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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 15:59

Boulogne-sur-Mer se targue d'être un laboratoire de la rénovation urbaine avec d'importants travaux réalisés dans les quartiers Transition/Chemin vert mais aussi des travaux à prévoir dans le quartier de Damrémont . Sous couvert de venir en aide aux classes populaires en réhabilitant le bâti, les aménageurs et les bailleurs sociaux organisent en réalité un tri social entre « bons » et « mauvais » pauvres qui sont alors évincés de la ville et de ses services pour se retrouver de plus en plus dans les périphéries, loin du « droit à la ville »

 

La rénovation urbaine à Boulogne-sur-Mer

 

Avec la seconde guerre mondiale, la majeure partie de Boulogne-sur-mer est détruite par les bombardements, seule la vieille ville a été épargnée. Il est alors urgent de reconstruire et de reloger les 7 000 personnes qui ont perdu leur logement notamment sur Capécure qui était un quartier habité avant-guerre. La reconstruction va se faire à partir de 1947 selon le Plan Vivien (du nom de l'architecte en charge du projet). Réalisations phares de ce plan : les quatre tours Vivien, qui forment une barrière de béton face au quai Gambetta. Les quartiers Transition et Chemin vert (nom qui témoigne de l'ancienne présence de champs et de fermes) sont construits. Au début, ce sont de simples baraquements en bois puis on construit des grands ensembles à partir des années 50. Ces plans urbains séparent la zone résidentielle (plutôt sur la rive droite de la Liane) et la zone portuaire qui correspond globalement au quartier de marée Capécure (rive gauche de la Liane). Seule exception, le quartier Damrémont et sa grande tour bleutée qui a donné son nom au quartier.

 

A partir des années 80, les quartiers Chemin Vert/Transition et Damrémont se délabrent, les équipements collectifs deviennent obsolètes. Surtout, la crise que commence à connaître le secteur de la pêche se fait sentir : le chômage augmente, les processus d'exclusion sociale se renforcent. Au milieu des années 90, le Chemin Vert est classé en ZUS (zone urbaine sensible). Guy Lengagne, le maire de l'époque, lance les premières discussions sur la rénovation des quartiers boulonnais. Un concours d'architecte est lancé et remporté par Roland Castro (1), architecte-urbaniste parisien qui avec Frédéric Cuvillier (devenu maire) et Philippe Van de Maele (directeur de l'ANRU) vont lancer le projet ANRU (2).

 

La convention ANRU est signée en 2004 et prévoit des travaux sur 10 ans centrés dans un premier temps sur les quartiers Transition/Chemin vert. Le quartier Damrémont est prévu par la suite. Coût approximatif de ces dix années de travaux : environ 157 millions d'euros (3). Les financeurs sont l'ANRU (à hauteur de 38 millions d'euros), la commune, Habitat du Littoral (le bailleur social) et le Conseil régional. Sur les 1 012 logements, 746 sont démolis, 781 reconstruits. On détruit les grands ensembles pour des logements semi-individuels (2 étages maximum). La place d'Argentine a la prétention d'être un nouveau centre du quartier. Une salle de spectacle (le Carré Sam) est installée ainsi que des caméras de « vidéo-tranquilité » (novlangue municipale) pour pacifier le quartier, en effet le Chemin vert est devenu avec Roubaix-Tourcoing une ZSP (zone de sécurité prioritaire). Touche finale, Transition se dote d'une façade maritime composée de trois tours de 20 logements et d'une tour de bureaux qui comprendra un restaurant haut de gamme au rez-de-chaussée. Un début de gentrification (4) sur le plateau ? En tout cas, la mixité sociale est l'argument pour créer des têtes de pont sur des espaces à forte valeur immobilière car situés en front de mer.

 

Cette mixité sociale louée dans tous les discours est en réalité un subterfuge pour débarrasser ces nouveaux quartiers des « mauvais pauvres ». Avec le relogement des habitants-locataires qui dépend entièrement de la décision des bailleurs sociaux (ici Habitat du Littoral), un tri social est effectué. Les voisinages (souvent familiaux) sont éparpillés tandis que les populations les plus stigmatisées (problèmes familiaux et sociaux) sont éloignées et logées dans des quartiers périphériques à Outreau, Saint-Martin-Boulogne ou encore dans le quartier de Damrémont.

 

 

L'exemple du quartier de Damrémont : vers une périphérisation des pauvres

 

Le quartier Damrémont est un ensemble de barres et de tours datant de la reconstruction de Boulogne-sur-Mer où résident environ 1 700 personnes. C'est le dernier vestige de l'ancien quartier de Capécure où logeait avant la seconde guerre mondiale plus de 10 000 habitants qui pour la plupart ont été relogés vers Transition/Chemin Vert. A l'origine, ce quartier est destiné aux cadres de Capécure c'est à dire essentiellement des contre-maîtres et des chefs d'équipe, la tour Damrémont est même habitée par des enseignants et des classes moyennes. Mais cet espace reste une enclave, il est coincé entre la Liane qui marque une césure avec le centre-ville (pourtant proche à vol d'oiseau) et un embranchement de l'A16 qui amène les camions vers les usines de Capécure. De plus, l'architecture même du quartier composée de 5 places successives quasiment fermées sur elles-même renforce cet isolement et cet entre-soi. Seuls quelques équipements publics (centre social, crèche, etc) et quelques commerces rappellent « l'urbanité » de ce quartier enclavé.

 

Aujourd'hui, Damrémont est marqué par la précarité. Fin 2009, 23,9 % des ménages sont concernés par une allocation chômage (contre 19,3 % pour l'agglomération boulonnaise) et 25 % des personnes vivent avec un bas revenu (moins de 845 euros par mois, sous le seuil de pauvreté !). 83 % des actifs sont ouvriers ou employés. Enfin, 91,4 % des ménages sont locataires et dépendent pour la plupart de Habitat du Littoral, le bailleur social. On retrouve là des caractéristiques des quartiers populaires boulonnais tels que Transition/Chemin vert. Mais, on l'a vu, ces « zones urbaines sensibles » deviennent des zones urbaines à rénover et à déménager.

 

Avec la rénovation de Transition, de nouveaux habitants arrivent à Damrémont. En effet,la convention ANRU ne prévoit que 50 % de relogement sur place. Des conflits naissent alors entre anciens et nouveaux habitants, conflits qui recouvrent de multiples aspects et représentations qui reposent sur le chômage ou l'origine ethnique (racisme). Les nouveaux arrivés subissent  une double peine, celle de l'exclusion géographique car ils ne sont plus dans leur quartier, loin des repères mais surtout loin des anciennes solidarités et aussi celle de exclusion sociale dans un quartier déjà fortement touché par le chômage et où ils sont facilement stigmatisées par des habitants méfiants et parfois hostiles. D'anciens habitants souvent perdus et aigris au milieu des grands changements socio-économiques qui ne reconnaissent plus leur quartier avec les anciennes solidarités et qui s'en plaignent le plus, en particulier aux gardiens d'immeubles.

 

Cette exclusion/stigmatisation est instrumentalisée par le bailleur social (Habitat du Littoral) propriétaire de la plupart des logements du Chemin vert et de Damrémont. Cette structure, présidée par des élus, organise un véritable tri social à partir de listes réalisées, entre autres, par les gardiens d'immeuble dans lesquelles sont enregistrées les moindres incivilités ou problèmes de voisinage. Il ne reste plus qu'au bailleur social à écarter du nouveau quartier,les « familles à problème » et de les reloger à Damrémont (5) dans l'attente d'un autre transfert car les destructions de tours et de barres sont déjà prévues dans le quartier (notamment la barre entre les deux tours). Que deviendront alors les nouveaux-anciens habitants relégués toujours un peu plus loin de la ville ?

 

« Ne nous laissons pas ANRUler »

 

C'est un des slogans de l’association ANRU-Marseille (Arnaque Nationale et Résistance Urbaine) (6) qui réunit des habitants de la cité phocéenne qui s'opposent aux relogements arbitraires dictés par l'ANRU (Agence Nationale de la Rénovation Urbaine). Dans leur communiqué, les habitants du quartier Busserine (quartier Nord de Marseille) dénoncent : « une concertation inexistante, des habitants qui se sentent chassés dun quartier quils ont vu émerger et qui les a vu grandir, des loyers qui augmentent lors des relogements après des années de mépris des bailleurs qui se sont succédés sur notre territoire, la situation ne fait quempirer pour une grande partie des 300 familles en train d’être délogées, alors même quun tel projet, financé par largent public, devrait améliorer le quotidien de toutes et tous. » Au centre des revendications, les habitants réclament une charte du relogement avec entre autre la promesse de ne pas voir les loyers augmenter. Mais en face, la machine ANRU semble inébranlable et prête à casser toutes les solidarités.

 

A Boulogne-sur-Mer, nous sommes loin de cet exemple marseillais. Quand il découvre le quartier du Chemin-vert, Roland Castro, responsable de l'architecture du projet ANRU, déclare : « ce fut un choc. Jamais nous n'avions rencontré un quartier où le sentiment d'impuissance semblait si totalement incrusté. Pas même de révolte. Un accablement général » (7)... Le jugement de cet ex-mao parisien apparaît extérieur car il existe, dans les quartiers populaires boulonnais, un réel attachement aux lieux avec des solidarités qui s'y forgent. Ce sentiment d'appartenance est un héritage d'une culture locale et ouvrière issue du milieu de la pêche. Cela à deux conséquences pour le quartier : tout d'abord, tout le monde se connaît au Chemin Vert car bien souvent des familles entières habitent le « Plateau », d'ailleurs les habitants se disent avant tout du Chemin vert plutôt que de Boulogne. Mais cet héritage s'est aussi construit à l'ombre du paternalisme qui caractérise ce monde de la pêche où tout est très hiérarchisé et imposé, ce qui entraîne un certain fatalisme et potentiellement l'absence de réponses collectives face à la rénovation urbaine du quartier et son tri social.

 

Finalement, la rénovation/exclusion urbaine est la conséquence spatiale de la décomposition sociale, elle-même causée par la crise du capitalisme. A Boulogne-sur-Mer, c'est la débâcle de la pêche qui explique ces processus de précarisation puis de marginalisation. Avec les relogements arbitraires, ce sont les solidarités qui sont cassées,volontairement ! Les liens communautaires disparaissent, la force de résistance avec... Pire, des conflits entre anciens/nouveaux/jeunes habitants apparaissent. Les plus anciens se sentent déboussolés car avec l'effondrement de l'industrie, la culture ouvrière a disparu avec ses valeurs : le travail, le respect, la solidarité. A l'inverse, les « jeunes » n'ont plus aucun espoir ni aucun repères. Les agents d'Habitat du Littoral n'ont plus qu'à jouer à la police en enregistrant les plaintes ou les dégradations qui entraîneront la périphérisation toujours plus forte des « familles à problèmes » qui seront à long terme chassées de la ville.

 

Et pourtant, chaque habitant peut réclamer son « droit à la ville » (8). Ce droit est un enjeu et un terrain de lutte entre le capital qui dicte un nouvel aménagement de l'espace et les classes laborieuses qui, si elles ne font rien, vont être de plus en plus dissoutes et précarisées par ces travaux. C'est un droit individuel bien sûr, droit d'accès aux ressources offertes à la ville (commerce, culture, sociabilité, etc) mais aussi un droit collectif, celui de changer et d'aménager la ville selon les besoins et les désirs de tous contre la privatisation des espaces au nom des intérêts immobiliers. Enfin, c'est une revendication à mettre en avant pour lutter contre l'éviction des classes populaires vers les périphéries où la mort sociale les attend car dans les campagnes aussi le capitalisme a dépouillé les sociabilités.

 

 

 

 

(1) Mao en 1968, Roland Castro s'engage dans les années 70 notamment lors du conflit de l'Alma-Gare à Roubaix où il défendait le droit à la ville. Comme d'autres, il se recycle au PS où il devient le référent de la politique de la ville sous Mitterrand. A lire aussi « Castro ou l'architecte du roi », http://agone.org/doc/agone/hocquenghem/castro.pdf

(2) Voir encadré sur l'ANRU, agence nationale de la rénovation urbaine.

(3) Chiffres issus du PNRU, 31 mai 2014.

(4) Un quartier se gentrifie lorsqu'une nouvelle population de classe supérieure s'installe et s'approprie un quartier au détriment de l'ancienne population qui est chassée par la hausse de l'immobilier. Lire aussi les travaux d'Anne Clerval.

(5) Propos tenus par un cadre d'Habitat du Littoral en charge de la rénovation urbaine.

(6) Voir http://anrumarseille.wordpress.com/

(7) Traits urbains (revue d'architecte),avril 2007.

(8) Voir les travaux d'Henri Lefebvre et David Harvey sur cette question.

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 21:03

La mondialisation impose à ses exécutants politiques une concentration des pouvoirs de plus en plus importante au niveau des territoires. Ainsi la France oblige les communes à se regrouper en communauté d'agglomération ou de communes. Le Boulonnais n'est pas un mauvais élève dans ce regroupement à tout crin. Chacun connaît la Communauté d'Agglomération du Boulonnais (CAB) et ses 22 communes. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin alors que nous sommes à l'heure des eurorégions. Les décideurs politiques, guidés en cela par leurs partenaires privés privilégiés, ont ainsi imaginé le futur du boulonnais : le SCOT ou Schéma de Cohérence Territoriale[1]. Celui-ci regroupe la CAB et la Communauté de Communes de Desvres – Samer (CCDS). Le SCOT est élaboré par les deux intercommunalités. L'animation technique est assurée par Boulogne Développement Côte d'Opale[2].

 

Partant d'un constat, on nous imagine un futur

Pour ce qui est de l'état des lieux du Boulonnais au niveau économique, démographique, etc. difficile de faire preuve d'imagination. Il est en effet impossible d'ignorer des faits avérés : la population sur le territoire ne cesse de baisser, le chômage augmente, les boîtes ferment les unes après les autres, etc. Partant de ce constat, les initiateurs du SCOT ont choisi pour toute la population un futur qui semble, à les écouter, fleurer bon les temps meilleurs le tout agrémenté d'une bonne dose de développement durable ! Mais qu'en est-il au juste de ce scénario qu'on nous a concocté et duquel nous serons les acteurs forcés ? Afin d'éviter à chacun une lecture longue et soporifique voici ce que nous avons retenu du script.

Différents sujets sont abordés et déclinés en trois objectifs dans le Projet d'Aménagement et de Développement Durable du SCOT, document qui donne la vision des politiques pour les 10 prochaines années. Ces trois pans concernent l'économie, la démographie et le positionnement du territoire à l'échelle régionale et internationale.

 

1 – Une économie durable et solidaire

 

Ça paraît tout beau dit comme ça. Une économie qui serait à la fois durable et solidaire. On peut toujours rêver, même s'il y a effectivement quelques velléités « durabilistes » concernant le secteur primaire. Son emprise foncière reste très importante dans le boulonnais même si le nombre d'actifs est de plus en plus bas (1 % des actifs dans l'arrondissement de Boulogne). Le SCOT préconise en effet de favoriser une agriculture raisonnée voire biologique sur son territoire. Au delà de cela il souhaite mettre en place un maximum de circuits courts pour la consommation : on produit ici on consomme ici. Cette volonté concerne tous les pans de l'agriculture : production de matières premières pouvant servir d'énergies renouvelables, produits maraîchers vendus dans les commerces des intercommunalités, etc.

Effectivement le fait de consommer sur place ce qui est produit dénote un aspect durable de la gestion des ressources ; mais rien de solidaire dans tout cela. De plus, les tendances de ces dernières années conduisent de plus en plus les décideurs à se positionner pour des circuits courts. Quant aux principaux concernés, les paysans, cela fait bien longtemps que certains d'entre eux ont fait le choix de vendre directement aux consommateurs sans passer par les centrales d'achat.

 

Pour le durable et le solidaire les préconisations s'arrêtent là. Pour ce qui est des secteurs secondaires et tertiaires, on est dans le nettement moins durable et le vraiment moins solidaire.

Le syndicat mixte à l'origine du SCOT ne peut nier le fait que de nombreuses boîtes ferment et ce notamment dans la filière halieutique. La faute à une économie qui depuis toujours s'est spécialisée à outrance. Que faire face à cela ? Changer d'orientation ? Continuer dans la même veine ? Un peu des deux ? C'est la troisième solution qui a été retenue. En effet, les décideurs n'ont pu faire abstraction de la présence de la mer pour imaginer le futur des travailleurs. Ils veulent donc continuer dans la filière halieutique mais en accompagnant sa mutation. Qu'entendent-ils par là ? Le développement des activités d'élevages et notamment hors sol est un axe qui sera privilégié[3]. En outre, des équipements visant l'amélioration de l'innovation dans la filière aquacole (avec Aquimer notamment[4] seront mis en place (notamment dans le domaine de la valorisation nutritionnelle des produits marins et aquatiques). Pour cela il faut de la place. Qu'à cela ne tienne, des boîtes ferment, flambent, ça fait du terrain. D'autant que les décideurs n'ont toujours pas abandonné leur volonté de voir Boulogne se transformer en base logistique pour l'Europe, relançons donc le hub-port fret[5]. On reprend les vieilles mauvaises idées et on les rhabille pour les ressortir.

 

La mer, ce n'est pas que des poissons. La mer amène des touristes. Heureusement pour les Boulonnais. En effet, le chômage n'ayant cessé d'augmenter ces dernières années il va bien falloir retrouver du travail pour tous les licenciés. C'est donc dans le tourisme qu'ils travailleront demain. Mais pas n'importe quel tourisme : le haut de gamme. La volonté est ici d'attirer une autre clientèle qui dépensera encore plus pour ses activités : thalassothérapie, résidences secondaires, hôtels, marina, etc. Tous ces axes seront orientés vers les seniors nantis. L'or gris sera désormais le futur du tourisme boulonnais. Ceci n'est pas sans conséquence sur la main d’œuvre locale : obligation de se recycler dans des emplois de domesticité au service des nouveaux clients riches des hôtels ou résidences. Mais rien de grave là dedans comme le dit le SCOT en parlant du niveau de qualification requis pour ces emplois : « cette économie est bien adaptée à la population boulonnaise peu qualifiée »[6]. Chômeurs chômeuses ne vous inquiétez pas, grâce au tourisme vous aurez un emploi sous-payé et à temps partiel.

 

 

Mais les touristes n'amèneront pas une manne financière pérenne et constante pour le territoire. Un deuxième objectif et donc d'avoir une population qui dépense plus sur le territoire.

 

 

2 – Équilibre interne du territoire et territoire solidaire

 

On pourrait se dire que la façon la plus simple d'avoir une population qui dépense plus sur le territoire afin de maintenir une économie résidentielle élevée est de faire en sorte que celle qui y réside gagne sa vie décemment. Il serait donc plus simple d'augmenter les salaires des résidents sur le territoire ou déjà faire en sorte que chacun gagne décemment sa vie qu'il travaille ou non. La simplicité n'est pas ici la solution retenue. Suivant l'exemple de sa grande sœur lilloise, avec 20 ans de retard, le Boulonnais souhaite attirer des nouvelles populations avec un revenu supérieur à celui de la moyenne de la population locale. Leur point de vue est le suivant : les Lillois ne peuvent plus se loger à moindre frais dans la métropole attirons les sur la côte. Ce sont bien les turbo-cadres que les politiques cherchent ici à attirer en leur vantant la qualité de la vie en bord de mer, une ville à seulement une heure de TGV de leur lieu de travail. Les communes de la petite couronne de Boulogne risquent de se transformer en cités dortoirs pour cadres pressés.

 

Attirer ces populations implique néanmoins de renouveler l'habitat ou d'en créer un nouveau. C'est par exemple le cas de l'éco-quartier à proximité de la gare. Conçu pour des cadres, à côté de la gare pour qu'ils puissent aller travailler à Lille (cela rappelle le quartier EuraLille). Concernant les rénovations urbaines, le processus a déjà commencé à Transition ou Damrémont. On déplace des populations résidant depuis de nombreuses années dans des quartiers où une vie communautaire existe. On éclate la population dans d'autres quartiers, on casse les solidarités[7]. Boulogne ne sera pas la seule ville impactée, même si c'est là que ce sera le plus visible. D'autres zones d'aménagement concertées (ZAC) sont dans les cartons depuis quelques années pour certaines : Wimille et la ZAC d'Auvringhen, Outreau et la ZAC Massenet Ravel, etc. Les espaces sont déjà fortement densifiés et on va rajouter du logement dans les villes. Pour les communes encore rurales, ce sont bien entendu les terres agricoles qui diminueront. Ça c'est durable et solidaire.

 

Un dernier axe développé dans le SCOT et ayant un fort côté développement durable : les transports. Les politiques veulent plus de liaisons douces entre les logements et les lieux de travail. Ils veulent développer l'utilisation des transports en commun, du vélo, etc. Bonne idée, si seulement il y avait plus de bus (et donc plus de chauffeurs) et si le ticket de transport était gratuit. Les pistes cyclables, quand elles existent, sont le plus souvent empruntées par des sportifs. On se demande pourquoi, les côtes seraient-elles trop difficiles à monter pour un ouvrier après une journée de travail ? Mais surtout il faut utiliser le train. On ne sait pas comment ils forceront la SNCF, et ses futurs concurrent,s à faire passer plus de trains entre des petites villes alors que la tendance est à la suppression de ces lignes dites non-rentables.

 

 

Le maintien et le développement du ferroviaire n'a pas que des visées durabilistes. En effet, derrière ceci se cache la volonté de rester relier aux grands réseaux européens.

 

 

3 – Affirmer le rayonnement du territoire

 

En effet, rester connecté aux grands pôles régionaux est une première étape dans la reconnaissance en tant que métropole au niveau du territoire. Boulogne souhaite surtout s'inscrire dans la future grande ligne ferroviaire européenne Londres - Calais – Paris – Lyon – Marseille / Perpignan qui se trouve dans deux axes européens entre le nord et le sud. Boulogne veut intégrer le réseau des pôles logistiques tels que Dunkerque, Dourges, etc. Cette situation de nœud ferroviaire, bien qu'encore lointaine, reste pour les décideurs la première pierre à l'amélioration de l'image de marque du Boulonnais dans la région. Le hub-port servira lui à améliorer le rayonnement de la ville à l'international en faisant de Boulogne une plate-forme logistique de grande ampleur, c'est ce qu'ils disent.

 

Cette amélioration de l'image de marque passera aussi par :

- la venue d'une population plus qualifiée (les turbo-cadres lillois entre autres),

- des activités plus valorisantes (tourisme haut de gamme, recherche dans le domaine halieutique),

- la reconnaissance du territoire dans l'eurorégion formée avec le Kent,

- le renforcement de la recherche et de l'innovation (favorisé par l'installation de cadres venus d'ailleurs et la création de filières d'études fortement diplômantes),

- la généralisation sur l'ensemble du territoire de l'accès au haut-débit et la multiplication des services en ligne (encore faudrait-il que tout le monde ait un ordinateur et un accès à internet).

 

L'image de marque de la ville est à ce point importante que, comme toute bonne société privée, la mairie de Boulogne a décidé de créer sa propre marque : « b comme Boulogne-sur-Mer ». Le lancement a eu lieu sous les ors de la mairie le 1er avril 2014. Tout le gratin était présent.

C'est ici bien sûr le tourisme qui est visé en premier par la création de cette marque et de ce logo. Il peut être utilisé par des partenaires de la commune (commerçants ou autres) en faisant une demande à l'office de tourisme. Quand les communes se prennent pour des entreprises cela n'annonce pas que des lendemains qui chantent.

 

 

Ainsi le SCOT planifie l'avenir de milliers de personnes, travailleurs, chômeurs, sans leur demander leur avis bien sûr. Car même si le syndicat mixte se targue de laisser la parole aux premiers intéressés, bien peu d'habitants ont eu l'occasion d'être réellement informés des tenants et aboutissants de ce projet. Ce nouvel aménagement de nos vies par la modification, entre autres, des espaces urbains fait partie d'une longue série de projets qui essaiment à travers le pays et en Europe. L'uniformisation de nos villes est en route. Moins de solidarité entre les voisins, de plus en plus de mesures pseudo sécuritaires, l'économie qui régente de plus en plus nos modes de vie, nos habitats.

 


[1]     L'intégralité du SCOT est consultable ici : http://www.scot-boulonnais.fr/index.php

 

[2]     Pour plus d'informations : http://www.boulogne-developpement.com/

 

[3]     Pour plus d'informations voir La Mouette Enragée n°30,

 

[4]     Voir l'article de François

 

[5]     La Mouette enragée. Fortunes de mer.

 

[6]     In Projet d'Aménagement et de Développement Durable. p. 34

 

[7]     Cf article de Fabien

 

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 20:59

On savait que le rose du Parti Socialiste se délavait facilement, et que le poing qui symbolisait la lutte des travailleurs avait tendance à seffacer, laissant à la fleur la charge denthousiasmer militants et électeurs. La dérive sécuritaire du PS, si on peut parler de dérive, a son histoire inscrite dans celle de la social-démocratie européenne. Dès ses origines, le ver était dans le fruit. Son prévisible ralliement à lordre bourgeois en 1914 ouvrait sur un siècle de vilenies qui depuis cette date lui donnent quitus auprès des puissants. Rappelons nous quen 1988, déjà, Pierre Joxe, alors ministre de lintérieur sous Mitterrand, avait pris des mesures pour contenir la révolte dune partie de la jeunesse des quartiers ouvriers. Les années passant, telles une « Valls » à plein temps, le PS sest départi de ses dernières guenilles plébéiennes. Il revêt aujourdhui le costume dune « gauche de gouvernement » adoptant le style, les mots et les pratiques de ses prédécesseurs.

 

 

Logique policière et histoire de « camaraderie »…

 

En 1980, lorsque Manuel Walls n’avait que 18 ans, il était membre des jeunes « rocardiens ». A cette époque, et à l’université de Paris-Tolbiac, il fait la rencontre de copains, tels que : Alain Bauer, et Stéphane Fouks, avec qui il noue une amitié inébranlable. Alain Bauer a récemment déclaré dans le journal « Le Monde » à propos de sa relation avec Valls : « Sur les bancs de la fac, nous étions déjà très sociauxdémocrates, pas très re-faiseurs de monde… ». Il se définit aujourd’hui comme « consultant en sécurité », mais surtout criminologue et expert en vidéosurveillance. Il sera proche conseiller de Nicolas Sarkozy sur tous les dossiers touchant à la sécurité en qualité de flicologue (1). En 1998, il publie « Violences et insécurité urbaines » avec Xavier Raufer, un ancien militant de la droite fasciste, passé à la droite classique via les réseaux patronaux de la métallurgie, l’UIMM. En 2006, Sarkozy le décore de « l’Ordre National du Mérite » pour ses fonctions de ministre de l’intérieur, cérémonie où étaient conviés Manuel Valls et Stéphane Fouk. Ce dernier, s’il faut encore le présenter, était conseiller en communication, désormais président de l’entreprise HAVAS, une affaire florissante grâce aux milieux politiques. Désormais chacun veut son « Fouks », chacun réclame son expert en “relation presse” issu de cette agence, jusqu’au FMI… Alors, forcément, lorsque que l’on a campé comme Manuel Valls le rôle du ministre de l’intérieur au sein d’un gouvernement « de gauche » appelé à rompre avec la politique précédente, cette proximité avec un conseiller sécurité classé à droite suscite de l’intérêt… Et voilà comment s’établit le lien entre la politique du précédent gouvernement et celle de l’actuel, en tous points identiques.

 

Quest ce quune Zone de Sécurité Prioritaire ?

 

Ce dispositif de contrôle social a été instauré en juillet 2012, « en fonction des besoins de sécurité exprimés par la population » selon l’annonce faite par le ministère de l’intérieur. Ces zones sont définies sur des critères relatifs à « linsécurité et aux déséquilibres socio-économiques constatés ». Depuis 2013, 64 territoires sont concernés par ce dispositif. Le ministère de l’intérieur nous explique sur son site qu’elles mobilisent « ... tous les acteurs de la police nationale, de la sécurité publique, de la police judiciaire, de la la PAF, les CRS Lenjeu est bien dobtenir sur le terrain un effet multiplicateur grâce à laction conjointe des services, chacun apportant son savoir-faire et sa « valeur ajoutée » au dispositif global.

  • Mobilisation qui doit déboucher sur des résultats tangibles. Il sagit de faire baisser la délinquance et « daméliorer concrètement » les conditions de vie des habitants des quartiers concernés.
  • Tout cela ne peut se faire sans la collaboration active de tous les partenaires locaux de la police nationale : justice, éducation nationale, municipalités, bailleurs, associations etc et bien sûr, les habitants, qui doivent non seulement être parfaitement informés, mais encore régulièrement consultés… »

Les ZSP fusionnent donc les acteurs et les missions dans une même intention répressive. Il s’agit là des mêmes vieilles recettes remises incessamment au goût du jour. Elles se veulent un gage donné à un électorat qui désormais tourne le dos à la gauche. Elles illustrent à leur manière terrain, l’opportunisme qui a toujours tenu lieu de boussole aux sociaux-démocrates.

C’est dans ce cadre qu’un nouveau bureau de police a été inauguré le 21 février dernier, dans le quartier du Chemin Vert à Boulogne-sur-mer. Depuis, cinq nouveaux agents des forces de l’ordre tentent « d’y endiguer » la délinquance. Ces fonctionnaires appellent les habitants à témoigner, prendre des photos... Sur les fameux « réseaux sociaux » en ligne, des habitants du quartier apportent leurs commentaires. On peut y lire (avec tout les précautions d’usage) que certaines personnes sont contrôlés parfois quatre ou cinq fois dans la même journée. Les pratiques policières qui ont cours dans les grandes agglomérations sont ainsi importées dans les villes de province. La ZSP boulonnaise est classée au deuxième rang régional, juste derrière Roubaix. On imagine que les galons pris dernièrement par l’actuel maire de la ville lui ont octroyé des facilités et ouvert les portes de fameux « moyens supplémentaires »...

 

La ZSP dans le boulonnais

Dans le boulonnais, les ZSP définies sont :

  • les quartiers du Chemin Vert,
  • ZAC Beaurepaire,
  • Marlborough – Moka,
  • Le Portel,

D’après des études relatées dans la presse locale, en 2013, il y aurait eu une baisse de 35 % de la délinquance en 4 mois. Ceci serait le « résultat » d’une présence accrue de fonctionnaires de police sur le terrain, d’une collaboration plus efficace avec les partenaires sociaux, de l’installation de nouveaux matériels (lecteur de plaques d’immatriculation en temps réel, VTT pour les agents de police, caméras de surveillance, etc.). Cela avec le renfort des la BAC et de 25 policiers de Coquelles, qui viennent en sécurisation de la ZSP, ceux-là même qui ont l’habitude de traquer les sans-papiers de Calais. Le préfet a nommé un intervenant social dans la ZSP boulonnaise, pour coordonner les actions de sécurité (en clair : de pistages, de contrôles et d’interpellations). Il s’agit d’un ancien capitaine de police, à la retraite. Comme quoi, en soi, la répression n’est pas qu’une simple fonction, elle peut-être pour certains une vocation...

 

La population ciblée par la ZSP

Une ZSP se singularise par le fait que l’on peut facilement y mesurer des écarts très importants avec la moyenne nationale en ce qui concerne toute une série d’indicateurs démographiques, économiques et sociaux. Les caractéristiques principales d’une ZSP sont : la concentration de familles nombreuses dont les membres appartiennent exclusivement au prolétariat. La moyenne d’âge y est plus basse que partout ailleurs avec plus de 50 % de la population qui a moins de 25 ans. Cette homogénéité sociale semble très importants sur le plan de la psychologie collective. Il suffit de rencontrer les habitants pour comprendre qu’il existe parmi eux un sentiment de différence ressenti et exprimé vis à vis du reste de la société.

Il faut donc comprendre le projet de « rénovation urbaine » comme le Cheval de Troie qui disloquera une communauté humaine et sociale jugée « irrégulière ». Cela passera par la sécurisation d’un espace comme le quartier de Transition, par exemple, grâce à un dispositif de surveillance et de contrôle de la population. La réhabilitation conduira à éclater le groupe social désigné en repoussant les plus pauvres de ses membres vers les logements sociaux de la périphérie.

 

On se fait un bar sous surveillance ?

Nous avions immédiatement réagi lors de l’installation par les socialistes de caméras de vidéosurveillance dans les rues de Boulogne-sur-Mer (2). Des caméras apparues dès la mise en place de la ZSP, sous le mandat de l’ex-mairesse par intérim. Elles ont pour but, nous dit-on, de dissuader les fauteurs de troubles mais n’ont semble-t-il pas effrayé les braqueurs de ces derniers mois... Fixées en centre-ville d’abord pour flatter la petite bourgeoise commerçante et assurer les arrières de la social–démocratie en vue des prochaines élections, elles ont d’abord comme fonction de faire accepter à la population d’être contrôler en tous lieux et à tout moment. Sans oublier, au passage, de remplir les poches des amis d’Alain Bauer, ces patrons de la surveillance qui se sucrent sur le dos des municipalités de gauche converties, sur ses conseils, à l’idéologie sécuritaire.

 

Restez vigilants, vos voisins vous observent :

Et comme si cela ne suffisait pas en matière de contrôle et de répression, un programme venu des Etats-Unis a vu le jour en France, et dans le boulonnais… l’opération « Voisins vigilants ». Il s’agit de surveiller le voisinage, de prendre des photos au moindre soupçon, d’appeler la police, de poster des alertes sur leur site ...  Les villes entrées dans le dispositif sont munies d’un panneau à l’entrée (comme celui des « villes fleuries ») et les adhérents obtiennent une breloque officielle de « citoyen volontaire », une médaille pour être des bénévoles de la délation, à plein temps, du concept « coproduction de la sécurité », très à la mode dans les démocraties. Le service est mis en place par la police nationale par le truchement de la loi de la prévention de la délinquance (LDP).

 

Stratégie de la tension, domination, persécution :

La civilisation capitaliste injecte en permanence le venin de la tension, c’est un de ses ressorts. Et pour conjurer les contradictions qui la minent, elle entretient la division au sein même du prolétariat. Elle se doit de fabriquer en permanence de nouvelles figures inquiétantes, déclinaison renouvelée de la « classe laborieuse », « classe dangereuse » : « sans-papiers », « chômeurs », « jeune des cités »... Cette forme de domination, régulée techniquement et rationnellement puise dans les répertoires contre insurrectionnels, coloniaux et militaires, pour maintenir le couvercle sur la marmite. La même rengaine politique qui permet de contrôler la population en instrumentalisant la peur, en promouvant l’individualisme, le chacun pour soi, et au final, le tous contre tous.

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(1) Chercheur pour qui le préventif se confond avec le répressif.

(2) Le texte « Vidéo - surveillance à Boulogne sur mer, de la proximité des élections municipales, de la petite bourgeoisie social-démocrate locale et de ses caméras de surveillance » est consultable ou téléchargeable sous forme de « quatre pages » sur le blog (http://lamouetteenragee.over-blog.com).

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Published by La Mouette Enragée - dans Production capitaliste de lʼespace
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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 20:50

On le voit, la politique de métropolisation et d’organisation et de gestion rêvée dans le SCOT local repose sur la conception du territoire comme une identité en soi, nécessitant aménagement et exploitation de ses richesses. Si la vente de l’image de marque de cette entité

territoriale aspire à un développement très tendance durable/ mixité/futurisme/tourisme…, il va être difficile de s’affranchir de la réalité de la population résiduelle de la grandeur industrielle et halieutique traditionnelles du Boulonnais.

Jetons un œil sur la carte postale avant la retouche photoScot.

S’il est un fil conducteur au projet de métropolisation du Boulonnais, c’est bien la situation économique, sociale et sanitaire désastreuse de la population locale. En effet, après avoir subi les contraintes de la production industrielle, les ouvriers et ouvrières, de la sidérurgie et du secteur halieutique notamment, sont aujourd’hui cassés. À plus d’un titre.

Parce qu’il est devenu improductif - et coûteux - par fait de maladie, d’épuisement, de vieillesse ou simplement pour cause de coût salarial exorbitant pour l’employeur, les programmateurs de « l’expression d’une ambition » (1) doivent se résoudre à transfuser du sang frais pour remplacer son prolétariat exsangue.

 

Une déchéance chiffrée

 

Les auteurs du document (SCOT) le reconnaissent en effet dans leur diagnostic, la population du boulonnais vieillit statistiquement moins parce que sa longévité s’allonge qu’à cause du départ des jeunes qui vont tenter leur chance ailleurs.

 

Parallèlement et pour mémoire, 11,3 % des décès dus à une maladie professionnelle, 6,3 % aux accidents de travail et 3,4 % à un accident de trajet constatés en France surviennent dans le Nord Pas-de-Calais. (2)

 

Notons encore que l’ICM (Indice comparatif de mortalité, qui indique les taux comparés de la mortalité à différentes échelles de territoire) (3) âges et sexes confondus sont respectivement de 135,6 pour la région et 149 pour la CAB; et de 141,4, 158,3 et 128,6 en ce qui concerne la mortalité prématurée ! Les causes de ces départs précipités sont multiples. Parmi celles-ci :

  • - la mortalité en lien avec les maladies cérébrovasculaires, selon les mêmes sources atteint des 145,7 en région, 192,9 sur la CAB...
  • - les tumeurs malignes affichent des indices de134 pour la région et 151,1 pour la CAB…
  • - les décès liés à l’abus d’alcool présentent dramatiquement un ICM de168,2 pour le Nord Pas-de-Calais et de 239 pour la communauté d’Agglo !
  • - enfin, le taux de suicide atteignait 142 (169 pour les moins de 65 ans) sur la Communauté d’agglo du Boulonnais - 143 (228 pour les moins de 65ans) à Boulogne-sur-mer -. (4)

 

Signalons que les deux dernières données citées sont souvent liées. Les passages à l’acte trouvent  souvent leurs causes dans les situations sociales et économiques, sanitaires physiques et psychologiques dégradées de ce qu’il faut appeler des victimes. (5)

Et si les chiffres ne disent pas explicitement la superposition des risques socio-économiques et sanitaires par CSP, la réapparition de la tuberculose en 2012 dans le quartier de la Tour du Renard à Outreau est révélatrice des conditions d’existence des plus pauvres de l’agglomération.

 

Elle assène la violence de la « désespérance » de vie du Boulonnais, emblématique de la fracture générale entre les classes de la naissance à la mort.

 

Du neuf avec du vieux

 

Les néo-Boulonnais viendraient combler en bonne intelligence avec elle le manque à consommer d’une population locale, paupérisée et peu garante d’un avenir radieux de l’espace qu’elle a construit, enrichi, vécu. Le procès des beaux jours de l’agglomération est pourtant le leur : celui de la production industrielle, celui du salariat dans sa dimension la plus absolue.

 

Selon le schéma proposé, le prolétariat local, désormais dévalué et inutile puisque retraité avant l’heure, bien que l’âge légal de la retraite ne cesse de reculer - et l’actuel gouvernement persiste et co-signe avec le MEDEF -, vieillissant pour partie et malgré tout, est éjecté de la reproduction pérenne du capital.

De variable d’ajustement fondamentale dans la sphère industrielle, il va devenir l’enjeu des emplois de service à la personne. Coup double : non seulement on ne le laisse pas tomber mais il va être générateur de jobs dans le tertiaire. Solidarité et emploi : presque  le socialisme!

Plus prosaïquement, sous couvert du souci, même sincère, d’accompagner les vieux dans leur quotidien rétréci, il s’agit de se débarrasser en douceur d’une génération CNR (6) qui s’est battue et imposée par une nouvelle, plus docile.

 

Et si l’argent coulait à flots ?

 

La griserie du débarquement de croisiéristes britanniques descendus de la Balck Watch l’année dernière et le débarquement des yankees de l’Azamara a achevé d’enorgueillir Boulogne-sur-Mer, déjà classée commune touristique depuis 2011 et qui a obtenu le label « Station Classée de Tourisme » en décembre dernier. (7)

L’afflux de touristes escompté sera donc profitable aux commerçants - 120 boutiques ont ouvert exprès lundi le 9 juin (en heures sup les vendeuses ?) -, du moins à l’hôtellerie/restauration et aux marchands de gadgets. Le gros des boutiques du centre-ville étant constitué de magasins de mode made in Bengladesh, de téléphones portables (made in…) et d’agences immobilières en guerre ouverte permanente.

Les commerces dits de proximité, répondant aux besoins premiers sont de plus en plus des magasins franchisés aux enseignes de la grande distribution, qui ceinture déjà depuis plus de 40 ans de ses super/hypermarchés les banlieues des villes-mères (étymologie de métropole). Et l’on ne compte plus, en centre-ville les rideaux baissés : à céder.

 

Le programme immobilier du SCOT prévoit donc en vitrine force construction de structures de luxe et bien sûr pourvoyeuse d’emplois. Les grèves du petit personnel des palaces cannois (dont le Martinez, l’ex-Noga Hilton, le Majestic ou le 4 étoiles JW Marriott Palais Stéphanie), du Métropole à Monte Carlo ou du Westin Paris, du Lutetia à Paris de ces dernières années ont mis en lumière ses conditions de travail. Ne parlons pas du sort des employé-e-s sous-déclaré-e-s et surexploité-e-s dans les établissements plus communs, notamment en période… touristique (8). Dans la même veine, des personnels en grève de quelques casinos, dont celui de Berk (9), avaient saboté la Saint Sylvestre 2006.

 

On ne voit pas pourquoi les emplois promis dans un secteur aux contours aussi flous ne relèveraient miraculeusement pas, dans le Boulonnais, de la domesticité pressurée.

 

Les turbo-cadres attaquent la falaise

 

Tout d’abord, force est de constater que la politique de métropolisation est davantage orientée par les lieux qu’en fonction des gens. Pour le dire autrement, il s’agit de répartir des populations sur un territoire, non pas à partir de leur désir mais en fonction des besoins que les décideurs publics et privés leur attribuent. (10) Comme sur un jeu de plateau - qui pour le coup est loin du fameux « échiquier politique » -. Les promoteurs du plan de métropolisation local auront pourtant nécessité de faire entrer leurs concepts supra-politiques dans les réalités sociales.

 

Pour palier au vieillissement et à la difficile reconversion de ses travailleurs déclassés (11), le SCOT table toujours sur la pêche au gros : attirer dans ses filets les jeunes diplômés et les CSP +. Des têtes d’œuf pour remplacer la main d’œuvre. Il conviendra donc de procéder aux aménagements urbains - et rurbains - pour « fixer » sur le littoral et son immédiat arrière pays ces nouveaux résidents. Si les uns continuent à travailler, dans la métropole lilloise notamment, les autres viendront couler des jours heureux et combler la perte d’attractivité des pôles centraux et ruraux. Et c’est des attentes… attendues de ces classes moyennes reboostées que doit découler l’organisation socio-spaciale de l’entité territoriale CAB/CCDS. (12)

 

Vous dites « mixité sociale » ?

 

« De plus en plus de chercheurs considèrent que l’enjeu est avant tout la solidarité redistributive et que cette solidarité ne passe pas par un mélange social plus ou moins imposé. » (13).

Un premier enjeu est celui de l’école. Il n’est pas des moindres puisque déterminant dans les choix d’installation des CSP + et jeunes diplômés qui vont succomber à l’attrait de la métropole du Boulonnais. En effet ces couches moyennes supérieures auront à cœur de scolariser leurs enfants dans des établissements à la réputation des moins anxiogènes. Première raison d’éviter les quartiers stigmatisés. Carte scolaire ou pas, logements sociaux neufs et/ou confortables ou pas, ce sont les quartiers les mieux famés qui seront privilégiés. Et puis il reste l’école privée, non ? Première césure.

 

Ensuite, il ne faut s’attendre qu’à peu d’engouement pour la proximité avec des populations médiatiquement sulfureuses. Et la volonté du vivre ensemble se cassera vite sur le mur de l’éloignement des valeurs, des modes de vie, des centres d’intérêt, de la simple façon de parler. On peut douter dans la foulée de la volonté des arrivants à servir de caution à la réhabilitation « morale » et à l’évidence sociale de quartiers en zone de sécurité prioritaire (Voir l’article sur l’aspect sécuritaire), incluant des espaces occupés par des « gens du voyage » de surcroît ! Il faut prendre en compte en effet l’impact de la considération de ces quartiers, qui sont passés d’ouvriers à populaires pour devenir défavorisés puis en difficulté et enfin pour tout dire : pauvres. Aussi la sélection des habitants locaux est-elle primordiale, quant à leurs antécédents comme au regard de leur « projet de vie », pour continuer à jouir de leur quartier réurbanisé à hauteur du statut social de leurs nouveaux concitoyens. Les incapables, les récalcitrants, les irrécupérables seront orientés vers d’autres solutions.

Reste la campagne. Là encore on imagine la possibilité de s’installer à Neufchâtel-Hardelot placée au 4e rang des villes les plus riches parmi les 895 communes du Pas-de-Calais et dont les résidents croient autant que nous à la mixité sociale. L’installation dans des bourgs, ou plutôt dans les lotissements qui en décorent l’accès fait partie des plans. Le problème ici repose sur le paradoxe que les rurbains en s’installant démolissent précisément ce qu’ils viennent chercher : « authenticité », isolement, art de vivre et paysage campagnard. Par charité, l’on passera sous silence les multiples conflits ouverts entre néoruraux et paysans voire les municipalités, un peu partout en France, pour cause d’inadaptabilité aux coqs, cloches et autres odeurs qui font perdre tout sens… urbain.

 

La dimension culturelle enfin est présente au premier plan dans le projet annoncé. Nous avons déjà évoqué dans nos précédents numéros les enjeux et intérêts des patrimoines bâtis, naturels et thématiques du Boulonnais tout en en soulignant les contradictions. La totalité des « événements » liés à la tradition sont institutionnalisés, muséifiés, folklorisés. À n’en pas douter les « bobos » attendus en auront leur compte de pittoresque. Au-delà de l’aspect vendeur d’un certain nombre de manifestations et de leurs produits dérivés, il faut se pencher sur l’aspect populaire de la culture.

Ici, l’on aspire au lien social au travers de la « production culturelle ». Or, les cadres sociaux d’expression spontanée finiront par disparaître. Les espaces - de moins en moins - publics vont se réduire comme peau de chagrin. Il suffit pour s’en convaincre de regarder La référence régionale : la métropole Lilloise qui peut tout à la fois devenir capitale officielle de la Culture en 2003 et organiser la fermeture des cafés-concert (14) comme elle combat les espaces alternatifs de diffusion d’idées et de débat ouvert (à l’instar de la librairie l’Insoumise)…

 

Alors, tous ces nouveaux voisins vont-ils créer de la cohésion sociale ? Rien n’est moins sûr.

 « Les systèmes sociaux métropolitains constituent aussi d’implacables machines à trier et à canaliser les individus. Ils distribuent et répartissent hommes et femmes selon leurs moyens économiques, parfois en fonction de leurs appartenances ethniques et culturelles. Même sans qu’une coercition réelle soit exercée par des appareils ou des agents ouvertement répressifs, la métropolisation assigne (au moins économiquement) à résidence. Elle confère une ampleur accrue aux phénomènes anciens de ségrégation/segmentation sociale et spatiale. » (15)

Une longue période de transition (!) sera nécessaire pour que des deux populations brutalement confrontées ne subsiste qu’une seule. Le temps d’une dispersion/dislocation lente et régulière de la classe ouvrière des villes comme des campagnes.

 

Nous répondons « lutte des classes » !

 

Car, malgré leurs efforts désespérés et désespérants, les bourgeoisies politique, financière et entrepreneuriale, à haute gouvernance ajoutée par la métropolisation, n’ont à l’évidence pas d’autre issue que de plaquer une vision politique macro-économique sur des situations locales jugées archaïques. Après s’être débarrassé du fardeau ouvrier, il faut maintenant reconquérir des classes de plus en plus moyennes, ne serait-ce que pour leur fort potentiel électoral. Le PS a depuis des décennies adhéré le club des partis dégagés des ouvrier-ères-s, tout en les jetant en pâture au FN qui finira par les broyer (vous savez bien : un « peuple » plus un chef égale…). À toutes choses égales et le but étant de toute façon ailleurs, les inégalités subsisteront puisque les intérêts des classes en présence sont diamétralement opposés.

 

La métropolisation en œuvre permettra surtout une répartition territoriale de la pauvreté. Avec  deux effets escomptés : la fragmentation qui atomisera les foyers de résistance potentiels, ses traces diluées dans la masse et l’espace qui ne gâteront pas l’image de marque d’un littoral socialement aplani.

 

Pourtant, en retour, la constellation des réponses locales aux conséquences des enjeux sociaux, économiques et environnementaux de cette fuite en avant mondialisée, s’affirmera à mesure de l’impact sur son vécu et sur son sens.

Les attentes de la mixité sociale telle qu’elle est envisagée n’aspirent rien moins qu’à créer une invisibilité politique des couches populaires. L’essor technologique induit de nouvelles pratiques managériales et des contraintes de travail paroxystiques. À tel point que des secteurs dans lesquels le salariat réputé soumis, fortement précarisé de surcroît, se met à se défendre : les sites Armatis et Carrefour en 2011 par exemple.

Ajoutons que dans le secteur d’assistance à la personne, très prisé dans le projet du SCOT, les mutineries des ambulanciers de Dhuime, qui ont fini par éclater ces dernières années, sont révélatrices des considérations patronales d’un salariat corvéable à merci.

 

Le prolétariat traditionnel boulonnais en est à une énième génération sacrifiée, des marins pêcheurs à Continentale Nutrition, en passant par la SACEL, auxquels s’ajoutent les services publics, dans le secteur des transports notamment. Les mouvements sociaux, qu’ils soient spontanés et endémiques ou liés aux plans aux restructurations imposées par l’État ou les collectivités locales associés aux grands groupes internationaux, montrent la détermination d’une classe qui a la volonté d’exister.

Et ça, c’est durable.

 

(1) voir Le scénario retenu, SCOT du Boulonnais

(2) source INSEE 2012

(3) ICM (Indice Comparatif de Mortalité) significatif (p<0,001) par rapport à la mortalité nationale (France métropolitaine). Ici la référence est : France = 100. Source : INSEE - Recensement de la population, INSERM Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès-CépiDc. Traitement ORS Nord - Pas-de-Calais (période 2007-2010)

(4) Source : orsnpdc de 2006 à 2009

(5) Voir l’étude réalisée au Centre Hospitalier de Boulogne sur mer sur huysentruyt_media-ts.pdf par Sophie Huysentruyt (interne) et le Dr D. Hanique, qui prend en compte les facteurs sanitaires et sociaux impliqués dans les tentatives de suicide. Voir aussi, pour un panorama complet : Diagnostics statistiques des contrats locaux de santé, CLS de la zone de proximité du Boulonnais (Gilles Poirier).

(6) Conseil National de la Résistance. « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ». Cette ambition qu’exprimait en 2007 Denis Kessler, gourou du MEDEF qu’on ne présente plus, entre aujourd’hui dans sa phase de ultime de réalisation. La « réal politique » sociale s’étant généralisée, la… « Crise » justifiant l’injustifiable.

(7) et qui s’ajoute aux nombreux labels qui décorent le cygne, sans compter  la marque désormais déposée (! ) selon la pub passée dans Agglorama de juin 2014.

(8) Le projet de loi « démocratie sociale » de Michel Sapin (et du MEDEF) discuté en février prévoit une baisse des effectifs de contrôle (des inspecteurs du travail) de 15 % en moyenne et la suppression des contrôles intempestifs. Les droits de l’ensemble des travailleurs-euses va fondre comme neige au soleil. (voir Le Monde en ligne du 3 février).

(9) Géré au passage par le Groupe Partouche.

(10) « Il ne faut pas confondre désir et besoin. Si le désir désigne l’univers des possibles des besoins, c’est la société qui autorise ou non les désirs à devenir des besoins, ce sont donc les relations de pouvoir qui sont ici dominantes. » in Questions sur le capitalisme d’État. Le point de vue d’un socio économiste territorial, Claude Broudo

(11) Dans un article paru dans l’Éco du Nord du 17 mai 2012, F. Dudzinski soulignait « l’évidente inadéquation entre les emplois perdus d’un coté et ceux proposés de l’autre. Chez Armatis, la démarche a l’avantage d’être claire. Le plan de recrutement privilégie la performance et les compétences. Sans état d’âme, sans aucune ambiguïté et sans surprise, l’opérateur mise sur les jeunes, diplômés (de niveau bac à bac +2 minimum), de sexe féminins à 80%, et si possible, possédant une base en anglais. Loin, très loin, du profil type du métallurgiste de la Comilog. ».

(12) Communauté d’agglomération du Boulonnais/Communauté de communes Desvres Samer.

(13) Pour une approche critique de la mixité sociale d’Éric charmes in laviedesidees.fr

(14) Voir, entre autres : forummetropole.wordpress.com/.../manifestation-de-soutien-aux-cafes-concerts

(15) In La métropolisation. Une clé de lecture de l'organisation contemporaine des espaces géographiques. Gui Di Méo. Publié dans L'Information géographique, 2010/3 (Vol. 74) Éditeur Armand Colin Page 23-38.

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Encadré 1

 

Métropoliticailleries

 

Imaginons le Ministre de la Simplification administrative (sic), Olivier Chastel, jouant au mikado avec Frédéric Cuvillier, maire de Boulogne-sur-mer et encore Secrétaire d'État chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche (Au passage : François Hollande promettait lors de l'entre-deux tours qu’aucun de ses ministres ne cumulerait de mandat local avec ses fonctions dans le gouvernement).

 

Les sacs d’embrouilles (dans tous les sens du terme) qui agitent les partis aux manettes autant que les ficelles administratives sont autant de gigognes à chausse-trappes pour les potentats locaux. Les enjeux politiciens deviennent en effet plus personnels (et « concitoyennistes ») à mesure que l’on descend l’échelle.

 

Ainsi, sur la question du grand charcutage des régions, Martine Aubry - et Laurent Fabius notamment - étaient-ils partisans d’une vaste région « Manche-Mer du Nord » englobant Haute et Basse Normandie, Nord-Pas de Calais et Picardie. Las ! Les élections sont passées par là… Pas question d’offrir la région sur un plateau au FN. C’est un argument que brandit aussi Daniel Percheron, le président de la région Nord-Pas-de-Calais, pour ne pas être uni à la seule Picardie. (1) Et c’est pourtant cette option qui sortira à la dernière minute du chapeau.

 

Les conseillers généraux se sont eux affrontés sur la réduction du nombre de cantons et de leur découpage. Pas mal d’élus crient au « ruralicide », 31 des chefs-lieux ou centres bourgs étant voués à la disparition. Le 10 janvier, face aux 48 élus du PS (sur 49 : une abstention) qui ont voté pour le redécoupage, 13 de droite, 3 MRC et 11 communistes se sont carrément opposés au projet.

 

Enfin, au niveau de la ville, le « Grand Boulogne » ne fait absolument pas rêver les édiles des villes limitrophes potentiellement phagocytées. Il y a pourtant une belle brochette partidaire ; que ne sont-ils pas à l’« Unissons » ? (2) De deux choses l’une : soit le maire de Boulogne pratique le cannibalisme territorial ; soit ses homologues voisins instrumentalisent leur prétendue proximité aux électeurs pour préserver leurs mandats de maires « entiers »…

 

Et puis, cette vilaine rupture CCI/Villes portuaires, ça la fiche mal.

Pour une Côte d’Opale de Berk à Dunkerque et de Montreuil à Saint Omer … À suivre. De près.

 

(1) voir http://www.lesechos.fr/politique-societe/regions

(2) La Semaine dans le Boulonnais du 30 avril 2014

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Encadré 2

 

Environnement : du nouveau sous le soleil

 

Le passé industriel du Nord Pas-de-Calais a provoqué des transformations sans retour de l’environnement, comme il a profondément marqué les hommes, les femmes et les enfants qui ont travaillé à sa prospérité. Des bouleversements radicaux avec ou contre lesquels les promoteurs de notre avenir vont devoir jouer. Concilier la domestication des espaces avec leur préservation, garder sa personnalité à une région vouée à une arrivée en masse et permanente de visiteurs plus ou moins pressés. État des lieux.

 

Dans nos dernières publications, nous avions fait état des conséquences du tourisme de masse et des infrastructures que son marché impose, cause majeure de la destruction des sites et des peuples natifs ou qui y sont historiquement installés. Dans notre région cette aspiration à la fréquentation massive des milieux devrait vite transformer les paysages en espaces de loisir et autres terrains de jeu avec des conséquences qui seront très vite perceptibles.

 

Le DREAL (1) du Nord Pas-de-Calais l’exprime au travers du rapport complet dont sont tirées les informations qui suivent. En résumé, le document porte sur l’analyse scientifique, largement illustrée des données relatives au sol, à l’eau, à l’air, à la biodiversité… de la région. Il s’agit de constats des atouts et faiblesses, sans désigner des coupables.

 

Fragilité et dégradation sont concomitantes de la qualité de l’environnement. Pas de velléité d’alarmisme ; simplement quelques préoccupations que le SCOT semble considérer comme forcément dépassables sans réduire la voilure du projet.

 

Pour résumer, à l’érosion naturelle (2) combinée à une artificialisation des sols élevée outre son appauvrissement biologique entraîne inondations et coulées boueuses.

Le Conservatoire botanique de Bailleul considère qu’en 2010 : 10 % de la flore indigène régionale, composée de 1 138 espèces selon l’inventaire de référence de 1900, a disparu ;11 % des espèces sont menacées à court ou moyen terme ; 3 % sont menacées à long terme. Seules 52 % ne sont pas menacées à l’échelle régionale. Concernant les dynamiques de la faune régionale, la tendance est similaire. Par exemple, parmi les 170 espèces d’oiseaux nichant en région, 77 sont menacées. Par ailleurs, on estime que 17 espèces de papillons de jour ont disparu depuis 1980 et probablement le quart des coccinelles. Côté flore : « au-delà des espèces remarquables ou déjà rares, qui sont menacées, on observe depuis quelques années une nouvelle tendance. Il s’agit de la raréfaction d’espèces que l’on considérait auparavant comme communes ».

L’étude montre qu’en 2011 « certaines substances chimiques sont retrouvées presque partout ainsi que des Hydrocarbure Aromatique Polycyclique (HAP) présents sur 94 % des masses d’eau de la région. D’autres substances, majoritairement des pesticides, sont présentes à des doses supérieures au seuil de mauvais état dans 25 % des masses d’eau. La mise en évidence de la présence de huit substances médicamenteuses, sur un total de 20 stations, suite à une campagne de mesure exceptionnelle menée par l’Agence de l’Eau en 2010, pose la question du risque que celles-ci représentent pour l’environnement ».                    

Frédéric Cuvillier a beau se tourner résolument vers la mer, La Voix du Nord du 11 juin 2014 l’affirme : Seize zones de baignade où l’eau est d’excellente qualité, mais deux plages dans le rouge : Boulogne-sur-Mer et Le Portel. Le même peut bien se prononcer pour la pêche en eau profonde, « certains professionnels de la mer attachés à une pêche traditionnelle et durable admettent – à mot couvert – qu’il faudrait arrêter de pêcher en Mer du Nord et en Manche pendant 2 à 3 ans pour renouveler les ressources en poissons. Une vraie utopie dans le contexte actuel où les règlements européens autour de la pêche durable, pourtant fraîchement votés par le Parlement européen en 2013 pour être applicables en 2014, n’en sont visiblement pas à quelques contradictions prêts ! ».

Car le dilemme est là : comment assumer ses contradictions : être plus nombreux sans occuper plus d’espace ? Arpenter une terre sans y laisser de trace ? Vider la mer et vivre de la pêche ? Consommer à outrance et ne rien jeter ?

Difficile de se plier, d’assez bonne grâce d’ailleurs, aux diktats de mercantis sulfureux et de reconstruire un monde vivable, profitable à tous.

Dans le document du DREAL il y a à la fin un item intitulé « Pressions ou menaces ». Dans la version de référence ici, on peut lire :

« Une très forte pression foncière, surtout dans l’arrière-pays, avec le développement de la périurbanisation et une mauvaise application de la loi « Littoral ».

Une fréquentation touristique forte qui créée une pression importante sur des milieux sensibles.

Un risque potentiel d’insuffisante articulation entre les stratégies des deux SCOT. (Cab-CCDS et 2Caps, ndr)

Un risque de non-atteinte du «  bon état écologique  » des masses d’eau côtières.

L’érosion littorale qui pourrait s’accélérer du fait du changement climatique.

L’absence de maîtrise d’ouvrage coordonnée des travaux de protection du littoral contre l’érosion. »

Dans la dernière version, cette rubrique est en cours de rédaction. Dommage…

 

(1) En France, les directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) sont des services déconcentrés du ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie et du ministère du Logement et de l'Égalité des Territoires. Dans chaque région hors Île-de-France et Outre-mer français, les DREAL remplacent les directions régionales de l'équipement (DRE), les directions régionales de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (DRIRE) et les directions régionales de l'environnement (DIREN) dont elles reprennent les compétences par fusion de ces dernières dans chaque région entre 2009 et 2010. http://www.nord-pas-de-calais.developpement-durable.gouv.fr

(2) La hausse du niveau moyen de la mer est de+ 2,3 mm/an à Boulogne-sur-Mer sur la période 1941-2012. Les pelouses calcicoles des coteaux calcaires du Boulonnais et de l’Artois auraient perdu 50 à 75 % de leur surface en un siècle. Elles ne représentent plus qu’environ 1000 ha. En cause surtout, la disparition d’activités agricoles comme l’élevage ovin pratiqué sur de grandes pâtures. (données Observatoire du climat NPDC.

(3) L’eutrophisation marine (dégradation du milieu aquatique, étouffement) est due à un excès de nutriments produits par l’activité humaine : 20 000 tonnes/an de flux total à la mer en nitrates proviennent des principaux cours d’eau de la région (Authie, Canche, Liane, Wimereux et Slack).

(4) http://www.consoglobe.com/rarefaction-du-poisson-manche-m

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Encadré 3

 

Économie boulonnaise :

Des plans plein les fonds de tiroirs

(et réciproquement)

 

 

L’enjeu économique dans le processus de métropolisation est étroitement imbriqué dans les stratégies de développement des grandes entreprises. Qu’on ne se méprenne pas, les territoires ne représentent pour les groupes industriels, financiers ou de communication que des lieux à conquérir. Et au besoin des champs de bataille. Les barons locaux, et ils le savent bien quelque soit le degré qu’ils ont atteint dans leur plan de carrière, sont inféodés à la bourgeoisie marchande et financière et ne peuvent que se plier à ses exigences.

Le SCOT local, comme d’autres programmes quelle que soit leur échelle, est un habillage autant qu’un révélateur de cette soumission-collaboration, de la politique publique au service des intérêts privés.

 

Boulogne, « ville phare » de la métropole (conjuguée à la C.C. Desvres-Samer) en gestation présente de façon récurrente nombre de contradictions à assumer et pas mal d’obstacles à venir. De fait, en matière économique le PADD (1) peut se résumer en quelques axes évoqués comme complémentaires : maintien de l’activité traditionnelle pêche et transformation et développement du secteur tertiaire, tourisme et santé en particulier. 

Nous ne reviendrons pas sur les multiples fiascos, négligences et autres abandons que le prolétariat local doit aux compromis politiques et « partenariaux ». (2)

 

L’agroalimentaire : un marché générateur de conflits

 

L’élargissement de l’activité de Capécure en particulier vers le secteur de l’agroalimentaire sera loin d’être une promenade de santé. La situation en Bretagne témoigne non seulement des problèmes économiques liés à l’activité du secteur mais aussi des conditions de travail des personnels des abattoirs comme des « fermes » industriels, concurrencés par des entreprises, asiatiques notamment, aux travailleurs en état de quasi-esclavage. Un modèle donc difficilement importable ici.

 

Paradoxalement des groupes dans le rouge, tel Marine Harvest, délocalisent et des ouvrier-ère-s breton-ne-s se voient proposer des postes de survie à Boulogne ! Situation pour le moins difficile pour des travailleurs renvoyés dos-à-dos.

La bataille « concurrentielle » entre groupes internationaux génère opportunément une fragilisation de la solidarité prolétarienne jusqu’au combat intestin pour la survie de son job. C’est ainsi que les inquiétudes relatives à l’avenir de la Continentale nutrition ont provoqué une série de conflits intraclassistes - et même intrasyndicaux à la CFDT – entre les salarié-e-s du site de Boulogne et ceux de Villeneuve Pet food dans le Lot et Garonne.

 

Enfin l’on ne pourra s’empêcher d’évoquer la superposition des enjeux politiques, sociaux et économiques qu’ont généré d’une part le projet de « ferme aux mille vaches » dans la Somme et les démêlés au sein du PS sur la fusion des régions Nord/Pas-de-Calais et Picardie. (3)

Là encore la tentation productiviste attendue du MEDEF - et dans une mesure certaine de la FNSEA - travaille les collectivités locales confrontées à ses velléités affirmées de développement durable et de qualité de vie. En illustration locale, il s’agira de ménager la vache blanc-bleue des champs et le poisson OGM élevé industriellement. (4)

 

Vitrine en cours

 

L’État fera bien mine de lutter contre les délocalisations, par le biais de fortes incitations financières (5) ; c’est systématique et une fois l’appât digéré, l’entrepreneur va voir ailleurs. Il s’agit d’inciter à la création des consortiums régionaux amalgamant des industriels et des laboratoires publics ou privés pour conforter un domaine d'excellence technique et conférer à ce pôle spécialisé une « visibilité au plan mondial ». Dans un autre langage, c'est la simple confirmation que le développement endogène d'activités à forte utilité sociale n'intéresse absolument pas les « décideurs ». (6)

 

Le pôle d’excellence attendu implique un salariat hautement qualifié, Bac + 3, + 5… qui sera censé être formé sur place mais aussi débauché de la métropole lilloise notamment.

Le fait est que si, en terme de chiffres et de courbes, le moral des ménages, le pouvoir d’achat, le nombre d’actifs connaîtra une petite hausse, il sera simplement question de moyenne ; il n’en demeure pas moins que les classes populaires locales n’en auront pas fini avec la précarisation et la dégringolade socio-économique.

La proximité de centres d’affaire et d’usines « modèles » ne pourra certes pas combler le fossé entre les classes, tout au plus donnera-t-il une image de synthèse, un peu à la Bretonne justement : une sorte de « boyaux rouges », patrons et ouvriers unis dans une même cause. Les antagonismes de fond ne sauraient être ainsi aplanis. Les intérêts des affairistes, décideurs, aménageurs et ceux d’une population aux conditions sans cesse déclinantes sont diamétralement opposés. La métropole littorale offrira au touriste le spectacle du progrès technique. Le progrès social est infiniment moins porteur. Et contre-productif en terme capitaliste.

Un aspect que le pôle d’excellence ne mettra pas en vitrine.

 

(1) PADD : Arrêt de projet le 20/09/2012/approbation le 02/09/20013 p. 25

(2) La pêche et le tourisme ont fait l’objet de nombreux positionnements au fil de nos interventions, à consulter sur notre site http://lamouetteenragee.over-blog.com

(3) « On ne fait pas de deux régions pauvres une région riche » dixit Martine Aubry. Qui en connaît un rayon depuis le temps.

(4) Voir le programme Aquimer (qui nécessiterait un article en soi), sur la résistance génétique des poissons d'élevage aux agents pathogènes, ou la caractérisation génétique et fonctionnelle de la mutation masculinisante chez la truite arc-en-ciel par exemple…

(5) Loi de finance de 2005

(6) in Le Monde : Ces entreprises qui créent encore de l’emploi. 03/07/14

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Published by La Mouette Enragée - dans Production capitaliste de lʼespace
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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 00:01

A leurs époques respectives, Rosa Luxemburg et Henri Lefebvre pensaient chacun à leur manière que le capitalisme ne se survivait que grâce à la production de lespace. Aujourdhui encore, David Harvey défend cette thèse. Celle dune forme renouvelée dimpérialisme qui trouve des débouchés temporaires à la crise de suraccumulation du capital dans l aménagement « spacio-temporaire » (1). Il est incontestable que depuis les mégapoles internationales jusquaux abords des agglomérations les plus anonymes, la fièvre urbanistique est virulente. Et en période de crise, ses effets sur les catégories sociales impliquées se montrent le plus souvent dissolvants, voire funestes. Mais qui décide et qui profite réellement de ces projets ? Afin dy voir plus clair, nous vous proposons un rapide tour de la question à partir des plans daménagement que lon déroule actuellement sous nos yeux

 1 - Genèse dune phénomène.

Le terme de « capitalisme foncier » caractérise assez bien le modèle de développement apparu d’abord aux États-Unis dans les années 60, puis en Europe. Il se propagera par la suite au delà de ces frontières, essentiellement en réponse à la crise de valorisation que rencontre le modèle fordiste dès les années 70. A cette période, les capitalistes sont confrontés à une profonde crise de l’accumulation. Occasionnée notamment par les offensives ouvrières des années 60/70, ils y répondront en restructurant et délocalisant l’appareil de production dans des pays à bas coût de main d’œuvre. Cette riposte leur permettra, du reste, de réaliser un joli doublé.

 

Tout d’abord, en anéantissant dans les forteresses industrielles les formes traditionnelles et intégrées du vieux mouvement ouvrier. Et en portant, au passage, un coup décisif à l’insubordination des jeunes prolétaires américains, italiens, anglais... bien moins disposés à perdre leur vie à l’usine que ne le furent, à leurs yeux, leurs aînés. Puis ensuite, en récupérant ces immenses territoires industriels et leurs périphéries laissés vacants. Au besoin, en repoussant plus loin encore les populations anéanties socialement qui hantaient encore ces espaces dorénavant promus à de juteuses entreprises spéculatives…

 

Les premiers artisans de ce phénomène d’urbanisation du capital seront les promoteurs financiers secondés par les banques. Dès cette époque, ils envisagent l’immobilier comme le ressort d’une croissance qu’ils rêvent de facture post-industrielle. Du moins, pour ce qui concerne le cœur historique du capitalisme mondial, l’Europe de l’Ouest et les États-Unis. Une première précaution sera d’envisager les pratiques mises en œuvre dans ce but, plutôt comme un ensemble de tendances, que comme un tout parfaitement homogène. Comme nous allons le voir, au fil du temps, les processus se sont sophistiqués, l’éventail des acteurs s’est élargi. La forme que revêt actuellement, la « métropolisation », n’est pas un aboutissement. C’est une étape d’un processus global que le géographe David Harvey définit comme une dynamique de concentration démographique et géographique répondant au besoin du capitalisme d’écouler le surproduit qu’il génère. Autrement dit, il s’agit d’un mode de production capitaliste de la ville et de l’espace qui reconfigure les rapports de classe sur un territoire donné. Il en accentue la spécialisation et pousse à la tertiarisation des activités.

 

Avec les banques et les marchés financiers à la manœuvre dans cette fabrication capitaliste de la ville, les rendements élevés et rapides escomptés sont au rendez-vous. Une flambée spéculative internationale parviendra, pour un temps au moins, à compenser le ralentissement entamé plusieurs décennies auparavant dans le secteur manufacturier. Les krachs boursiers des années 2000 révéleront la profondeur d’un phénomène d’accumulation colossal de capital fictif reposant essentiellement sur la maximisation de la rente foncière et immobilière. Le pari perdu d’une suraccumulation de capital supposée se diluer dans le « temps long » propre à l’activité du secteur immobilier ne servira naturellement pas de leçon. Depuis, les affaires ont repris comme si de rien n’était... (2)

La rente foncière, un outil de modélisation des villes et de spécialisation des espaces.

Une observation attentive effectuée lors d’une escapade dans n’importe quelle ville de n’importe quel pays de la vieille Europe, procurera ce sentiment d’un espace urbain re-dessiné partout à l’identique. Cette sensation de « pareil au même » ressentie le long des quais de Liverpool où de ceux de Bilbao, dévoile l’obéissance diligente aux standards de l’ordonnancement urbain. Bien évidemment, cette uniformisation n’est pas le fruit, à elle seule, de la morne fantaisie des promoteurs et des architectes. Elle est d’abord l’incarnation du produit de la rente foncière, la matérialisation du taux de sur-profit que ses destinataires envisagent d’engranger à chaque lancement d’un nouveau projet. Et des projets tous semblables les uns aux autre, les aménageurs en ont des cartons pleins…

 

La définition élémentaire de la rente foncière, telle qu’elle s’applique au secteur de l’agriculture, repose sur les différences observées entre les sols, leur fertilité et la distance qui les sépare des centres de la consommation (3). La rente foncière implique l’existence d’une classe de propriétaires, ou plutôt d’un rapport de propriété foncière. Le niveau de la rente dépend du prix de la production et du profit qu'il permet de réaliser à partir de celle-ci. En zone urbaine, des mécanismes identiques, quoi qu’un peu plus complexes, s’appliquent à sa réalisation. On y retrouve à l’œuvre un segment particulier de la bourgeoisie qui associe en règle générale : un promoteur immobilier passant commande d’un édifice à un entrepreneur du bâtiment afin de le revendre ou de le louer, à une clientèle bien spécifique.

 

Dès lors, on comprend comment la rente foncière aura pour effet de produire à la fois la spécialisation et la modélisation des espaces. A un certain type de sol, correspond un cadre bâti particulier, déterminé par la seule recherche du profit. On saisit d’autant mieux la raison pour laquelle les initiateurs des projets engagent partout une lutte intra-urbaine contre les habitants des quartiers populaires afin de s’approprier les territoires et détruire au passage certains modes de vie.

 

La règle en application veut que la « rente annuelle fixe le prix du sol ». Le taux de profit qu’elle promet de dégager influera donc sur la nature des investissements que choisiront de réaliser les promoteurs assistés en cela de leurs relais politiques locaux : immobilier d’affaire ou d’entreprise, logement de standing, infrastructures de transports, etc. Dans cette logique, à coût de production égal, le rapport au mètre carré bâti sera aisément supérieur selon qu’une population spécifique ou une activité de production ou de services valorise l’espace en question. Prosaïquement, l’immobilier sorti de terre dans un quartier où s’installe la bourgeoisie, là où s’élèvent les buildings commerciaux et serpente la voie rapide, généreront des sur-profits captés par les propriétaires fonciers sous la forme de prix du sol, dont le rapport à la vente ou à la location sera sans commune mesure avec ceux empochés dans les zones prolétarisées.

 

De cette division économique et sociale de l’espace et de la spécialisation des sols qui l’accompagne, découlera une évaluation des investissements réalisés. Les effets et les conséquences observées en un lieu précis serviront ensuite de modèle à des fins d’imitation et de reproduction du même schéma en d’autres lieux.

 

Il est particulièrement intéressant de constater sa diffusion par delà les limites urbaines. C’est ainsi que l’on observe à la lisière des villes, pousser des constructions à l’endroit même des terres initialement dévolues aux cultures agricoles. Ce phénomène termine d’épuiser ce qu’il reste de « campagne ». C’est en quelque sorte un fait inévitable puisque le rapport du sol à bâtir y est supérieur à celui des terres destinées à l’agriculture. Voilà la raison pour laquelle un cadre bâti de bon rapport mais de bien piètre acabit se substitue chaque année d’avantage aux terres arables, mitées telles de vieilles guenilles …

 

Quest ce que la politique de métropolisation ?

Ce rôle dominant des marchés dans le fonctionnement économique, politique et social des territoires s’incarne dans la politique de métropolisation. Un phénomène qui associe financiers, patrons et politiciens dans une démarche commune d’appropriation et de contrôle des espaces au cœur d’un capitalisme globalisé. La métropolisation témoigne d’une mise sous tension des territoires sous l’effet conjugué d’un mouvement simultané de concentration et de déterritorialisation des lieux de pouvoirs et de décisions. En réalisant en certains lieux stratégiques des « enclaves métropolitaines », la bourgeoisie re-dessine la ville à son profit en l’intégrant au réseau mondial des « pôles de mondialité » que sont, en Europe : Londres, Paris, Francfort, Milan ; en Amérique : New-york, Philadelphie, L.A, Mexico et en Asie : Tokyo et Pékin.

 

La métropolisation est l’allégorie urbaine d’un système qui désormais s’envisage lui même comme multipolaire. Un capitalisme qui accouche de cités idéales à ses yeux et reliées entre-elles : les « World-Cities ». Des métropoles érigées en pouvoirs économiques et politiques susceptibles de jouer d’influence auprès des puissants de ce monde, et pourquoi pas de se substituer à eux quand précisément se redéfinit le rôle de l’État. Des entités qui s’ autonomisent pendant qu’elles valorisent l’espace urbain, c’est à dire, qu’elles l’exploitent à part entière. Tout comme l’est n’importe qu’elle unité de production de biens manufacturés, la ville du réseau global est désormais soumise à la spécialisation, à la maximalisation de ses potentialités afin de rivaliser avec ses concurrentes et dégager de la sur-valeur. Cette compétition entraîne le développement d’une hiérarchie en cascade. Une multitude de régions et de villes subalternes n’attendent que de s’intégrer à un échelon intermédiaire de la chaîne, de se soumette au rayonnement de ces formes renouvelées des « Cités-Etats » de la Renaissance.

 

Le rôle de l’État : la décentralisation

Contrairement à ce qu’énonce la doxa libérale, le marché ne peut se réaliser de lui même. Il est tenu de recourir à l’État pour étendre le domaine de son action aux espaces qu’il aspire conquérir. C’est ainsi que dans les années 80, la France s’est engagée dans une politique de décentralisation. L’État a transféré d’avantage de pouvoirs aux régions et aux collectivités territoriales. En 2010, la loi a autorisé la fusion des communes et permit la création des métropoles. Celles-ci bénéficient depuis des mêmes pouvoirs que ceux qui étaient octroyés auparavant aux départements et aux régions. Ces décisions répondent à la volonté de l’Union européenne de privilégier les grandes régions comme centres de gravité économique et politique, de les faire coopérer tout en les mettant en concurrence entre elles, dans le cadre d’un maillage territorial à l’échelle du continent et au delà. Le plan établit par le président de la région Daniel Percheron siglé des « trois T » : « Tunnel, T.G.V, Tourisme », est une illustration exemplaire de cette politique.

 

Qui fabrique la ville, qui en profite ?

Cette fabrique de la ville se caractérise d’abord par une politique de l’offre. Il s’agit de jouer la carte du charme et de l’attrait. Notamment pour les espaces frappés par la désindustrialisation et qui tentent de conjurer leur agonie en sautant dans le train en marche de la post-modernité urbaine. A ces fins, des investissements massifs sont consentis pour lesquels les politiciens locaux chassent indifféremment la subvention publique ou privée. Par cette porte grande ouverte aux appétits marchands, les technocrates, les multinationales et les promoteurs, prennent le contrôle de l’aménagement du territoire. Le désormais incontournable « PPP », le « Partenariat-Public-Privé », se fait le terreau fertile d’une plus-value qu’engrangent quelques groupe bien connus du BTP et des services. Dans leur laboratoire de prospective, les sociétés Bouygues, Vinci, Eiffage modélisent et recomposent les centres urbains que Véolia, Suez, Kéolis, Nexity et d’autres s’empressent à leur suite d’administrer. Ces solutions « clé en main » séduisent souvent les politiciens des collectivités locales confrontés à l’endettement. Elles permettent en outre à certains d’entre eux de jouer à l’investisseur, estompant par leurs pratiques les lignes de partage entre financement privé et public. Depuis peu, dans l’agglomération boulonnaise, la société Urbaviléo, est une de ces multiples entreprises dites « d’économie mixte » dont le PDG et les membres du conseil d’administration appartiennent tous à la majorité locale en place. Public/privé, est une distinction sans importance en réalité, si ce n’est qu’elle révèle combien l’intérêt dit “commun” se mesure d’abord à l’aune des bénéfices que gratteront quelques-uns ... Fonds souverains, fonds stratégiques d’investissement, fonds d’investissement des collectivités locales, etc... témoignent tous au final du même phénomène de privatisation de l’État.

 

II. Exempli gratia : la ville de Boulogne-sur-mer

Afin d’attirer les sièges de quelques groupes d’envergure ou leurs filiales, les plans d’aménagement opèrent tels des produits d’appels. Cette standardisation se matérialise dans l’obéissance aux conventions de genre et à la somme de prescriptions qu’il convient d’appliquer en la circonstance. D’abord, jouer la carte de l’innovation en matière économique en misant sur le « Pôle de compétitivité ». Dans le cas de Boulogne-sur-mer, il s’agit d’« Aquimer » qui associe en pure novlangue managériale : « entreprises, centres de recherche et organismes de formation, engagés dans une démarche partenariale destinée à dégager des synergies autour de projets innovants conduits en commun en direction dun (ou de) marché(s) donné(s) ». Plus classiquement, ce peut être le réaménagement d’une friche industrielle, comme celle de Résurgat, afin de prendre dans les filets les enseignes qui permettront « dadapter l’économie de lagglomération aux évolutions à venir ». En général, les entreprises d'informations et de communication sont parmi les plus courtisées.

 

En parallèle, se ré-organise l’espace urbain. Localement, un projet baptisé « Axe Liane » en expose les grandes lignes. Là encore, ce qui tient lieu de canevas n’est qu’un calque. Comme en d’autres agglomérations, on commence d’abord par aménager de « longs couloirs de promenade », semblables à ceux qui bordent depuis peu les berges de la Liane. On met ensuite en chantier « de nouvelles habitations et des centres commerciaux aux proportions audacieuses », on pense en l’occurrence aux sites « Espace Lumière » ou encore au « Projet Bruix/pot d’étain ». Au cœur de ce plan, trônera ce qui est donné comme son point d’équilibre, l’espace « République - Eperon ». Orné comme il se doit, d’une tour à l’architecture avant-gardiste, il abritera logements de standing, hôtellerie d’affaire, bureaux et commerces. Bien entendu, on privilégiera le style architectural Hightech, là encore, un modèle de normalisation : volumes symétriques, garnitures métalliques, contours épurés, espaces vitrés et teintés... Une signature empruntée à des cabinets de renom, contrefaite au cœur des métropoles, comme au sein des agglomérations les plus anonymes.

 

Marketting territorial et alibi culturel.

La plus part du temps, le volet culturel apparaît comme « le cheval de Troie » de cette stratégie de gentrification. Les besoins de la petite bourgeoisie en terme de consommation culturelle sont important et ils amplifieront les desiderata de la manne touristique initialement convoitée. La requalification du centre Nausicaa en « Grand-Nausicaa » n’est donc qu’une étape, certes importante mais relativement convenue en regard de la transformation attendue de l’ancienne gare maritime. La création d’un musée ou de quelque chose d’analogue dans ses murs, symbolisera la relégation de l'ancien quartier industriel. Économiquement mais surtout socialement, le signal sera donné qu’une page est définitivement tournée. Dorénavant, le balaie des artistes, des expositions et des vernissages effacera toute de trace d’une histoire ouvrière, discréditée, neutralisée, pire, folklorisée et expurgée de sa dimension antagoniste. La région est désormais riche de ces lieux qui s’ouvrent à mesure que recule la production manufacturière : le musée de la dentelle à Calais, celui de la pêche à Etaples, la maison de la faïence à Desvres, le centre historique de la mine à Lewarde, etc. Art et Musées, festivités normées et officielles, « événements » tels « Les Journées de la Mer » à Boulogne-sur-mer, ou « l’Armada » des quais de Rouen travaillent à renforcer l’ image d’une ville en l’associant à un événement particulier. A cet égard, on recourra au marketing urbain afin de se démarquer des villes concurrentes et développer l’attractivité du secteur. Pour accroître son rayonnement au-delà des limites de l’agglomération, la ville développera des stratégies de marque. C’est le cas depuis peu à Boulogne-sur-mer avec la création d’un « logo de ville déposé »…

 

Une besogneuse application de la « gentrification ».

Dans le discours qui entoure ces projets, il est toujours question « dimpulser une dynamique ». Autrement dit, de mettre tout en œuvre afin d’aspirer les strates sociales supérieures qui font défaut à l’agglomération. Afin de décoder ce qui est en jeux, comparons rapidement quelques chiffres. A l’échelon national, le revenu fiscal moyen établi par l’Insee s’élève à 18 355 € par an et le seuil de pauvreté est fixé à 11 013 €. A Boulogne-sur-mer, le revenu fiscal moyen égale les 11 162,8 € et dans certaines zones, comme celle de Triennal, il ne dépasse pas 4000 € ... C’est donc à un véritable transfert de population qu’il s’agit de procéder. Dans l’objectif d’attirer l’hypothétique catégorie des « Turbo-cadres » du tertiaire supérieur, qui pour partie résidera sur la côte et travaillera en métropole lilloise, certaines conditions restent à réunir. La première d’entre elles est d’offrir un cadre bâti petit bourgeois et branché à deux pas de leur moyen de transport de prédilection, le T.G.V. Le « Projet Gare » y pourvoira. Il devrait associer plate-forme multimodale et « Eco-quartier ». C’est le volet « ville durable » du projet. Une véritable aubaine pour certains groupes qui se sont fait une spécialité de « la lutte contre le réchauffement climatique ». Ces enseignes proposent aux collectivités locales une panoplie complète de gadgets et de services certifiés écologiques : de la « valorisation des déchets » pour produire de l’énergie, à la « ressourceries-recycleries » en passant par les « façades végétalisées », la « connexion de services entre eux », sans oublier le « parc de voitures électriques », et naturellement le plus juteux, le marché de l’eau et des transports.

 

Le plan de réaménagement du quartier de Transition répète le schéma précédemment décortiqué et revendique ostensiblement de promouvoir la « mixité sociale » ? Qu’est-ce que la « mixité sociale » en réalité ? C’est simplement la petite bourgeoisie dissimulée sous le piteux vocable de « classe moyenne » qui s’approprie les espaces antérieurement populaires ou ouvriers en reléguant l’ancienne population à la périphérie. Sur ce quartier, en particulier, il est envisagé la construction d’un immobilier haut de gamme. Une tour de verre et d’acier, un produit d’appel en quelque sorte, consacrée au « co-working » (!). Elle devra séduire les patrons de « star-tup », les artistes, les entreprises du tertiaire et du secteur médical en leur offrant des « espaces modulables » avec vue sur la mer... Un restaurant de « qualité », doté d’une terrasse panoramique recevra tout ce petit monde en journée. Les noctambules « cultivés », s’y retrouveront tard le soir à la sortie de la nouvelle salle de spectacle que ne fréquente déjà pas la population ordinaire... A deux pas de là, une quarantaine d’appartements de standings également avec vue sur la mer seront mis en vente. Seule la vingtaine de logements restants seront loués à des loyers modérés. On constate au travers de cet exemple l’effet des baisses de l’aide publique au logement. Les bailleurs sociaux se transforment actuellement en patrons de l’immobilier. A leur tour, ils appliquent les logiques de l’entreprise, fixent des objectifs de résultats et réclament des performances. Pour faire avaler la pilule, c’est une autre règle du management que l’on invoque. Celle du soit-disant “usager collaborateur” que l’on associe aux prises de décisions dans une démarche qui se veut commune. En fait, rien de moins qu’une forme parmi d’autres du contrôle social.

 

Comme on le voit au travers de cet exemple, la gentrification n’opère pas uniquement au cœur des grandes métropoles. La destruction des industries et le marasme social qui l’accompagne sont le passeport idéal pour la restructuration de la ville aux conditions de la période. Le rôle des pouvoirs locaux sera de relayer ces projets en se les appropriant. Ils seront pour eux le moyen d’ exister politiquement et de démontrer leur capacité à offrir une voie, une issue, à des cités dans la déshérence au travers de leur action volontariste.

 

On comprend mieux pourquoi, gagner l’adhésion de certaines couches de la population à ces plans d’aménagement - de cette manière neutraliser toute contestation potentielle - est parfois un défi important de l’action des aménageurs. Ainsi, après avoir liquidé les lieux de la production, il faut vider les quartiers de populations dorénavant devenues surnuméraires. Transformer la composition sociale des quartiers, redéfinir « l’identité » sociale de la ville, éliminer toute trace d’ un passé discrédité : exit l’industrie et la classe ouvrière ... est un enjeux politique. Et notamment pour ces villes où la gauche fait le pari d’implanter cette nouvelle clientèle électorale sociologiquement plus conforme à ses nouvelles attentes (4).

 
 

 

 

(1) - David Harvey. Le nouvel impérialisme. Ed. Les prairies ordinaires. 2010, 241 p.

- Rosa Luxemburg. Laccumulation du capital. 1913. A paraître aux éditions Smolny. http://www.collectifsmolny.org/

- Henri Lefebvre. La Production de l'espace. 1974, Anthropos.

(2) La banque mondiale établissait en 2009 que le seul marché des hypothèques résidentielles représentait

(3) Lire à ce sujet : Alain Lipietz. Le tribut foncier urbain aujourdhui : le cas de la France. In Les Cahiers marxistes n°243, février-mars 2013, Bruxelles. http://lipietz.net/IMG/pdf/Le_tribut_foncier_revisite_.pdf

(4) Sur le site de terra nova : Gauche quelle majorité électorale pour 2012. http://www.tnova.fr/essai/gauche-quelle-majorit-lectorale-pour-2012

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Encart 1

 

Homogénéité sociale du corps politique ou la communauté des intérêts particuliers.

 

Rien ne distingue aujourd’hui un programme d’aménagement porté par une municipalité de droite/extrême droite, de celui d’une ville classée à gauche. A tel point que lorsqu’un Roland Castro feint l’indignation et refuse de « travailler avec les enfants de Doriot et Déat », après s’être exécuté pour Pasqua, on se figure toute la tartufferie qui anime le petit milieu (1). Pour autant, l’utopie urbanistique n’a pas disparu. Elle a simplement changé de paradigme. Autrefois portée par l’aspiration à une vie meilleure et adossée à un mouvement ouvrier qui occupait le champ social, politique et culturel, elle participe dorénavant à maintenir l’ordre économique et social en état de vie artificielle.

Une simple étude de la composition sociale du personnel politique explique la communauté d’intérêts qui lie intimement les promoteurs et les relais locaux de ces plans d’aménagement. Les « professionnels de la politique » sont quasi-exclusivement des cadres ou des membres des professions intellectuelles supérieures. Parmi les maires des communes, cette catégorie sociale est cent-dix sept fois plus représentée que celle des ouvriers. Seuls 0,8 % des maires, en France, sont des ouvriers alors que ce groupe y représente encore plus de 23 % de la population active (2).

C’est ainsi que durant les dernières décennies écoulées, un groupe de « spécialistes », de « techniciens », a vu son rôle s’accroître à mesure que les structures intercommunales et autres « établissements publics » se développaient : sociétés d’économie mixte, sociétés publiques locales, etc… Un mouvement conjugué de sélection sociale et de dépolitisation a donc accru la distance qui sépare et exclut la majorité de la population des lieux où se prennent les décisions qui la concerne en premier chef. Dans les agglomérations encore tenues par la gauche, le phénomène est manifeste. Notamment dans les villes socialistes, où une jeune génération de gestionnaires à laquelle appartiennent notamment Johanna Rolland, Jérôme Safar, Nathalie Appéré... passée par Sciences-po et dressée aux règles du management fait de l’aménagement du territoire le marche-pied d’un carriérisme déjà bien engagé (3).

(1)Notons que depuis trente ans, ces projets - culturels, financiers, d’aménagements, ou autres... - ont ouvert les voies de la reconversion à toute une génération d’ex-gauchistes, le plus souvent d’ anciens staliniens qui sévissaient dans les groupes maos, tels la G.P, le PCMLF, VLR, on en passe et des pires... Roland Castro est un de ceux-là. Il est également l’artisan de la rénovation du quartier de Triennal à Boulogne-sur-mer. Lire ou relire à ce propos : Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary. Guy Hocquenghem.Ed. Agone. Ce livre retrace avec ironie la carrière, jusqu'en mai 1986, des gauchistes de Mai 68 qui ont trahi, par opportunisme, l'idéal de leur jeunesse.

(2) Source Michel KOEBEL / Répertoire National des élus.

(3)Passés par Sciences-Po et politiquement indigents. Ceci expliquerait-il cela ? Une chose est certaine, Johanna Rolland devra rapidement passer aux exercices pratiques afin d’opérer la retraite ordonnée que la défaite incontestable subie par son prédécesseur à Notre-Dame des Landes lui intime désormais ...

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Encart 2

 

Qu’est-ce que le « Pôle métropolitain » de la côte d’Opale ?

Nous serions tentés de répondre ironiquement « un fauteuil supplémentaire pour certaines personnalités déjà bien assises »... Plus sérieusement, c’est l’échelon auquel s’organise dorénavant la prise de décision économique et politique dans le cadre de la nouvelle division internationale du travail. Les métropoles concentrent en leur sein toute la qualification nécessaire à une économie mondialisée qui tout les connectant, place les régions en concurrence entre-elles. Ainsi, le « pôle métropolitain » de la côte d’Opale consiste à mettre la façade maritime et ses trois ports littéralement à la remorque de la métropole Lilloise, authentique centre de décision économique frontalier. En quelque sorte une forme renouvelée de vassalité territoriale propre à notre époque « d’Europe des régions ». Depuis que des experts leur ont soufflé à l’oreille que le territoire n’était exploité qu’à 30 % de ses potentialités, le patronat et les politiciens escomptent faire de la zone, rien moins que : « le centre logistique de l’Ouest européen ». Il leur suffira pour cela d’unifier les trois ports Dunkerque, Calais, Boulogne-sur-mer sous un commandement unique et centralisé. Ce n’est donc pas le fruit du hasard si depuis peu, certains se prennent à reparler de « lignes maritimes à grande vitesse » ... quand d’autres rêvent d’aéroport, celui de « Notre-Dame des Flandres », sans doute...

 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 14:53

1948, l’Europe est en pleine reconstruction. Cette même année, Londres accueille les premiers Jeux Olympique d’après guerre. Ces 15 jours de sport doivent être le symbole de la toute récente paix (c’est d’ailleurs pour cette raison que l’Allemagne n’est pas invitée et que le Japon refuse d’envoyer une délégation). Vu le contexte particulier, et les moyens minimaux mis a disposition par le comité olympique anglais aux délégations étrangères, ces JO sont rapidement surnommé les « Jeux de l’austérité ». 64 ans plus tard, Londres renouvelle l’expérience. Le contexte est différent, mais en pleine période de récession économique et en pleine crise politique, le gouvernement anglais veut éviter que le surnom de l’édition de 48 soit réutilisé pour cette nouvelle édition. En effet, le système capitaliste ultra libéral soutenu par l’UE est en chute libre et montre clairement ses limites. La majorité des dirigeants des pays de l’Union Européenne imposent cures d’austérité sur cures d’austérité aux populations afin de sauver les intérêts d’une minorité d’hommes politique et patrons. Le Royaume-Uni n’est pas épargnée et tous les secteurs économiques et sociaux britanniques sont aussi touchés par ces cures. Tous, sauf les JO.

 

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Londres explose son budget

Rien n’est trop ambitieux pour les Jeux Olympique. Un budget de départ de 3,4 milliards de livres était alloué à l’organisation. Début 2012, à 6 mois de la cérémonie d’ouverture le budget est passé a plus de 9 milliards de livres (plus de 13 milliards d’euros). 1 milliard de livres, soit 1,16 milliard d’euros, étant affecté au pharaonique budget sécurité. Pourquoi un budget sécurité aussi important ? Il était prévu au départ de dépenser 475 millions de livres lorsque Londres a été choisi. Depuis ce budget n’a pas cessé d’augmenter. Une des villes les plus équipée en système de surveillance des populations profite donc de cet événement pour financer encore un peu plus son dispositif liberticide. Les attentats du métro de Londres en 2005 et les émeutes de l’été 2011 sont autant de prétextes médiatiques pour justifier cette folie sécuritaire1. Le boum de la sécurité revient à Hackney, un quartier « délaissé » de l’Est de Londres, qui, accueillant le village Olympique, est devenue une véritable forteresse en quelques année. Les caméras y ont poussés comme des champignons, imitant l’inutile système déployé dans l’ensemble de Londres depuis une décennie.

 

 

A Hackney, plus de place pour les pauvres, les artistes et les punks

Hackney était un quartier de Londres constitué de terrains vagues, d’entrepôts à l’abandon et de projets immobiliers non achevés. Cette zone était surtout le lieu de vie d’un grand nombre d’artistes fauchés, et plus globalement d’une population que la presse bourgeoise et la classe politique qualifie généralement de « en marge de la société » ou « voyous ». Ces gens étant simplement des personnes dont l’explosion du prix de l’immobilier local à naturellement exclut de Londres. Avec le projet Londres 2012, la municipalité choisie de sacrifier cette zone « gênante » en la choisissant comme lieu du village olympique. Les squats et le dynamisme artistique et humain d’Hackney vont rapidement laisser place au nouveau stade Olympique et aux habitations de « haut-standing » qui accueilleront les sportifs du monde entier. Comme à Pekin en 2008, ou c’était d’ailleurs beaucoup plus flagrant, les Jeux Olympiques de Londres sont encore une fois l’occasion d’exclure le prolétariat des villes par l’intermédiaire de projet d’aménagement du territoire ubuesque et par la gentrification des quartiers populaires.

Le reste de Londres n’est pas exclut de ce projet. En effet, les nombreux squats politiques de la ville sont évacués les uns après les autres afin de supprimer tout éventuel bastion de contestation. Dans un même temps, des lignes de transport en communs ultra-moderne voient le jour (comme la East London Line rénovée en 2008) dans la métropole. Transport en commun traversant les quartiers populaire de Londres mais dont le prix d’accès (compris entre £3,5 et £7 en fonction des zones) en exclut automatiquement ses habitants.

Si le profil de Londres change complètement a l’approche de l’événement, d’autres régions périphériques sont elles aussi touchées. Parmi elles, la région Nord-Pas-de-Calais, porte d’entrée pour le Royaume-Uni, subit de plein fouet l’engouement Olympique avec des projets portés par le PS local et soutenus par les autres partis politiques.


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« Nos territoires s’apprêtent à « accueillir le monde » » - D. Dupilet

Au lendemain de la victoire du projet londonien au détriment du projet parisien, c’est l’émoi chez les dirigeants de la région Nord-Pas-de-Calais. En déclarant dès les jours suivant cette nomination « Si les JO s'étaient tenus en France, personne ne serait venu chez nous. », Dominique Dupilet (président du conseil général du Pas de Calais) est très clair sur ses intensions. Lui et ses camarades à la tête des pouvoirs locaux veulent tirer profit au maximum

de cet événement. Un cirque similaire à celui des politiciens britanniques est alors en marche. On nous fait rapidement miroiter un développement économique de la région exceptionnel et une manne financière avec de nombreux emplois à la clef. Dans une région touchée par les licenciements, les fermetures d’entreprises et la morosité, ce discours, porté par la presse locale, a évidemment eu un écho favorable auprès des populations précaires. Mais que cache en réalité cet engagement Olympique dans la région qui compte 7 des 10 villes les plus pauvres de France ? Par l’intermédiaire du projet « le plus grand terrain de jeux », Dupilet et tous les élus locaux profitent en fait de l’occasion pour financer la remise aux normes, la construction et la modernisation des infrastructures sportives et touristiques de la région2, et ce avec des fonds publics. Cet argent public va donc une nouvelle fois servir la cause des entreprises privées. Rappelons que ce genre de projet, malgré son caractère « populaire » ne profitera au final qu’aux classes privilégiées de la population et à la petite bourgeoisie locale. En effet ces structures qui brillent par leur modernité ne créent en fait que de l’emploi précaire (CDD, saisonniers ou interim). De plus leur coup de fabrication en fait des lieux de sport, culture ou tourisme dont le prix d’entrée est prohibitif et donc inaccessible aux classes populaires déjà dépouillées par le patronat nordiste…

Ainsi dans un autre cadre que dans la banlieue londonienne, le grand bal des grues, engins de chantiers et entreprises privées du bâtiment est ici aussi sur le pied de guerre pour que toutes ces infrastructures soient prêtes à temps.

 

1 - En plus d’être ultra sécuritaire, ce dispositif est totalement inefficace, car il a été incapable de prévenir ces deux évènements.

2 - Par exemple la base nautique de St Laurent Blangy ou la base de voile de Blériot Plage

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Fortunes de mer

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

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