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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 10:59

La couleur de peau ou l'accent louche ont permis jusqu'à présent d'identifier le danger intérieur. Au point que les classes dominantes  comme les individus “décomplexés” n'hésitent plus à ethniciser les problèmes sociaux comme les résistances qui en découlent. La  question du terrorisme fournit l'opportunité de cibler les classes dangereuses en jouant sur le triptyque Islam/islamisme/islamophobie. Derrière ces concepts ambigus à dessein se dissimulent assez mal une nouvelle forme de racisme d'origine comme de classe qu'il importe de débusquer.

Les trois textes suivants offrent quelques analyses utiles pour en débrouiller l'instrumentalisation politique, au-delà des discours convenus.

Dossier à consulter ici.

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 10:07

Le scénario est invariablement le même. A partir dʼune simple information pêchée sur le net, un non-événement monté en épingle déborde sur lʼespace public jusquʼà produire lʼeffet contraire de celui escompté. Ainsi, la réunion à Boulogne-sur-mer de quelques jeunes fascistes, pour la plupart membres de la petite bourgeoisie locale occasionne depuis quelques jours une agitation stupide prêtant à une officine sans ancrage une importance qu' elle n' a pas mais qu' elle réclame. A tel point que lʼon est en droit de se demander qui, à ce petit jeu, sert les intérêts de qui ?


Misère de lʼanti-fascisme.


Il nʼest pas dans notre intention de nier la résurgence dʼune extrême-droite dans de nombreux pays européens ni de sous-estimer le danger et le piège quʼelle représente pour les exploités à mesure que la crise sʼaggrave. Il nous importe plutôt de comprendre dans le jeu politicien actuel en rapport à lʼactivité du capital, quels intérêts parfois divergents elle peut être conduite à servir.

 

Dans le cas présent, nous assistons tout bonnement à lʼ instrumentalisation par la gauche locale et ses satellites dʼun soit disant danger, pire semble-t-il à leurs yeux, que ce quʼendurent au quotidien les travailleurs et les chômeurs soumis à la politique de leurs amis du gouvernement. Là est la manoeuvre de la social-démocratie, usée jusquʼà la trame depuis Mitterrand.

 

Rappelons une fois encore que, jamais, la social-démocratie nʼa constituée un rempart devant la montée du fascisme, bien au contraire ! Cʼest sur le cadavre de la révolution allemande, écrasée avec la collaboration des sociaux-démocrates de lʼépoque, que les nazis accéderont à la tête de lʼ Etat. Un Etat aujourdʼhui prétendument démocratique qui nʼa cessé au fil de ces dernières décennies dʼaccroître son contrôle et sa domination sur les populations les plus fragilisées au gré de politiques toujours plus anti-sociales et répressives. La gauche qui, dʼun côté, hurle aux loups poursuit de lʼautre la politique de ses prédécesseurs, eux mêmes transfuges pour certains dʼorganisations fascistes dénoncées par les premiers. Et la ronde de continuer ...


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Pour les prolétaires, lʼurgente nécessité du combat contre le capitalisme !

 

Sʼil nous faut garder un oeil sur les groupes fascistes comme celui des "identitaires", cʼest dʼabord pour ce quʼils peuvent nous instruire du basculement des classes moyennes dans les affrontements sociaux des temps à venir. Les classes moyennes, en ascension dans lʼentre deux guerre, constituèrent à lʼépoque lʼessentiel de la base sociale du fascisme en Allemagne. Aujourdʼhui, à leur tour frappées par le ralentissement de lʼactivité du capital et en proie au déclassement, elles pourraient être tentées par une nouvelle aventure qui leur offrirait le "salut" en échange de leur soumission politique. Ce groupe est dʼautant plus convoité quʼil constitue une frange non négligeable de lʼélectorat du Parti Socialiste en France. Voyez comme on se retrouve ...

 

Mais pendant ce temps, ce même Parti Socialiste, ne recule devant aucune des exigences des patrons. Il sʼapprête à présenter au parlement un projet de loi salué par le Medef qui dépouillera dʼavantage les travailleurs et les chômeurs à lʼheure ou les licenciements fauchent des milliers dʼentre nous. Fort heureusement, dans de nombreux secteurs et en particulier dans lʼautomobile, les travailleurs résistent et ne comptent que sur leurs propres forces pour sʼorganiser et combattre. Pour eux, comme à PSA Aulnay par exemple, le "fascisme", a déjà un visage, celui de ces petits chefs, de ces flics des sociétés privées que la famille Peugeot engage pour casser la lutte et harceler les grèvistes.

 

image-anti-fascisme.jpg

 

Que les choses soient claires, il nʼy a pas de “sortie de crise” à attendre. Le capitalisme, actuellement confronté aux limites de sa propre reproduction tentera par tous les moyens, notamment les plus violents, de nous imposer sa logique destructrice. Lʼurgence pour nous les prolétaires : travailleurs, chômeurs, jeunes, retraités, immigrés, nʼest pas de se laisser abuser par lʼagitation de misérables groupuscules nazillons mais dʼoeuvrer à renforcer les luttes actuelles, de les populariser, de les soutenir, et à notre tour de nous y plonger.

 

Groupe Communiste Anarchiste de Boulogne-sur-mer.

La Mouette Enragée.
Le 23/02/2013.

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 15:40

D'après les chiffres, en France, 8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 956 euros mensuels. Dans le secteur privé ce sont des milliers de licenciements quotidiens et dans la fonction publique, l’Etat applique sa politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, et instaure parfaitement sa logique de rentabilité.

A la lecture des derniers chiffres publiés par l’Insee, l’idée désastreuse que l’on se faisait de la situation précaire du coin, devient soudainement plus que réaliste aux yeux de tous. Sur environ 20 000 foyers boulonnais, en 2008, on estimait à 8500 le nombre d’allocataires de minima sociaux (RSA anciennement RMI, ou l’AAH l’allocation pour adulte handicapé), et 25,4% de part d'allocataires dont les revenus dépendent à plus de 75% d'aides de la Caf. Le pourcentage de foyers fiscaux non imposables, toujours en 2008, était de 59,7%, supérieur à ceux de la région ou du département. Et seulement 52,8% de population active. Des chiffres qui, depuis, restent en constante augmentation.
Autant dire que Boulogne est davantage connue pour avoir vu grandir le footballeur Ribéry que pour son économie florissante.
La majorité des Boulonnais sous le seuil de pauvreté sont des travailleurs pauvres, les jeunes, les familles monoparentales, les retraités ... et s'efforcent de survivre avec les aides sociales.
Et, s’il s’agissait de faire un classement des villes les plus pauvres de France, nous serions classés seizième à Boulogne. Le grand vainqueur dans le top 10 est la ville de Denain (Nord) avec notamment le plus faible revenu fiscal de référence moyen (6 724 euros par an) suivie de Roubaix. C’est dans ce top 10 que l’on retrouve les villes du Nord-Pas-de-Calais, Maubeuge, Calais, Tourcoing, Grande-Synthe, Lens, et le reste dans le top 20, autant dire que l’on décroche le gros lot en matière de pauvreté.

 

Et des charges qui font froid dans le dos


Puis, en cette période d’hiver, on nous annonce une augmentation faramineuse de la facture d’électricité. En plus de cette précarité croissante qui touche à grande échelle notre région, on peut également aborder le sujet de la précarisation énergétique, puisque pour se chauffer, il faut de plus en plus de revenus suffisants. Sans négliger que les personnes touchées sont généralement les plus mal logées et n’ont pas forcément tout le confort d’une isolation thermique et d’une installation électrique de première fraîcheur. On peut s’apercevoir que dans ces logements le taux d’humidité est particulièrement élevé (voire invivable) et qu’il est très difficile de chauffer les pièces. Ainsi, la facture est perçue telle «une décharge électrique» psychologique... On se retrouve avec des factures impayées, des coupures, des problèmes de santé et de logement, un moral fragilisé etc… Avec cette nouvelle promesse d’inflation des tarifs jusqu’en 2016, on est obligé de se poser des questions existentielles sur le devenir des personnes précaires ou au bord de la précarité.

 

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Pauvre, coupable, et responsable !


A ce sujet, retour sur un épisode consternant, selon Laurent Wauquiez, ministre des affaires européennes (mais également en mission commandée comme les autres), «l'assistanat», plus précisément le cumul des aides sociales, le RSA, le chômage, serait «le cancer de la société française». Une chasse aux pauvres qui a encore trouvé écho avec cette idée «d’enfin mettre au
boulot ces profiteurs de RSA en faisant travailler gratuitement des personnes en recherche d’emploi», programme déjà en place et dissimulé au maximum. Ainsi, de nouveau un vaste plan de propagande est posé sur la table : demander à chacun-e de choisir le camp des honnêtes travailleurs contre celui des affreux cumulards! Et au passage, prendre à témoin l’opinion publique en lui donnant des éléments mensongers pour l’orienter dans le sens voulu. Comment pouvons-nous tolérer de tels propos sans broncher et être systématiquement suspectés d’être des profiteurs, sachant que dans la région une partie de la population survit par les aides sociales? Une région qui subit davantage les licenciements, connaît les fermetures d’usines, où dorénavant les contrats, notamment les plus précaires, ne sont pas renouvelés, et n’offre même plus de boulot dans le secteur de la pêche, qui était le pôle économique le plus attractif dans l’agglomération boulonnaise depuis longtemps. La cause principale se résume aux quotas de pêche revus à la baisse et imposés par l’U.E. Et avec leur prétexte traditionnel de la «crise», nous subissons de plein fouet les conséquences de la désindustrialisation. On essaie de rassurer les jeunes et moins jeunes, qualifiés ou non, en exposant des annonces publicitaires, ou à coup de mails ou de textos de Pôle emploi, dans le but de passer un entretien chez Armatis, par exemple… Avec toute cette mascarade politico-médiatique, ou alors leur indifférence absolue envers les demandeurs d’emploi, cela fait bien longtemps que l’espoir ne fait plus vivre dans cette région.


Précarité, grande machine à casser, à exclure, à fliquer!


La chasse au mauvais allocataire est en marche ! Alors prenons-nous en au bénéficiaire du RSA (qui remplace le RMI depuis 2009), le profiteur professionnel par excellence! 418 euros pour une personne seule, c'est une aubaine, l’extase, le nirvana! 598 euros si on a un enfant à charge, quelle chance! L’euphorie la plus totale ! On remplace le RMI par un programme qui impose encore plus d'obligations. En effet, pour avoir du RSA, il faut être inscrit à Pôle Emploi, et donc se plier aux mêmes règles que les chômeurs avec le risque de radiation des listes au bout de deux refus et donc une suspension des allocations. Revenu(s) à zéro. Les personnes ne se trouvant pas en capacité de travailler, et n’étant pas disposées pour diverses raisons à accepter une offre d'emploi « raisonnable » ne pourront plus toucher de revenu minimum, et c’est la seule alternative proposée par l’Etat.
Et jamais les parents pauvres n'ont été autant montrés du doigt, stigmatisés, ou culpabilisés. Suppression des allocs en cas d'absentéisme, contrats de responsabilité parentale, mise en avant de cas de maltraitance ou de délaissement d'enfants pour en tirer des généralités, comme d'habitude, il s'agit de rendre les pauvres responsables de leurs problèmes. Pour enfoncer le clou, ces coups portés aux prolétaires s'accompagnent de méthodes de contrôle social outrancières. On assiste à une véritable criminalisation des pauvres à la recherche de la moindre fraude, notamment avec le fichier unique qui regroupe nos informations personnelles pour toutes les administrations « payeuses » telles que Pôle Emploi, impôts, CAF, URSAFF... De plus en plus d'agents sont habilités à s'introduire chez les gens et vérifier leur train de vie. Ne laissez pas traîner un objet de valeur ou ils ne vous lâcheront plus!
Ensuite vient le RSA « activité » qui est un complément de revenu pour les bas salaires, mais loin d'être une solution, le RSA ne combat même pas l'exclusion : il l'institutionnalise. C’est une escroquerie. Les bénéficiaires en ont établi un triste bilan au bout de quelques mois. Le supplément de revenu étant inclus dans chaque déclaration, ils se sont vus perdre toutes sortes de prestations, comme par exemple la CMU, la prime pour l’emploi des impôts (calculée selon les heures travaillées dans la déclaration annuelle), la prime de retour à l’emploi, des allocations
spécifiques auxquelles ils pouvaient prétendre avant qu’on ne leur impose le RSA, les allocations logement revues à la baisse, etc … Finalement, la moyenne de perte financière est estimée à 200 euros mensuels. Bienvenue dans le monde de pauvreté durable !


Qui sont réellement les profiteurs ?


L’Etat stigmatise de façon délectable « les fraudeurs sociaux », qui, par ailleurs, n’essaient simplement que de trouver des solutions de survie financière dans un système qui ne profite qu’à la classe bourgeoise. On préfère traquer le prolétaire plutôt que le vrai voleur : le nanti, le conformiste, le donneur de leçons, le ploutocrate, le patron…
De plus, on estime ainsi que près d'un tiers des personnes qui devraient toucher le RSA n'en bénéficient pas, par défaut d'information, parce qu'ils ont renoncé à le demander face à la complexité de la procédure, ou tout simplement par crainte d'être stigmatisé en tant qu' « assisté »…
Mais les chiffres sont clairs, la « fraude » aux prestations sociales est estimée, selon le ministère du travail, entre 540 et 808 millions d'euros par an sur 60 milliards de prestations globales versées. Quant à la fraude fiscale sous toutes ses formes, elle s’élèverait à une moyenne de 40 à 50 milliards d'euros en France par an, c'est-à-dire 2 à 2,5 % du PIB, information provenant de la Commission Européenne.
En conclusion, déficits et dettes, les termes à la mode, sont le fruit des petits cadeaux que s’octroie l’oligarchie, le camp de l’Etat.


Souriez ! Vous êtes radiés !


La situation des chômeurs, s’est encore dégradée avec la fusion de l’ANPE et des ASSEDIC dans le «Pôle emploi». Au-delà des menaces et des radiations massives, les chômeurs sont aussi traités comme des fraudeurs en puissance et se retrouvent infantilisés avec des avertissements à la moindre incartade, au moindre rdv raté ou retard, à un coup de fil auquel ils n'auraient pas répondu. Les chômeurs sont de plus en plus isolés, ils n’ont plus d’occasion de se rencontrer. Les agents ne donnent quasiment plus de rendez-vous, tout se passe sur internet et leur fameuse plate-forme téléphonique, ce qui déshumanise complètement la relation au chômeur, engendrant l’exclusion, tragique pour certains.
Avec le manque d’organisation et de défense collective, les chômeurs sont abandonnés à leur sort. Trop rarement en contact avec des collectifs, des associations ou des syndicats, ils se retrouvent pour la plupart en manque d’informations concernant leurs droits, acculés au désarroi et à l’isolement.


2012, aucune illusion pour le travailleur avec ou sans emploi


Chômage, pauvreté, exclusion, répression, harcèlement au travail (pour celui qui en a), voilà ce qu’est une société dans laquelle on nous oblige à vivre.
Et soyons clairs : l’objectif du salarié est de gagner plus en travaillant moins, celui du patron est de faire travailler ses salariés au maximum en les payant au minimum. Le seul moyen dont disposent les travailleurs et les chômeurs pour améliorer leurs conditions de vie, c’est d’user de leur pouvoir de nuisance : s’arrêter de travailler, bloquer la machine économique par les occupations, les blocages des flux…
Finalement, le RSA est une aubaine pour l’Etat et le patronat qui se voient offrir des petits boulots conventionnés. Le recours aux contrats précaires se normalise. Peu importe le sigle, CDD, CAE, CUI, des salaires misérables, des conditions de travail lamentables, une pression hiérarchique, aucune perspective d'avenir, de l'exploitation légale et du foutage de gueule à volonté ! Les employeurs sont encouragés à développer des postes à bas salaire et à temps partiel, le tout dans un marché du travail nettement plus flexible. L’employeur patron y gagne au détriment du principal concerné, l'exploité. Un employeur engageant une personne avec ce genre de dispositif se voit exonéré pendant deux ans de cotisations sociales, alors pourquoi s'en priver ? Et de gauche comme de droite, toujours cette méthode : diviser pour mieux régner, en restant dans cette logique : l’exploitation de l’homme par l’homme, dans les mêmes inégalités économiques et sociales, et fausser les réflexions sur les situations précaires et de souffrances de la population. Un système qui attise de plus en plus de haine dans l’esprit d’un peuple manipulé, manoeuvré, berné.
Et cette précarisation générale profite intégralement au patronat qui bénéficie ainsi d’une main d’oeuvre à moindre coût. Le taux de chômage reste élevé en maintenant artificiellement un marché du travail avec une demande d’emplois supérieure à l’offre, ce qui garantit une " paix sociale " sous haute vigilance du pouvoir politique. Ainsi les besoins les plus fondamentaux de la population, tels que la santé, l’éducation, la communication, l’énergie et les transports, se retrouvent aux mains d’investisseurs privés seulement motivés par le profit. La démonstration est faite à ceux qui en doutaient encore : le pouvoir politique est le bastion du capitalisme.


Lutter par nos propres moyens


La casse des services publics, l’accélération des politiques libérales se répercutent directement sous forme d’une attaque généralisée sur tous les aspects sociaux : logement, retraites, chômage et tous les aspects économiques qui déterminent nos conditions de vie... La précarité se décline et se renforce aussi autour d’oppressions spécifiques (origine, sexe …). Que l’on soit travailleur avec ou sans-papiers, que l’on soit avec ou sans travail, c’est tous ensemble « puisque ensemble tout devient possible » que l’on pourra faire plier l’Etat, qui encadre légalement l’exploitation, et le patronat, qui concentre les richesses créées par les prolétaires entre les mains de la bourgeoisie.

 

 


 

 

Témoignage d’une jeune boulonnaise qui évoque la réalité de son quotidien, semblable à celui de la jeune génération, diplômés ou non :


J’ai 24 ans, mon ami 28, nous vivons en concubinage. Je sors de 3 ans de formation à Lille dans le but d’obtenir officiellement le statut d’éducatrice spécialisée pour jeunes enfants, ceci après
l’obtention du BAC. J’ai acquis de l’expérience lors de divers stages et de bénévolat, mais malgré cela, lorsque je passe un entretien pour un travail dans ma branche, on me rétorque systématiquement que le fait de m’engager leur coûterait bien plus qu’une personne s’étant arrêtée au CAP petite enfance. Et pourtant je n’évoque jamais la question d’un salaire minimum lors de l’entretien. Tout ce que je veux, c’est un revenu. Je n’ai pas encore l’âge de toucher du RSA « socle » (anciennement RMI, accordé à partir de 25 ans, avant ça on te laisse galérer sans revenu, et en toute légalité…).
Actuellement, le seul emploi que je peux exercer est un contrat journalier, 2h/semaine, payé au smic. Mon ami a un CDI dans une entreprise industrielle mais seulement à mi-temps. Et vue notre situation sociale, aucun complément de revenu ne lui est accordé. Les aides sociales sont quasi-inexistantes pour un jeune couple tel que le notre et sans enfant. Les factures mensuelles et le loyer nous bouffent une grosse partie de nos ressources. Nous pouvons rarement accéder à nos loisirs, comme les sorties culturelles ou les concerts et nous sommes régulièrement contraints d’annuler les invitations, ne serait-ce que pour aller boire un verre, les sorties entre amis en général. Cette situation nous ramène constamment à la réalité du quotidien, construit autour de l’isolement, de l’exclusion. L’insécurité financière et sociale nous frustre et nous empêche clairement de nous projeter dans l’avenir. Nous vivons de débrouille, de troc et de black, c’est ce qui nous permet de tenir, mais le moral et la santé en sont très affectés

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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 14:43

 

En janvier 2006, le ministre du budget affirmait qu' un professeur certifié en fin de carrière : “gagne à peu près 4. 100 euros par mois. Un informaticien après 10 ans d'expérience, un conducteur de T.G.V. en fin de carrière, un V.R.P., gagne aussi entre 4.000 et 4.200 euros par mois. Cela veut dire qu'on va demander à toute une frange de nos concitoyens qui gagnent effectivement quatre fois plus que le Smic et au delà, de voir leurs impôts augmenter”. Cette affirmation, fausse au demeurant, recherchait l'adhésion de certaines catégories de travailleurs au discours d'une classe dominante s'exprimant en la circonstance par ministre interposé. On reconnaîtra la pratique routinière de la fabrique médiatique et à travers elle, l'objet de toutes ses attentions et intentions : produire et maintenir le consensus. Pour se faire, elle modèle par le discours une figure sociale aux contours indéterminés : "la classe moyenne". Une catégorie à la fonction "propagandiste", “missionnée auprès des classes dominées à la diffusion des intérêts, idées et valeurs de la classe dominante”. Nous n'entendons pas nous livrer ici à l'étude de cette hypothétique agglomérat social mais simplement croiser quelques éléments afin de comprendre la raison de tant de sollicitudes ...

 

    Avant toute chose, rappelons que cette notion de "classe moyenne" n'est pas nouvelle et qu'elle accompagne l'histoire de la classe dominante depuis le XIXème siècle. A cette période, la république établie par et pour la bourgeoisie s'appuie en partie sur la paysannerie et son environnement social immédiat. Majoritaire jusqu'en 1936, la population des campagnes se compose alors de fermiers partiellement propriétaires, tour à tour dominants face aux travailleurs saisonniers et dominés face aux maîtres vivant d'une partie de leur travail. La troisième république puisa dans ce réservoir ses instituteurs, demoiselles de la poste ou ses officiers donnant ainsi naissance au mythe de l'ascension sociale républicaine. Entre temps, la menace que révèle la "Commune de Paris" mit la bourgeoisie dans l'obligation de se constituer un rempart social face au mouvement ouvrier. Se crée autour d'elle un bloc animé d'une idéologie fortement teintée de méritocratie. Elle ouvrit auprès des couches intermédiaires du salariat et de la petite paysannerie l'espoir d'une vie meilleure ; si ce n'était pour elles mêmes, du moins pour leurs descendants. Cadres naissant de l’État, professions libérales, petits commerçants et artisans représentent les classes moyennes de l'époque, elles le demeureront jusqu'au lendemain de la deuxième guerre mondiale (l).

 

Petit commerce

 

    De 1945 aux années 70, le fordisme contribue à modifier non pas le statut social des populations urbaines issues de l'exode rural mais les conditions matérielles de sa vie quotidienne. Un nouveau discours se répand au travers de l'idéologie consumériste naissante. Ainsi, l'explosion du marché de l'électroménager est sensée libérer les femmes, ouvrières comprises mises sur un pied d'égalité dans un univers publicitaire en développement avec celles de la bourgeoisie. A ceci près que, les premières connaîtront a contrario des secondes, la joie des chaînes d'assemblage en usine (2). En uniformisant les modes de la consommation entre urbains et ruraux, entre cols blancs et cols bleus, l'idéologie marchande semblait donner corps aux déclarations naissantes sur la disparition des classes sociales. Par ailleurs, le besoin de compétences nouvelles dans le secteur industriel impulse un prolongement général des études supérieures renforçant l'illusion de la “moyennisation sociale de la société " : ces professeurs, cadres commerciaux, techniciens supérieurs ne disposaient ils pas de diplômes comparables voir supérieurs a ceux de leurs patrons ?

 

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Classe moyenne way of life : l'idéal américain, la voiture, les vacances, le chien et la banlieue pavillonnaire

 

    Corollairement à la fin du modèle fordiste, la représentation traditionnelle de la classe ouvrière entre à son tour en crise. La liquidation/modernisation de l'appareil de production, la délocalisation industrielle engendre la disparition progressive de l'image ainsi que l'affirmation politique et les valeurs du prolétariat des grandes concentrations industrielles. Aujourd'hui, les jeunes ouvriers ne se reconnaissent plus dans l'image de ces aînés. Plus de prolo selon les sociologues et les médias, la société se partage dorénavant en deux ensembles certes distincts mais qui n'entrent pas en contradiction la classe moyenne " et " les exclus ".

 

     Depuis les années 80, l'atomisation généralisée du prolétariat favorise l'émergence d'une rhétorique piégée, car inclusive, sur le thème de " l'exclusion ". Inscrite dans le prolongement des précédentes, elle tient dorénavant pour illusoire, voire potentiellement totalitaire tout changement social. Le démocratisme de marché s'érige en horizon ultime et il ne tient qu'à la volonté de chacun d'y prendre sa place. Cette novlangue crée une nouvelle figure " l'exclu ", qui n'est plus un travailleur mais " l'individu " à insérer dans la société. Il s'agit d'abord de lui (ré)apprendre les bonnes manières en le culpabilisant. S'il n'a pas de travail c'est sa faute, Rmiste, il vit au crochet de la société, chômeurs c'est qu'il ne fait pas assez de démarches, seule la soumission lui permettra d'accéder au bonheur de l'insertion, en d'autres termes : l'exploitation de sa force de travail. Au regard des résultats des dernières élections présidentielles, cette stratégie se révèle payante. Le vote ouvrier dont a bénéficié l'actuel président a exprimé ce clivage entre deux segments du prolétariat, les premiers contestant aux seconds le versement à leurs dépens de prestations sociales.

 

 

Une " non classe " sans intérêt propre

 

     Du côté des chercheurs en sciences sociales, règne aussi la confusion lorsqu'il s'agit de donner un peu de relief à cette improbable classe moyenne. Faute de mieux, la plupart s'appuient sur le salaire, avec une fourchette de revenu fixée à 40 % du salaire médian (soit 1484 euros). Se regrouperaient en son sein une population dont les revenus oscilleraient entre 9 00 et 2 100 euros. Xavier Molénat dont les travaux interrogent les identités de classes, en conclut à l'impossible définition de celle-ci. Émile Pin constate avec plus de perspicacité que l'action commune des membres de la classe moyenne n'est pas fréquente alors que pour définir une classe il ne faut pas seulement prendre en compte les revenus, les habitus mais la conscience d'être une classe et le fait d'être en lutte contre les autres (3). L. Chauvel voit dans " Les classes moyennes à la dérive " la classe de ceux qui n'évoluent pas ou qui n'évolueront plus. Sociologue à la mode (professeur à Science Po), il fait partie de ceux qui préfèrent "laisser dans l'ombre les privilèges et les privilégiés et ce pour des raisons plutôt mauvaises que bonnes : la rareté des financements susceptibles de permettre de tels travaux [universitaires], mais aussi à la difficulté au fait de mener des investigations auprès d'agents qui occupent des positions dominantes, qui disposent de pouvoirs étendus et remettent ainsi le chercheur à sa place, de dominé". C'est pourtant l'auteur de référence sur le sujet sitôt qu'il est question de malaise de la classe moyenne, quant les mômes se soulèvent contre le CPE ou que leurs aînés tentent de préserver leur droit à une retraite acceptable.

 

     Il y a donc un enjeu particulier à démystifier le discours de la bourgeoisie sur la question. Cette bourgeoisie tient historiquement sa position dominante des alliances qu'elle passe avec divers groupes sociaux qu'elle domine et qui invariablement lient leurs destins au sien. Ce sont eux qui diffusent dans la société les valeurs du capital : ordre social et moral, propriété et travail. A.Bihr rappelle à profit que l'hégémonie d'une classe passe par la constitution autour d'elle de ce bloc qui "assure à la classe dominante une assise sociale parmi les classes dominées... et constitue de surcroît un rempart social pour la classe dominante. Elle lui permet d'isoler, d'affaiblir, voire de neutraliser politiquement celles des classes dominées éventuellement exclues du bloc hégémonique, à commencer par le prolétariat, en les amenant en définitive à se résigner à accepter leur subordination "(4). Illustrons ce propos dans le temps présent, et entendons ce bloc relayer les inquiétudes des patrons face à une concurrence mondialisée ou encore le credo sur l'impôt qui accablerait les entrepreneurs et les dissuaderait d'investir de ce côté de leur frontière. Ce " mur de l'argent " trouve un écho auprès des employés du bureau, de la boutique voire de l'usine qui reprennent avec entrain la fameuse ritournelle des " charges patronales trop lourdes " qui ne sont, rappelons le, que la part différée des salaires.

 

ManifCNRSUne volonté de taire les recherches sociales ? le CNRS dans la rue

 

 

Vers la fin des classes moyennes ?

 

      Au regard de quelques exemples pris ça et là: en Argentine, en France et en d'autres endroits du monde travaillés par des conflits sociaux d’importance, on constate la mise en mouvement de fractions du salariat habituellement rangées dans les classes moyennes. Ces dernières années en Argentine, des milliers de cadres, professeurs, commerçants se sont joins aux actions des chômeurs et travailleurs Piqueteros (groupes autogestionnaires) au cri de " Qu'ils s'en aillent tous !". En France, ces catégories aujourd'hui frappées de " prolétarisation ", ne sont plus reproduites à l'identique mais aux conditions actuelles du prolétariat : précarité, flexibilité, pauvreté, déclassement. La prolétarisation en cours des classes moyennes est une réalité révélée par la place qu’on pu jouer dans les luttes de 2003 certaines des catégories sociales qu’y s’y rattachent et avec plus d’évidence encore par sa descendance lors des mobilisations de 2006 contre le CPE.

 

Boulogne-sur-mer. Juin 2007

 

 

Notes

(1) Soulignons que la C.G.T. d'avant 1914 syndiquait les artisans comme les ouvriers. Ainsi un Marius Jacob refusait de cambrioler les médecins et architectes qu'il voyait comme des bourgeois utiles, rangeant les autres dans le parti de l'ordre et de la répression contre les " partageux "... Dans un même registre, rappelons que jusqu'aux années 1950, le fait d'avoir un domestique à disposition était considéré comme un signe d’ appartenance à la bourgeoisie.

(2) Par ailleurs, est il nécessaire de rappeler que dans les vraies familles bourgeoises ce n'est toujours pas Madame qui met le linge sale dans la machine à laver.

(3) Émile PIN. Les classes sociales, Paris, Spes,1962

X. MOLENAT. Les nouveaux clivages de la société française. in Sciences Humaines.

n° 138. 2003

Louis CHAUVEL. Les classes moyennes à la dérive. Seuil. 2006

(4) A.Birh. p.49 " Retour à Gramsci " in " Pour en finir avec le front national " ed Syros. 1992.

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Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

 

- Nous rejetons tous les systèmes économiques, toutes les institutions politiques, étatiques ou privées qui se fondent sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'autorité et la hiérarchie.

- Nous avons toujours lutté, à la fois contre toutes les formes de Capitalisme d’État qui se dissimulaient ou se dissimulent encore sous les noms de Marxisme-Léninisme, Bolchevisme, Stalinisme, Etats-ouviers, etc... , et contre les Capitalismes Libéraux avec leur cortège de gaspillage et de consommation effrénés. Il s'agit pour nous, des deux faces de la même médaille.

- Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

- Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

- Nous sommes pour une Démocratie Directe qui correspondrait aux besoins authentiques des individus sans distinction de sexe ou de nationalité, et non plus au profit des marchands et des publicitaires, des bureaucrates et des notables.

- Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

- Nous pensons que c’est au cœur même des luttes et des mouvements sociaux que s’élaborent les formes nouvelles de rapports sociaux et donc que c’est au sein de ces mouvements qu’il faut lutter.

- Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

Fortunes de mer

 

Clich- 2010-06-10 22-02-51

           Disponible, en vente

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