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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 19:42

 

    En ces temps de campagne électorale, à la xénophobie galopante s’ajoute la folie sécuritaire liée aux prochains J.O. de Londres.


     La nomination de Peter Ricketts, ambassadeur de Grande Bretagne en France officialise le renforcement de la présence des policiers britanniques sur le port de Calais. Ce dernier est venu le 30 mars inspecter le dispositif sécuritaire sur la Cote d’Opale.

Autant dire que la politique de surveillance et de répression des migrants et de ceux qui les soutiennent va s’accentuer.

 

      Pour preuve, probablement par prévention, un premier « nettoyage » a été opéré à Calais le jeudi 29 mars 2012 entre 19h et 20h30.

 

      D’abord une militante No Border est brutalement arrêtée en pleine rue. Ensuite, des occupants (iranien) d’un squat ont été embarqués et le bâtiment évacué. Enfin quatre militants et un demandeur d’asile débouté sont interpellés dans le parc Richelieu pour s’être opposés à l’arrestation de Soudanais. Tous sont naturellement placés en garde à vue au commissariat de Coquelles.

 

    Durant leur détention, des camarades auront beau exprimer leur solidarité, soit en multipliant les appels téléphoniques depuis plusieurs pays d’Europe au commissariat de Coquelles et à l’ambassade britannique à Paris, soit en se regroupant le samedi 31 mars de 16 à 17h devant les grilles du CRA.

 

     Les migrants iraniens sortiront les premiers suivis, après 24h de garde à vue tout de même, de la première interpellée. Ce n’est qu’au bout de 45h que sortiront les cinq autres camarades. Les conditions de détention ont dû être particulièrement dures au regard de leurs états physique et psychologique lors de leur libération.

Les 6 militants sont convoqués en justice pour outrage et/ou rébellion contre la PAF ou les CRS le 30 mai à 8h30 au TGI de Boulogne-sur-Mer.

 

Tribunal

 

     Ce nouvel épisode d’intimidation policière et judiciaire ne fait que dévoiler, une fois de plus, les processus répressifs mis en œuvre. Ne soyons plus étonnés, ces violences organisées sont pensées politiquement pour détruire toute solidarité et lutte.

Il est temps de construire une réflexion et des actes pour se rassembler et enrayer la machine à procès et à isoler.

 

    C’est pourquoi il importe d’être massivement présents le 30 mai 2012 au TGI de Boulogne-sur-Mer à 8h30 pour soutenir nos camarades !

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 23:53

 

Depuis de nombreuses années, la traque des sans papiers à laquelle se livrent conjointement les Etats français et britannique configure la région calaisienne en champ de manoeuvre privilégié d’exercices sécuritaires.

 


     Véritable “zone laboratoire” où l’Etat éprouve chaque innovation en matière de détection, de surveillance et in fine de répression, c’est dorénavant sur les bassins du port que devrait se déployer un dispositif qui, pour l’heure, semble plutôt relever de l’effet de manche.

 

     Qui croira que la mise à l’eau d’un canot pneumatique piloté par quelques C.R.S freinera la détermination des sans-papiers qui, rappelons le, continuent d’échapper aux mailles du filet aussi serrées soient-elles.


un-canot-pneumatique-et-trente-crs-pou-1181116-copie-1

 

    Par contre, il n’est plus à démontrer que la figure de l’immigré compte pour l’Etat d’abord au nombre des bouc émissaires qu’il façonne à dessein, attisant ainsi les peurs d’une fraction de la population déboussolée par les effets dramatiques d’un capitalisme à l’appétit insatiable.

 

     Rappelons nous simplement le délirant déploiement militaire qu’occasionna en 2009 à Calais la tenue du camp "No Border". L’annonce par la presse locale d’un déferlement sur la ville de hordes de casseurs allogènes avait offert à l’Etat l’occasion d’exalter consensus et adhésion à l’endroit de ses valeurs d’ordre et de sécurité. C’est d’ailleurs lors de cet événement que se déploya pour la première fois dans le port un dispositif tel que celui que nous annonce aujourd’hui le préfet du Pas-de-Calais


No Border. police port-4.

 

     Les futurs “Jeux Olympiques” nous dit-on, et bientôt le projet d’extension du Port, voilà qui justifierait en plus de la chasse quotidienne à l’étranger une présence des forces de répression toujours plus visible, toujours au plus prêt de la population.

 

      Pour nous, il apparaît nettement qu’à mesure que s’intensifiera l’offensive du capital contre les conditions d’existence des travailleurs et des chômeurs - la situation que rencontrent actuellement la Grèce, l’Islande, le Portugal, l’Espagne ou l’Irlande ne constituent pour l’heure que les prémices de bouleversements à venir bien plus profonds- le quadrillage du territoire et le contrôle des populations s’aggravera implacablement.

 

       Si habituellement l’Etat expérimente et systématise ses méthodes répressives à l’encontre des groupes sociaux les plus fragiles : immigré-es, lumpen-prolétaires, etc... les temps à venir pourraient mettre face à lui des franges bien plus larges de la population, qui à mesure que la crise les précipitera dans la difficulté n’auront une fois leur tour venu plus grand chose à perdre.

 

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 22:51

 

     Depuis maintenant plus de trois semaines, deux petites tentes ont été plantées respectivement au pied de l’énorme building du Home Office* (la United Kindom Border Agency) à Croydon (au sud de Londres) et face à l’immeuble du bureau international d’Amnesty International. Ces tentes sont occupées par six grévistes de la faim, demandeurs d’asile, d’origine iranienne et menacés d’expulsion. Afin de montrer leur détermination, trois d’entre eux se sont cousus les lèvres ! Cette action plus que symbolique n’est pas un cas isolé ! En effet, en Janvier dernier, la technique de la grève de la faim et de la couture des lèvres a été utilisée par plus de 300 sans-papiers en Grèce (http://www.indymedia.org.uk/en/2011/02/474751) dans le but d'obtenir une régularisation. Ils auront tenu 6 semaines avant que les autorités ne se décident à faire un geste.

 

hunger-strike.jpg

 

     A Londres, la situation est encore plus critique. D’une part, ils ne sont que six grévistes, ce qui les rend beaucoup moins visibles que leurs compatriotes installés en Grèce. D’autre part, face au brouhaha surmédiatisé du mariage d’un prince de la monarchie britannique, cette lutte est passée complètement inaperçue dans les médias britanniques et européens ! Six demandeurs d’asiles iraniens peuvent bien être envoyés à l’échafaud (méthode très couramment utilisée pour punir les militants anti-gouvernementaux en Iran), ce n’est pas grave tant que William et Kate se disent « oui » !

 

     Depuis le 12 juin 2009 et la reconduction de Mahmoud Ahmadinejad à la tête de l’état, les partisans de son principal opposant, Mir Hossein Moussavi, sont traqués, torturés et pendus sur la place publique lors de grandes manifestations. De plus en plus de militants politiques iraniens sont contraints à l’exode vers l’Europe de FRONTEX.

 

     Des soutiens militants s’organisent pour communiquer autour de cette énième lutte en cours pour la régularisation des sans-papiers. Quelques indépendants ont diffusés des photos et articles sur des pages perso internet ("http://www.demotix.com/news/667984/iranian-asylum-seekers-hunger-strike-outside-immigration-centre), une pétition a été lancée (http://www.gopetition.com/petitions/save-6-uk-hunger-strikers-from-deportation.html) et le week-end dernier une manifestation festive de soutien a été organisée au cœur de Londres regroupant des exilés, des militants et de simples citoyens. Les réponses du gouvernement britannique se font toujours attendre … à suivre …

 

* Le home office est l’équivalent anglais du ministère de l’intérieur français 

 

Un mouetteux enragé sur place

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 23:29

 

    Chaque jour, les habitants de Calais se voient imposer de fausses informations sensationnalistes dans les rubriques « migrants » ou « faits divers » des journaux locaux. Plutôt que de faire un réel travail d’analyse et d’information, le Nord Littoral et La Voix du Nord se contentent en général de relayer les versions policières et les discours xénophobes municipaux et nationaux.

 

   C'est pourquoi, dans l’optique d’apporter une nouvelle source d’information à la population calaisienne, les militants de No Border ont décidé en Novembre dernier de créer un journal mensuel de 4 pages, intitulé « Sans Frontières ». En février 2011, alors que Natacha Bouchart souhaitait voir disparaître les No Border de Calais, le troisième numéro de Sans Frontières était bouclé et diffusé gratuitement en ville et sur le net

 

 

 

(http://sansfrontieres-calais.blogspot.com/).

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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 21:11

 

Contexte

 

    En 1998, c'est la guerre en Yougoslavie.

 

    Au printemps 1999, arrive à Calais un nombre considérable de réfugiés, majoritairement kosovars - adjectif immédiatement péjoratif suite à un règlement de compte mortel entre passeurs et qui deviendra générique, quelle que soit l'origine des migrants des vagues qui s'ensuivront. Entrée en scène des CRS : premières chasses, premier parcage dans un entrepôt de la CCI (Chambre de Commerce et d'Industrie).

 

    Juin 1999 : fermeture de l'entrepôt, susceptible de favoriser, selon la Préfecture, les contacts passeurs/clients au départ en Grande Bretagne. 200 migrants occupent le parc Saint Pierre ; évacuation du quasi-bidonville en août. Les familles sont recasées face à l'hôpital de Calais, les célibataires dans le "fameux" hangar à Sangatte. La médiatisation amorcée avec les premières répressions éclate, avec les retentissements que l'on connaît.La survie des migrants est assurée par C'sur, un collectif d'associations aux réunions duquel participent individuellement des membres de la Mouette enragée.

 

     Le 16 septembre 1999, nous assistons médusés à la foirade de la tentative de réouverture de l'entrepôt initial, propriété de la CCI. C'est l'occasion de constater les dissensions patentes au sein du C'sur, orga et perso. Dysfonctionnement propre aux cartels d’organisations qui le plus souvent trouvent leur point d’équilibre à l’interne en s’accordant sur le plus petit dénominateur commun, en l’occurrence ici, l’aide matérielle et alimentaire.

 

 

Analyse et pratiques



    Sans nier le réel travail d'urgence des organisations humanitaires, la Mouette enragée en exprimera tôt les limites :

- l'"oubli" que la volonté des Sans-pap' n'est pas d'être tolérés en France -et d'aller en CADA- mais de passer en Angleterre ;

- le paradoxe confrontation/négociation du C'sur avec les représentants de l’État, alors que ses membres sont régulièrement brutalisés et traînés en justice ;

- l'alibi du "respect et de la dignité dus aux migrants" comme obstacle objectif à l'autonomie de lutte de ceux-ci -et donc à un véritable soutien-, même si le turn over est perpétuel. Preuve s'il en fallait : l'éviction vindicative, dès le départ, du CSP 59 du collectif, l'abbé Boutoille considérant ces derniers comme "des manifesteurs, pas des manifestants"(sic). Exit donc l'aspect politique ;

- l'incapacité, aveugle ou volontaire, à percevoir le traitement des sans-papiers comme un laboratoire sécuritaire et répressif qui, de fait s'étend aujourd'hui à tout le champ social ;

- le manque d'appréciation à cette date - c'est peu de le dire! - de la politique d'enfermement dans les CRA relevant d'un arbitraire qui, là aussi, sera la matrice d'une politique maintenant généralisée.

- Le refus de notre part qui avons des papiers de nous substituer à ceux qui n’en ont pas, travailler avec mais en aucun cas à leur place.

- la volonté de dénoncer un humanitaire qui refuse de dénoncer les véritables responsables d’une situation catastrophique. Position entretenue par la gauche.

- le refus de prendre pour argent comptant les déclarations bien pensantes des autorités locales

 

    Nos positions et nos actes, axés sur les enjeux sociaux et politiques - ceux de la lutte des classes - détermineront durant cinq ans nos relations locales, nationales voire internationales (avec des groupes britanniques et belges notamment) et les actions de terrain mises en œuvre, avec plus ou moins de bonheur mais toujours sujettes à réaction.

 

     La Mouette enragée n'intègrera pas le C'sur.

 

     Français, étrangers, même patron, même État : même combat. Au delà du slogan les actions de la Mouette auront tendu à replacer la question des flux migratoires dans leur réalité : oppression, misère, guerres... autant d'avatars d'un capitalisme mondialisé que fuient ses principales victimes mais qui se trouvent en fait bel et bien utilisées sur le grand monopoly de la main d’œuvre.

 

 

Chronologie

 

 

     Durant ces années d'implication en Calaisis (et ailleurs), nous aurons multiplié les tentatives de convergence des luttes, au travers d'interventions multiformes s'inscrivant dans l'évolution de la situation.

En voici une trame non exhaustive de la période la plus intense :

 

2001

 

- Le 20 octobre, week-end d'action de solidarité avec les migrants, dont une marche de nuit jusqu’au tunnel trans-manche. Seront présents des membres du CSP 59, du CAE (collectif anti expulsions), de la CNT, des militants bruxellois contre les expulsions et de... C'sur en opposition avec le bureau de l'époque. C'est l'occasion d'une prise de contact effective avec lesmigrants présents.

 

- Préparation dans la foulée d'une manif avec des afghans pour le 30. Annulée : 200 d'entre eux passeront la Manche miraculeusement le... 29 !

 

- Décembre, tract d'appel : "Sans-papiers, coup d’État sécuritaire et néocolonialisme".

 

tract-dec-2001.jpg

 

2002

 

    En 2002, les militants britanniques seront à l'origine et/ou répondront à des initiatives communes aux deux côtés de la Manche.

 

- En février, ils obtiennent la fermeture du centre de Campsfield, près d'Oxford. Mais celui de Douvres est mis en service dans la foulée et le combat ne fera que commencer.

 

- Avril, participation à la manif contre le CRA de Douvres (GB).

 

- Mai, le 4 : manif contre l'extension du CRA de Coquelles ; parution du numéro 23 (spécial immigration) de la "Mouette enragée".

 

manifestation contre le centre de r-tention de Coquelles. Min la presse bourgeoise "la Voix du Nord"

 

 

- Juin, manif à Londres pour l'accueil des "réfugiés" en Angleterre.

 

     Ces trois actions se sont enchaînées dans le cadre de la lutte en réponse à la politique de "chasse à l'étranger" menée communément par les États français et britanniques. Notre partenaire d'outre manche étant le NCADC. Nous ferons parallèlement une diffusion "toutes boîtes" d'un tract d'information sur la réalité des CRA à Coquelles même.

 

- Juillet : campement No Border à Strasbourg.

 

- Octobre : rassemblement devant le CRA de Coquelles avec la volonté de faire savoir aux prisonniers qu'ils sont soutenus à l'extérieur. Qu'ils soient le but des itinéraires des manifs ou le lieu direct de rassemblements, cette motivation sera constante et la police n'aura de cesse d'interdire le contact.

 

- Novembre-décembre : fermeture du site de Sangatte. Participation des militants de la Mouette enragée aux manifs.

 

2003

 

- Janvier : La Mouette enragée n° 24 est dans les kiosques. Nous organisons à Calais, dans le cadre de la lutte contre tous les CRA, une conférence-débat sur la politique migratoire et les répressions en Europe (avec la participation d'Alain Morice, anthrologue impliqué dans la question des phénomènes migratoires et contributeur de la publication Vacarme, ainsi que du CSP 59).

Cette rencontre fait suite à une manifestation à Coquelles "sabotée" par ce qu'il faut bien considérer comme une contre-manif organisée par le C'sur, lequel affirmant dans la presse locale n'être pas foncièrement contre les CRA.

 

tract janv 2003

manif-janvier-2003.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                       In la presse bourgeoise "la Voix du Nord"

 

 

 

 

Au cours de la manifestation, un texte est lu et diffusédevant les grilles du CRA de Coquelles. Ci-joint, le recto-verso

 

Texte-lu-devant-le-CRA-de-Coquelles.Recto-.jpgTexte-lu-devant-le-CRA-de-Coquelles.-Verso.jpg

 

 

 

- Févier : nous publions un texte à destination des boîtes aux lettres des Coquelois, toujours aveugles ou indifférents à la prison pour étrangers implantée sur leur commune.

 

tract-coquelles-1.jpg

 

- Mai : des moutons noirs des assos humanitaires ou des quidams qui ont apporté leur aide aux migrants (accueil chez eux...) sont (à nouveau) traînés en justice; nous organisons une soirée de soutien à ces victimes du "délit de solidarité". Pour l'occasion, la Mouette fait un tract de bilan.

 

bilan-mai-2003-recto.jpgbilan-mai-2003-verso.jpg

 

- Juin : le 28, le C'sur organise sa soirée de soutien. Malgré les pressions toujours plus lourdes de l’État, le cartel d'assos résistera et notre solidarité sera constante.

 

     À partir de l'automne, dans la dynamique de la lutte contre les CRA et dans un contexte de harcèlement de l’État envers les militants, La Mouette enragée, cherche des relais nationaux avec lesquels organiser une mobilisation élargie. C'est dans cette perspective que nous rejoindrons la "Coordination nationale contre les centres de rétention" envisagée par le CAE.

 

2004

 

    Tout au long de cette année, notre collaboration à la coordination nous aura amené à Paris et sa banlieue - sur des chantiers de construction de CRA, avec l'appui des riverains, notamment à Palaiseau -, à Lyon - au CRA de Lyon Satolas et à l'OMI pour une occupation (foireuse car mal préparée) ou à des actions d' agit-prop.", contre les boîtes de BTP ou cabinets d'architectes complices intéressés de la politique d’État d'enfermement.

 

- Février : nous parvenons lors d'une manifestation à un contact direct avec les "retenus" ce qui permet d'obtenir de l'info vérifiée sur leurs conditions d'enfermement, dont la dureté est alors niée par les autorités. Lors d'actions ultérieures, la police s'assurera de l'impossibilité d'un contact aux grilles des cellules ou ailleurs entre migrants et militants solidaires à l'extérieur... Un tractage à destination des Coquellois est organisé.

 

coquelles-2004.jpg

 

- Mai : le 15, C'sur, Inter-lutte, le CAE de Paris, les sans-papiers amiénois et La Mouette enragée se rencontrent dans la perspective d'étudier de nouvelles pistes d'actions en phase avec des positions politiques cohérentes, notamment sur l'aspect classiste de l'enfermement.

 

tract-mai-2004.jpg

manif-15-5-2004.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                     In la presse bourgeoise "La Voix du Nord"

 

- Mai-juin, arrestations en masse de sans-papiers sur la métropole lilloise. Les hommes sont concentrés au CRA de Lesquin, les femmes à celui de Coquelles. Grèves de la faim de ces dernières. Nouvelle campagne d'information à Calais/Coquelles et par Indymédia. S'ensuivront de nouveaux procès ...

 

- Août : verdict et durcissement des lois sur l'immigration en Europe. En hiver, nouvelle marche sur le CRA de Lesquin.

 

2005

 

    Après des années de lutte non-stop aux côtés de militants versant tantôt dans l’humanitaire tout-crin, tantôt dans l'activisme forcené, mais dont la volonté d'agir aura permis de marquer quelques points ou, à tout le moins de gagner du temps, et au regard de l'ensemble des combats à mener, La Mouette enragée décide de revenir sur un champs socio-politique plus large, mais n'excluant pas la lutte avec les sans-papier , de Calais en particulier.Nous quittons aussi la Coordination nationale.

D'autres combats nous ont d'ailleurs occupé sur cette période, en parallèle et pour les mêmes raisons...

 

- Novembre : parution de notre analyse de 1999 à 2004 dans une contribution au livre Politiques migratoires, grandes et petites manœuvres aux éditions Carobella ex-natura. A lire dans l'article éponyme !

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 12:23

Il semble intéressant de refaire circuler ce texte de la Mouette Enragée, initialement paru dans le bouquin collectif "Politiques migratoires. Grandes et petites manoeuvres" (éd. carobella, 2005) pour mieux comprendre la situation politique calaisienne et envisager le retour d'une lutte globale.

 

Bonne lecture

 

doc-15291

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 13:00

calais no border


Du 23 au 29 juin 2009 s’est tenu à Calais un rassemblement se voulant en prise directe avec la réalité endurée par les sans papiers cherchant à gagner la Grande-Bretagne. Une semaine durant, quelques trois cents personnes ont tenté en lien avec le réseau “No border” d’informer, de nouer des contacts et parfois de se dresser face à la répression qui s’abat au quotidien sur les immigré-es. Ayant oscillé entre participation et retrait à ce projet, nous revenons aujourd’hui sur les quelques points qui, dès le départ, nous ont semblé en fixer les limites.

Lorsqu’en novembre 2008, les États français et anglais échouent devant la CEDH (Cour Européenne des Droits de l'Homme) à expulser par un vol commun des afghans sur Kaboul, ils se heurtent sur le terrain à une forte mobilisation. Des contacts se nouent alors autour du CRA (Centre de Rétention Administratif) de Coquelles où sont détenus les afghans bientôt relâchés. De cette collaboration entre militants français, anglais et belges germera l’attente d’une intervention qui dépasserait enfin le cadre humanitaire stricto sensu sur lequel se polarisent les associations locales. L’intention se veut donc politique et revendique “la liberté de circulation pour les personnes, la fin des frontières et des contrôles migratoires”. Au demeurant, les promoteurs ont une idée assez précise des moyens à mettre en œuvre afin d’y parvenir. Il s’agirait avant tout d’organiser un camp labellisé et autogéré, implanté en périphérie de la ville.

 

L’objet du camp... le camp lui même.

 

Rapidement, l’objet du camp deviendra le camp en lui même. Au détriment d’ailleurs de tout débat sur le sens de sa tenue quinze ans après l’arrivée des premiers migrants sur les côtes de la Manche. A ce titre, on peut s’interroger sur les délais extrêmement serrés, quelques mois à peine, que s’étaient fixés les organisateurs afin de tenir le calendrier. De fait, contraints par l’urgence matérielle, le politique fut évacué dès le départ des discussions. L’architecture et la logistique s’imposèrent comme priorités. Il est ainsi impossible de trouver un compte rendu qui fasse état d’une approche politique comparée de la question à l’échelon local et avant tout international. A notre connaissance, les seuls bilans publiés après coup ne mentionnent que les points forts ou faibles en rapport avec l’activité quotidienne au sein du lieu (1). Comme souvent à l’issue de ces rassemblements, on évalue en priorité le rapport des groupes entre eux en relation avec les impératifs de la vie en collectivité. L’autre ligne de partage concerne essentiellement la stratégie à adopter face à l’action policière. Forcément offensive pour les uns, naturellement pacifiste pour les autres. Mais cette fois les opportunités de ressasser le vieux “vrai/faux” débat ne se présenteront pas. Le quadrillage policier confinera durant la semaine les participants aux limites du camp. Toute sortie en groupe se révélera impossible, toute tentative d’action collective se verra immédiatement réprimée.

 

Calais-3828-1-b3b12.jpgCalais-4068-14-76660.jpg

 

source : http://www.contre-faits.or/spip.php?article101#photo

 

Quand l’activisme tourne court.

 

Neutralisés sur place, il ne restait aux participants qu’à patienter jusqu’à la manifestation, autorisée celle-là, en fin de semaine. Une moindre consolation. Certes il y eu bien l’action réussie au CRA de Lesquin, car délocalisée à 120 kilomètres de Calais. Maintenant, on ne peut que s’interroger sur les choix retenus par les organisateurs. Que l’on néglige volontairement les débats de fond afin de rassembler largement est déjà discutable sur le principe. Que l’on dévalue la réalité du terrain sur lequel on entend porter l’action l’est tout autant, si ce n’est davantage.

Depuis plusieurs années, Calais et sa périphérie sont l’objet d’une occupation policière et parfois militaire permanente. La côte, la ville et l’arrière pays sont les lieux d’arrestations et de violences ininterrompues de jour comme de nuit. S’y concentrent en regard de l’activité Trans-Manche par mer et par tunnel un arsenal sécuritaire proprement délirant évoqué déjà à plusieurs reprises. Renforcer le dispositif en place en temps ordinaires afin d’enserrer quelques centaines de manifestants ne fut donc qu’une formalité pour l’État. Or, si l’on admet, à quelques exceptions près, le manque d’ancrage des militants dans cette histoire migratoire “particulière” à Calais autant que dans la réalité sociale et politique locale, si l’on reconnaît le caractère éphémère de l’initiative, on saisit comment la presse locale a réussi aussi aisément à construire et alimenter la peur bien avant l’arrivée des premiers campeurs.

 

Une presse locale...

 

La presse nationale a tu l’événement. A peine quelques lignes dans un ou deux titres du matin. Il en fut autrement avec les presses régionale et locale qui savonnèrent grassement la planche préparée par la sous-préfecture et la mairie UMP. C’est sans doute sous cet angle que l’on peut le mieux saisir la distance qui a séparé la détermination affichée par “Les No Border” comme les baptisèrent les journalistes et la réalité calaisienne. Rien n’étonne moins que la prose de “La Voix du Nord” ou de “Nord Littoral”, quand bien même l’accès du camp leur fut interdit, ce qui est heureux. Ce qui surprend, c’est la position des militants en regard de la campagne de criminalisation qu’ils ont subie. Leur obstination à démentir les accusations portées par ces journalistes les a cantonné dans une posture défensive et sans doute paralysante. Certainement parce que l’influence de cette presse dans une ville moyenne comme Calais n’a pas été estimée à sa vrai mesure. En raison peut être de la place qu’occupent aujourd’hui les outils de communications virtuelle au sein des sphères militantes et de la manière dont ils déforment notre approche du monde réel.

 

.à la toxicité sous estimée.

 

En règle générale, les éditions locales et régionales se portent mieux que les quotidiens nationaux. La proximité des nouvelles qu’elles colportent leur ouvrent encore aujourd’hui la porte de nombre de foyers. A l’heure du “haut débit”, leur ton immuable et soporatif façonne toujours l’opinion. C’est bien entendu dans leurs colonnes que furent annoncées à la population calaisienne l’annulation des fêtes publiques et des kermesses scolaires, la fermeture des magasins et des centres commerciaux, le bouclage de plusieurs axes de circulation et le quadrillage policier. En réponse à l’orchestration de la psychose, les militants révulsés tentèrent de donner des gages de bonnes intentions. Se privant par la même occasion d’une critique en lien avec le terrain social local. La “Voix du Nord” pour ne citer qu’elle n’est pourtant pas à son coup d’essai en la matière. Il eut été piquant, par exemple, de remémorer en réponse à la calomnie la responsabilité que porte ce titre dans le fiasco judiciaire que fut “l’affaire d’Outreau”. Une sordide offensive de la presse bourgeoise menée elle aussi tambour battant...

 

Au final

 

La manifestation de la fin de semaine se déroula aux marges de la ville et réunit entre 2 et 3000 personnes. Comme il a été dit et répété, le dispositif policier était impressionnant au point d’imposer sans résistance la fouille de tout un chacun sortant du camp et désirant rejoindre le cortège.

Que retenir d’autre, si ce n’est malgré tout les contacts établis tant avec les sans papiers qu’avec les habitants du quartier populaire jouxtant le campement. Sur le principe, l’objectif de “créer l’événement” fut atteint. Sur le fond, peu ou pas de réflexion collective, une approche formelle et abstraite de la question, en dehors des rapports de classes et au profit d’un humanisme pourtant si décrié lorsqu’il est porté par les associations calaisiennes.

On peut ainsi regretter que malgré la présence de camarades anglais ne fut saisie l’occasion de comprendre le sens réel des grèves sauvages de la raffinerie de Lindsey où l’on entendit réclamer entre autre « des jobs anglais pour les ouvriers anglais ». On était pourtant là au cœur du sujet.



 Depuis, le ministre Besson a commandé la destruction des squats, camps ou refuges des vietnamiens, palestiniens, afghans, irakiens, érythréens ... non sans avoir au préalable “ouvert la frontière” afin de ne rafler que ceux qui restaient. Comme après chaque annonce, et avant la suivante...

 

 

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(1) Récits et analyse du camp No border- Aux frontières du réel. http://lille.indymedia.org/article16998.html

Premier point de vue rétrospectif sur le camp No Border. in : http://lille.indymedia.org/article16889.html



Boulogne sur mer.

Le 22/09/09.

 

Manifestation No Border du 27 juin 2009, filmée par la TV locale

 

 



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27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 12:38

 


8G1B3914moyenEn visite à Calais le 27 janvier, Besson, le tout nouveau ministre de l’immigration y a entonné le refrain de ses prédécesseurs. Les thèmes de l’insécurité, de l’activité maffieuse des passeurs ou de la souffrance de la population locale ont permis de répéter la volonté de l’État de “rendre la zone étanche”. Une visite inutile, car malgré l’acharnement et la détestation affichée de l’État à l’encontre des sans-papiers, ceux-ci continuent de rejoindre l’Angleterre. Traqués et violentés, désormais, ils se déplacent par delà le Calaisis, le long d’une ligne entre Roscoff et les Pays-Bas.

 

Avant toute chose, rappelons que les conditions endurées au quotidien par les sans papiers bloqués dans le port de Calais ne sont en rien une nouveauté. Même, et surtout, si la presse et les télévisions s’essaient depuis la fermeture du camp de Sangatte à démontrer le contraire. Le plus souvent d’ailleurs sur un mode misérabiliste ou proche du fait divers.

 

Depuis quinze ans...

 

Bien antérieure à la fermeture du camp géré par la Croix Rouge, la réalité calaisienne est complexe. Son histoire remonte à 1994, date de l’arrivée dans la ville des premiers “réfugiés” d’origine polonaise. Puis, en 1997, à celle d’une quarantaine de Roms d’origine tchèque refoulés d’Angleterre. Pour leur venir en aide, quelques associatifs locaux créent alors le premier “Comité de Soutien aux Réfugiés”. Viendront ensuite la série des guerres impérialistes menées par les occidentaux en Yougoslavie, en Afghanistan et en Irak. Elles contraindront des milliers de personnes au départ. Nombre d’entre elles se heurteront à l’issue d’une longue route au franchissement du détroit. Ainsi, en 1998, les bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie conduisent de jeunes kosovars et leurs familles jusqu’aux plages du Pas-de-Calais. Suivront bientôt des milliers d’irakiens, de kurdes et d’afghans.

 

A noter qu’à cette période, le Royaume-Uni dont les origines géographiques de l’immigration diffèrent de celles des autres pays de l’U.E reçoit plus de 50 % des migrants ayant transité par les Balkans.

 

Mais à eux seuls ces conflits n’expliquent pas tout. Car, en quinze ans, plus d’une centaine de nationalités différentes se sont croisées aux abords du Calaisis(1). Et toutes n’étaient pas originaires de régions ravagées par les combats. Loin s’en faut. Comme nous l’évoquions, il y a quelques années déjà, le “pourquoi” de la présence de ces hommes et des femmes sur les côtes de la Manche tient autant au caractère global du capital qu’à des raisons dites “humanitaires”. Clairement, la question du travail et la dimension internationale du marché de la main d’œuvre s’impriment à celles et ceux qui rejoignent clandestinement l’Angleterre. Moins, comme on l’affirme souvent, parce qu’on y propose d’abord des “petits boulots”, que pour les très nombreux secteurs de la production et des services dans lesquels les conditions d’exploitation légales y sont comparables à celles du travail clandestin.

 

Dans ces circonstances, le rôle des États sera d’abord d’organiser, contrôler ou interdire l’accès aux territoires. Au fil des ans, les quatre pays limitrophes : France, Grande-Bretagne, Belgique et Pays- Bas se sont armés d’un dispositif juridique, technologique et policier invraisemblable. Si bien que l’enchevêtrement d’accords européens et nationaux, fait aujourd’hui du port de Calais une de ces “zone-entonnoir” en bien des points identique à celles qui ceinturent l’U.E. Une politique répressive qui recherche de plus en plus à “sous-traiter” les demandes d’asile en les externalisant auprès d’états tampons.

 

carte

 

Les lois.

 

Parmi ces lois, il convient de distinguer celles qui s’appliquent au sein de l’Espace Schengen dont l'Angleterre n’est pas membre, des accords conclus avec ses voisins d’outre Manche. La première catégorie, regroupe le “Code Schengen”, le “Traité de Dublin” et leur extensions. Ce dernier permet actuellement à l’Angleterre d’expulser nombre d’étrangers de son territoire. Pour se faire, il lui suffit d’apporter la preuve de l’enregistrement d’une personne étrangère dans un premier “État membre” afin qu’elle y soit renvoyée. C’est à cet effet que le fichier européen d’empreintes “Eurodac” a été crée .

 

Dans la seconde série, entrent les “Protocoles de Sangatte” et le “Traité du Touquet”. Ils réunissent polices françaises et anglaises dans les ports de la Manche et de la Mer du Nord mais aussi dans les gares et sites dits “sensibles” des deux côtés de la frontière. Ainsi, l’État français accueille actuellement sur son territoire 800 policiers anglais disséminés en différents points de contrôle. Leur surveillance se concentre avant tout dans la gare du Nord à Paris, dans celles de Lille, Dunkerque et Frethun jusqu’au tunnel sous la Manche... Enfin, un système d’amende sanctionne les transporteurs dans le cas où seraient découverts des sans-papiers dans leur véhicule lors d’un contrôle.

 

Le dispositif sécuritaire

 

En plus de ces lois, un puissant dispositif sécuritaire s’applique à rendre inaccessible l’accès aux endroits de passage. Calais et ses environs se transforment progressivement en un agencement de zones concentriques enceintes de palissades et de grillages. Le port, où la chambre de commerce et d’industrie a mis en place son propre service de sécurité est aujourd’hui clôturé de murs et de barbelé électrifié. En outre, il a été équipé d’un système d’alarme, de fibres optiques et de caméras thermiques. A Coquelles, la société Eurotunnel a installé 280 caméras, des détecteurs infrarouges ainsi que 40 kilomètres de barbelé autour de sa zone surveillée par 360 agents de sécurité...

Une partie des contrôles frontaliers est d’ailleurs sous traitée par des sociétés privées. Les véhicules sont examinés au moyen d’un matériel militaire appartenant à l’armée anglaise. Des scanners vérifient l’intérieur des remorques, des détecteurs traquent les battements du cœur, des sondes calculent les émissions respiratoires de CO2. Les États justifient l’ensemble de ces contrôles en invoquant la sécurité des personnes. Notamment depuis la mort en 2000 de 58 chinois, asphyxiés dans la remorque d’un camion néerlandais. Calais offre donc un marché juteux aux patrons de la sécurité. Un budget de 12 millions d’euros annuel leur est ainsi exclusivement consacré.

 

Pour autant, le recours systématique aux contrôles a des effets immédiatement négatifs pour le capital. Il provoque un ralentissement de la circulation de la marchandise et des dix millions de passagers qui transitent chaque année entre la France et l’Angleterre. C’est le talon d’Achille de cette architecture pour laquelle le temps est avant tout de l’argent. On comprend alors que s’il est en effet plus difficile de franchir le détroit, il est toujours possible de le faire.

 

frontiere-tunnel.jpgCo2.jpg

 

Sur le terrain

 

Sur le terrain, la situation demeure inchangée. Actuellement entre 500 et 700 personnes attendent leur tour de passer. Ce qui, il est vrai, est un nombre relativement important en cette saison. Pour elles, les conditions de survie sont extrêmement difficiles. Les groupes organisés par nationalité se terrent aux alentours de la ville, dans les bois, près des dunes, sous des campements de bâches qu’ils nomment “jungle”. Certains occupent des squats dans la ville. Les problèmes de santé sont multiples et difficilement pris en charge car ils reposent sur le seul volontarisme des associatifs locaux. En face d’eux, l’État, les soumet à un harcèlement constant. L’objectif est clair : éloigner et rendre invisible la présence de ces hommes et de ces femmes dans le centre de la ville et à ses abords. A cette fin, il y aurait en ce moment à Calais plus de 500 policiers affectés à la seule action contre les sans-papiers. Au V.V.F de Blériot-plage stationnent en permanence les compagnies de C.R.S chargées des interventions. Elles se font à tout moment. Parfois en journée, certaines eurent lieu sur le lieu des repas servis par les associations. Elles prirent l’allure de véritables rafles. La nuit aussi, quand les campements sont détruits. Les violences sont fréquentes : les effets personnels, les vêtements sont parfois brûlés, des policiers urinent dessus. A certaines époques, il y eu des marquages à l’encre à même la peau des sans-papiers. Des ramassages qui se terminaient à plusieurs dizaines de kilomètres par des “libérations” en pleine campagne après leur avoir ôté les chaussures ; il y en eu même derrière la frontière belge... Les arrestations se terminent parfois au centre de rétention administratif (CRA) de Coquelles. S’y retrouvent, avant tout, les personnes susceptibles d’être expulsées. Dans l’enceinte même des locaux de la PAF, adossé au CRA, siège le tribunal de grande instance, délocalisé depuis Boulogne sur mer. Les oppositions qui se manifestèrent à l’époque contre la facilitation matérielle d’une justice “à la chaîne” n’y changèrent rien. Ici on passe en quelques pas de la cellule à la salle d’audience.

 

Mairie calaisienne et associatifs.

 

A un échelon local, ancienne et nouvelle majorité municipale partagent avec les hautes sphères de l’État le souci de tenir les sans papiers dans la clandestinité. On se rappelle qu’à la fermeture du camp de Sangatte, le maire P.C.F de Calais déclara d’abord : “ ... Je reconnais le travail réalisé par MM Sarkozy et Blunkett, mais c’est dommage d’avoir attendu si longtemps...” . Puis lorsqu’il vit arriver sur la ville ceux que l’État anglais continuait de refouler, il se ravisa. S’adressant aux associatifs qui lui réclamaient la mise à disposition d’un lieu sanitaire il leur déclara : “ ... Je regrette que des abrutis, et je pèse mes mots, aient dévoyé la cause des réfugiés...Je ne suis pas favorable à l’ouverture d’un local cautionné par la ville”. Depuis, l’U.M.P a gagné la mairie. Par un discours et des pratiques éprouvés, Natacha Bouchart entend museler et faire le ménage à sa manière. Elle qui considère les sans papiers “responsables de dégradations perpétuelles” et qui“rendent sales les lieux où ils passent”. Si la mairie PCF a toujours refusé de rencontrer les associatifs, Bouchart, elle, les invite à une table ronde. Elle initie un “Conseil des Migrants” qu’elle crée pour l’occasion. Elle a compris l’effet anesthésiant de la parole auprès de ceux qui déploraient depuis des années de ne pas écoutés. Une subvention en augmentation a donc été versée à deux des principales associations et des promesses de financement de toilettes ont été évoquées. Et déjà certains parlent “d’avancée”...

 

Actuellement, il faut compter plusieurs semaines, parfois plusieurs mois afin d’atteindre les plages anglaises. Alors, des groupes partent s’installer ailleurs. En retrait, dans les terres, à trente ou quarante kilomètres de la côte. Là, l’accès aux camions est plus rapide. Calais perdrait-elle de sa centralité ? (2).

 

 

(1) Afghans, Irakiens, Iraniens, Kosovars, Kurdes, Albanais, Indiens, Roumains, Turcs, Soudanais, Erythréens, Palestiniens...

(2) Le phénomène existe dorénavant en différents lieux : Roscoff, Cherbourg, Dieppe, Dunkerque ou Ostende.

 

Pour en savoir plus : “La loi des jungles” de la Coordination Française pour le droit d’Asile. http://www.apsr.asso.fr/com/CFDArapport0908.pdfhttp://www.apsr.asso.fr/com/CFDArapport0908.pdf.

- La Mouette enragée (2005) De Sangatte à Coquelles : situations et interventions (1999 - 2004) in Politiques migratoires : grandes et petites manœuvres, Marseille, Carobella ex-natura, pp. 112-163.

 

Boulogne sur mer.

27/01/08.

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26 septembre 2004 7 26 /09 /septembre /2004 18:01

 

Après ces quelques mois de mobilisation, voici venu le moment de faire un premier point sur la campagne. Les questions demeurent nombreuses qui mêlent les modalités de l'action : comment construire localement une réelle dynamique, avec quels outils et quelles pratiques- au contenu proprement politique, à savoir comment s'inscrire dans une lutte sur l'immigration quand on a soi même des papiers et en faisant d'autres choix que le soutien ? Autrement dit, est-il possible sur une lutte spécifique d'avancer des éléments plus globaux partagés par d'autres secteurs de la population ? Une réflexion en direction de celles et ceux qui souhaitent bouger sur ce terrain.

 

CRA-solidarit-.jpgPhoto prise à Coquelles, lors des mobilisations

 

Lorsque nous avons fait le choix de nous investir dans la lutte contre l'extension du centre de rétention de Coquelles, nous savions que nous inscrivions notre intervention dans la durée. Nous le faisions en fonction d'un contexte précis, celui de la fermeture programmée du camp de Sangatte et de la dispersion des sans-papiers qui s'en suivrait immanquablement. Bien sur parce qu'il permettait de nous opposer concrètement à l'hypocrite et criminelle gestion des flux migratoires sur l'espace européen ainsi qu'à l'arsenal sécuritaire indispensable à sa mise en oeuvre. Toutes choses que les mesures légales annoncées par l'Europe confirment entre autre au travers des récentes remises en causes du droit d'asile. Nous entamerons donc notre tour d’horizon par une mise au point qui nous offrira, nous le souhaitons, une occasion supplémentaire de débattre et d'avancer dans la critique et la recherche de modes d'actions sur ces questions.


 

 

Vous avez dit " Liberté de circulation " ...

 

Il est convenu dans les milieux associatifs intervenant sur les luttes de l'immigration, les révolutionnaires n'échappant que rarement à la règle, de porter la revendication de " liberté de circulation et d'installation ".Soit.

Comprise comme un principe nous ne pouvons qu'être en accord avec celle-ci. Mais alors, reconnaissons que c'est une revendication abstraite qui fait peu de cas des déterminations du marché mondial de la main d'oeuvre. Car les flux migratoires ne peuvent se comprendre dans le capitalisme global qu'au titre de la marchandise, tels les services, les produits manufacturés ou les rentes de la finance. Voilà pourquoi et dans ces conditions, la circulation appliquée aux individus ne relève pas du choix, encore moins de la liberté, quelqu' en soit par ailleurs le point de départ et le lieu d'arrivée. La liberté de circulation dans le système capitaliste est un leurre, lorsque l'Etat recourt périodiquement à des vagues de régularisation c'est toujours en fonction de certaines circonstances, avant tout afin de faire baisser la pression après une longue période creuse. C'est à ce rythme que vivent les mouvements de sans-papiers.

 

Peut-être faut-il rappeler que toutes les mesures actuellement appliquées ou en projet, en France comme en Europe, vont dans le sens de la fabrication d'une main d'oeuvre clandestine, précaire et tournante, dont la figure est le sans papier, le plus souvent débouté du droit d'asile.

 

Qu'il s'agisse du discours entretenu sur les " faux réfugiés " programmant la casse du droit d'asile, de la logique d'enfermement par la multiplication des camps pour étrangers en Europe ou dans les pays tiers, de l'augmentation des expulsions et de la programmation de charters européens, ou encore de l'allongement de la durée de la rétention, toutes ces mesures convergent vers un seul objectif : mettre à la disposition des patrons un volant de main d'oeuvre corvéable et sans statut juridique. C'est donc sur un terrain de classe dans ce que le " sans papier " figure aujourd'hui et pour les périodes à venir des conditions générales du salariat , que nous inscrivons notre action.

 

 

 

L'indispensable lutte des sans-papiers.

 

Au delà de ces options de principe, il nous faut prendre en compte certains paramètres et en premier lieu l'atonie depuis plusieurs années des luttes de sans-papiers. Le cas de Lille demeure aujourd'hui l'exception hexagonale, et vraisemblablement pour un certain temps encore après l'échec cet été de l'occupation du square Séverinne à Paris. Le relais lillois est donc précieux à plus d'un titre, à fortiori quand localement l'errance ne favorise pas l'organisation des " réfugiés ". Sa collaboration nous a permis en son temps de mettre le collectif " CSur " devant ses responsabilités face à la rétention, mais aussi de mailler des initiatives communes, la dernière en date remonte à cet hiver sur le centre de rétention de Lesquin. Si théoriquement nous affirmons que c'est d'abord aux intéressés de prendre en charge leur lutte, ce qui est difficilement envisageable sur le littoral hormis des mouvements entre les murs mêmes du centre, la participation du CSP 59 permet justement ce lien indispensable avec une situation de lutte concrète. Et puis, c'est lorsque plusieurs femmes du CSP 59 en grève de la faim furent envoyées à Coquelles, que l'on a constaté un début de réaction de la part des humanitaires calaisiens. A deux reprises, ils apportèrent devant le centre leur soutien aux grévistes . Une évolution qui se confirma également par la participation de certains d'entre eux/elles aux initiatives que nous avons menées ces derniers mois. Autant qu'il est possible de l'envisager, la participation de collectifs de sans papiers est donc à encourager, puisqu'elle permet de briser au moins ponctuellement les divisons entretenues entre " vrais " et " faux réfugiés " à plus forte raison quand les relais associatifs locaux issus de l'immigration font défaut (1).

 

blog-csp59-version--3.jpg

 

Si nous ne nous sommes jamais trouvés seuls lors des appels que nous lancions, notre difficulté à élargir la mobilisation est réelle et hypothèque d'autant le champ des possibles. Le petit réseau local et régional qui nous permet de maintenir un type d'intervention qui articule information, débat et manifs ne suffit pour le moment pas à envisager la création d'un collectif large.


 

Et au delà ?

 

C'est au delà des réalités propres au littoral, politiquement fonction de la période que nous traversons. Certes, des collectifs sont mobilisables, certains le furent bien avant le lancement de la Campagne en janvier, venant parfois de Belgique, d'Angleterre, de Paris ou de la région qui tous se retrouvèrent à Coquelles. Cela participe d'une indispensable mise en réseau des personnes actuellement en mouvement. Nous avons su éviter les pièges du localisme, profitant au départ des retombées médiatiques de Sangatte, maintenant c'est localement qu'il nous faut rebondir. L'enjeu est double qui articule la nécessité de sortir la rétention de la clandestinité et d'exister politiquement par rapport à ces questions. A notre connaissance aucune information sérieuse n'a éte produite actuellement en dehors des promenades médiatiques de personnalités de gauche.

 

Le travail d'information en direction de la population Coquelloise mené depuis le début demeure indispensable bien que se révélant peu payant jusqu'à aujourd'hui. Des articles parus dans la presse locale répondant parfois à nos interventions dans le village attestent qu'on ne souhaite pas laisser s'engager le débat. D'autre part, le centre existe depuis plusieurs années maintenant, sans qu'il y ait eu chez les locaux de manifestation d'aucune sorte lors de sa construction. Comme nous l'écrivions il y a peu dans une revue militante(2) : " il y a un environnement économique qui ne favorise pas la réaction des coquellois-ses... Coquelles, c'est au départ un village rural en périphérie de calais qui depuis la construction sur ses terrains du tunnel sous la Manche, a pris des allures de zone pavillonnaire croulant sous les sommes perçues de la société Eurotunnel et du complexe commercial attenant baptisé "cité-Europe". A partir de là, on peut comprendre que la priorité de cette toute fraîche population n 'est pas la lutte contre l'enfermement et le contrôle social... ".

 

manifestation contre le centre de r-tention de Coquelles. MAperçus des articles de la presse locale

manifestation contre le centre de r-tention de Coquelles. M manifestation contre le centre de r-tention de Coquelles. M 

link

 

Ce travail peu réalisé sur Calais et malheureusement négligé sur Boulogne-sur-mer reste à mener largement au travers de débats publics. Ces débats ne constituent pas un enjeu déterminant sur le terrain mais sont indispensables, compris comme des espaces de rencontre, d'information et d'échange. Ils doivent permettre d'avancer sur les contenus ce qui n'est que trop rarement le cas, donner l'occasion de confronter des expériences en lien avec le terrain. C'est aussi de cette manière que l'on existe politiquement. En ne laissant pas la parole être confisquée par l'Etat, la gauche et ses satellites associatifs. Cela exige de poser politiquement les choses, ici et en lien avec un contexte plus global. La programmation d'une tournée dans les mois à venir et co-organisée par les réseaux " Solidarité Irak/SIL " avec des acteurs/trices des mouvements sociaux irakiens mouvement des femmes irakiennes, le mouvement des chômeurs et des syndicats autonome, serait une opportunité afin de mettre en lien l'errance des " réfugiés " sur la côte et la situation de l'Irak aujourd'hui (3).

 

Concrètement, la soirée du 15 mai esquissa un échange entre sans-papiers Amiénois, collectif C SUR, Inter-Lutte, la Mouette Enragée et le Collectif Anti-Expulsions de Paris. Se poser et faire le point avec d'autres est à reconsidérer dans nos milieux succombant parfois à un activisme rarement interrogé...


 

Des pistes possibles ...

 

 

En premier lieu sur la rétention elle même puisque la pression exercée sur les sans papiers produit à l'intérieur des centres des réactions prévisibles voir en encadré le rapport de l'IGAS à ce sujet. Comme dans les prisons des mouvements de retenues sont tout à fait envisageables qu'il est important de relayer à l'extérieur. Sans pour autant attendre une présence régulière permettant de recueillir des témoignages de recouper des informations est nécessaire(4). Le soutien actif au grévistes de Lille a permis cela quelques temps.

 

C'est d'autant plus important sur Coquelles que l'Etat s'appuie sur l'image du " centre modèle "(5) et par ailleurs justifie la construction de nouveaux locaux par l'insalubrité de ceux en activité. Nous devons également continuer à affirmer notre présence à l'extérieur en repensant les modalités de nos interventions. Il faut maintenant inventer autre chose. Les actions sont à penser comme des moments d'affirmation publique, de construction d'un rapport de force mais à relier avec ce qui se vit dans le centre lui même. La question de la visibilité reste importante. Des moments de rupture potentielle sont à créer, l'occupation du chantier de construction de Palaiseau est intéressante. Face à l'Angleterre, un campement comme le " No Border " de Strasbourg offre des perspectives. Des campagnes sont envisageables contre les constructeurs, Bouygues et ses nombreuses filiales par exemple.


 

En lien avec d'autres acteurs

 

D'abord avec toutes celles et ceux qui sont potentiellement les cibles de la logique judiciaire et carcérale. Et cela fait du monde comme nous l'a encore démontré ces derniers mois le scandale judiciaire d'Outreau. Si aujourd'hui la prison ne fait pas l'objet d'une remise en question dans la société, elle entre pour un nombre croissant de personnes dans le champ des éventualités. Jeunes des quartiers pauvres, immigrés, travailleurs en lutte, chômeurs, syndicalistes, simple quidam... sont aujourd'hui les cibles favorites de l'offensive de classe que mènent Etat et patrons.

Pour cette raison, mettre des bâtons dans les roues de cette machine à broyer n'est d'aucune façon la chasse gardée de telle ou telle autre fraction militante mais une urgence pour le plus grand nombre. Des liens sont à établir prioritairement avec les collectifs en lutte, que ce soit ici, dans les quartiers, les boites et au delà de la Manche.

 

N'hésitez pas, contactez nous !

 

Automne 2004.

 

(1) On notera, mais qui s'en étonnera, l'absence des associations boulonnaises issues de lïmmigration sur le terrain...

(2) interview paru dans le n° d'été de la revue No Pasaran. in " A Coquelles comme ailleurs, non aux centre de rétention ".

(3) Pour toute info : mouvement de femmes irakiennes :

http://www.equalityiniraq.com/ Concernant les syndicats autonomes irakiens : http://www.uuiraq.org/.

Le site de solidarité irak : http://www.solidatiteirak.org

(4) Rappelons que tout personne peut visiter avec son accord un ou une retenue. Les retenues disposent de téléphones dans le centre, il est possible de les appeler afin d'établir le contact. Voici les numéros du centre de rétention de Coquelles

03 21 00 96 99

03 21 00 82 16

03 21 00 91 55

(5)Discours qui nous fut également tenu par un membre de la Cimade du centre de Coquelles...

 

Une vidéo sur la mobilisation contre le CRA de Coquelles, à l'initiative de la Mouette

 

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14 mai 2003 3 14 /05 /mai /2003 16:15

 

      frontiere tunnel 

 

    Dans le dernier numéro de Vacarme, on rappelait les conditions de la fermeture du centre de Sangatte. De retour dans le Calaisis, on s’est rappelé la phrase de Hugo : « Ce gouvernement, je le caractérise d’un mot : la police partout, la justice nulle part ».24 janvier 2003 : le camp de Sangatte est désormais fermé, le hangar détruit. Visite à Calais pour une conférence-débat organisée par la Mouette enragée, « Journal anticapitaliste et libertaire du littoral ». Deux manifestations sont prévues ce samedi : l’une, de longue date, par la Mouette, devant le Centre de rétention de Coquelles, dont une extension est prévue ; l’autre dans les rues de la sous-préfecture, sur des thèmes humanitaires, et surtout pour ne pas se commettre avec « les anars » - l’« humanitaire », cette « main gauche » dont parle Michel Agier [1], tandis que la main droite agite menaces et matraques, et pourchasse ici les « Kosovars » [2]. Il est vrai qu’il fait un temps à ne pas coucher dehors et que les réfugiés n’ont officiellement plus où aller. On pressent une complémentarité des rôles, et l’on devine que le gouvernement n’a pas choisi ses dates au hasard.

 


      Dans la gare de Calais-ville ce matin-là, un maître-chien (maître de quoi ?) et, dehors, un combi de CRS, moteur allumé. Les CRS sont très nombreux dans la région, et sont logés dans des VVF aux alentours, à tel point qu’un de mes hôtes se demande s’il en restera assez à Paris pour le redouté match OM-PSG le même soir. Promenade dans le centre : les flics patrouillent en tous sens, continuellement, silencieusement mais avec ostentation : c’est une présence. On sent bien qu’on est dans le registre des symboles et de la dissuasion : les étrangers n’ont plus leur place à Calais, qu’ils se le disent [3]. On pense alors à toutes les rumeurs qui ont circulé, sans doute hélas plus souvent fondées qu’inventées : la traque des réfugiés, de nuit à la lampe torche, les coups de bâton, les valises de vêtements répandues sous la pluie, les insultes racistes, et à tout instant cette injonction : « Circulez ! »

 

     On pense ensuite au système des chemineaux anglais que George Orwell avait décrit, pour l’avoir subi lui-même dans les années 1930 : toujours maintenir les misérables en position verticale, ne jamais les laisser s’asseoir ou se coucher ni dans un bosquet, ni sur un banc. Les asiles de nuit, assez éloignés l’un de l’autre pour empêcher le repos et la fixation de quiconque, étaient les éléments clés du dispositif : le chemineau devait rester sur la brèche [4].


     Et voici que, disent à Calais des sources trop diverses pour qu’aucune ne soit crédible, notre police s’empare de réfugiés errants et les lâche dans la nature, loin. Et voilà, dit-on aussi, que des « humanitaires », qui au nom de l’urgence n’auraient pas le temps de penser, ont précipité des réfugiés dans des cars préfectoraux, direction... le Centre de rétention (lequel, sauf expulsion, est l’antichambre de l’errance : le cycle peut recommencer, interdit le stationnement).


     L’après-midi du samedi, présence policière toujours, mais insolite : sous un ciel de traîne devenu engageant, une petite centaine d’humanitaires du C’SUR défile, précédée et suivie de quatre autos et six motos de la police. Le Collectif de soutien d’urgence aux réfugiés (C’SUR) regroupe diverses associations, notamment dans la mouvance caritative, chrétienne, gauche-plurielle et des droits de l’homme. Ce week-end là, un de ses responsables dit à la presse (ou laisse la presse dire) qu’il n’a rien contre les centres de rétention. C’est assez d’une journée pour comprendre que, si l’humanitaire y sert de lien commun, l’unité politique au sein du C’SUR est loin d’exister. Le soir, viendra la réunion « ennemie », comme trop souvent entre convaincus. En tant qu’intervenant, j’ai beaucoup regretté l’absence de débat contradictoire, car la situation politique de Sangatte était un cas unique en France, et personne n’était armé pour y faire face. Par delà les urgences humanitaires d’un côté, et l’affirmation de principes de l’autre, un bilan théorique s’impose.


     Dimanche matin : fort vent de suroît, pluie glacée qui se réinstalle jusqu’à midi, obstinée et croissante. Un de mes hôtes m’offre le privilège d’une balade en auto. Dans la ville, on passe devant l’Algeco où le C’SUR distribue des repas : quelques réfugiés attendent déjà, un car de police passe sans s’arrêter. De Calais vers le sud, au cap Gris-Nez, la côte est superbe. Alignements de pavillons bourgeois, de cabanons sur la dune. Sangatte (la villégiature balnéaire, pas le camp, qui est éloigné de la mer). Un campement réquisitionné par les CRS, avec des camions qui rayonnent autour d’un rond comme les fourmis autour de la goutte de sirop. Sur la route, camionnette de gendarmes, qu’on croisera deux fois, sans compter les longues minutes perdues à ne pas pouvoir la dépasser. Le paysage est si beau qu’on imagine mal, en contraste, ces cohortes quotidiennes rejoignant les lieux de départ vers l’Angleterre, nez au vent.


     Retour plus à l’est : passage devant le camp de Sangatte. C’est l’occasion pour moi de découvrir ce qu’on fait de mieux aujourd’hui en matière de grillages. Du tramé vertical, proportions 2/8 (je suppose), il doit y avoir une raison : les réfugiés ne sont pas des moutons. En tout cas, c’est du solide, mais pour un camp qui se voulait libre d’accès et de sortie, cette débauche de clôtures est pour moi une énigme.

 

     À mesure qu’on s’approche de Calais par le sud-ouest, le maillage autoroutier et ferroviaire s’impose, dans lequel le piéton s’anéantit. Sous une pluie qui redouble, on laisse la voiture sur un terre-plein, près du pont d’où l’on aura une perspective sur l’entrée du fameux tunnel. Un univers de barrières, fossés, caméras vidéo et barbelés en chevaux de frise - on a fait des progrès : les vulgaires tortillons acérés ont fait place à des lames de rasoir. Pour concevoir cette entrée du tunnel, les autorités françaises ont-elles fait appel à des coopérants techniques recyclés d’Allemagne de l’Est ou de la frontière américano-mexicaine ? Le temps de contempler ce spectacle, sous une pluie battante, nous avions confirmation que le système vidéo fonctionnait : devant la voiture, nous attendait un combi de CRS, doublé d’une jeep de l’armée. Contrôle long et courtois, avec ce message sous-jacent : « N’oubliez pas que nous sommes là. De fait, partout sur la route et dans les rues, on ne saurait oublier la présence policière.

 

     Voici ensuite le Centre de rétention de Coquelles, qui va être doublé (au moins), intelligemment conçu pour que rien ne soit directement en prise sur l’extérieur ni en vue, auquel font pendant un centre commercial où, jour et nuit, les Anglais viennent puiser alcool et cigarettes à meilleures taxes, et un complexe informatique qui entend bien mettre un jour à contribution une main-d’œuvre venue de l’étranger. À Calais même, à tout coin de rue, le commerçant attend le chaland d’outre-Manche. Et tandis que patrouillent les CRS, les affichettes des buralistes annoncent en anglais qu’« ici l’on vend du tabac en grande quantité. Dans cette stratégie commerciale, Calais aurait préféré que les réfugiés soient invisibles. Mais paradoxalement, les maladresses de l’État aidant, cela s’est traduit par une hyper-visibilité, et à l’échelle nationale par la soudaine renommée du cas Sangatte, et sur place par cette sorte de patrouillage incessant d’hommes en armes, qui ne peut qu’incommoder tout esprit démocratique.

 

     Retour à Paris, par la gare de Calais-Frethun. Cars plus nombreux de CRS à l’entrée, contrôle des billets comme à l’aéroport. Sur le quai vers Paris, sis entre fossés et grillages, surviennent trois gendarmes, qui se postent au milieu et aux extrémités. Conjecture : « Ça a certainement à voir, mais quoi ? On ne va quand même pas empêcher des réfugiés de quitter le Calaisis pour Paris. Réponse peu après avec le train qui arrive de Paris pour l’Angleterre, pourtant bien isolé du nôtre par le même omniprésent procédé (c’est le premier grillage que j’aie jamais vu en France entre deux quais d’une même gare) : nos trois pandores ont pour rôle de vérifier que personne ne descendra à contre-voie. De retour à Paris, une heure plus tard, je découvre que l’accès au train de Londres n’est possible qu’après un contrôle de vigiles, en bout de quai.

 

      Le spectacle de toute cette mise en place policière, en l’espace de trente-deux heures, fait froid dans le dos. Fallait-il pour autant se fixer sur Sangatte ? Quelques semaines après, autre voyage pour d’autres raisons à Marseille : et l’on y découvre que la gare Saint-Charles regorge de parachutistes et d’agents de « sécurité », tandis que plus bas, le long du port, hurlent et défilent à vitesse indue, et à tout bout de champ, les voitures de la police. Calais : un art d’écarter l’étranger que la France entière lui envie ? Qu’on se méfie, tout de même et partout [5].



Notes



[1] « La main gauche de l’Empire. Ordre et désordres de l’humanitaire », Multitudes, n°11.

[2] Le Camp de Sangatte a été créé par la Croix Rouge, avec l’appui des autorités, en septembre 1999 et en totale inconformité avec le droit commun, pour régler le dit « problème » des réfugiés kosovars et autres qui erraient dans les lieux publics du Calaisis ; l’appellation générique de « kosovar » est restée.

[3] Le 22/02/03, lors d’un débat sur l’asile à France-Culture, G. Cocquempot, maire-adjoint de Calais, interviendra sur « l’hospitalité des Calaisiens », à l’appui de sa thèse sur la nécessaire lutte contre les « faux réfugiés », et ne dira pas un mot des exactions policières qui ont suivi la fermeture du camp. On ne pouvait se départir de l’idée que, dans cette emphase comme dans ce silence, c’était de sa propre inhospitalité qu’il parlait. Sur l’espace libre-affichage de la Maison Pour Tous, les affiches de la conférence-débat avaient été recouvertes par le parti de la majorité municipale.

[4] ) G. Orwell, La Vache enragée, Gallimard, 1935.

[5] ) « Le quadrillage des villes et des lieux publics par des hommes en uniforme voire en tenue de combat et en armes se trouvera bientôt considéré comme un décor naturel », La Mouette Enragée, n°24, janvier 2003, p. 2.



publié dans Vacarme numéro 23 printemps 2003

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