, dans le contexte de la Guerre d'Algérie, Debré prend une ordonnance qui pose que " les fonctionnaires de l'État et des établissements publics de l'État en service dans les DOM dont le comportement est de nature à troubler l'or-dre public peuvent être, sur la proposition du préfet et sans autre formalité, rappelés d'office en Métropole par le ministre dont ils dépendent pour recevoir une nouvelle affectation. Cette décision de rappeler est indépendante des procédures disciplinaires dont ces fonctionnaires peuvent faire l'objet. Elle est notifiée par l'intermédiaire du Préfet qui peut prendre toutes mesures nécessaires à son exécution." Cette ordonnance est utilisée contre les indépendantistes antillais Dufond, Guiteau, Mauvois et Nicolas membres du Parti Communiste Martiniquais ainsi que de Edouard Glissant et Marcel Manville créateurs du front antillo-guyanais pour l'autonomie, tous fonctionnaires exilés, rétrogradés, sanctionnés pour leur appartenance politique. Par ailleurs les autorités maintiennent une violence répressive endémique depuis les années 20. Le maire qui prononça le discours lors de l'enterrement des trois victimes fut poursuivi et suspendu par la justice coloniale.

 

   Avec la création en 1967 du Bumidom Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'Outre Mer, les Antilles connaissent une migration massive de main d'œuvre vers la métropole. La Guadeloupe ne vit plus que des importations de la métropole qui impose ses tarifs sur les biens vendus en supermarché . La France a besoin de main d'œuvre les antillais sont recrutés à l'image des ouvriers étrangers venus grossir les rangs des ouvriers des usines métropolitaines. Les salaires, envoyés “au pays” permettent le maintien de la soumission à l'économie coloniale des îles.

 

Le Chlordecone

 

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A partir de 1972 l'utilisation massive de pesticides détruit progressivement l'environnement. Destiné à lutter contre un charançon attaquant les bananeraies, le chlordécone détruit la santé des ouvriers agricoles d'abord, des antillais ensuite. Le produit est interdit aux USA en 1976 mais autorisé aux Antilles Françaises à plusieurs reprises. Il est interdit depuis 1990 mais les planteurs de bananes eurent droit à une dérogation de 3 ans.

Le chlordécone a pollué toutes les Antilles. Les plantations de bananes étant situées en amont des terres agricoles, il a contaminé les cultures de patates douces en aval, puis l'eau des rivières et leurs élevages d'écrevisses, les crabes en bord de mer, les bovins, le lait de vache, jusqu'au sang de 90 % des femmes enceintes. Seules les bananes - sauf à en déguster la peau - échappent à cette contamination. . En septembre 2007, le rapport du professeur Belpomme dresse l'état des lieux de la pollution: le produit fortement cancérigène est présent partout. Il parle de " désastre sanitaire ". Un lobby bananier tente de développer une con-trexpertise en vain, même si des travaux ont été entrepris pour faire repousser des bananes. Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) estime que du fait des 1 250 tonnes de chlordécone répandues avant que l'usage ne soit définitivement interdit (1993), la pollution ne devrait disparaître que dans 7 000 ans !

 

 

La tempête Dean en Aout 2007 ravage 100 % des plantations

 

   "2007 devait être l'année phare du planteur", explique, Francis Lignières, président du groupement des Producteurs de Guadeloupe. " Après des années de vaches maigres, nous avions enfin achevé notre mutation et redressé nos exploitations." Cinq ans plus tôt la banane antillaise amorce son aggiornamento : divisée en plus de 40 marques, éparpillée sur des centaines de propriétés, minée par l'éternelle rivalité martiniquo-guadeloupéenne, discréditée à Bruxelles, la principale production agricole des tropiques français n'en finissait pas de perdre du terrain. Incapable de rester compétitive face aux coups de boutoir des bananes dollars et d'homogénéiser son système de distribution, la profession courait à sa perte. Le 1er janvier 2006, l'Organisation Mondiale du Commerce prévoyait de réduire les barrières protectionnistes européennes en vigueur. Réunis dans une seule structure: l'Union des groupements de producteurs de bananes (UGPB), présidée par Eric de Lucy - un béké martiniquais - les planteurs antillais ont donc sauvé leur profits, allant jusqu'à obtenir de l'Union Européenne un nouveau régime de montants compensatoires, non plus fondé sur la production mais sur une aide fixe. La production coloniale comptait maintenir les conditions de sa survie. Or en Août 2007, la tempête tropicale Dean fait 42 morts et ravage les plantations : " Les choses sont claires : 100 % de nos plantations ont été détruites. Au moins, il n'y aura ni polémique ni abus ", déclare Frédéric de Reynal, président de Banamart, principal groupement de planteurs martiniquais. Grâce aux subventions européennes et françaises, les bananiers ont été replantés et la production a repris. Les exportations aussi.

 

Les nouvelles bananes

 

A l'heure actuelle trois multinationales contrôlent à 60 % le marché mondial de la banane : Chiquita brands International, Dole Fruit Company et Del Monte Foods. 10 à 20 % du prix final revient dans le pays producteur et 1, 5 à 3 % dans la poche des paysans producteurs. Ceux des pays en développement comptant pour la majeure partie. A elles seules, l'Amérique du Sud et Centrale (Equateur, Costa Rica et Colombie) ont contribué pour près de 70% des exportations mondiales en 2006. Traditionnellement, les importations européennes de bananes proviennent de trois origines : de la production coloniale espagnole (Îles Canaries), et française (avec la Guadeloupe et la Martinique), de Grèce et du Portugal, des exportations en provenance des pays d’Afrique ont bénéficié d'un accès privilégié au marché européen par le biais de la Convention de Lomé et plus tard de l'Accord de Cotonou, et, finalement, d'Amérique centrale et du sud qui fournissent des pays dont le marché est libre.

La France ne s'approvisionnait avant 2006 qu'auprès de ses départements d'Outre-Mer (Guadeloupe et Martinique) et de deux pays : le Cameroun et la Côte d'Ivoire !

 

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Un os dans la banane

 

   Si depuis les années 90 des démarches ont été entreprises pour développer une production biologique , celle ci reste limitée : sur les 538 900 t que les français ont consommé en 2008, 48 % venaient de la Martinique, 23 % de Côte d'Ivoire, 14 % du Cameroun et 11 % de la Guadeloupe (11%). A la même date la production mondiale de bananes bio était de 152 000 tonnes. Les principales origines des bananes bio étaient la République Dominicaine 60.000 t, le Pérou : 27.000 t (en 2004), le Mexique, le Honduras,le Guatemala, les îles Canaries… Les importations françaises de bananes bio sont estimées de 5 à 6 000 t.

 

   Une autre piste est également développée pour améliorer la production de bananes: " Le Cirad développe depuis de nombreuses années des programmes de recherche sur les bananiers. Aujourd'hui, l'objectif général de ces recherches est de pouvoir proposer des systèmes de culture durables et respectueux de l'environnement. Pour ce faire, toutes les disciplines sont mises à contribution : l'agronomie, la physiologie, la phytopathologie, la génétique... Dans ce dernier domaine, le programme d'amélioration génétique cherche à créer de nouvelles variétés résistantes aux principales maladies et aux ravageurs de la culture. Ces variétés seront incluses dans des systèmes de culture où l'utilisation des pesticides aura presque totalement disparu. Alliés à une qualité accrue des fruits, ces caractères apporteront aux productions antillaises une valeur ajoutée plus grande.

Les programmes d'amélioration génétique en cours vont permettre d'obtenir un matériel génétique diversifié de grande qualité agronomique et organoleptique. Ce matériel sera valorisé à travers des réseaux régionaux de plate-formes d'échanges, favorisant les interactions entre les instituts de recherche et tous les utilisateurs, producteurs et transformateurs. " peut on lire sur une brochure de l'INRA consacré aux bananes. En conclusion, il s'agit bel et bien de nous faire bouffer des bananes OGM.

 

La lutte !

 

    Le Liyannaj Kont Pwofitasyon, ou abrégé en LKP (Collectif contre la profitation dans profitation, il faut comprendre “profiteur”, “exploitation” et tacitement “abus” que certains ont traduit par “exploitation outrancière”), est un collectif guadeloupéen qui regroupe une cinquantaine d'organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles de la Guadeloupe. L e collectif a été créé à la suite des premiers mouvements de décembre 2008 concernant le prix de l'essence en Gua-deloupe. En effet, comme tous les espaces dominés, les Antilles souffrent d’un déséquilibre commercial: exportatrices de matières premières, elles dépendent totalement pour leur approvisionnement de biens manufacturés de la métropole qui impose ses tarifs. Ajoutons que si le territoire est petit, les transports publics sont très mal organisés et par conséquent l’essence et les véhicules individuels jouent un rôle indispensable.

    Le collectif est à l'origine de la grève générale de 2009 qui a touché l'île entre le 20 janvier et le 4 mars. Sur la base de la grève précédente, le LKP a formulé un catalogue de 110 revendications (40 revendications sont ajoutées durant la grève) réparties en dix points de " niveau et condition de vie " à " arete pwofitasyon " (= arrêter la profitation) en passant par l'eau, l'aménagement du territoire ou la formation...

 

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    Le collectif parvient très vite à imposer ses mots d’ordres et ses pratiques : barrage des routes, fermeture des magasins, intimidation des patrons de l’hôtellerie en pleine période de carnaval et de vacances scolaires en métropole.

    A partir du 26 janvier, il obtient une négociation quadripartite: Patronat, Etat, représentants des élus et LKP soit au septième jour de blocage. Le ministre de l’outre mer qui n’intervient que le 1er février (11ème jour de grève) arrive avec plusieurs compagnies de gardes mobiles chargés de faire respecter la liberté de travail et de circulation. Après une semaine d’atermoiements le ministre repart. Les négociations sont dans l’impasse. Le patronat, les élus et l’Etat refusent l’augmentation de 200 euros pour tous les bas salaires. Le LKP réplique par des opérations “île morte”. Sur les barrages les affrontements deviennent quotidiens. De plus en plus de voix patronales dénoncent “l’irresponsabilité des syndicalistes qui vont torpiller l’économie de l’île”. Le 18 février, au 30ème jour de grève, on relève un mort sans qu’on puisse directement le rattacher à la lutte en cours. Dans la pratique, après chaque déblocage des routes, les jeunes réoccupent la chaussée et réinstallent les barrages. A partir du 20, les affrontements diminuent en intensité mais le MEDEF local refuse de prendre la suite de l’Etat dans la politique salariale. Le 4 mars le travail reprend dans l’île : la principale revendication : + 200 euros sur tous les bas salaires est satisfaite.

 

    La diversité des revendications et des membres du collectif à permis de tenir 44 jours de grève générale à la Guadeloupeet de déborder les structures d'encadrement dans une confrontation directe aux autorités. A l'heure actuelle le LKP négocie pied à pied face aux atermoiements des autorités d'état et au patronat beké sur les points non satisfaits du cahier des 150 revendications.

 

 

Références :

 

LIBERATION.17/10/2000. Un nouveau syndicat s’ancre chez les dockers.

http://www.dunkerque-port.fr/fr/presse/dossiers-presse-port-dunkerque.html

http://www.wk-transport-logistique.fr/actualites/detail/31607/le-mouvement-social-des-ports-francais-s-intensifie.html

http://lecodunord.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=404:dunkerque-port-charte-de-partenariat-avec-les-producteurs-de-bananes&catid=99:ports-et-eurotunnel&Itemid=139

Wikipédia : article banane

Marc Dufumier, « Amérique centrale et Caraïbes : les Républiques bananières de l'arrière-cour », in Agricultures et paysanneries des Tiers mondes, Ed. Karthala, Paris, 2008)

http://www.spandidos-publication.com/ijo/34/4/1037

http:collectif5fevrier.org

http://www.antilles.inra.fr/antilles/la_documentation/dossiers_et_documents

http://www.lkp-gwa.org/

F Gircour.LKP : grève générale en Guadeloupe. Syllepse. 2010

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 18:35

 

     Les pêcheurs regroupés au sein de la coopérative maritime Logicoop pratiquent depuis 2009 la vente directe de leur pêche sur le quai du port de Saint-Jean-de-Luz. Cette démarche permet à une dizaine d’équipages de vivre de leur activité mais ce n’est pas du goût de tout le monde et notamment de la Chambre de Commerce et d’Industrie qui souhaite voir la coopérative cesser son activité. La coopérative qui aide à la permanence d'une pêche artisanale sur la côte basque a depuis établi des liens avec des groupes de consommateurs de l'intérieur du Pays Basque pour des livraisons de colis de poissons dans les bourgs éloignés de la côte. 

 

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    “Le principe, directement inspiré de ce qui se pratique dans l'agriculture avec les associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (Amap), a d'abord une visée économique mais a également pour but de valoriser des espèces de poissons moins demandées à la criée ou en poissonnerie, mais ayant des qualités gustatives comparables aux poissons dits nobles : maquereau, sardine, chinchard, mais aussi dorade ...”

 

Pour plus d'informations, voir : regard sur la pêche et l’aquaculture. http://aquaculture-aquablog.blogspot.com/2010/03/logicoop-persiste-et-signe-dans-la.html

 

ou http://www.logicoop-ciboure.com/
Logicoop, B.P. 315   64500 Ciboure

logicoop@wanadoo.fr

 

Boulogne-sur-mer. Avril 2011.

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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 11:41

 


 

blocage port

Le mouvement de ces derniers mois met en lumière l’échec de la logique productiviste à laquelle n’a finalement pas échappée la pêche artisanale européenne. L’augmentation du prix du carburant révèle les contradictions de nature écologiques et sociales qui frappent l’activité et annoncent sa prochaine restructuration.

 

Jusqu’au tournant du vingtième siècle, la pêche en mer demeurait au même titre que le travail de la terre une activité rythmée par le cycle des saisons. Progressivement, les industriels de la conserverie et de la transformation vont prendre le contrôle de la filière, en Bretagne d’abord, puis sur les littoraux de la Méditerranée et ensuite de la Manche. En imposant leurs conditions aux pêcheries, ils recevront un approvisionnement de matière première dorénavant soumis aux impératifs du marché. Dès lors, les rapports de productions capitalistes - étayés par lesplans de soutien” de l’Etat à l’activité -s’appliqueront méthodiquement aux hommes comme à la ressource, ouvrant une époque ininterrompue de crises. La reconstitution des stocks durant les années de la deuxième guerre mondiale, masquera pour les décennies suivantes les effets du déséquilibre qui s’annonce. Mais au sortir des années soixante-dix, le réveil est brutal. Les stocks travaillées par les flottes industrielles sont en voie d’épuisement, les espèces telles : la morue, le hareng ou le thon sont menacées de disparition. Cette flotte trouve alors le salut dans la capture des espèces des profondeurs et le déplacement vers les mers du Sud. L’activité artisanale, frappée à son tour par les mêmes maux, ne peut envisager pareille échappatoire. Nulle possibilité s’offre à elle de travailler dans des eaux plus lointaines ou encore en profondeur.

Ainsi, le mouvement qui se développe aujourd’hui en Europe, ne peut s’apprécier à l’aune du seul coût du baril de pétrole ; ce à quoi entendent le réduire les médias. Il exprime en réalité la résistance des unités les moins performantes d’une certaine pêche artisanale, soumises à une exploitation intensive des fonds et dorénavant poussées vers les chantiers de démolition. Et la saignée s’annonce violente : les armements disposent de plus d’une fois et demie la capacité maximale d’extraction, alors que les trois quarts de la ressource disponible a déjà été pêchée.

En amont, le marché européen des produits de la mer - en expansion depuis plusieurs années -entend maintenir ses marges. N’en doutons pas, les états l’y aideront en rationalisant le secteur. La restructuration de la flotte est de nouveau à l’ordre du jour et avec elle sa concentration.


La politique européenne de la pêche.

La politique de pêche européenne s’est construite sur le modèle productiviste de la PAC- la politique agricole commune. Comme pour le secteur agricole la priorité fut donnée à un exercice intensif de l’activité soutenu par les aides publiques d’Etat et de l’Europe. Mais à contrario de l’industrie agraire, et bien qu’elle dispose du premier espace maritime au monde et compte pour la troisième puissance de pêche mondiale, l’U.E importe 60 % de ses besoins en produits de la mer. A cela on peut évoquer deux raisons : la première étant le rapport à la propriété, différent sur mer de celui qui s’applique sur les terres. Rappelons que les petits paysans propriétaires constitueront au long du siècle dernier une opposition tenace à la concentration des terres et à leur exploitation sur un mode productiviste. L’exploitation des eaux non soumise au même droit de propriété a permis une concentration plus rapide de l’activité sans qu’aucune résistance ne lui soit opposée. En conséquence, l’épuisement des fonds marins précéda puis accompagna celui de l’appauvrissement des terres cultivées. La seconde tient à l’accès de l’U.E aux zones de pêches de plusieurs pays d’Afrique, des caraïbes et du pacifique. Sous couvert d’accords, ce redéploiement de la pêche industrielle maintient la paix sociale au Nord. Elle alimente la presque totalité de l’industrie de la transformation qui emploie 150 000 travailleurs directs pour une recette de 18 milliards d’euros par an.

En retour, la pérennité des pêches locales est mise à mal et menace la sécurité alimentaire des populations. Une partie d’entre elles sont alors contraintes à l’exil. Une tendance qui se renforce par le biais des programmes d’aides de la banque mondiale et de la FAO. En favorisant la création d’unités industrielles dans ces pays, elles ont surtout encouragé la chasse aux devises étrangères et précipité la destruction du tissu social côtier.


Les artisans happés par le marché.

D’abord, précisons qu’au delà du statut juridique, il n’existe pas un, mais bien différents types de pêches artisanales. Les effets sur le milieu naturel et l’organisation sociale du travail sont donc ressentis différemment selon que l’on pratique, une pêche rationalisée à l’extrême en mer du Nord, ou quelques captures par sortie, comme c’est encore le cas parfois en Méditerranée. Les oppositions durant le mouvement entre filayeurs et chalutiers boulonnais, mettront certaines de ces particularités en lumière. Les uns consommant peu de carburant se mobilisèrent avant tout pour des obtenir des quotas plus important quand les seconds partant pêcher au loin revendiquaient le gas-oil à 40ct d’euro à la pompe.

Traditionnellement, les artisans approvisionnent le marché local en pêche fraîche. L’intérêt des sociétés de mareyage puis de la grande distribution pour cette production va encourager les flotilles à accroître leurs rendements et les contraindre à se moderniser. Graduellement, le capital va se substituer au travail ; la mécanisation des taches entraînera la diminution en proportion du nombre de marins. Les équipements électroniques et informatiques de détection, les GPS, les nouveaux systèmes de mise à l’eau de chaluts plus efficients, etc ...permettent maintenant des prises plus sélectives mais augmentent la pression exercée sur les stocks. Pour financer ces investissements, les artisans recourent aux coopératives intéressées en retour aux résultats des flotilles. Certaines ont prospéré et diversifié leur activité au-delà de la seule pêche : mareyage, restauration... La coopérative maritime d’Etaples près de Boulogne sur mer emploie actuellement 700 personnes dont 380 pêcheurs.

Cette course à la mécanisation exacerbe la concurrence sur les mêmes zones de pêche et contribue en parallèle à éliminer les bateaux les moins équipés. Contraints à la surpêche par le remboursement d’équipement extrêmement onéreux alors que la ressource est au plus bas et les marges bénéficiaires en baisse, les artisans sont pris au piège d’une logique sans issue après avoir perdu le contrôle de leur activité. Puisqu’ils n’interviennent ni sur les prix, fixés en criée par un système de vente aux enchères, ni sur la nature des ventes et les marges exigées par la grande distribution qui écoule 67 % de leur production, il ne leur reste alors qu’à se tourner vers l’Etat.

 

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A qui profitent les aides ?

Au regard de la situation, la revendication sur le prix du gas-oil apparaît comme une aubaine pour les Etats. D’abord parce qu’ils peuvent y répondre, donc calmer le jeu et donner l’illusion de soutenir l’activité : la pêche ne représente que 1% de la consommation de carburant, tous secteurs confondus. Mais surtout parce que l’Europe n’ignore pas qu’au delà de la revendication d’un “gas-oil eurocompatible”, l’unité affichée dans les manifestations vole en éclat. Quant au “non irlandais” évoqué par certains, il ne change rien à la donne.

Les aides consenties par Barnier et l’Europe ne sont d’ailleurs qu’un allégement fiscal déjà prévu et facilement accordé aux P.M.E. Le plus souvent, ces aides donnent lieu à une sérieuse mise en concurrence entre eux des organismes chargés de les percevoir, et avivent les tensions au sein de la profession.

D’ailleurs, maintenant qu’ils savent les pêcheurs en situation de fragilité, les Etat vont pouvoir appliquer le “plan 2007-2013” prévu par le FEP - le plan européen pour la pêche. Un nouveau fond dit de “déchirage” y est inclus qui, sous forme d’aides, envisage la réduction “substantielle de l’effort de pêche”. Les précédents plans avaient d’abord profité aux plus gros navires et conduit les petites unités à la casse voir au rachat de chalutiers artisans par des armements industriels. Rappelons au passage que, le déblocage de 12 millions d’euros d’aides “minimis” en févier, le furent d’abord pour les gros chalutiers... Le plan à venir confirmera donc la tendance à la concentration d’une pêche qui, avec moins de bateaux et moins de marins continuera d’alimenter les étals de la grande distribution.


Le mouvement : patrons et comités contestés par la base.

La contestation par les marins pêcheurs du marché qui les étrangle, s’est d’abord exprimée dans les actes. Sur la question de la rémunération du travail et des intermédiaires, nombreux furent les hypermarchés dont les étals furent vidés ou saccagés et le poisson distribué gratuitement. Des mareyeurs et des poissonneries connurent le même sort ainsi que les camions frigorifiques important du poisson aux usines de transformation de Boulogne sur mer. Un matelot expliquait : “ Le cabillaud est acheté 3,18 € en criée et revendu 18 € dans des poissonneries parfois gérées par des professionnels eux-même ”. Plusieurs ports furent partiellement ou complètement bloqués interdisant dans certains d’entre eux le trafic marchand ou passagers. Dans le détroit du Pas de Calais, une “opération escargot” a ralenti momentanément le trafic de “portes conteneurs” le plus dense au monde ! Les dépôts de carburant furent bloqués et la répression inégalement ressentie selon les régions.

Mais, la nouveauté dans ce mouvement fut la forte contestation par la base des instances dites représentatives : comités locaux, régionaux et national des pêches ainsi que les syndicats. Une contestation qui entraîna de multiples démissions et donna lieu à des tentatives de coordinations. L’Etat a d’ailleurs pris la mesure de la charge en faisant avancer la date des élections professionnelles à janvier 2009. Les raisons de cette opposition sont de deux ordres : des instances nationales jugées proches de l’Etat et accusées de diviser la profession en privilégiant les intérêts des patrons. Et ensuite, le fameux système des aides sur le prix du carburant, qui pour les marins n’a profité qu’aux patrons alors que le montant du gas-oil est prélevé directement sur leur fiche de paie. C’est ainsi que le 26 mai, les matelots votèrent la grève quand les patrons appelaient à reprendre le travail : “si nous devons aller droit dans le mur, nos dirigeants viendront avec nous... nos patrons ont réussi à payer leurs bateaux et nous on risque de nous prendre nos maisons”.

A suivre donc.

Boulogne sur mer le 25/06/08.

 

Lexique

Le comité national des pêches maritimes:

Il est crée dans les années 30 au moment de la crise économique. c’est un organisme paritaire composé d'élus professionnels et de représentants syndicaux issus de tous les types de pêche ainsi que de 13 comités régionaux et de 39 comités locaux auxquels adhèrent

obligatoirement les membres des professions.

 

Le patron de pêche:est le marin responsable de l'équipage, du navire et du produit de la pêche. Le patron de pêche artisanale exerce sur des bateaux de moins de 12 mètres à 16 mètres de long.

Il peut être propriétaire de son bateau.

 

L'armateuréquipe un bateau en vue d’une activité de commerce, de pêche, de transport... . Il fournit le matériel nécessaire à l’activité en question. . L'armateur peut donc être propriétaire du navire ou simplement affreteur. L’armateur d’un bateau de pêche artisanale est souvent son propriétaire.

Le fileyeur: dépose ses filets sur le fond, le long des côtes, en "art dormant". Le plus souvent, c'est une installation du jour pour le lendemain.

Selon les zones de pêches, les espèces et les saisons, le pêcheurs utilisera différents types des filet aux mailles différentes ; le plus courant est appelé : filet trémail".

 

Le chalutier : pratiques les "arts traînants". Il laisse dériver un filet derrière le bateau, soit entre deux eaux, soit sur le fond.

 

Les aides de "minimis" : sont des aides attribuées par l' Etat ou les régions, ou d'autres pouvoirs publics, d'un montant inférieur à 100000 euros sur une période de 3 ans. L'Europe estime que son faible montant n'entrave pas les règles de la libre concurrence.

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14 janvier 2003 2 14 /01 /janvier /2003 18:21

 

En décembre 2002, les négociations sur la nouvelle politique européenne en matière de pêche ont tourné à la foire d'empoigne entre les différents ministres européens. Deux camps : les " pro-pêche " : (France, Espagne, Portugal, Irlande, Italie, Grèce) et les "anti-pêche " (Allemagne, Suède, Norvège) se sont acharnés à défendre l’intérêt de leur secteur respectif.

Deux options d’une seule et même logique productiviste et dévastatrice -fermes d'élevage ou pêche industrielle- qui ne vise qu’à satisfaire l’ intérêt des marchands

 

 

Pêche intensive ...


 

     La pêche intensive telle qu’elle se pratique depuis des décennies a eu pour effet de mettre en danger les stocks de nombreuses espèces. Aujourd’hui, celles des grands fonds, peu connues car peu étudiées - aucun état initial des stocks n'a été établi - comme la Lingue, l’Empereur, le Beryx, ne sont plus épargnées. Les reproches faits aux pêcheurs par le commissaire européen Franz Fischler et les solutions qu'il propose se résument à l’application d’un “principe de précaution” nécessaire d’après lui au vu du flou scientifique dans lequel baigne le secteur halieutique (les pêcheurs ayant leurs scientifiques et les " anti-pêche " les leurs ... ). C’est aujourd’hui devenu une facilité pour les pouvoirs de tous poils que de se cacher derrière l’avis des scientifiques de tel laboratoire ou de son concurrent et ainsi d’évincer la question de fond. La question économique, sociale et écologique, en mot comme cent, la question politique.


 

ou élevage industriel ?

 

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    L'élevage industriel de poissons, présenté comme une alternative respectueuse du milieu est loin d’en être une ne serait-ce qu’en terme de respect de l’équilibre biologique. En effet, ce type d'élevage nécessite de part sa nature même l'utilisation massive de produits issus de l’industrie chimique : antibiotiques, d'additifs alimentaires aux effets toujours mal connus etc... Par ailleurs, le recours à la sélection génétique aboutit à un appauvrissement dramatique du patrimoine des espèces d’élevage, mais aussi, de part la pollution (alevins " s'enfuyant ", matériel génétique (œufs, sperme) diffusé dans l'environnement) à une contamination des espèces sauvages situées à proximité des lieux d’élevage. Le phénomène est tel qu'en Europe, de nombreux saumons " sauvages " étudiés révèlent posséder d'importantes traces de gênes originaires de saumons d'élevage. Les effets à moyen et long terme sont peu voire pas connus et l'on peut craindre le pire. Ainsi, on a déjàconstaté, que la majorité des alevins des saumons sauvages sont à 65% des femelles. Ce phénomène inexpliqué à ce jour est constaté depuis une dizaine d'année à proximité de fermes d'élevage norvégiennes.

 

 

La même logique à l’œuvre.

 

     Derrière les fameux intérêts nationaux mis en avant par les médias européens, on constate qu’une fois encore, la logique du capital est la seule a prévaloir dans ces négociations.

 

Boulogne-sur-mer. Janvier 2003.

 

 

Encadré : Résumé des mesures prises par l’Union européenne.

 

Limitation des prises :

 

    Les prises autorisées de cabillaud seront réduites de 45 % à partir du 1er février 2003, au lieu des des 80 % préconisés par Bruxelles. Les quinze repoussent à la fin mars l’adoption d’un plan définitif de reconstitution des espèces pour une mise en application au 1er juillet.

 

Effort de pêche” :

 

    Dans l’immédiat, la prise en compte de “l’effort de pêche” - le temps passé en mer - ne s’appliquera qu’aux stocks de cabillaud de la mer du Nord, de l’Ouest de l’Ecosse, du Skagerrak/Kagerrat (au large du Danemark). Il ne touchera ni l’est de la Manche, ni la mer d’Irlande, concession aux marins irlandais et aux français de Boulogne-sur-mer.

 

Aides publiques :

 

     Des aides au renouvellement des bateaux pourront être octroyées jusqu’au 31 décembre 2004. Pour chaque navire neuf financé sur fonds publics, un ancien de capacité équivalente partira à la casse.

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14 mai 1999 5 14 /05 /mai /1999 14:50

 

Il est difficile d'affirmer que la situation de ce secteur s'améliore comme semble s'en convaincre une partie des responsables économiques locaux. Ces épiciers parlent de "modernisation de la filière". A l'évidence, les évolutions que rencontre actuellement la pêche confirment son ancrage dans la sphère marchande. L'exploitation des stocks et leur dégradation s'accentuent, les tonnages baissent mais les cours montent et la grande distribution impose de plus en plus sa loi. Une autre voie est-elle encore possible ?

 

 

De la baisse des prises à la hausse des prix

 

    

     Un simple retour en arrière de quelques années seulement suffit à cerner les principaux traits du problème. Si la pêche boulonnaise débarquait encore 113 000 T de poisson en 1978, ce ne sont plus que 65 000 t qui le seront en 1995 pour moins de 55 000 t. en 1998. Le chiffre d'affaire connaît pour sa part une croissance proportionnellement inverse, puisqu'il a quasiment doublé en vingt ans atteignant 615 millions de francs l'année passée contre 347 millions deux décennies plus tôt. Pour l'année 98, il a connu malgré une baisse tendancielle des tonnages une progression de 10 %. Ce paradoxe s'explique aisément par la spécialisation à laquelle recourent nombre de pêcheries ; la rareté de certaines espèces leur apporte une compensation financière que ne sont plus en mesure d'assurer les stocks traditionnellement surexploités.

 

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    Cette évolution se traduit depuis quelques années par un déplacement des objectifs de pêche notamment de la pêche industrielle. Si aujourd'hui le hareng, le maquereau, l'églefin et le merlan jouent un rôle secondaire, c'est bien parce qu'on leur a trouvé des remplaçants de choix tels que l'empereur ou le grenadier, des espèces rares à forte valeur commerciale. Leur rareté a ainsi permis une hausse des cours de 24 %, de sorte que grâce à cette manne, la pêche hauturière réalise dorénavant 40 % de son chiffre d'affaire et 28 % de ses débarquements. Ce repli sur les espèces de grands fonds de l'ouest de l’Écosse offre au secteur un taux de profit acceptable voir en augmentation. Pour autant, il est difficile d'entrevoir au travers de ce choix autre chose qu'une issue à court terme sans perspective réelle. L’exploitation industrielle de ces d'espèces permet aujourd’hui d'engranger rapidement des profits mais le risque est inchangé pour les stocks qui n'attendrons pas cette fois plusieurs décennies avant de se tarir.

 

    Ajoutons à cela, une flotte industrielle boulonnaise qui atteint une moyenne d' âge honorable sans qu’aucun projet nouveau ne soit annoncé. "Les navires ont entre vingt et quarante ans et les armateurs n'envisagent pas de nouvelle construction". Le modèle productiviste vivrait-il ses dernières heures ? Le secteur a sans doute encore quelques années devant lui, et il serait hâtif de l'inhumer avant l'heure. Pour autant, le recours aux expédients commerciaux tel que l'annonce de l'état de la pêche avant retour semble dérisoire au regard de l'état des lieux. Certains sentent à l'évidence le vent tourner. J.M Legarrec, qui en parallèle à son activité locale se tourne ainsi vers les eaux africaines (voir encadré). Quant au secteur artisanal, qui avec ses 126 bateaux assure maintenant le gros des rentrées, il traverse également une passe difficile. En sept ans, la coopérative maritime d’ Etaples a vu baisser ses débarquements de 5 500 tonnes. Pour faire face à la situation, les commerciaux du secteur entendent privilégier la qualité en commercialisant des prises de choix à prix plus élevés et dorénavant labellisées.


 

L'impasse du marché

 

 

     La grande distribution entrée dans la partie, ne peut porter à elle seule la responsabilité du saccage de la ressource. Sans elle, le secteur connaîtrait d'identiques difficultés, mais le poids qu'elle acquiert depuis un passé proche dans la commercialisation des produits de la mer, rend plus lisible les raisons profondes de la crise . En moyenne, la consommation de poisson en France tourne autour de 25 kg par habitant, avec depuis les années 80 une tendance à la hausse de l'ordre de 27 %. Quand on sait que la grande distribution assure 63 % des ventes de ces denrées alimentaires, on comprend l'influence croissante qu'elle prend dans l’évolution du secteur. Certains groupes n'hésitent d'ailleurs pas à s'installer plus en amont de l'activité en devenant armateur ou mareyeur comme l’enseigne Intermarché par exemple. Leur objectif est de vendre aux meilleurs prix des volumes importants tout en réduisant les intermédiaires. Cette stratégie consiste à opérer un forcing auprès des coopératives afin qu'elles incitent les producteurs à fournir des produits de qualité en grande quantité, politique promotionnelle oblige. Naturellement, la grande distribution s' arroge d’autorité le pouvoir de fixer les prix... Même si certains y voient un moyen de s'assurer des contrats - il faut pouvoir présenter quelques gagnants- les relations restent tendues entre les parties. C’est ainsi qu’en 1994, au plus fort du mouvement des marins-pêcheurs, la grande distribution a fait les frais de leur mécontentement. Depuis, quelques tables rondes ont tenté de faire se rencontrer les deux parties, mais il faut bien le dire les relations restent tendues, et pour cause...

 

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      Globalement, en monopolisant progressivement la commercialisation des produits, les grandes surfaces amplifient l'exploitation industrielle des fonds. Bruxelles en porte autant la responsabilité par son double discours. Si les instances européennes entendent dans un premier temps faire face à la raréfaction des espèces, c'est pour mieux laisser libre cours à des menées commerciales irresponsables. Cette trop fameuse exigence du marché a toujours présenté comme favorable ce qui l'était pour ses intérêts propres au détriment des ressources naturelles et des groupes humains . On pourrait d'ailleurs en tirer une comparaison aisée avec la crise qui frappe la petite paysannerie qui est aujourd'hui sacrifiée au profit des industriels de l’agro-business et leur base d’agriculteurs productivistes pensionnés par l'Europe.


 

Du problème des fonds au fond du problème

 

 

     Cela fait maintenant trente ans que l'activité rencontre des déséquilibres croissants ; l'alerte fut donnée dans les années 70 lorsque les stocks de la mer du Nord commencèrent à se tarir (2). Depuis, l'exploitation accrue des fonds sous l'effet conjugué de techniques et de moyens d'exploitation de plus en plus efficaces a provoqué une diminution du revenu moyen des producteurs et une réduction considérable de la ressource. Actuellement, les espèces de fond de 1'Atlantique Nord , longtemps les plus prisées, comme : la plie, la morue, le merlan, le cabillaud... connaissent une diminution de leurs prises de 4,5 millions de tonnes. A une autre échelle, ce sont 75 % des stocks classés par la FAO qui sont aujourd'hui surexploités ou épuisés. Concrètement, cela se traduit par une une baisse du nombre des individus, de leur longévité et de leur capacité de reproduction puisqu'ils sont toujours moins nombreux à en atteindre l'âge. Une logique qui va jusqu'à entraîner une modification des caractéristiques physiques de certaines espèces de la mer du Nord, comme la plie ou la morue, qui depuis 1920 ont connu une diminution de leur taille de l'ordre de 3 cm.


      Ajoutons à cela, que, les effets de cette politique ne se limitent pas aux stocks soumis aux pêcheries à des fins commerciales ; on sait que 30 à 50 % des prises n'intéressent pas les revendeurs, elles sont alors rejetées en mer; des rejets qui depuis longtemps ont des effets dévastateurs. De façon à conjurer la raréfaction des espèces, la réaction des exploitants fut de se doter d'outils toujours plus performants ; une fuite en avant à l’origine de l'endettement de nombre d'unités entraînées dans une spirale dont peu réussissent à s'extraire. On a donc affaire là à une crise qui frappe tant le milieu naturel que la sphère humaine et sociale. En cela, les enseignements que nous pouvons en tirer nous éclairent aujourd'hui sur la nature des défis à relever dans une période où le modèle capitaliste de développement reposant sur le productivisme craque de part en part.

 

 

Vers la rationalisation de l'exploitation

 

 

     La réponse de l’État en la matière ne laisse entrevoir aucune sortie écologique et sociale de la crise, tout au plus se contente-t-il de ménager la chèvre et le choux. La commission européenne, fidèle à son credo, propose dans sa "réforme des marchés de la pêche" de faire face à la raréfaction en adaptant principalement les captures aux besoins des marchés. Pour y parvenir, elle s'engage à verser des aides financières et incite les producteurs à conclure des accords avec les acheteurs avant les campagnes. Dans le même temps, Bruxelles envisage une réduction de la puissance des pêches par le renouvellement des unités et une modification du type de navire. A terme, on s'achemine vers la disparition des unités de pêche industrielle comme des canards boiteux de la flotte artisanale. En clair, on met sur pied une flotte semi-industrielle par le renouvellement et la réduction du nombre d'unités. Le Nord-Pas-de-Calais a ainsi obtenu la moitié des aides destinées au renouvellement des bateaux. S'il on ajoute à cela un arsenal juridique et économique passant par les quotas d'exploitation et notamment le contingentement des captures par le TAC (3), on peut en conclure qu'on s'achemine vers une rationalisation de l'exploitation des fonds. Néanmoins, cette adaptation recherchée de la capacité des pêcheries à l'état de la ressource ne constitue pas une garantie pour 1’avenir. Certains restent très prudents et s'interrogent sur un possible rétablissement des stocks malgré les mesures d'encadrement mises en place.

 

 

Quel avenir ?

 

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      Avec la ressource, ce sont aussi les structures sociales des ports qui sont touchées. La flotte artisanale boulonnaise a perdu 20 % de ses effectifs en 10 ans. L'avenir du secteur est incertain et les politiques d'adaptation et de limitation techniques montrent leurs limites. On ne peut alors envisager d'autre avenir pour la pêche que celui d'une nécessaire adéquation entre les intérêts des pêcheurs eux-mêmes et le respect des rythmes biologiques du milieu naturel. Nous savons maintenant que contrairement à ce que l'on a longtemps cru et que certains continuent de marteler, la ressource n'est pas inépuisable. Avant qu'il ne soit trop tard, il faut envisager la réorientation de la production vers la satisfaction de besoins alimentaires réels. C'est un choix politique, un choix de société en contradiction avec les intérêts du capital : industriels et commerçants qui modèlent jusqu’à nos comportements alimentaires. A un moment où le secteur rencontre des difficultés à recruter des jeunes voulant embarquer et pour cause... il faut peut être regarder du côté de ces paysans qui luttent pour re-développer un modèle d'agriculture respectueux du milieu naturel et du tissu social. Un modèle en rupture avec le productivisme et la concurrence.

 

 

Boulogne-sur-mer. Mai 1999.

 

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Encadré 1 : Les prédateurs occidentaux

 

      Depuis une vingtaine d'années, la pêche européenne se replie sur les eaux africaines pour répondre aux objectifs du marché. Après avoir mis en péril les fonds de l'Atlantique nord, ces pêcheries réitèrent leurs exploits sous couvert d’accords signés par l'intermédiaire de Bruxelles avec plus d’une quinzaine de pays africains. Si les pouvoirs en place y voient un moyen de faire rentrer des devises, ces accords commerciaux constituent un danger supplémentaire pour les population. A terme, c’est les priver d’une ressource alimentaire vitale et contribuer à la destruction de tout un secteur économique et artisanal indispensable. C’est une fois encore, sacrifier les intérêts de populations locales sur l’autel des intérêts du capital occidental.

      Le boulonnais Le Garrec mènerait campagne dans les riches eaux au large de la Namibie, information qui reste à confirmer puisque ce pays s’était jusqu’à aujourd’hui opposé à ces accords. A noter que certains États comme le Maroc ou la Mauritanie souhaitent maintenant y mettre un terme.

 

 

Encadré 2 : Les 35 heures dans la pêche

 

     L'application de la loi Aubry vient d'être précisée (circulaire n°463 du 4/3/1999) pour les entreprises de pêche maritime pratiquant la rémunération à la part. La RTT pour le personnel navigant passe par une réduction du nombre de jours d' embarquement, et une augmentation des jours de repos pris à terre. Le calcul de la durée du travail se fera sur la base du nombre de journées d'embarquement correspondant au nombre de jours de mer effectifs.

      La circulaire recommande par ailleurs aux entreprises de s'engager dans une nette amélioration des conditions de travail des marins salariés. Ces adaptations ont pour but de “diminuer la pénibilité du métier" et de le rendre "plus attractif pour les jeunes". Rappelons simplement que la pêche est le secteur d’activité où les accidents du travail sont les plus nombreux et les plus graves proportionnellement aux effectifs.

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13 novembre 1996 3 13 /11 /novembre /1996 23:38

 

La situation dans le domaine de la pêche n'a pas véritablement évolué depuis l'année passée, on ne voit d'ailleurs pas comment il pourrait en être autrement. C'est pour nous l'occasion de réaffirmer 1'urgence d'une exploitation respectueuse du milieu et donc en rupture avec "les exigences du marché".

 

     Le projet de loi de Philippe Vasseur qui devrait entrer en vigueur au début de l'année 97, se veut une réponse aux problèmes rencontrés par ce secteur d'activité depuis une décennie. Souvenez vous qu'il aura fallu que les marins pêcheurs tiennent le haut de l'actualité pour que les pouvoirs publics se pressent au chevet du malade. Et pourtant, à l'examen du projet ministériel, il ne fait aucun doute que les causes profondes de la crise ne trouveront cette fois encore de conclusion pour la simple raison que la logique productiviste qui hypothèque à terme la ressource assoit l'ossature de ce plan.

 

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Marché, vous avez dit marché...

 

Indéniablement, les recettes préconisées ne sont qu’une allégeance à peine dissimulée aux intérêts du marché. En reprenant les termes du texte, "mieux gérer la ressource en intégrant pleinement les données du Marché... prenant en compte les besoins économiques et sociaux des populations et des régions" on comprend à l'évidence que toute sortie équilibrée de l'impasse prédatrice dans laquelle s'est engouffrée l'exploitation des fonds n'est d'aucune manière envisagée. Pour le moins, il convient de s'interroger sur ce qu'entend le ministre dans ce qui constitue le deuxième point de son projet en proposant "la régulation des apports et les besoins du marché". Car le marché objet de toutes les justifications de la politique libérale, n'est pas la main invisible qui d'une façon quasi parfaite établit la concordance entre l'offre et la demande. Dans la réalité, les besoins ne sont pas ceux qu'il s'agit de satisfaire biologiquement et socialement mais plutôt les fruits d'un conditionnement qui fluctue au rythme des profits fixés. Ainsi lorsque P. Vasseur fait mine de prendre en considération les contraintes du milieu naturel, c'est pour mieux refuser à Bruxelles la réduction de 20 à 40 % des captures préconisée par un groupe de scientifiques.

 

     Cette commission a estimé la diminution des prises vitale pour l’équilibre des espèces démersales (cabillaud, églefin, merlan ... ) et pélagiques avant la fin de l'année 2002. A cette annonce la levée de bouclier fut unanime chez les ministres concernés. Une réaction inquiétante quand on sait que la revendication émanent d'un groupe de chercheurs opérant pour le compte des marchands européens. Par ailleurs la contradiction n'est qu'apparente, puisque la protection des stocks n'ambitionne pas de rétablir un équilibre par trop compromis mais plutôt de permettre l'augmentation de la production mondiale de 15 à 20 %. Logique suicidaire qu'illustrent les résultats obtenus par le port boulonnais en 1994 avec une baisse de 6 % des prises et de 9 % selon les prévisions établies pour l'année 1995. La bande côtière, zone de surexploitation comme espace d'évolution des poissons les plus jeunes, qui mériterait une intervention rapide dans le but de rétablir la situation, ne fera l'objet d'un examen que dans deux ans...

 

 

Le poisson à toutes les sauces

 

    Rien donc, ne semble pouvoir freiner ces halieutivores dans leur incessante quête de profits, puisqu'ils fixent à 500 000tonnes la quantité de produits que traitera le complexe de transformation de la ressource dans les dix ans à venir au lieu des 300 000tonnes actuelles. Pour ce faire, le ministre de la mer a réaffirmé la nécessité d’accroître les importations afin de faire face à la situation déficitaire que connaîtrait en ce moment le marché français. Déficitaire signifiant qu'il ne rapporte pas ce qu'il devrait. Il rappela dans le but de calmer les esprits des producteurs que les importations feront l'objet de contrôles sanitaires stricts. D'un ministère à l'autre, si notre homme sert un discours qui semble en apparence ménager la chèvre et le consommateur, dans les faits, il couvre les intérêts financiers des magnats de l'agro-alimentaire et de la grande distribution. En effet, la part que se taillent les hyper et supermarchés dans la commercialisation des produits maritimes est de l’ordre de 51 %, et représente 5 % de leur chiffre d'affaire dans le domaine alimentaire. On comprend alors mieux ce qu'entend P. Vasseur lorsqu'il évoque le déficit du marché français.

 

     La consommation de poisson frais a augmenté de 9 % en 1995,une croissance à mettre en parallèle avec l'essor des produits surgelés et une modification des habitudes alimentaires. Ce tournant ne correspond ni a une croissance de la population, qui impliquerait un approvisionnement accru, ni à un changement qualitatif de la manière de se nourrir -le poisson, grâce à ses acides gras saturés, permet d'éviter les maladies coronariennes- mais plusprosaïquement aux pratiques commerciales des patrons de grandes surface.

 

 

Une autre logique s’impose.

 

     En rappelant lors du salon Profish que la population mondiale atteindra les 10 milliards dans la première moitié du siècle prochain et que le défi à relever sera aussi alimentaire, le président d'IFREMER ne croyait pas si bien dire. La contrainte démographique pèsera de tout son poids dans la recherche d'une alternative au saccage systématique des milieux naturels et des conséquences qu'il implique. Il semblait acquis il y a encore vingt ans que les ressources halieutiques étaient inépuisables, on sait dorénavant qu'il n’en est rien. A l'époque, certains envisageaient même de pourvoir aux besoins alimentaires des zones géographiques touchées par la famine grâce aux ressources aquatiques. Il est maintenant démontré que le mode de production dominant est dans l'incapacité de satisfaire les besoins les plus élémentaires d’une population mondiale en constant développement. Il s'impose donc à nous de redéfinir notre rapport à la production dans ce domaine, en privilégiant la satisfaction réelle de nos besoin alimentaires comme l'exploitation équilibrée du milieu naturel. Cela signifie rien de moins que la rupture avec le modèle économique en question et la recherche et l'application d'alternatives visant à satisfaire les besoins des populations concernées. On pense donc dans un premier temps :

 

- A l'arrêt des activités spoliatrices des eaux des pays les plus pauvres par les pays les plus riches. Monsieur Vasseur ayant réaffirmé que les importations insuffisantes en provenance des pays européens proviendraient des pays tiers (2).

- A une modification des techniques de pêche (puisque les quotas n'enrayent pas la diminution des stocks due à un chalutage manquant de sélectivité) comme à la diminution des prises des espèces les plus touchées.

 

- Le refus du POP IV assimilé à une réduction du nombre d'unités en exercice n'est que la démonstration de la fuite en avant qui tient lieu de politique en matière de pêche depuis des années. On ne peut nier les conséquences sociales qu'implique la réduction du nombre de ces unités, la seule politique qui pouvait éviter cette casse est celle qui consisterait à organiser le secteur afin de produire en fonction des ressources et des besoins spécifiques et non en fonction des intérêts des distributeurs.

- A la fin du bradage inqualifiable de quantités énormes de poissons par leur transformation en farines animales. Ce qui implique la remise en question du système des cours qui génère cette hérésie. La façon dont les responsables de tous poils ont géré cette affaire s'apparente à une véritable partie de roulette russe tant leur horizon s'arrête là où commence à poindre l'odeur de l'argent.

 

 

(1): Si on a consommé plus de poisson durant ces dernières années, tout le monde ne met pas la même chose dans son assiette. Ainsi le poisson frais est ainsi consommé par les milieux aisés et les plus de 50 ans. Pour les plus jeunes et les milieux modestes , on se contentera de poisson pané (La pêche Maritime).

(2): Voir Mouette n° 11.

 

Boulogne-sur-mer. Novembre 1996.

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14 octobre 1995 6 14 /10 /octobre /1995 23:13

 

boulogne sur mer zoom720

 

Voici le témoignage d'un marin de passage à Boulogne-sur-mer qui nous éclaire un peu plus sur les réalités de ce métier.

 

La Mouette : Comment trouves-tu du travail en règle général ?

 

    Je viens du Calvados et je vais de port en port. J'ai des adresses ou je prends contact avec le Comité local des pêches, il y en a dans chaque port.

 

La Mouette : Tu travailles sur quel type de bateau ?

 

    Sur des bateaux de pêche industrielle ou artisanale, ça dépend, mais ça me permet de connaître les différents types de pêche.

 

La Mouette : Peux-tu nous parler de tes conditions de travail ?

 

    Généralement je suis en activité 7 mois dans l'année, mais les conditions sont différentes d'un bateau à l'autre. Le travail est difficile, tu es continuellement sur le qui-vive. Il faut savoir que tant qu'il y a du poisson, il y a du travail ; j'ai déjàtravaillé 48 heures d'affilées et les pauses sont rares. Évidemment, quand il y a une surcharge de travail et que les conditions sont difficiles, l'ambiance est parfois tendue... c'est normal... et parfois, c'est pour des conneries...

Dans la pêche artisanale l'ambiance est plus familiale ; sur les bateaux industriels les relations sont plus serrées, chacun tient à son poste, le second et le mécanicien ne mangent pas avec nous, tu vois... mais attention, bien souvent si le patron dit qu'il soutient les matelots lors des conflits, il reste le patron...

 

La Mouette : Comment s'applique la rémunération des équipages ?

 

    D'abord, le patron soustrait les frais de gasoil, l’huile, le matériel, les vivres... en général le matelot a droit à une part, le novice 3/4 de part et le mousse 1/2 part. En fait cela dépend aussi des ports : à Cherbourg, le second recevait 1/4 de part en plus mais il s'occupait des épissures ; en fait c'est le patron qui décide.

 

La Mouette : Pour toi, à quoi sont dues les difficultés actuelles ?

 

     Les importations ! C'est ce qui nous fait le plus de tort. Et le manque de poissons aussi, quoique en partie ce sont des conneries...

 

Boulogne-sur-mer. octobre 1995.

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  • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
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Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

 

- Nous rejetons tous les systèmes économiques, toutes les institutions politiques, étatiques ou privées qui se fondent sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'autorité et la hiérarchie.

- Nous avons toujours lutté, à la fois contre toutes les formes de Capitalisme d’État qui se dissimulaient ou se dissimulent encore sous les noms de Marxisme-Léninisme, Bolchevisme, Stalinisme, Etats-ouviers, etc... , et contre les Capitalismes Libéraux avec leur cortège de gaspillage et de consommation effrénés. Il s'agit pour nous, des deux faces de la même médaille.

- Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

- Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

- Nous sommes pour une Démocratie Directe qui correspondrait aux besoins authentiques des individus sans distinction de sexe ou de nationalité, et non plus au profit des marchands et des publicitaires, des bureaucrates et des notables.

- Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

- Nous pensons que c’est au cœur même des luttes et des mouvements sociaux que s’élaborent les formes nouvelles de rapports sociaux et donc que c’est au sein de ces mouvements qu’il faut lutter.

- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

Fortunes de mer

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

           Disponible, en vente

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