Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 20:44

     Voici, en partie, l’état de notre réflexion à propos de la résistance qu’opposent des combattants de différentes nationalités aux islamistes de Daesh au nord de la Syrie, dans la ville assiégée de Kobane. A la suite, nous vous conseillons l’écoute de l’émission de radio, “Vive la sociale” sur Fréquence Paris Plurielle qui revient sur le parcours et les thèses politiques de Murray Bookchin, penseur libertaire qui, nous dit-on, aurait conduit à la métamorphose politique du PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan. Enfin nous proposons à la lecture un texte de l’Organisation Communiste Libertaire critique à l’égard des thèses de Bookchin en particulier de son fameux “Municipalisme Libertaire”. Pour faciliter la lecture et la diffusion du texte, il est téléchargeable en pdf ici

  EZLN-_PKK.-.jpg

   

     A la faveur des événements en Syrie et en Irak, les textes et la figure de Murray Bookchin reviennent sous les feux d’une certaine actualité militante. Avant d’en venir à l’émission de radio consacrée à la pensée de cet écrivain, nous tenons à préciser que les interrogations qui travaillent actuellement le milieu libertaire à propos de la mutation idéologique des appareils politico-militaires kurdes, PKK en tête, ne constituent pas pour nous le coeur de la question. Si en apparence le PKK et ses satellites semblent avoir changé, du moins de discours, cela s’explique d’abord à nos yeux par la contrainte qui s’impose à eux en matière de rapport de force tant international que régional et à la redistribution des cartes sur fond de rivalités inter-impérialistes. Nous n’entrerons pas ici dans le détail des choses mais le portrait dressé depuis peu d’un “Öcalan nouveau” qui aurait troqué les oeuvres de Lénine contre un nouvel horizon démocratique réécrit sous les augures de Murray bookchin relève pour nous de la fable. Le PKK fut et demeure avant tout une organisation verticale aujourd’hui conduite de réviser à la baisse ses ambitions premières. A une autre époque déjà, le recyclage idéologique de peu ou prou la même génération de léninistes en “indigénistes-altermondialistes” dans les montagnes du sud-est mexicain avait mis en émoi toute une partie de la gauche occidentale (1). Constatons que deux décennies plus tard, le soutien au “zapatisme kurde” relève d’un phénomène assez comparable. Déjà certains s’enflamment et affirment que le “nouveau” PKK aurait déclenché rien de moins qu’une “révolution sociale” au Kurdistan et qu’il serait nécessaire à cette heure de remettre la critique à plus tard au moment où la solidarité concrète et matérielle l’exige avant toute autre chose (2). Les quelques témoignages qui nous parviennent pour l’instant de la Rojava évoquent davantage un mouvement régional et progressiste de démocratisation inter-culturelle que le pouvoir des travailleurs abolissant l’économie ... ce qui pour tout dire, nous semblerait plutôt logique compte tenu du contexte économique, social et de l’histoire de la région (3). 


 


Notre solidarité avec Kobanê


 

    Pour autant, nous nous affirmons totalement solidaires de la résistance armée que mènent ensemble les femmes et les hommes de différentes nationalités contre les islamistes de Daesh. Pour le moment, l’urgence militaire conditionne, au delà même de ce qui se déroule dans le Rojava, les perspectives qui s’offriront ou non à l’ensemble des prolétaires du Moyen Orient, quand bien même cette lutte n’ait pas encore trouvé d’expression en terme de classe et sans doute n’en trouvera-t-elle pas dans l’immédiat. On parle beaucoup à son sujet de la place qu’y occupent les femmes. L’ importante propagande médiatique déployée à cet effet ne saurait nous faire oublier que dans le cadre particulier de ces luttes de libération nationale, les femmes ont souvent occupé un rôle important qu’on leur a dénié par la suite. L’exemple algérien n’est qu’un parmi d’autres (4). Que ce soit en Asie ou en Amérique latine, dans les zones rurales en particulier, les groupes de lutte armée ont parfois constitué l’un des recours qui s’offrait aux femmes afin d’échapper à une vie d’oppression au sein des structures sociales traditionnelles. Il en va toujours de même aujourd’hui et en particulier au sein de la société kurde. Une fois encore, avec toute les réserves qu’imposent l’insuffisante information dont nous disposons, il nous apparaît que la place que tente de s’octroyer la femme dans ces sociétés constitue un, si ce n’est, le point nodal de ce qui se déroule là-bas actuellement (5). Bien davantage peut-être que la réalisation d’une énième mouture d’un “socialisme régional” que feignent d’y déceler certains (6)... Car comme le notait à l’époque J.F.Lyotard dans un numéro de la revue “Socialisme ou barbarie” : “Quand un peuple colonisé abandonne les armes de la critique pour la critique des armes, il ne se contente pas de changer de stratégie. Il détruit, lui même et immédiatement, la société dans laquelle il vivait en ce sens que sa rébellion anéantit les rapports sociaux constitutifs de cette société (...) S’agissant d’une famille très patriarcale, le fait et déjà remarquable. Mais il l’est plus encore quand ce sont les filles qui échappent à la tutelle de la famille. ” (7).

 

Kobane-3_inside_full_content_pm_v8.jpg

 

 

 A propos de Murray Bookchin et de l’émission de radio qui lui a été consacrée.


 

    Cette émission de radio “Vive la Sociale” (8), nous offre l’opportunité de souligner une fois encore ce qui nous sépare précisément de la pensée de Murray Bookchin, à savoir que contrairement à lui, nous ne sommes pas des “déçus de la classe ouvrière”, bien au contraire (9). Nous aussi il nous arrive de nous pencher avec curiosité sur les expérimentations locales qu’il affectionnait et d’y trouver parfois un certain intérêt. Sans verser dans un ouvriérisme étroit et en admettant que la théorie du prolétariat ne fut jusqu’à aujourd’hui qu’une hypothèse, elle demeure la seule réponse concrète et internationale-(iste) à la hauteur des enjeux qui se dressent devant nous aujourd’hui. Nous ne braderons pas ce que nous enseignent bientôt deux siècles d’expériences faites d’échecs et de victoires du prolétariat révolutionnaire pour l’ombre des alternatives gradualistes et localistes aussi “conviviales” soient-elles ... (10)

 

    Nous reproduisons à la suite quelques passages de l’émission qui reprennent justement les critiques que nous adressons à Bookchin :

 

   Nicole souligne à propos de Bookchin qu’ il y a dans ses écrits : “une critique qui se dit anticapitaliste (...) mais d’une part j’ai le sentiment que l’idée du fonctionnement du capitalisme concret se perd, que l’on est plutôt dans le discours dénonciateur que dans la compréhension même (...) et que l’idée de ré-appropriation n’est pas du tout perçue comme phénomène révolutionnaire à mettre en oeuvre pour pouvoir effectivement se ré-approprier notamment les moyens de production et redéfinir la façon dont on produit. Il s’agit plus d’une “expérimentation locale qui, quelque part, a perdu de vue l’idée que l’on peut changer les règles qui régissent cette société.

 

   Toujours à propos de ces expérimentations locales, Nicole poursuit : “ de fait c’est un monde qui ne se pose pas et peut difficilement se poser la question du rapport dans le travail et en particulier dans les lieux de production, dans les usines. Diffuser ce genre d’expérimentation ne va jamais affronter ce genre de problème parce que de toute manière c’est d’un autre registre. Et c’est dommage car la question du renversement du capitalisme ne peut pas se poser indépendamment de la question de la destruction des moyens de production, de repenser d’autre moyens de produire, de repenser le travail, etc ...

 

   Daniel à son tour : “autant le projet de société libérée tel que le définit Bookchin peut être convaincant par toutes les réponses qu’il apporte aux problèmes des rapports entre les êtres humains, qu’entre les humains et la nature, autant son projet de “municipalisme libertaire” comme mode de transformation de la société actuelle, de lutte, de militantisme, est assez problématique (...) quand il dit “il faut dans les villes, partout, créer des assemblées, avec ce programme de “petit à petit, on va noyauter ... on va même participer aux élections municipales ... là, si on veut parler de réformisme ...” Pour Bookchin, il ne faut surtout pas vivre dans le mythe du grand jour, du changement révolutionnaire soudain et total ...”


 

L’illusion d’un “Municipalisme Libertaire”

 

800px-Proudhon-children.jpg

 

   Ce sont ces limites que pointe l’Organisation Communiste Libertaire dans une critique des thèses de Bookchin notamment en regard de sa “démarche menant à une société nouvelle faite de petits pas (très formels d’ailleurs) se déroule sans affrontements avec les tenants du régime parlementaire, comme si tout pouvait se passer en douceur, sans révolution (mot que BOOKCHIN a banni de son répertoire). Ce n’est pas très sérieux, on nage en plein idyllisme, un peu à la mode Proudhon.”(11)

 

Pour la solidarité financière :


Sur le site : http://rojavasolidarite.noblogs.org/souscription/

- Par virement à : Société d’entraide libertaire

IBAN : FR76 1027 8085 9000 0205 7210 175 BIC : CMCIFR2A

Par chèque : à l’ordre de SEL, mention “Kurdistan” au dos, à expédier à :

CESL, BP 121, 25014 Besançon Cedex

 

 

 

Groupe Communiste Anarchiste de Boulogne-sur-mer.

 

-----------------------------------------

 

(1): “Au delà des passe-montagne du sud-Est mexicain”. Sylvie Deneuve, Marc Geoffroy, Charles Reeve. Editions Ab irato, 1996. Epuisé, le lire sur le net : https://sites.google.com/site/comuneiro/home/ezln/reeve;

 

(2): “The new PKK: unleashing a social revolution in Kurdistan”: http://roarmag.org/2014/08/pkk-kurdish-struggle-autonomy/. Dans sa version en langue française : “Le nouveau PKK a déclenché une révolution sociale au Kurdistan” : http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article1574

 

(3): Interview du ministre de l’économie du canton d’Efrin : News from the Revolution in Rojava and Wider Kurdistan (https://rojavareport.wordpress.com/2014/12/22/efrin-economy-minister-rojava-challenging-norms-of-class-gender-and-power/). Il expose un plan d’économie mixte où la propriété privée des moyens de production n’est nullement remis en cause. Nous pouvons fournir une version du texte en langue française sur demande.

 

(4) Un texte de Maxine Molyneux sur la place des femmes dans les dynamiques révolutionnaires au travers du cas particulier de la lutte au Nicaragua : “Mobilisation sans émancipation ? Participation des femmes, Etat et révolution au Nicaragua“. Il est consultable sur le net : http://graduateinstitute.ch/files/live/sites/iheid/files/sites/genre/shared/Genre_docs/2341_CahiersGenreEtDéveloppement/CGD1_Molyneux.pdf

 

(5): Emission de radio “Vive la Sociale”, consacrée aux “Femmes au Kurdistan”. Deux membres du groupe féministe “Solidarité femmes Kobané” (https://www.facebook.com/pages/Solidarité-Femmes-Kobanê/871721932861622) qui se sont rendues en novembre dans le Kurdistan turc témoignent : http://vivelasociale.org/images/emission-radio-vive-la-sociale/2014/14-12-04-vls-feminstes-kurdistan-2.mp3

 

(6): “(le kurdistan syrien) a compris la nécessité de construire une nouvelle société socialiste, féministe et écologiste. La Révolution au Rojava et le concept de « Confédération Démocratique au Moyen-Orient » d’Öcalan, inspiré par les les pensées communistes libertaires, sont une solution pour le Moyen-Orient.”

Extrait du texte “Révolution au Rojava”, à lire sur le site “Rebellyon.info” : http://rebellyon.info/Revolution-au-Rojava.html

 

(7): “Le contenu social de la lutte algérienne”. J.F. Lyotard. in Socialisme ou Barbarie.p 246. Ed. Acratie. 2007.

 

(8): Emission de radio “Vive la Sociale” consacrée à Murray Bookchin : http://vivelasociale.org/images/emission-radio-vive-la-sociale/2014/14-11-20-vls-bookchin-2.mp3

 

(9): Déjà dans le livre “Fortune de mer...” nous avions consacré le chapitre VII à la critique des “alternatives” . A la page 85 du livre nous avions rapidement évoqué ce qui nous distinguait de M.Bookchin et de sa “déception” à l’égard du prolétariat.

 

(10) Sachant qu’ ”alternative” et “révolution” ne s’excluent pas de fait, que les éléments s’articulent parfois dans le temps et l’espace de manière complexe.

 

(11): “L’illusion d’un municipalisme libertaire” : http://kropot.free.fr/OCL-Municipalisme.htm

 

 

 

 

Encadré : La solidarité lilloise aux Kurdes de Kobané et d'ailleurs

 

photo-lille.jpg


 

   Face à l'urgence de la situation courant octobre dans la Rojava, des mobilisations et des discussions ont eu lieu à Lille en particulier à l'Insoumise, bouquinerie occupée qui offre un espace politique autonome et libertaire. Le samedi 11 octobre, Nicolas Dessaux, animateur de Solidarité Irak (1) est venu présenter les résistances populaires contre l'Etat Islamique en Irak mais aussi en Syrie. Il a insisté sur le projet pan-islamique de l'EI dans la région mais aussi sur les dangers que présentent cet état aux définitions encore floues pour les mouvements sociaux et surtout les mouvements féministes du Moyen-Orient qui se battent contre un patriarcat qu'on veut leur imposer. Suite à cette discussion, une action de solidarité a été menée sur la Grand'Place de Lille, le mardi 14 octobre pour appeler à la solidarité révolutionnaire avec Kobané tout en dénonçant l'attitude de la Turquie (soutenue par les occidentaux et notamment la France) qui fermait la frontière pour empêcher la venue des renforts. Un tractage a eu lieu et une quarantaine de personnes se sont réunies. Des propositions pour former un collectif de soutien à la lutte des Kurdes dans la Rojava ont été faîtes mais cela n'a pas abouti du fait de certaines réticences pour un soutien aveugle à ce qui se passe là-bas mais aussi par manque de temps et de volonté. Enfin, l'Insoumise s'est associée à la tournée française de Muayad Ahmed, secrétaire général du Comité Central du Parti Communiste-ouvrier d’Irak, et Yanar Mohammed, membre du PCO d’Irak et présidente de l’OLFI (Organisation pour la Liberté des Femmes en Irak) qui sont venus le 8 novembre pour débattre de la situation et présenter les différentes perspectives politiques qui peuvent s'offrir au Kurdistan. ll est regrettable d'observer que depuis ce dernier événement aucune apparition publique et politique n'est à signaler. Pourquoi donc, alors que ce sujet reste toujours d'actualité?

 

(1) http://www.solidariteirak.org: site d'informations sur ce qui se passe en Irak et en particulier au Kurdistan animé par des membres d'ICO (Initiative Communiste Ouvrière) et du parti communiste-ouvrier du Kurdistan. Nicolas Dessaux est aussi l'auteur d'un livre sur le même sujet : «Résistances irakiennes : contre l'occupation, l'islamisme et le capitalisme». Cette tournée française a été organisée par : Initiative Communiste-Ouvrière, Réseau Communiste Antigestionnaire, Solidarité Irak, Table Rase, Union Pour le Communisme ainsi que des individus. Voir aussi une vidéo de cette tournée : https://www.youtube.com/watch?v=nExMdihF9VQ

Repost 0
Published by La Mouette Enragée - dans Solidarité internationale
commenter cet article
24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 14:42

 

    Le mouvement ouvrier belge est à la croisée des chemins car il doit faire face à un plan d'austérité massif et sans précédent mené par le gouvernement libéral de Charles Michel. De nombreux reculs sociaux sont prévus notamment le recul de l'âge de la retraite et le gel des salaires. Les syndicats très puissants, qui syndiquent environ deux tiers1des salariés, se mobilisent et se sont unis dans un front commun d'action. Lundi 15 décembre, le pays était complétement paralysé par une grève générale. Alors que la trêve des confiseurs semble être décrétée jusque début janvier, la base militante veut rester active et interpelle les syndicats qui veulent temporiser: « Attention, vous ouvrez le four, le gâteau va retomber, on est chaud nous ! ». Article aussi disponible en pdf, ici

 

 

Une mobilisation massive

 

3-suisses.jpg

 

    La Belgique est un train de vivre un mouvement social de grande ampleur, mené avec autant d'enthousiasme du côté flamand et du côté francophone. Le 6 novembre entre 110 000 et 120 000 personnes ont manifesté à Bruxelles (en proportion, la population française étant environ 6 fois plus nombreuse qu'en Belgique, c'est comme une manifestation de 700 000 personnes à Paris). Et encore, beaucoup de personnes n'ont tout simplement pas pu se rendre à cette manifestation car elles n'ont pas pu monter dans les trains, tant ils étaient bondés. Dans les semaines qui ont suivi, 3 grèves tournantes ont porté chacune sur un tiers du pays à la fois, chacun de ces tiers comprenant une partie flamande et une partie francophone. Ces grèves tournantes ont été très suivies et accompagnées de très nombreux blocages et piquets de grève – toutes les zones industrielles de la région de Bruxelles, par exemple, ont été bloquées toute la journée. Enfin, le 15 décembre a été une journée de grève générale dans tout le pays, bloquant entièrement l'économie (zones industrielles et commerciales), les transports (aucun train, aucun avion) et l'administration. L'ampleur de ce mouvement s'explique par l'ampleur de l'attaque sociale menée par le gouvernement fédéral.

 

 

Combattre l'austérité et les gouvernements libéraux


 

     Les travailleurs belges sont face au rouleau-compresseur libéral-européen qui a déjà écrasé les droits sociaux en Grèce, Espagne, France, etc. Tandis que la commission européenne somme le gouvernement belge « d'équilibrer son budget »,le gouvernement Michel, en place depuis le 11 octobre 2014, en profite pour annoncer un plan d'économies de 11 milliards d'euros en 5 ans avec deux mesures « phares »: le recul de l'age légal de la retraite (qui passerait de 65 à 67 ans) et l'arrêt de l'indexation des salaires sur l'inflation ce qui correspond à un gel des salaires. Ce plan d'économies prévoit aussi des réformes dans le système d'allocations chômage qui seront revues à la baisse ainsi qu'une dérégulation des contrats de travail qui va accentuer la précarité notamment chez les « jobistes » étudiants qui seront sous contrat horaire et non plus journalier2.

 

    Ce plan d'attaque massif est rendu possible par la nature même du gouvernement fédéral Michel3 qui regroupe en son sein les libéraux francophones (le Mouvement Réformateur) et trois partis flamands : le CD&V, parti démocrate chrétien flamand ; l'Open VLD, parti libéral flamand mais surtout le parti nationaliste flamand NV-A (la nouvelle alliance flamande) grand vainqueur des élections législatives de mai 2014 et qui possède les ministères de l'intérieur, des finances, de la défense et de la migration. Mais des militants syndicaux rencontrés précisent bien que les mesures de ce plan d'austérité ont été amorcées par le précédent gouvernement, celui du socialiste Di Rupo qui regroupait les 3 partis traditionnellement au pouvoir depuis des dizaines d'années : les socialistes francophones et flamands, les démocrates chrétiens et les libéraux flamands et francophones4. C'est donc toute la classe politique en place qui est montrée du doigt et fait rare dans l'histoire belge, des syndicats prennent leur distance avec les partis politiques notamment le PS francophone comme c'est le cas à Charleroi où la FGTB locale a officiellement rompu ses rapports avec le PS et les écolos pour s'orienter vers la constitution d'une sorte de Front de gauche à la belge (voir suite).

 

 

Le Front commun syndical, une tradition de concertation mais...


3-syndicats.jpg

 

    La Belgique est l'un des pays européens avec le plus fort taux de syndicalisation puisque près de 70% de la population active est syndiquée dans les deux grands syndicats belges : la FGTB (fédération générale du travail en Belgique) reconnaissable à sa couleur rouge dans les manifs et les piquets de grève était jusque là liée au parti socialiste ; la CSC (confédération des syndicats chrétiens de Belgique) en vert est plus proche des partis démocrates-chrétiens. Volontairement, nous écartons les bleus de la CGSLB qui est la centrale des syndicats libéraux, on s'en doute, les moins combattifs et qui ont d'ailleurs le moins d'adhérents.

 

     Cette puissance syndicale s'explique par l'histoire sociale et politique belge où le patronat, face aux insurrections ouvrières d'après guerre et à la menace communiste, a décidé de s'appuyer sur un syndicalisme puissant, capable de cadrer la force de travail et avec qui, il pouvait se concerter dans un certain compromis social. Ainsi, si on est syndiqué, c'est le syndicat qui verse l'allocation chômage (il existe aussi un Pôle emploi gérée par l'Etat qu'on appelle la CAPAC, mais le suivi est moins bien assuré). Les syndicats sont aussi très présents dans les mutuelles et les conseils d'administration publique et privée ce qui génère une certaine forme de clientélisme. Enfin, lors des grèves, les syndicats via une caisse payent les grévistes (à hauteur d'une trentaine d'euros). Le syndicalisme belge est donc une formidable machine à cogestion mais aussi à mobilisation qu'on peut rapprocher du modèle anglo-saxon et des syndicats allemands ou anglais.

 

   Fidèle à cet héritage, le mouvement actuel est totalement encadré par les 3 syndicats (FGTB, CSC et CGSLB) qui ont constitué un front commun et un plan d'action très précis en trois étapes (voir plus haut). Tout d'abord, la manifestation monstre du 6 novembre à Bruxelles puis les grèves tournantes chaque lundi du 24 novembre au 1er décembre et enfin la grève générale du lundi 15 décembre. Ce plan d'action a été un succès,certains parlent d'une mobilisation sans précédent en Belgique et à Charleroi chaque syndicat s'est congratulé de cette réussite politique. De politique, il en est justement question quand la FGTB Charleroi-Sud Hainaut annonce prendre ses distances avec les partis notamment socialistes. Ayant enteriné la fin du compromis social et le tournant libéral du PS, un nouveau courant syndical semble se développer. Depuis le 1er mai 2012, la FGTB Charleroi-Sud Hainaut appelle à la constitution d'une « nouvelle force politique à gauche digne ce nom5» en prenant l'exemple du Front de gauche français. La main est tendue désormais vers l'extrême gauche belge : le PTB (parti des travailleurs belges),le PC, la LCR (qui se sont rassemblés lors des dernières élections dans le PTB-GO = gauche ouverte) et le PSL (parti socialiste en lutte). Un programme anticapitaliste d'urgence a même été rédigé pour fédérer ces différentes forces.

 

     En face le gouvernement Michel et la FEB (Fédération des entreprises belges = le medef belge) jouent l'enfumage médiatique en opposant le droit de grève au droit du travail et en reprochant aux syndicats cette grève « politique » visant à renverser le gouvernement de droite pour faire revenir les socialistes et les démocrates chrétiens au pouvoir. Pour l'instant, les centrales ont déclaré une trêve jusqu'au 13 janvier et, déjà, suite à la grève du 15 décembre des négociations se sont tenues et ont abouti à un accord, signé par les centrales, portant seulement sur l'âge de départ à la retraite pour les « métiers lourds » (en France, on dirait les métiers à forte pénibilité). Les centrales disent que ceci ne signifie pas la fin du mouvement mais qu'en sera-t-il dans les faits le 13 janvier et après ?


 

A Charleroi comme ailleurs, une base qui pousse

 

Charleroi.jpg

 

    D'un côté, les chefs syndicaux de la région de Charleroi s'entendent pour temporiser et cadrer le mouvement: « nous entreprenons un marathon pas un sprint (…) il faut inscrire le mouvement dans la durée et donc mesurer nos forces (…) cela prend du temps de construire le paquebot de la mobilisation pour qu'il devienne un navire de guerre, (…) il ne faut pas s'isoler dans la radicalité, etc. ». A partir du 13 janvier, le 2eme plan d'action doit commencer mais reste encore à élaborer prévoyant des mobilisations et des actions jusque février-mars. Politiquement, les syndicats ont posé quatre « balises » sur lesquelles portent leurs revendications.

  • Réinstaurer la concertation sociale en rétablissant l'indexation des salaires sur l'inflation et ainsi conserver le pouvoir d'achat.

  • Défendre et pérenniser la sécurité sociale et le chômage par un plan de refinancement en appliquant le taux d'imposition de base sur les bénéfices des entreprises (33% au lieu de 5-10% actuellement à cause des abattements fiscaux notamment).

  • Lutter contre l'austérité en défendant les emplois et les services publics.

  • L'instauration d'une nouvelle fiscalité sur le capital (la taxshift) qui viserait par exemple le patrimoine, les revenus du capital ou encore les revenus immobiliers .

 

     De l'autre côté, des militants syndicaux dont de nombreux permanents réclament plus de combativité. Tout le monde souligne l'énergie de la base qui veut en découdre et poursuivre les grèves et les actions juste après la trêve de fin d'année. Il ne faut pas refaire tomber la mobilisation et le nouveau plan d'action est jugé trop tardif car pour le moment, rien n'est vraiment prévu pour Janvier. Aussi, il est question de mettre en place de vraies assemblées générales des travailleurs et non plus des assemblées de délégués et de permanents syndicaux comme il est normalement de coutume dans le syndicalisme belge. En creusant un peu plus, on remarque que cette volonté de luttes plus offensives ,qui s'exprime aussi à l'intérieur des syndicats est portée par une nouvelle génération de militants/ délégués syndicaux. Sur les blocages, se trouvaient de nombreux jeunes pour qui c'est le premier mouvement social tandis que les dernières élections sociales ont profondément rajeuni le syndicalisme de terrain. A Charleroi, cette nouvelle radicalité est palpable comme ailleurs en Belgique notamment à Anvers et Gand où les dockers tiennent le haut du pavé face à la police ou à la NV-A (les seuls affrontements avec la police ont eu docker.jpglieu à Anvers devant le siège de la NV-A car le chef du parti nationaliste flamand Bart De Wever est aussi le maire de la ville). Les mêmes dockers qui, le 6 novembre lors de la manifestation bruxelloise, ont assuré la conflictualité face à la police et dont quelques uns ont été arrêtés et ont subi la répression judiciaire (des TIG ont été prononcés à leur encontre).



 

 

Quelles perspectives ? Syndicalisme de service ou grève illimitée ?


 

     Au premier abord, il semble que les centrales tiennent fermement les rênes du mouvement. Mais, d'une part, le rassemblement syndical (comprenant les employés de la CSC et la FGTB de Charleroi et SUD-Hainaut) pousse pour refuser une concertation dont le contenu serait réduit à pas grand-chose et créer, en amplifiant le mouvement syndical actuel et en l'inscrivant dans la durée après la trêve, une lame de fond qui viendrait à bout du plan d'austérité et forcerait à une autre politique (portée par la formation d'un front de gauche belge ?). Et d'autre part, si on est à l'écoute de ce qui se dit sur le terrain, c'est beaucoup moins évident que les centrales syndicales pourront contrôler longtemps la situation. Sur les piquets de grève, ici et là, on parle « d'aller au finish » (c'est à dire de grève illimitée). Des délégués, en réunion à Charleroi, disent que leur base n'acceptera que fort difficilement la trêve, ou s'insurgent contre le fait qu'on ne demande jamais aux syndiqués de se prononcer sur la fin d'une grève ou sa prolongation : ce sont les responsables syndicaux qui décident encore de la poursuite d'un mouvement

 

    De plus, le rapport de force est d'autant plus tendu que la NV-A, jeune parti aux dents longues est prêt à ne rien lâcher. Si l'épreuve de force tourne en la faveur du patronat et du gouvernement, ceux-ci ont là une occasion d'abattre le syndicalisme pour des années et de le cantonner à un syndicalisme de service. Le patronat a peut-être la possibilité de réduire à néant le mouvement ouvrier belge, d'où l'importance de ce mouvement.

 

     En France, il est important d'apporter notre solidarité. Car au delà de la Belgique et du combat primordial des travailleurs belges contre cette nouvelle attaque du patronat, ce mouvement est au cœur (géographique et stratégique!) du processus d'austérité mis en place dans toute l'Europe par Bruxelles et les gouvernements. C'est aussi mettre en œuvre et en pratique un internationalisme entre prolétaires pour que la base s'organise et gagne cette lutte de classe.

 

Des camarades  lillois solidaires

 

 

Notes :


1Selon les chiffres, le taux de syndicalisation en Belgique se situe entre 60 et 70%. Quasiment 100% des ouvriers sont syndiqués contre 50% des employés et des cadres. Ce différentiel s'explique par la plus forte menace de licenciements chez les ouvriers or les syndicats gèrent en grande partie le système de chômage en Belgique. Pour rappel, en France, la syndicalisation est en dessous de 8%.


2Actuellement, les étudiants peuvent travailler 50 jours par an sous cotisations sociales du patron réduites. L’accord gouvernemental prévoit de le compter désormais en heure. Conséquences : création d’une main d’œuvre flexible et peu « coûteuse » qui sera mise en concurrence avec les autres travailleurs. Cela se rapproche aussi du «  contrat zéro heure » mis en place en Angleterre


3La Belgique possède au total 4 gouvernements et parlements : le gouvernement flamand, le gouvernement wallon, le gouvernement de Bruxelles et enfin le gouvernement fédéral qui garde le pouvoir sur la sécurité sociale, les impôts, la justice, les affaires étrangères et la défense. Le reste est réparti entre les régions flamandes et wallones.


4Ne pas mélanger wallon/flamand et francophone/flamand. Pour ce qui nous intéresse, il faut retenir que chaque parti et syndicat francophone a sa déclinaison côté flamand comme par exemple la FGTB qui s'appelle l’ABVV (Algemeen belgisch vakverbond) en Flandres. Il s'agit sensibement de la même ligne politique.


Repost 0
Published by La Mouette Enragée - dans Solidarité internationale
commenter cet article
1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 09:17

 

     L’Espagne a connu à la fin du printemps et durant l'été 2012 un important conflit dans les bassins miniers du Nord du pays. La Mouette enragée a montré sa solidarité avec cette grève en organisant des distributions de tracts entre autres lors d'un concert d'Higelin le 11 juillet, en déployant une banderole de solidarité à plusieurs reprises au dessus de l'autoroute A16 et surtout en suivant presque au jour le jour ce conflit sur notre blog. Sa durée (65 jours), sa violence, la solidarité des populations des bassins miniers, ont suscité notre intérêt. Cette grève est une des luttes les plus importantes en Europe depuis longtemps mais est-ce une lutte qui aurait pu entraîner d'autres secteurs dans une généralisation du conflit ?

 

b

Aux origines du conflit : les plans charbon.


    L'industrie du charbon en Espagne est moribonde2. En 1991, 45 212 mineurs extrayaient 19,32 millions de tonnes de charbon, aujourd'hui environ 4 000 mineurs extraient 8,5 millions de tonnes. 41 000 emplois ont donc déjà été perdus depuis 20 ans avec, c'est à noter, une hausse de la productivité (- 90% d'emplois pour – 57,5 % de production). Le charbon espagnol est par ailleurs de mauvaise qualité. On ne saurait donc être étonné que les importations prennent le dessus : sur les 6 premiers mois de l'année 2012 c'est 10,2 millions de tonnes qui ont été importées principalement de Colombie, Russie, États-Unis, Indonésie et... Afrique du Sud.

Le charbon est utilisé essentiellement pour la production électrique dont il reste la principale source avec 20-25 % de l'électricité espagnole produite à l'aide de charbon. Mais là encore, il y a perte de son poids : dans les années 1990 c'est 40 à 45 % de l'électricité espagnole qui était faite de combustion du charbon.

Cependant, ces 4 000 emplois directs en génèrent 30 000 indirects et font vivre environ 200 000 personnes dans les bassins miniers.

 

     Face à la mort de leur industrie, les mineurs se sont déjà à plusieurs reprises révoltés et cela a abouti à l'apparition de « Plans charbon ». En 1998, les mines connaissent un mois de grève qui donne le Plan Charbon 1998-2005 signé par le gouvernement du parti populaire d'Aznar. Nouvelle grève en 2005 et cette fois c'est le premier ministre socialiste Zapatero qui signe le Plan 2006-2012.

 

      C'est ce plan ou plutôt les modifications que souhaite y apporter le gouvernement du PP de Rajoy qui est l'objet de la contestation. Ce plan se nomme très exactement « plan national de réserve stratégique de charbon 2006-2012 et nouveau modèle de développement intégral et durable des bassins miniers ». On le devine à son seul nom, il n'est pas fait pour maintenir l'industrie d'extraction du charbon en Espagne. Dans son introduction le charbon est considéré seulement comme une réserve stratégique d'énergie. Surtout, ce plan annonce que le respect de l'environnement est désormais une priorité et de fait le charbon en tant qu'énergie non renouvelable est sujet aux restrictions de production des plans européens concernant ces énergies. Ce plan prévoit donc des réductions de production et d'emplois. Les chiffres annoncés sont d'une précision impressionnante : on passerait à 9,2 millions de tonnes de production fin 2012 dont 5 951 700 t dans les mines souterraines et 3 248 300 t dans les mines à ciel ouvert, le tout avec 437 mineurs à ciel ouvert et 4 865 mineurs de fonds soit un total de 5 302 travailleurs. On peut le voir, la situation réelle a largement dépassé les prévisions du plan charbon.

Face à ces réductions le plan met en place tout un système de subventions pour reconvertir les bassins miniers et en théorie favoriser leur développement ainsi que le maintien des jeunes sur place, le but étant de mettre fin à la mono-industrie de ces régions.

 

    Les aides se répartissent en plusieurs catégories : tout d'abord des subventions aux entreprises pour la production de charbon avec l'accord de l'Union européenne (301 M€ prévus en 2012), puis de l'aide à la construction d'infrastructures pour moderniser les bassins miniers et attirer d'autres entreprises (167 M€), 167 M€ prévus pour soutenir les projets de reconversion des mineurs et aider à l'implantation d'entreprises, 56 M€ pour la formation des ouvriers et pour des bourses d'étude pour leurs enfants enfin 12 M€ pour assurer la sécurité des installations minières. Le gouvernement Rajoy dans le cadre des plans d'austérité et de coupes budgétaires a décidé de tailler dans le vif : baisse à 111 M€ pour les aides à la production, 101,6 M€ pour les infrastructures, 39 M€ pour les reconversions, 2 M€ pour les bourses et 0 pour la sécurité des mines. Ce sont ces coupes budgétaires qui ont mis le feu aux poudres.


 

 

Chronologie des événements

 

Sans-titre.png

 

   Nous n'allons pas ici refaire un point détaillé des événements mais cette grève semble s'être déroulée en trois temps :


a. Du 23 mai au 18 juin : des débuts aux mains des mineurs


    La grève est lancée à l'appel des deux syndicats majoritaires du secteur : le SOMA-FITAG-UGT et la fédération de l'industrie des CCOO. Les deux centrales appellent à 4 jours de grève générale dans le secteur minier les 23-24 et 30-31 mai 2012. Malgré cet appel syndical, UGT et CCOO sont très vite débordés par la base. Les mineurs qui clairement n'ont plus rien à perdre ont déclenché une grève générale illimitée dès le 30 mai, le lendemain CCOO et UGT annoncent au gouvernement qu'ils vont hausser le ton ! Rapidement les deux syndicats se rendent à l'évidence, ils n'ont d'autres choix, poussés par la base, que d'appeler à cette grève générale illimitée qui a commencé sans eux. Pour preuve de la détermination des mineurs, dès le 23 mai, 8 d'entre eux se sont enfermés au fond d'un puits dans la province du Léon à Páramo del Sil (Pozo3 de Santa Cruz de la UMINSA4) avec cette déclaration loin d'être syndicale « si aucune solution n'est trouvée, nous ne sortirons du puits que les pieds devants » ! Dans les Asturies, 4 mineurs s'enferment dans le Pozo Santiago à Aller et 4 autres dans le Pozo Candín à Langreo, deux puits de la HUNOSA.

On le voit la détermination des mineurs est forte et pour agir ils n'attendent pas les syndicats, toujours dans un processus de négociation avec le gouvernement et la Carbunión, le syndicat patronal du charbon.


    Néanmoins le taux de syndicalisation des mineurs est extrêmement fort. Ainsi, si les mineurs prennent les décisions en AG ce sont bien des mineurs syndiqués qui agissent ce qui permet à l'UGT et aux CCOO de ne pas être totalement à l'écart. Ces derniers prennent une seule initiative d'ampleur : un appel à la grève générale dans tous les secteurs professionnels dans les bassins miniers le 18 juin.

 

   Cette période du 23 mai au 18 juin est celle qui nous a donné les images les plus spectaculaires du conflit avec des mineurs utilisant les mêmes moyens que les forces de répression pour lutter : boucliers, casques, charges et les spectaculaires lances-fusées. Surtout, c'est durant cette période que les barrages de routes sont les plus importants, les mineurs ne se contentent pas d'occuper leurs lieux habituels de production. Ainsi dès le 31 mai c'est plus de 300 routes et voies ferrées qui sont bloquées dans les Asturies. Un des moments cruciaux de cette lutte se déroule à partir du 3 juin, à cette date une grève illimitée est lancée dans les transports asturiens. Le 6 juin pendant que les mineurs bloquent les voies ferrées asturiennes, les chauffeurs routiers bloquent les routes et la province des Asturies est totalement isolée du reste du pays. Malheureusement, le conflit des transporteurs est arrêté le 8 juin suite à de longues négociations avec le patronat. Ce dernier ne pouvait évidemment laissé se poursuivre la convergence des luttes, les mineurs se retrouvent seuls à lutter. Il est à noter également que des membres du mouvements des Indignés du 15 mai participent aux actions, il y a jusqu'aux Anonymous qui vont pirater le site internet de la Carbunión.


 

b. Du 18 juin au 11 juillet : la Marche Noire et la reprise en main syndicale.

 

marcha negra madrid 2


    Le 18 juin est un tournant : les syndicats reprennent la main. A l'occasion de la grève générale dans les bassins miniers, les coupures de routes sont toujours aussi importantes et une manifestation de plus de 50 000 personnes a lieu dans les Asturies. Face à ce succès, les syndicats annoncent le départ d'une marche noire des mineurs vers Madrid. En partant de différents bassins miniers, une marche par étapes pour sensibiliser les populations doit rejoindre la capitale pour une grande manifestation nationale le 11 juillet. Cette marche est entièrement gérée par les syndicats UGT et CCOO et attire à elle une large couverture médiatique. Si cela a le mérite de forcer les Espagnols à prêter attention à ce conflit et permet d'importants témoignages de solidarité, cette marche cache la poursuite des affrontements entre mineurs et forces de l'ordre dans les bassins miniers. Bref elle cache le vrai mouvement. Surtout, cela redonne l'initiative aux deux centrales syndicales.

Cette marche est clairement un succès et les manifestations à son arrivée à Madrid furent d'une taille importante avec plus de 1 million de personnes le 11 juillet auxquelles s'ajoutent des manifestations régionales pour ceux qui n'ont pu se déplacer. Le but des syndicats étaient que cette marche n'arrive pas car le gouvernement aurait cédé avant. Or c'est même pire, en réponse à la mobilisation massive des madrilènes, Rajoy annonce un nouveau plan de rigueur avec hausse de la TVA, des impôts, baisse de salaire des fonctionnaires. 


 

                c) Du 11 juillet au 3 août : de l'isolement à la fin.

 

     L'arrivée de cette Marche Noire à Madrid est donc un paradoxe. Elle est à la fois l'apogée de la solidarité envers les mineurs avec ces manifestations de masse et la conclusion de ce mouvement avec la reprise en main syndicale. A partir du 11 juillet, les syndicats reprennent les négociations avec l'entrée en jeu de l'USO, syndicat minoritaire dans les mines du León. Ils recadrent les initiatives des mineurs et vont s'entre déchirer sur l'issue de la grève. Par ailleurs, aucun autre secteur d'activité ne prend le relais des mineurs, bref le 11 juillet est le début de l'isolement des mineurs.

 

 

   pozo candin 2 Évidemment durant cette période, les mineurs vont continuer à bloquer des routes, des voies ferrées, des entrées d'agglomération, des centrales thermiques. Mais les actions sont de moindre ampleur et ne sont plus quotidiennes. La lutte se recentre dans les bassins miniers et autour des puits. La répression également car les forces anti-émeutes entrent dans les centres villes pour arrêter et matraquer les mineurs en grève.

Le discours syndical change également : à partir du 19 juillet, le SOMA-UGT envisage d'abandonner la stratégie de coupures des routes ce qui provoque des tensions avec les CCOO. L'USO jette de l'huile sur le feu en accusant de corruption les autres syndicats et en poursuivant les négociations avec le gouvernement. Par ailleurs, les syndicats font pression sur les mineurs enfermés pour que ceux-ci abandonnent ce mode de lutte. Les mineurs enfermés depuis 50 jours remontent mais sont relayés par d'autres. Dans des communiqués de presse, les deux syndicats majoritaires s'excusent auprès de la population de la gène occasionnée par leur grève et souhaite le retour à des moyens de lutte plus traditionnels ! A partir du 29 juillet, les rumeurs de reprise du travail commencent à circuler et le 3 août les mineurs retournent au fond dans la défaite.

 

 

Les moyens d'action


    D'origine syndicale, le conflit a utilisé des moyens d'actions très traditionnels dans les grèves espagnoles. Évidemment, il y eut des manifestations dans différentes villes des régions minières mais aussi dans toute l'Espagne le 11 juillet lors de l'arrivée de la Marche Noire. Cette marche s'inscrit également dans la stratégie classique des syndicats. En effet, dans les conflits miniers les syndicats ont toujours organisé des marches des centres d'extraction vers les capitales provinciales et ce fut aussi le cas lors de ce conflit. Par ailleurs, la marche noire s'inscrit dans une logique nationale d'organisation de Marches de protestation vers la capitale madrilène : ainsi peu de temps avant le conflit minier les enseignants organisèrent une Marche Verte et à la fin du conflit c'est une Marche des précaires et chômeurs qui est arrivée à Madrid. Des réunions publiques d'information furent organisées à travers l'Espagne, certaines mairies furent occupées par les mineurs et après la Marche Noire certains campèrent devant des sites touristiques tel le musée du Prado pour informer la population.

 

    A côté de cela les mineurs ont mis en œuvre un véritable rapport de force dans leurs bassins miniers. Tout d'abord, ils occupèrent durant tout le mouvement les sites d'extraction. Certains se sont enfermés au fond du puits, là encore cela s'était déjà produit par le passé mais pas aussi longtemps, ni avec autant d'ouvriers. A un moment de la grève près de 40 mineurs furent au fond des puits en Asturies et León, certains restant 50 jours au fond avant de sortir sous la pression syndicale. D'autres bloquaient les accès au site avec barrages de wagons rempli de bois et pneus prêts à être enflammés. Évidemment, les mineurs ont également isolé régulièrement leurs villes et provinces en coupant routes et autoroutes ainsi que les voies ferrées. Tous les moyens étaient bons : troncs d'arbres, rails, pneus, pierres, panneaux de signalisation, wagonnets d'extraction de charbon... Cela était clairement auto-organisé sans aucun contrôle syndical, bref, les mineurs ont pris en main leur grève. Par ailleurs, ils ont su inverser le rapport de force sur le terrain contre les forces anti-émeutes. Les mineurs ont fabriqué les mêmes armes que les policiers et ont utilisé les mêmes tactiques. La violence des affrontements fut telle que les syndicats de policiers se sont plein de leurs conditions de travail dans les bassins face à ces mineurs. Il est quand même plus facile de réprimer des Indignadospacifistes et qui ouvrent les bras pour se faire matraquer que des mineurs qui appliquent la stratégie policière pour occuper leur territoire et sauver leur peau.

 

     On ne peut passer sous silence le rôle des femmes des mineurs dans cette grève. On les retrouve peu sur les piquets mais on les voit sur les carreaux de mines en soutien aux enfermés. On les retrouve dans toutes les manifestations et marches organisées. Surtout, ce sont les femmes qui ont servi de relais lors des protestations au Parlement espagnol. A chaque fois que la question du conflit minier était évoquée à l'Assemblée espagnole, elles étaient dans le public pour manifester leur mécontentement. Surtout, après la Marche noire lorsqu'on sentait les mineurs découragés, elles organisèrent des manifestations et surtout bloquèrent le port de Gijón en raison de la présence de réserve de charbon importé d'Amérique latine par Goldman Sachs pour éviter qu'il ne rejoigne des centrales thermiques.

 

manif-femmes.png

 

    Cette « violence » du conflit est très logique : les mineurs et leur famille se trouvent ici face à une logique de destruction économique de leurs provinces. Il ne s'agit pas seulement de perdre un emploi, c'est toute la vie qui s'éteint sans les mines. Nombre des bassins miniers ne vivent encore que de la mine malgré les « plans charbon » censés les restructurer. Quel avenir pour les jeunes ? Pourquoi rester dans un territoire qui n'offre plus rien ? Bref, ils n'avaient plus rien à perdre. Malheureusement, ils n'ont pas réussi à amener cette lutte contre le capital et sa logique d'exploitation des populations ailleurs que leurs bassins miniers. Ainsi la tentative de poursuivre le combat autour des ministères à la fin de la manifestation madrilène du 11 juillet de certains mineurs et manifestants a échoué très rapidement, faute de soutien.

 

 

Entre solidarité et isolement

 

    C'est un des problèmes de cette grève, le manque global de soutien. On ne peut nier une forte solidarité dans les bassins miniers eux-mêmes. Entre mineurs cela va de soi : dans un métier pénible la solidarité est normale, les mineurs faisaient grève avec leurs camarades d'équipe de travail. La population, bref les familles des mineurs n'ont pas cessé de soutenir les mineurs. Même les commerçants qui furent remerciés par des mineurs remontant de leur enfermement. Les municipalités soutinrent également le mouvement en particulier les administrations tenues par le PSOE qui jouaient là une carte politique. Dans les bassins miniers tout le monde joue sa survie ce qui a permis aux mineurs de bénéficier de ce soutien. Pendant la Marche noire, les mineurs ont bénéficié d'un fort mouvement de sympathie de la part de la population durant toutes leurs étapes : fortement applaudis durant leur défilé, aucune municipalité n'a manqué à l'appel lorsqu'il fallait les héberger lors de leurs étapes. Jusque l'université de la Monclóa qui les a hébergé à leur arrivée à Madrid. Ce soutien s'est vu lors de l'immense manifestation du 11 juillet : tous les salariés des secteurs victimes de coupes budgétaires se sont joints au défilé.

 

    Mais ce soutien reste symbolique. Le combat des mineurs n'a pas dépassé leur champ d'activité et leur région. Alors que l'Espagne est traversée par une multitude de grèves dans tous les secteurs, il n' y a pas eu de convergence des luttes. Un événement révélateur a lieu le 11 juillet. Pendant que le gouvernement Rajoy annonce les coupes budgétaires, des fonctionnaires se réunissent spontanément devant le siège du gouvernement régional madrilène alors que la manifestation des mineurs n'est pas terminée. Pourquoi ne pas avoir fait bloc ? Les mineurs n'ont par ailleurs pas su ou pas pu étendre leur conflit à d'autres régions ou d'autres secteurs. Les blocages sont restés cantonnés aux bassins miniers. Au début de la grève, 3 jours durant les chauffeurs routiers sont avec les mineurs mais le patronat n'est pas stupide, il a vite cédé face aux chauffeurs pour isoler les mineurs. Les salariés des activités utilisatrices du charbon surtout les centrales thermiques n'ont pas rejoint le mouvement. Si une centrale thermique a bien été bloquée par les mineurs, elle avait assez de réserve pour poursuivre sa production et il est symptomatique de constater que la part du charbon dans la production électrique espagnole n'a pas baissé durant cette grève.

 

    On peut expliquer cet isolement tout d'abord par l'importance qu'occupent dans certains milieux militants les questions d'ordre environnementales, pour autant bien réelles. Nous avons pu relever sur certains sites espagnols, des déclarations indiquant qu'il s'agissait là d'un combat d'un autre âge. Pour certains Espagnols, il n'était plus utile de sauver l'industrie du charbon, il faut passer à autre chose. Évidemment autant de déclarations de personnes ne vivant pas dans les bassins miniers. Tous les Espagnols subissent les effets des coupes budgétaires alors pourquoi les mineurs y échapperaient-ils ? Autant d'avis et de déclarations qui viennent de la propagande des médias de masse plus occupés à montrer la violence des méchants mineurs contre les gentils policiers protecteurs de l'ordre établi que de montrer la violence de la société capitaliste dans les bassins miniers qui provoque la désertification et la mort de ceux-ci. Le sentiment d'appartenance à une même classe a sans doute fait défaut et empêché des solidarités plus vastes de s'exprimer et donc la généralisation du conflit à tout le monde du travail. Fort logiquement État et syndicats ont joué sur cet isolement.

 

caricature.png

 


La chape syndicale


    Dans cette grève, les syndicats sont à la fois à l'origine de ce conflit mais aussi à l'origine de son arrêt. La quasi totalité des mineurs sont syndiqués principalement au SOMA-FITAG-UGT et dans les CCOO. Ces deux centrales sont à l'origine de la grève de 4 jours. En lisant le tract d'appel, leur revendication est claire : « non à la fermeture des mines de charbon ». C'est le slogan maintes fois répété dans ce tract de quatre pages. La trahison est là dès le départ. Ils annoncent cela alors qu'ils sont signataires avec la Carbunión du plan charbon qui prévoit très clairement la fermeture des mines de charbon. Cette grève pour les deux centrales syndicales est donc un moyen de pression politique sur le Parti Populaire de Rajoy. La première page du tract est très instructive à ce propos : « nous allons mettre en relief les véritables intentions du PP », « l'administration du PP fait preuve de démagogie » ou encore « sans l'action syndicale, le PP aurait fermé les mines depuis 1996 » date du premier plan charbon. Les mineurs ne devaient donc pas mettre beaucoup d'espoir dans les réelles idées de leurs organisations syndicales. On sent clairement que UGT et CCOO souhaitaient utiliser les mineurs, dont ils prévoyaient la détermination, pour tenter d'amplifier une lutte inter-catégorielles contre la politique de rigueur et les coupes budgétaires de Rajoy.


   Que dire de plus ? Les deux centrales syndicales ont donc parfaitement joué leur rôle de canalisateur du mouvement social avec la claire intention de ne pas perdre la main. En même temps que cette lutte, UGT et CCOO n'ont cessé de poursuivre les négociations avec la Carbunión proposant même à la mi-juillet un plan commun pour lisser les coupes budgétaires envoyant ainsi un signe d'accord sur celles-ci au gouvernement. UGT et CCOO n'ont cessé de réclamer la poursuite des négociations avec le gouvernement dans le cadre de la commission de suivi du plan charbon.


    On peut comprendre cet acharnement à sauver le plan charbon et en réclamer un nouveau quand on sait que certaines des aides, entre autre pour la formation, transitent par les syndicats. Cela va provoquer des tensions avec l'USO le syndicat minoritaire des Hullera Vasco-Leonesa accusant ses deux congénèrent de corruption. Par ailleurs, CCOO et UGT sont parties prenantes du process de production dans l'entreprise publique HUNOSA : en effet ils sont membres du Conseil d'Administration de cette entreprise, principal foyer de la grève, aux côtés des représentants du gouvernement.


    Les deux principales centrales, pourtant habituées à travailler ensemble dans tous les secteurs, n'ont pas fait preuve d'une entente parfaite. Tout d'abord chacun a aidé les puits où il est majoritaire. Lors de la marche noire, des mineurs faisaient remarquer que les deux syndicats n'avaient même pas réussi à s'entendre pour faire un tee-shirt commun ! A la fin de cette Marche noire, des tensions sur la stratégie sont apparues. Le 11 juillet, les CCOO voulaient rester camper à Madrid : refus de l'UGT. Dans les bassins miniers les coupures de routes étaient soutenus par les CCOO pendant que le 16 juillet dans un communiqué de presse l'UGT lance un appel à la « normalisation des actions ». Au sein de l'UGT le syndicat des mineurs SOMA a toujours été plus radical, d'où l'enjeu pour les CCOO dans le but peut-être de ravir quelques voix aux prochaines élections professionnelles de 2014 dans le secteur.

 

mineurs-cagoules.png

    Mais toutes ces querelles syndicales, qui ont occulté auprès du grand public le véritable mouvement, ont été rendues possibles grâce à leur véritable coup de maître stratégique : la Marche Noire. Par son côté spectaculaire elle a attiré les médias et le soutien de la population. Dans le même temps, cela sortait les mineurs de leurs bassins miniers pour un mode d'action très syndical. Cette marche offre aux syndicats une couverture médiatique importante car comment cacher que sans eux elle n'aurait logistiquement pas lieu. Formidable coup de com qui attire les lauriers à eux et cache un peu plus le cœur du mouvement dans les bassins.


    Enfin, le rôle des syndicats « anarchistes » CNT, CGT et SO a été plus que marginal malgré leur participation à la Marche noire. Ceux-ci sont restés à l'écart de ce conflit tout d'abord car ils sont globalement absents des sites miniers. Ensuite, une bonne partie de leur réflexion politique sur ce conflit a été centralisée sur la violence du rapport de force afin de mettre de côté leur point de vue écologique sur le charbon. Cependant leur analyse politique remettait parfois en avant la contradiction dans cette grève : en revendiquant le maintien des subventions étatiques et des mines, les grévistes revendiquaient le maintien de l'outil de leur exploitation, le capitalisme.

 

    La stratégie étatique

     

       L’État espagnol a agi simplement : il a attendu. Évidemment il a envoyé les forces anti émeutes dans les bassins miniers, évidemment les ministères madrilènes étaient fortifiés lors de la Marche noire mais pour le reste, Rajoy et Soria ont été droit dans leurs bottes. Un signe très clair de cela : la réponse à la Marche Noire a été l'annonce au Parlement de nouvelles coupes budgétaires. On peut expliquer un tel calme par deux faits.


        L’Espagne de 2012 n'est pas la Grande-Bretagne de 1984 et visiblement le gouvernement Rajoy n'a pas anticipé ou recherché ce conflit. Il devait bien se douter que les mineurs réagiraient à l'annonce de ces coupes car à chaque fin d'un plan charbon les mineurs faisaient grève. Mais le charbon n'est plus une industrie stratégique aux yeux de ce gouvernement.


        Surtout, les syndicats ont cadré le mouvement. Jamais ils n'ont voulu autre chose que des négociations et le gouvernement s'est même appuyé sur l'USO pour semer le trouble parmi eux en l'invitant à la table des négociations alors qu'il n'est pas représentatif dans le secteur.


        Au final, le gouvernement a gagné sur toute la ligne. Non seulement ses coupes sont passées mais il a peut-être affaibli durablement la détermination des mineurs et d'autres secteurs d'activités. Par ailleurs, pour 2013 il n'y a pour l'instant plus de plan charbon. On pourrait se dire qu'il n'y a donc plus de plan de fermeture des mines mais cela veut dire aussi que les aides accordées jusque là aux mineurs sont soumises aux aléas gouvernementaux annuels. Déjà pour 2013, Rajoy a annoncé qu'il ne finançait plus aucun départ en pré-retraite pour les mineurs.

     

     

    Les suites du conflit.

    bazooka.png


        On ne peut que regretter l'échec de cette grève. Véritablement mouvement impulsé par la base appuyé par toute une contrée qui a su inverser momentanément le rapport de force. Mais d'entrée de jeu, elle était fragile. Grè ve de survie lancée par les syndicats, il s'agissait encore une fois de se défendre et non de gagner de nouvelles choses.

    Que dire aussi de la situation financière des mineurs ? Les deux syndicats majoritaires UGT et CCOO ont aidé financièrement les mineurs en négociant auprès d'un organisme de crédit des prêts que les mineurs vont donc devoir rembourser ! Seule l'USO a versé une aide directe mais uniquement à ses adhérents.


        Le patronat a repris la main dans les mines. Ainsi, Vittorino Alonso a pu réprimer durement une longue grève de 63 jours dans les mines à ciel ouvert de la UMINSA : l'aurait-il pu sans le récent échec de la grève du printemps ? (voir encart 3). Pendant ce temps, la direction de la HUNOSA se lance dans des projets de capitalisme vert. A coup d'investissement démentiel, le groupe HUNOSA se lancerait dans la capture de CO2 pour créer le « charbon vert » ! Le capitalisme a donc repris la main mais l'Espagne reste un chaudron où grèves et manifestations se succèdent au rythme des plans de rigueur. Quant aux mineurs, ils n'ont toujours rien à perdre et pourraient se relancer dans un mouvement encore plus radical.5

     

     

     

    2Les chiffres qui suivent viennent des statistiques sur l'énergie de l'Université de Schaerbrook au Canada, du ministère de l'industrie espagnol et des syndicats UGT et CCOO.

    3Pozo = puits

    4Fin octobre, Alonso a annoncé la fermeture de ce puits, foyer traditionnel de grève.

    5Pour faire cet article, nous avons utilisé les sites internet des syndicats et entreprises sités, les sites gouvernementaux espagnols, le plan charbon, le Bolletin Oficial del Estado, les sites de journaux et agences de presse tant espagnol que régionaux. Enfin, l'ouvrage d'Henri SIMON To the bitter end. Grève des mineurs en Grande-Bretagne (Mars 1984-Mars 1985) publié chez Acratie en 1987 a fortement alimenté notre réflexion.1234

     

     

    Encadré 1. Syndicalisme et combat minier.

     

        Le principal syndicat de mineurs est le SOMA (Sindicato de los Obreros Mineros de Asturias) fondé en 1910 dans les Asturies, principales régions minières en Espagne. Il fait parti dès 1911 de la FITAG (Federación de Industria y Trabajadores Agrarios) du syndicat espagnol UGT (Unión General de Trabajadores). L'UGT est le deuxième syndicat espagnol selon les résultats des dernières élections professionnelles de 2011. Dès sa création en 1888, il a été proche du PSOE, le parti socialiste espagnol. Au sein de l'UGT, le SOMA a toujours été un trublion tant par ses pratiques internes horizontales que par la radicalité de ses actions.


     

        Selon ces mêmes élections, on trouve en premier syndicat les CCOO (Comisiones Obreras). Officiellement fondées en 1976, les premières commissions ouvrières étaient apparues clandestinement sous le franquisme dans les années 1960. Les CCOO sont proches du Parti communiste espagnol. Dans les mines, les CCOO sont le deuxième syndicat.

    Troisième syndicat espagnol, l'USO (Unión Sindical Obrera) fondée en 1961 est dans la tendance du socialisme chrétien. Plus grand syndicat de la fonction publique, on le trouve implanté dans une entreprise minière du León, Hullera Vasco-Leonesa.

    Du côté de l'anarchosyndicalisme, CNT (Confederación Nacional del Trabajo), CGT (Confederación General del Trabajo) et SO (Solidaridad Obrera) sont inexistants dans les mines.

     

        Les mines espagnoles ont toujours été un haut lieu de lutte des classes, en particulier celles d'Asturies. On ne compte plus les grèves générales dans les Asturies : septembre 1911, deux mois en 1917, une grève insurrectionnelle en 1934... Dans l'histoire du pays, la plus célèbre est celle de 1962 à la fois à propos des conditions de travail et en opposition politique au régime de Franco. Ces dernières années les grèves se sont multipliées pour la survie de l'industrie, toutes sur la base de deux fois deux jours de grève et des Marches mais aucune n'avait atteint l'ampleur de celle de 2012.

     

     

    Encadré 2. Industries minières en Espagne.

     

    L'exploitation du charbon en Espagne comporte à la fois des mines à ciel ouvert et des mines de fond. La principale entreprise minière des Asturies est la HUNOSA (Hulleras del Norte). Entreprise publique créée en 1967, elle compte en 2012 sept puits en cours d'exploitation, un lavoir à charbon et une centrale thermique. Son Conseil d'administration comporte des représentants de différents ministères (industrie, écologie, économie), de la province des Asturies et des syndicats UGT et CCOO.

    A côté de la HUNOSA, on trouve toute une série d'entreprises privées et tout d'abord la plus grande d'entre elle la UMINSA (Unión Minera del Norte). Elle est implantée dans les Asturies, le León et la province de Palence. La UMINSA est apparue en 1998 par la fusion de différentes entreprises appartenant à Vittorino Alonso. Depuis, elle n'a cessé d'acheter d'autres entreprises minières devenant ainsi la première en Espagne. Exploitant des mines à ciel ouvert, la UMINSA a été fortement critiquée pour ses dégâts environnementaux entre autres en 2011 par les Indignés. Elle devance la Coto Minero Cantábrico apparue en 2008 suite à la fusion de deux entreprises d'Asturies et León. Elle appartient aussi à Alonso qui est ainsi le principal entrepreneur des mines. Alonso est souvent apparu dans les chroniques judiciaires espagnoles pour des faits de corruption ou détournement de fonds. A côté de ces trois géants, on trouve aussi la Hullera Vasco-Leonesa et une dizaine d'autres entreprises de petites tailles.

    Toutes ces entreprises y compris la HUNOSA publique sont membres du syndicat patronal Carbunión. La Carbunión est présidée par Vittorino Alonso.

     

     

    Encadré 3 : la deuxième grève des mines cet été.

     

       Il y eut en Espagne une seconde grève des mineurs cet été. Elle n'a concerné que les mineurs à ciel ouvert de la UMINSA. Alonso a prévu une réorganisation des conditions et temps de travail de ses salariés provoquant une baisse mensuelle de la rémunération de 200 à 400 €. Les salariés se sont immédiatement mis en grève et elle dura 63 jours. Plusieurs particularités sont à noter : les syndicats ne sont pas à l'origine de ce conflit et n'y prirent presque pas part. Contrairement à la précédente, cette grève ne faisait pas l'unanimité chez les ouvriers de la UMINSA. Par ailleurs, très peu de soutien est venu des autres mineurs. On peut noter enfin que les ouvriers des mines à ciel ouvert ne font pas partie de la convention collective des mineurs, plus avantageuse, mais de celle des ouvriers du bâtiment. De fait la grève est restée une grève d'entreprise et Alonso put réprimer lourdement. Les membres des comités de grévistes ont été licenciés et au final Alonso n'a reculé sur rien annonçant le soir de la dernière négociation un plan de réduction de l'emploi ! Depuis, fin octobre, Alonso a annoncé réduire de 50% le nombre de salariés dans ses deux entreprises, Coto Minero Cantábrico et la UMINSA.

     

    Repost 0
    Published by La Mouette Enragée - dans Solidarité internationale
    commenter cet article
    9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 17:41

     

     

     

    La grève des mineurs repart de la base et se propage du León aux Asturies alors que les syndicats UGT et CCOO l’ont arrêté sans n’avoir rien obtenu après 65 jours de lutte.


    La grève des mineurs espagnols a pris fin le 3 août dernier après 65 jours de combat. Au final le gouvernement espagnol n'aura cédé en rien sur ses coupes budgétaires mais les mineurs et leurs familles étaient épuisés financièrement et au bout de leur possibilité. Et pourtant, le rapport de force n'a jamais été favorable au gouvernement et à ses forces de répression. Les mineurs ont utilisé tous les moyens pour faire plier le ministre de l’industrie : blocage de routes, autoroutes et voies ferrées, enfermement dans les puits, manifestations, la Marche Noire etc... Tout cela avec des syndicats à la ramasse, se contentant de suivre le mouvement. Toutes ces actions ont été marquées par une forte solidarité de la population, d'abord celle des bassins miniers mais aussi dans toutes les villes et villages traversés par les Marches noires avec comme démonstration de cette solidarité l'immense manifestation madrilène du 11 juillet.

    femmesenlutte.jpg

    Mais voilà, la solidarité n'est pas allé assez loin et d'autres secteurs ne sont pas mis en lutte avec les mineurs provoquant leur épuisement. Les syndicats majoritaires n'ont guère aidé à la poursuite du mouvement, bien au contraire, tous préoccupés qu'ils sont par leur représentativité dans ce secteur, en témoigne les luttes entre UGT, CCOO et USO. La solidarité financière a été défaillante : l'USO n'aidant que ses adhérents, les autres syndicats ayant recours à un organisme de crédit à qui les travailleurs devront rembourser leurs jours de grève !

     

    Malgré tout, cette grève a été marquante en Espagne et en Europe et son fiasco n'est à l'évidence pas digéré par les travailleurs qui ont mené une lutte particulièrement dure pendant plus de deux mois. Le conflit vient de resurgir dans des mines, des sous-traitants et des secteurs auxiliaires dès le 23 août. Piquets de grève, blocages... sont donc de retour. UGT et CCOO, absents et surpris par la détermination des grévistes ont d'abord minimisé l'ampleur d'un mouvement de grève et d'action qui ne fait que se développer, de s'organiser et de se solidariser de bassin à bassin.

    femmesenlutte2.jpg

    Il faut insister sur la participation primordiale des femmes et familles de mineurs qui assurent actions, logistique, relais avec et par le tissu associatif et des centres sociaux entre autres. La (ré)pression, au travers de licenciements de grévistes s'accentue ; c'est un vrai combat qui s'engage.

     

    Pour en savoir plus : http//oclibertaire.free.fr/spip.php?breve463

     

     

    Nous reviendrons plus longuement sur les tenants et aboutissants de cette lutte dans le

    numéro à venir de La Mouette Enragée.

    Le 09/09/2012

    Repost 0
    Published by La Mouette Enragée - dans Solidarité internationale
    commenter cet article
    3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 14:04

     

    Du 26 au 28 juillet 2012.

     

    Actions des femmes de mineurs et  blocages de routes tandis  l’Etat réaffirme vouloir  imposer son plan.

     

    Jeudi 26 juillet : lors d'une conférence de presse, Sorria, le ministre de l'industrie a déclaré que le gouvernement adoptera unilatéralement le nouveau plan charbon si les syndicats  refusaient de négocier.  Il en a profité pour rappeler que l'actuel plan de fermeture des mines a été adopté par le précédent gouvernement avec l'accord de l'Union européenne. Il accuse les entreprises de manipuler la grève pour profiter à plein des subventions. Il a rappelé quelques chiffres : 5,5 milliards d'euros d'aides directes ont été versées aux entreprises depuis 1990; le montant total des subventions représente quelques 24 milliards d'euros depuis 21 ans. Sorria cible en particulier le Groupe Vitorino Alonso qui aurait reçu depuis cette période 2,11 milliards d'euros au titre des aides. Par ailleurs, il ajoute qu'à une époque où les subventions doivent aller en priorité aux énergies renouvelables, il ne voit pas pourquoi on subventionnerait une énergie très polluante, à forte émission de CO2 et responsable de pluies acides.

     

    Une vingtaine de femmes de mineurs ont bloqué l'entrée principale du port del Musel à Gijon où se trouve le stock de charbon importé de Colombie par Goldman Sachs (156300 tonnes). Le charbon a trouvé preneur puisque l'entreprise de production énergétique HC energia les a achetés.

     

    Vendredi 27 juillet  : l 'aide financière s'organise d’une manière assez particulière du côté des syndicats. En effet, l’UGT et CCOO ont négocié avec Caja Espana un organisme financier (Caja Madrid fait partie de l'entité appelée Bankia, celle-là même qui a été "nationalisée" récemment et que l'Etat - via l'UE - va renflouer encore un peu plus). Celui ci avance un mois de paye aux mineurs avec comme garants les deux syndicats majoritaires; les mineurs rembourseront plus tard sans intérêt. Ceux qui possède une hypothèque auprès de cet organisme la paieront plus tard. De son côté le syndicat USO a débloqué 600 000 euros de sa CRS (caisse de résistance et solidarité) pour payer les jours de grève de ses syndiqués : ceux-ci n'auront rien à rembourser. De son côté le Spanish Miner’s Solidarity Committee annonce le versement de 10 000 livres sterling par l'intermédiaire des syndicats CCOO et UGT. 5 000 livres viennent de la NUM et de la Durham's miners association, le reste de dons apportés par des particuliers.

     

    Sur le terrain, en plus de l'action des femmes sur le port, les mineurs enfermés au fond des puits asturiens qui ont pris le relais des sortants il y a une semaine continuent la lutte. Les autoroutes sont régulièrement bloquées, on signale que la ville de CInera a été envahie par les GRS (les CRS locaux). Seuls cinq mineurs qui étaient enfermés dans les salons de la Mairie de CAngas del Narcea ont arrêté leur occupation après être restés enfermés 39 jours dans ce bâtiment.

     

    313921_10151072953928257_746689398_n.jpg

     

     

    La solidarité internationale.

     

    Des militants anarchistes israéliens et des travailleuses et travailleurs du Bangladesh

    ont apporté leur soutien à la lutte que mènent actuellement les mineurs en Espagne.

     

        http://unityispa.wordpress.com/2012/07/25/היום-ליד-שגרירות-ספרד-בתל-אביב/

     

    soutien-au-bangladesh.jpg

     

     
     

    Traduction la Mouette Enragée.

    Repost 0
    Published by La Mouette Enragée - dans Solidarité internationale
    commenter cet article
    26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 13:23

    Urgent : Solidarité financière indépendante avec la lutte des mineurs

     

    Alors que la grève illimitée des mineurs se poursuit depuis deux mois, les mineurs et leurs familles se trouvent dans des situations dramatiques. Les numéros de comptes bancaires qui ont circulé sur Internet sont ceux des syndicats (UGT et CCOO) mais il n’y a aucun contrôle ou transparence quant à leur utilisation : cet argent serait utilisé surtout pour financer les frais ‟purement syndicaux” de la lutte (marche des mineurs sur Madrid…), tandis que de nombreux grévistes déclarent ne rien avoir reçu et en être de leur poche, y compris pour les frais occasionnés par le combat quotidien (achat de petits matériels de défense, de protection et d’attaque, déplacements…), sans parler de la survie au jour le jour.

    Le FUSOA (Fondo Unitario de Solidaridad Obrera de Asturias), caisse de solidarité ouvrière indépendante des syndicats et des partis politiques, se charge de recueillir des fonds et de les répartir directement auprès de tous les grévistes, syndiqués ou non, en se rendant dans les puits et les lieux de concentration des mineurs en lutte.

    L’appel qui suit a été diffusé dans la Communauté Autonome de Madrid. Mais il nous a semblé judicieux de le faire circuler bien au-delà, la solidarité de classe est censée ne pas connaître de frontières.

     

    Recueil de soutien financier pour la lutte des mineurs

    Dans une période où les coupes sociales et les attaques contre les emplois, les salaires, les droits basiques du travail deviennent habituelles et quotidiennes sans que les travailleurs et les travailleuses ne s’y opposent avec des mobilisations conséquentes, la lutte menée par les mineurs est remarquable non seulement par sa radicalité et ses confrontations avec les forces de répression, mais aussi par la constance et la continuité de la lutte, en particulier dans les bassins du nord, dans les Asturies et le Léon.

     

    La Caja Obrera de Resistencia de Madrid (Caisse Ouvrière de Résistance de Madrid) a soutenu financièrement cette lutte à plusieurs reprises, jusqu’où cela a été possible, laissant à zéro le solde du compte alimenté par les affiliés actifs. Toutes les aides que nous avons apportées ont été pour le FUSOA (Fonds Unitaire de Solidarité Ouvrière des Asturies), caisse de résistance asturienne avec laquelle nous partageons une présence dans la coordination des Caisses de Résistance et des Comités de Solidarité.

     

    C’est pourquoi avec ce communiqué nous commençons une collecte de fonds parmi les travailleurs et les travailleuses les plus conscients de Madrid. Nous ne demandons pas l’aumône pour les pauvres, nous sollicitons la solidarité financière pour ceux qui luttent, pour qu’ils continuent à se battre et qu’ils puissent lutter contre la répression qui se prépare dans les cabinets ministériels contre tous ceux qui ont été identifiés et arrêtés lors des journées de lutte.

     

    Alors maintenant, tu as la possibilité de participer à la lutte des mineurs en contribuant financièrement, selon tes possibilités. La Caisse Ouvrière de Résistance est une caisse stable qui recueille de façon permanente les contributions de ses membres actifs et qui décide en assemblée sur ses aides et ses collectes, tout en étant ouverte à tous les travailleurs et travailleuses, indépendamment de leur idéologie et de l’organisation syndicale à laquelle ils appartiennent.

     

    Comment faire des contributions à la Caisse Ouvrière de Résistance ?

     

    Toujours de la main à la main, ou directement aux compañeros et compañeras actifs de la Caisse, ou bien aux organisations syndicales qui collaborent à cette Caisse et nous le feront parvenir

    (Solidaridad Obrera, Plateforme syndicale de EMT, le Syndicat Assembléaire de la Santé, etc.). Si aucune de ces manières n’est possible, tu peux te mettre en contact avec la Caisse à travers l’adresse de la boîte postale suivante : Apartado de Correos 40155 (28080 Madrid) ou en envoyant un courriel à cette adresse électronique : cajaresistencia [at] gmail.com et nous entrerons en contact personnellement avec toi pour recueillir ton aide financière.

     

    Madrid, juillet 2012

     

    Source : http://www.solidaridadobrera.org/cajaobrera/

     

     

     

     

     

    Actualisation V - Construisons la solidarité avec les mineurs espagnols en lutte.

    Du 19 au 24 juillet 2012

     

    La dissension entre appareils syndicaux se confirme, l’enfumage de l’Etat se poursuit; de leur côté, les mineurs continuent leurs actions sur le terrain.

     

     

    Le 19 juillet, à San Roman des Bembibre, les mineurs ont bloqué une autoroute et des voies ferrées. Il y a eu trois arrestations à la suite de frictions avec la police.

     

    Toujours depuis le 19 juillet, trois mineurs Asturiens des CCOO-HUNOSA campent devant le ministère de l'indutrie et quatre des CCOO de Léon et Aragon campent également devant le musée du Prado. Ces campements se nomment “Assemblées permanentes”.

     

    Les barrages de routes se poursuivent mais la stratégie est différentes. Dorénavant les mineurs procèdent aux actions et blocages de nuit afin d'éviter que les hélicoptères de la police ne les repèrent. Les flics eux entrent donc dans les villes la nuit, coupent les lumières, brouillent les communications portables et arrêtent tout ce qui bouge : passants, automobilistes, etc...

     

    Les dissensions à la tête des appareils syndicaux se confirment: le SOMA-FITAG-UGT souhaite abandonner la stratégie de blocage des routes. Le SOMA a ainsi organisé le 20 juillet une marche au départ des puits de mine en direction d’Oviedo, capitale provinciale des Asturies. Entre temps l'USO, syndicat qui possède statutairement une caisse de résistance et de solidarité a versé 30.000 € aux mineurs de Cangas del Narcea. Notons qu’à l'issue de la manifestation du 11 juillet, le ministère de l'industrie a reçu l'USO en audience; audience à laquelle CCOO et UGT ont refusé de se rendre. L'USO se positionne clairement comme le syndicat qui veut négocier et pense gagner grâce à la négociation sans importuner la population avec des coupures de routes.

     

    Une réunion était prévue le 20 juillet entre les mairies des bassins miniers (assoc Acom) et un représentant du ministère de l'industrie. Les municipalités ont réclamé la mise en circulation des 111 millions d' euros prévus pour l'aide à la production de charbon afin de donner un ballon d'oxygène aux entreprises. Le gouvernement a répondu qu’il ne donnera pas un centime tant qu'il y aura la grève et les blocages de routes.

     

    L’enfumage de l’Etat

     

     

    Le 21 juillet, après 8 h de négociations, les représentants des salariés et ceux des entreprises auraient produit un document qui permettrait de débloquer les 111 millions en question. Ce document de 14 pages serait un accord entre la Carbunion, le FITAG-UGT et les CCOO afin de mettre un terme au conflit grâce à des possibilités de maintient de l'emploi dans les mines jusqu'en ... 2012 (sic) !

     

    L'activité des mines serait quant à elle maintenue jusqu'en 2018 grâce à l’étalement des coupes au taux initialement prévu de 63 %.

     

    Dissensions et machinations à la tête des appareils syndicaux

     

    Le mardi 24 juillet : l'USO a donné une conférence de presse accusant les CCOO et le SOMA-FITAG-UGT de prolonger volontairement le conflit pour défendre leurs intérêts syndicaux et les entreprises minières de Vitorino Alonso qualifié de mafieux durant la conférence. L'USO accuse les deux syndicats majoritaires d'avoir refusé un accord avec le ministère de l' industrie car une partie des aides qui auraient été transférées pour permettre le recouvrement des salaires des ouvriers étaient destinées à l'origine à financer SOMA et CCOO par l'intermédiaire des plans de formation ainsi que le paiement de frais de fonctionnement incluant le salaire de certains secrétaires de ces syndicats. L'USO plaide pour un retour au travail, garantissant que la viabilité du secteur est assurée si on transfère une partie des fonds destinés à la ré-industrialisation vers les entreprises minières pour l'aide à la production, ce qui est en fait la position du gouvernement. Précisons que l'USO n'a pas quitté une seule fois la table de la négociation depuis fin juin et le lancement de la Marche Noire.

     

    Le SOMA répond en demandant au secrétaire de l'USO de se rétracter publiquement sinon ils intenteront des actions en justice. Par ailleurs le SOMA rappelle que l'USO a lui aussi reçu des subventions ainsi que des fonds pour la formation des mineurs et leur famille. Le SOMA rappelle qu'il y a probablement des milliers de “fils de mineurs USO” qui ont bénéficié de ces plans de formation...

     

    Pour compliquer la situation, le secrétaire général des USO Asturies se désolidarise de sa direction nationale quand elle parle des transferts de subventions pour permettre la reprise du travail par contre il rejoint les critiques sur le détournement des subventions de formation pour le financement des syndicats.

     

     

     

    Pendant ce temps sur le terrain

     

    Les actions continuent. Les mineurs empêchent depuis le 23 juillet l’approvisionnement de la centrale thermique de Compostilla. Ils ont bloqué des camions chargés de charbon d'importation qui venaient alimenter la centrale. Pendant ce temps, Goldman Sachs accumule dans le port d'El Musel, dans les Asturies, des tonnes de charbon d'importation en attendant que les prix montent.

     

    Mercredi 25 : Le ministère a rejeté le plan commun proposé par les syndicats majoritaire/Carbunion Pour le ministère il est peu clair et inutile. Le gouvernement recherche uniquement le moyen de ne pas fermer des entreprises et perdre des emplois dès cette année. Par contre, les coupes auront bien lieu. Il réfléchit à un plan charbon 2013-2018 tout en assurant que le modèle actuel de négociation est mort, autrement dit, le plan se fera sans les syndicats. Pendant ce temps, le blocage de la centrale

    thermique continue. Les mineurs bloquent toujours des autoroutes en ASturies et les mineurs enfermés dans les puits du Léon viennent d'atteindre leur 50 è me jour passé sous terre.

     

    Traduction la Mouette Enragée. Le 25/07/12

    Repost 0
    Published by La Mouette Enragée - dans Solidarité internationale
    commenter cet article
    19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 15:44

     

     

    Dissensions à la tête des appareils syndicaux, la base maintient l’unité, les actions se poursuivent, la répression également.

     

     

        La fédération de l'industrie des CCOO semble prendre de la distance avec le SOMA-FIAG-UGT. Dans son communiqué de presse, le SOMA demandait à ce que les actions dans les bassins miniers se normalisent, elles doivent dorénavant se mener pacifiquement avec un calendrier qui sera fourni plus tard. Il faut donc comprendre que si l'UGT est encore présente sur les barrages, c'est uniquement parce qu'à la base les mineurs continuent d’y participer, sinon cela ferait longtemps que l'UGT aurait demandait à ses sections des mines de plier bagage...

     

        Les CCOO annoncent pour leur part que tant qu'il n'y aura pas de solution, les barrages routiers se poursuivront sous la même forme que jusqu'à présent. Et c'est ce qu'il se passe : barrages sur les autoroutes à l’aide de pneus enflammés. Des manifestations avec une forte répression se poursuivent dans les villes et village miniers, entre autres à San Roman de Bembibre. Hier, mercredi 18 juillet à Oviedo, capitale des Asturies, des mineurs ont bloqué le centre ville, ils portaient les bannières des CCOO uniquement. De part les témoignages de mineurs participant aux assemblées générales quotidiennes, on sait qu'ils veulent continuer la grève quel que soit l'avis des syndicats. Depuis la “Marche Noire”, des voix se font entendre sur le rôle joué par les deux syndicats : ils ont été indispensables car sans l’organisation de la marche n’aurait pas été possible, ils ont su assurer la logistique, les logements, la bouffe... cependant, des mineurs quoique syndiqués ne comprennent pas le fait qu'il y ait eu deux T shirts  : un noir et un vert en fonction du syndicat. Ils auraient préféré un seul et unique T-shirt. Pour eux c'est le symbole de la désunion qui apparaît.

     

        Du côté des CCOO on demande encore l'ouverture de négociations, or, pour l'instant, le gouvernement ne donne pas signe de vie après avoir semblé assouplir sa position. Ce mercredi 18 juillet, des femmes de mineurs ont de nouveau manifesté dans le Congrès avec une explosion de colère lorsque, entre autre, un député du Parti Populaire au pouvoir a parlé des “avantages des mineurs” !

     

    Quelle lecture faire de la situation après 53 jours de grève ?

     

        Le SOAM semble vouloir, si ce n’est mettre un terme au mouvement, du moins dans un premier temps le museler en contrôlant les modalités de l’action. Il se confronte pour le moment à la détermination des mineurs qui poursuivent sans tenir compte de ses déclarations, la mobilisation dans mêmes formes depuis le début. Les CCOO, pour leur part, jouent la carte du soutien aux mineurs mais avec quelles intentions ? Est-ce pour une question de majorité dans le groupe public HUNOSA dominé par l'UGT comme dans les grosses boites privées dominées par l'USO (comme celle qui a fait quiproquo, reprise du travail, pas reprise...l’ USO voulait reprendre, pas les mineurs et donc pas ... les CCOO.

     

    A suivre

     

    Traduction La Mouette Enragée. Le 19/07/12

     

     

     

     

    Nous reproduisons ce texte du secrétaire général de la section syndicale des CCOO à la Hunosa car il dénonce assez bien tout l’opportunisme que déploie actuellement le Parti Socialiste Espagnol autour du mouvement des mineurs. Hier au pouvoir, le PSOE travaillait à liquider le secteur des mines quand aujourd’hui dans l’opposition il ne recule devant aucune hypocrisie pour continuer à exister après la raclée électorale qu’il a essuyé.

     

     

     

    L'éthique minière à Madrid

    Lettre au PSOE et au PP écrite par Jaime Martínez Caliero secrétaire général de la section syndicale CCOO à la HUNOSA

         

      Il y a deux ans, des milliers d'habitants des bassins miniers avaient déjà manifesté à Madrid pour la défense du secteur du charbon. C'était le 9 décembre 2010 et la fédération de l'industrie des CCOO avait convoqué au niveau national une grève en solidarité, contre la décision 787 qui mettait fin aux mines de charbon en 2018. A cette date, le président du gouvernement était José Luiz Rodriguez Zapatero et le ministre de l'industrie monsieur Sébastian.

     

           
Le commissaire à compétence européenne était Joaquim Almunia, commissaire nommé par le PSOE et à cette époque il détenait la charge de commissaire à l'économie et aux finances. Il était chargé de participer à la signature de l'accord sur la fermeture des mines espagnoles en décembre 2018, et c'est cela qu'ils nous ont vendu comme un succès, grâce à eux, la fermeture des mines ne se produirait pas en 2014.

           
Pendant la manifestation de ce jour de décembre 2010, nous n'avons vu personne parmi ces messieurs qui maintenant se remplissent la bouche pour défendre un secteur que les mêmes poussèrent à la fermeture. Comme changent les choses et les opinons de certains en si peu de temps  !  On peut dire que cela est du à la fragilité de la mémoire de ces personnes et que par là-même, ils ne se souviennent pas que le PSOE a signé la sentence de mort pour les mines de charbon et qu'actuellement le PP ne fait qu'exécuter cette signature dans une forme brutale.

    
      Je dis ceci et si je me limite à la marche nocturne du 10 juillet 2012 et à la manifestation de Madrid le jour suivant, je dois souligner qu'il est nécessaire de fortement remercier le soutien de toute la population de Madrid, en mettant l'accent sur le corps des pompiers de Madrid. Merci à tous pour votre soutien.

           
Tous sont les bienvenus pour manifester à Madrid ou ailleurs. Il est indispensable que les personnes sortent dans la rue, les chômeurs, les fonctionnaires et bien sûr tous ceux qui subissent les coupes de ce gouvernement qui ne se rend pas à la raison mais seulement à ses propres intérêts et à ceux du secteur bancaire.

    Ici je ne peux dire cependant que tout se vaut, au moins pour moi. Nous avons vu le soutien de différentes personnes , destituées de leur poste, qui est de trop...

    1) M. José Manuel Alonso, actuel député national et ancien ministre de l'intérieur et porte parole du gouvernement socialiste, a tenté (je ne sais s'il a réussi) d'entrer dans la cité universitaire accompagné de son escorte et de fièrement se montrer, je suppose pour montrer son soutien au secteur de la mine. Où était ce monsieur le 9 décembre 2010  ? Le problème est le même mais avant il ne l'intéressait pas et maintenant oui  ?

    2) 
Monsieur D. Antonio Trevín, à ces dates délégué du gouvernement socialiste dans les Asturies et actuellement député national du PSOE ne faisait pas entendre sa voix en faveur du charbon comme il le fait actuellement. Pourquoi ne nous accompagnait-il pas le 9 décembre  2010 ? Serait-ce car à l’époque cela ne l'intéressait pas et que maintenant oui  ?

     3) 
Je pourrai continuer à citer des noms, mais pour résumer, j'en appelle à tant et tant de maires de villes minières. Pourquoi maintenant oui et avant non  ?

     4) 
Je regrette, à la manifestation, monsieur Joaquin Almunia mais je ne peux écarter sa présence, car il apparaît que pour certains «  tout se vaut  »  est leur devise.

    5) Pour ma modeste opinion, il est préférable d'être seul qu'accompagné d'hypocrites...

    6) Il me plairait que l'actuel ministre de l'industrie José Manuel Soria, cesse de tenter de manipuler l'opinion publique de ce pays, mentant sur le problème des mines de charbon et qu'il se consacre à chercher des solutions et bien sûr, à respecter le Plan Général pour la Mine 2006-2012 car selon ses propres mots le gouvernement actuel dit soutenir le secteur mais ses actions prouvent tout le contraire.

    7) 
Aussi, il serait désirable que les parlementaires Asturiens du Parti Populaire cessent une bonne fois pour toute d'être les marionnettes du gouvernement central et défendent leur programme électoral.

    8) 
Pour finir, il me revient en mémoire les paroles d'une chanson appelée Insurrection  :

              “Où étiez-vous tous lorsque nous avions tant besoin de vous  ?”

              

                                                                                              

     Mercredi 18 juillet 2012 

     

    Clich--2012-07-19-12-20-24.jpg

               Affrontements dans la nuit de cette semaine  entre Mineurs et antidisturbios de la Guardia Civil dans la localité de Bembibre


    Clich--2012-07-19-11-15-12.jpg


    La solidarité financière avec les mineurs en lutte 

     

       A notre connaissance les organisation mentionnées ci-dessous collectent des fonds actuellement :

     

        Directement en Espagne : compte commun (CCOO-UGT) Cuenta solidaria para la defensa de la minería y de las comarcas mineras Caja de ESPANA :

     

    Iban ES37 2096-0000-85-3472463104 BIC CSPAES2L

     

         Le SMSC  : Spanish Miner’s Solidarity Committee à contacter sur le lien suivant : http://smscuk.blogspot.co.uk/

     

           L’Union Locale CGT du bruaysis, maison des associations, 403, rue Roger Salengro 62700 Bruay-La-Bruissière. Chèques libellés à l’ordre de "Front Solidaire". Inscrire au dos du chèque "Solidarité aux mineurs espagnols".

     

     

     


     

     


     


    Repost 0
    Published by La Mouette Enragée - dans Solidarité internationale
    commenter cet article
    18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 15:40

     

        Ce week-end des infos parvenaient de tous les sites, qu'un des lieux de la grève allait reprendre le travail. Les 450 travailleurs de Hullera Vasco Leonesa cesseraient la grève et repartiraient au fond travailler. L'entreprise avait annoncé que si la grève continuait elle allait fermer ses portes. Les ouvriers par peur du chômage auraient décidé dans une assemblée de reprendre le travail. UGT et CCOO se désolidarisaient de cette déclaration en annonçant qu'ils appelaient à poursuivre le mouvement. Mais dans ce puis, le syndicat majoritaire est l'USO qui affirmait comprendre la décision des ouvriers. Aujourd'hui nouvelle annonce, le chef du comité d'entreprise USO annonce qu'il n'y a pas eu de décision allant dans ce sens lors de leur AG et que pour l'instant la grève continue. Le représentant  des CCOO dans cette boîte appelle lui  à continuer a grève.

     

        A noter qu'après quelques recherches, on apprend que la SA Hullera Vasco Leonesa a fait des bénéfices en 2011 et a versé un dividende de 0.07 euros par action à ses actionnaires. Par ailleurs au regard des résultats de la boite, le 21 juin dernier (donc en pleine grève) le conseil d'administration de cette boite a versé un dividende complémentaire de 0,13 euros par action (après impôts). Cette boite privée là n'appartient pas à Vitorino Alonso mais est membre de l'union patronale Carbunion de “Don Vito”.

       

     

    A propos des mineurs enfermés dans les puits 


     

        Ceux des puits Candin (puits de la société d'état HUNOSA) et Santiago à Aller dans les Asturies  dépendant également de la HUNOSA avaient été annoncés sortant du puits samedi pour des raisons de santé mentale. Le SOMA-FITAG-UGT souhaitait leur remontée en annonçant que cette forme de lutte était passée. Des rassemblements ont eu lieu pour assister à leur retour. Le syndicat avait tout prévu, heure de leur retour, presse, etc. Cependant, ils ne sont jamais remontés, les mineurs restent au fond et poursuivent la lutte. Le syndicat annonce donc qu'il les soutient mais veille à leur état de santé.

     

         Ce lundi 16 juillet en fin d'après-midi, après l'insistance du syndicat SOMA-FITAG-UGT, les trois enfermés du Pozo Santiago et les quatre du Pozo Candin sont sortis du fonds après 50 jours. A priori, 10 autres mineurs iraient s’enfermer dans d'autres puits : 4 iraient dans le Pozo Candin et 6 dans le Pozo Nicolasa (3 travaillant dans ce puits et 3 autres travaillant habituellement dans le Pozo Monsacro).

     

        A Gijon, cette nuit des barrages de pneus enflammés ont barré certaines routes. Cette fois les mineurs les déposent et partent. Ils sont vite éteints mais cela se produit à peu près chaque nuit.

     

     

    pozo-candin-2-copie-1.jpg

     

       

    pozo-santiago--2--copie-1.jpg

     

     

    Réflexions autour des mobilisations des mineurs

     

     

        Nous publions un texte produit par la Fédération Ibérique des Jeunesses Libertaires qui évoque à bon endroit les gesticulations opportunistes et les manoeuvre politiciennes qui entourent actuellement le mouvement des mineurs. De la gauche parlementaire aux bureaucrates syndicaux, tous sont à la barre pour tenir le mouvement dans les limites qui le conduiront à la défaite. Ils risquent malgré tout d’avoir du fil à retordre si les événements relatés à la suite du texte des FIJL et qui confirment le contenu de leur texte, se répètent dans les temps à venir.


     

     

    Jeudi 12 juillet   http://www.nodo50.org/juventudesanarquistas/?e=78#body-anchor

     

     

        En tout premier lieu, éclairons ceci : nous ne sommes pas en train de donner de leçons à personne et encore moins aux travailleurs des mines, qui savent nous montrer comment mener une lutte réellement combative. Il s'agit simplement d'une série de réflexions qui nous sont apparues depuis le début du conflit, commencé dans les bassins miniers, jusque l'arrivée de la Marche Noire hier à Madrid. Indépendamment de nos critiques, partons d'une prémisse : la lutte des mineurs est juste et nécessaire.

     

         Une défaite dans cette lutte supposera la misère pour des centaines de milliers de familles.

    Voici ces réflexions :

     

    - Nous aimons et cela nous paraît digne de respect la détermination et la vigueur que les mineurs montrent. Des mineurs enfermés dans les puits, de ceux qui ont parcouru la moitié de la péninsule à

    pieds, jusque ceux qui jouent leur santé sur les barricades – souvenons-nous que les forces de l'ordre utilisent des gaz toxiques contre des mineurs qui ont un début de silicose.

     

    -  Nous n'aimons pas voir comment CCOO et UGT manœuvrent selon leur envie les travailleurs miniers pour parvenir à leur fin.  Nous n'aimons pas voir Mendez et Toxo [secrétaires généraux des deux centrales syndicales citées plus haut] poser pour la photo avec ces travailleurs. (Se souviennent-ils ces deux-là et toute leur armée d'affranchis ce que c'est de travailler ?)


    -  Nous aimons voir que, malgré l'influence des CCOO et de l'UGT en tant que centrales syndicales bureaucratiques, les travailleurs miniers nous montrent que cette lutte se gagne dans les rues. Ce n'est pas une négociation dans les bureaux, c'est un conflit sur les chemins, dans les puits et dans les villes minières. Dans ces temps de « meapilismo » [désolé la Mouette cale sur ce mot !!!] et d'autant de fanatisme pseudo-pacifique, c'est une grande joie de voir les travailleurs répondre avec leurs armes disponibles à une agression directe contre leurs vies venue de l’État et du capital.


    - Nous aimerions que les mineurs et les individus et collectifs solidaires puissent élaborer un discours qui aille au-delà de leurs légitimes et nécessaires revendications. C'est-à-dire une vision qui place le conflit dans une critique radicale de l’État et du capital, comme fondement du traitement « user et jeter » exercé contre les travailleurs. Et évidemment une vision du futur  consistant à lutter solidairement avec d'autres conflits du travail et sociaux, et de plus, à élaborer un projet révolutionnaire de transformation social qui en finira avec l'actuel régime étatico-capitaliste (projet pour lequel les mineurs luttaient historiquement) dans lequel le charbon et son évident dommage écologique ne sera pas un bien nécessaire. 


    Avec respect pour les mobilisations de soutien à Madrid :

    - Nous aimons voir des dizaines de milliers de personnes voulant montrer leur soutien et solidarité avec la digne lutte des mineurs. Nous aimons aussi le degré élevé de combativité qui en a émané, en comparaison

    des autres mobilisations que nous avons vu dans la capitale. Mais nous aurions aimé que ce soutien de la population envers un conflit du travail, soit plus que le soutien à un conflit médiatique comme celui-là, et qu'ils soutiennent aussi avec les mêmes ampleur et force les autres conflits sociaux.

    - Nous n'aimons pas voir le PSOE dans aucune mobilisation. De plus, il nous est répugnant de voir qu'ils ne font rien contre les coupes, ils envoient les madriers nous rouer de coup et servent comme des marionnettes le pouvoir économique, ils ne sont dans aucune lutte avec nous.  Ils nous donnent l'horreur d'un nouvel exemple d'intérêt et de manipulation dans leur pathétique lutte électorale en prétendant instrumentaliser la lutte des mineurs. De même nous aurions beaucoup à dire de la presse bourgeoise autonommée de gauche (El Pais , Publico  …) et des intérêts économiques de ces groupes d'entreprises.

    - Et aussi, nous détestons tous ceux qui prétendent diriger nos vies, c'est-à-dire, tous ceux qui prétendent gouverner, il ne nous plaît pas non plus de voir les partis politiques, en plus du PSOE, essayer de tirer avantage électoral de cette lutte honnête des travailleurs. Il en va de même de grands partis comme IU [Izquierda Unita, Gauche Unie bref le Front de Gauche espagnol] ou de petits comme les autres sectes marxistes : tous veulent la même chose, prendre des votes en étant sur la photo avec le thème phare du moment, pour être ceux qui nous gouverne et se convertir en nouvelle classe dirigeante. Nous tendrions à dire la même chose des syndicats bureaucratiques (avec délégués syndicaux, comité de presse et subventions), des minoritaires autonommés «alternatifs » ; ils profitent des mineurs pour tenter, à travers la photo, de rafler des votes pour les prochaines élections syndicales. Ils sont tous des récupérateurs.

     

        Et enfin pour finir, cela nous dégoûte de voir certains personnages du monde « progressiste » montrer leur « soutien » aux mineurs. Comme il est de mode… Et déjà, que dire de l'appui et du petit discours postérieur ainsi que de la photo avec les mineurs en marche des recteurs de l'Université Complutense [l'univ qui les a hébergés à leur arrivée à Madrid] et de Polytechnique.  Ces mêmes recteurs qui appliquent les coupes contre les travailleurs et les étudiants, ont le toupet de se « solidariser avec les mineurs ». Se distingue ce bâtard de Carrillo (recteur « progressiste » de la Complutense) et ses licenciements de travailleurs boursiers ; au milieu d'autres coupes et abus contre les travailleurs de la UCM (Universidad Complutense de Madrid).

    Ce ne sont que quelques petites réflexions. En plus de soutenir les mineurs, nous appliquons en pratique la solidarité et le soutien mutuel. Nous faisons de cela un outils quotidien dans notre vie et toutes nos luttes. Que se répande l'exemple des mineurs. La lutte est le seul chemin.

     

    Vive la lutte des mineurs ! Pour le dépassement des coupoles des syndicats bureaucratiques !

    Pour la révolution sociale et l'anarchie !


    Groupe Drapeau noir Fédération ibérique des jeunesses libertaires.

     

     

    Des signes de mobilisation à la base ?

     

          Dimanche 15 juillet ont eu lieu à Madrid deux manifestations de fonctionnaires. La première dans l’après-midi, la seconde le soir. Ces deux manifestations se sont déroulées sans affrontements. Les endroits visés étaient les sièges du PP et du PSOE ainsi que les ministères et le Congres qui était le seul établissement à être protégé par les antidisturbos. Ces manifestations ont eu lieu spontanément par appel sur portable et réseaux dit “sociaux”. Les fonctionnaires vont être soumis aux jours de carence, à la suppression de la prime de Noël (équivalente à un mois de salaire) et à la fin des "moscosos" (jours de liberté que peuvent prendre les fonctionnaires espagnols sans justificatif). Lors de la manifestation de l’ après midi, les flics auraient enlevé leurs casques et boucliers ce qui a été pris par les manifestants comme un signe de solidarité.

     

         CCOO et UGT ont été dépassés par ces initiatives. Leurs bureaucrates respectifs ont ainsi affirmé que “ces manifs spontanées c'est bien, mais qu'il faut voir à pas oublier celle du 19  juillet” à laquelle ils appellent. Par ailleurs, ils feignent de hausser le ton et annoncent qu'il y aura une “réponse masssive” en ...septembre et même en octobre. Ils ne savent pas encore sous quelle forme, peut-être des marches et même une consultation populaire ! Mais de leur côté, pas un mot sur la marche des précaires et chômeurs qui arrive à Madrid le 21 juillet.

     

     

                Informations traduites par  La Mouette Enragée.

     

     

     

     

     

     


    Repost 0
    Published by La Mouette Enragée - dans Solidarité internationale
    commenter cet article
    12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 20:40

     

       Ce mercredi 11 juillet, à l'occasion d'un concert, nous avons encore une fois montré notre solidarité avec la lutte des mineurs espagnols qui, le jour même, ont manifesté massivement dans les rues de Madrid après une marche de plusieurs semaines vers la capitale.

     

     

        Nous avons diffusé un tract (voir ci-dessous) dans lequel nous essayons de tirer au clair la situation. La manifestation du 11 juillet ne doit pas être une fin en soi, le plus important et intéressant reste à construire et nous resterons solidaires avec toutes initiatives capables de mener une lutte illimitée sur le plan inter catégoriel.

     

        Enfin, pour répondre aux questions émises lors de notre action : Pourquoi ce soutien aux mineurs espagnols et pas aux autres secteurs en lutte ? Car nous pensons que cette lutte peut cristalliser l'ensemble du mécontentement qui traverse actuellement  de nombreux secteurs d'activité en Espagne. Par ailleurs, une victoire, ou une "non défaite",  serait  un premier pas de franchi  dans la reprise de la combativité en Europe, la démonstration que seule la lutte paie face à l'offensive  du capital et de ses politiques d'austérité. Il y a urgence à gagner quelque chose concrètement sur le terrain face à la bourgeoise européenne et ce ne le sera pas dans les urnes mais uniquement dans la rue !  Cela concerne aujourd'hui l'Espagne mais demain ce sera au tour de la France, cela a d'ailleurs commencé avec la rencontre récente entre les syndicats et le gouvernement qui prépare à leur rigueur

     

     

    Traduction informatique : Este miércoles, 11 de julio, durante un concierto, que demostró una vez más nuestra solidaridad con la lucha de los mineros españoles, el mismo día, mostró en gran medida en las calles de Madrid después de una marcha de varias semanas para capital.

    Hemos distribuido un folleto (ver más abajo) en la que tratamos de aclarar la situación. La manifestación del 11 de julio no debe ser un fin en sí mismo, los restos más importantes e interesantes que se construirá
    .y se unirán a todas las iniciativas que pueden llevar una lucha en la categórica entre ilimitada.

    Por último, para responder a las preguntas hechas durante nuestro trabajo: ¿Por qué apoyar a los menores españoles y no a otros sectores en lucha? Porque creemos que esta lucha puede cristalizar todo el descontento que está pasando por muchos sectores en España. Por otra parte, una victoria o una "pérdida no" sería un primer paso en la reanudación de los combates en Europa, lo que demuestra que sólo paga la lucha contra la ofensiva del capital y sus políticas de austeridad. Hay urgencia de conseguir algo concreto en el suelo contra la burguesía europea y no va a estar en las urnas, pero sólo en la calle! Esto se aplica a la España de hoy pero mañana será el turno de Francia, este ya ha comenzado con la reciente reunión entre los sindicatos y el gobierno se prepara para el rigor.

     

     

     

    La Mouette Enragée, le 12 juillet 2012


     

    b

    c-bon.jpg

     

    tract.jpgCliquez sur l'image pour agrandir

     

    traducción al español, AQUI ! . Lo sentimos, traducción de Google, hay imperfecciones

     

     

     

    Point sur la situation depuis l’arrivée le 11 juillet de la Marche Noire sur Madrid.

     

       Le 10 juillet au soir ce sont 150.000 manifestants qui ont accompagné la marche nocturne des mineurs vers la Puerta del Sol. Le 11 juillet 500.000 personnes ont manifesté dans le centre de la ville avec l’appui logistique de certains groupes madrilènes du 15M.

     

    marcha-negra-madrid-2.jpg

     

        Certains groupes d'Indignés soutiennent ouvertement les mineurs car, d’après eux, leur lutte montre les injustices des transferts financiers en Espagne aujourd'hui. Les Indignés madrilènes avaient proposé leur campement de la Puerta des Sol, proposition à laquelle la mairie de Madrid s’est opposée. Par ailleurs, lors de leurs parcours les différents groupes locaux du 15M ont aidé les mineurs et/ou ont marché avec eux. La “marée verte” à l’initiative des enseignants a également partagé des étapes communes avec la “marée noire”. Des indignés de Santander se sont déplacés à la manifestation madrilène en portant les T-shirt noir des mineurs.

     

         Durant la manifestation, le gouvernement Rajoy a annoncé au Congrès des restrictions budgétaires la IVA réduite passe de 8 à 10 %, la normale passe de 18 à 21 %, suppressions de primes et de jours de congé pour les fonctionnaires (cela fera 14 %  de salaire en moins, apparition de jours de carence...), fin de différentes réductions fiscales (comme les écologiques), révision des pensions, baisse des allocations chômages (quand + de 7 mois au chômage, le taux de l'indemnité est baissée de 60 % à 50 %), baisse des salaires des maires, baisse des subventions aux partis politiques et syndicats ... Toujours dans la presse bourgeoise, on lit que l’ UGT et les CCOO restent ouverts à la négociation avec le gouvernement mais que si ce dernier refuse ils continueront d'appuyer la mobilisation des mineurs. La conclusion est simple tant que le gouvernement maintient la fermeture des mines, la mobilisation va continuer. L'UGT utilise clairement ce conflit dans le cadre global de son opposition à la politique du PP. Ils ont donc annoncé une journée nationale de grève le 19 juillet. Le 21 juillet,  ce sont différentes marches qui arriveront à leur tour à Madrid : une des travailleurs précaires, une des indignés et une des chômeurs.

     

        A l'issue de la manif il y aurait eu 76 blessés suite aux charges policières et aux tirs de balles en caoutchouc : 42 manifestants, 33 policiers et 1 photographe de presse, on compterait également 8 arrestations.

     

        Après la manifestation en journée, une seconde a eu lieu le soir en soutien aux mineurs et contre les nouvelles coupes annoncées par Rajoy. Elle s'est terminée par de légères barricades dans les rues de Madrid, des lancés d’objets divers contre les flics "antidisturbos". Les antidisturbos ont chargé, matraqué, et parfois au hasard quand on voit les video (y compris sur celles d'El Pais). Selon les flics les manifestants du soir étaient 4000, 15000 selon les organisateurs (collectif Hay que Pararles los Pies, en gros “Il y a les pieds pour les arrêter”).

     

        Le jeudi 12 juillet, les 7 mineurs enfermés depuis 52 jours dans le puits santra Cruz del Sil (Léon) ont du arrêter leur action sur avis médical. Ils sont relevés par 5 autres camarades qui descendent sans limite. Aujourd'hui, trois mineurs ont été blessés au fond lors de manoeuvre d'entretien (dans un puits de la UMINSA, une des boites de Vitorino ALonso, dit “Don Vito”), malgré la grève des entretiens ont toujours lieu. A priori il y a une semaine un autre mineur de 31 ans a été blessé lors de ces entretiens. Tous les mineurs l'indiquent, il ne  faut pas oublier que les subventions pour la sécurité des postes de travail vont être totalement supprimées.  De plus, le chef de sécurité qui dirigeait ces deux opérations d'entretien est deux fois le même : résultat les mineurs ont cramé sa bagnole.

     

        En regardant les videos espagnoles sur différents sites et les interviews de mineurs, on comprend que tous sont déterminés à continuer mais dans les revendications beaucoup acceptent les coupes budgétaires. Pas de 60 %, ils seraient d’accord pour  10 % de moins. Certains ont annoncé que si le gouvernement ne cédait pas, ils reviendraient à Madrid avec de la dynamite.

     

       Ils semblent déterminés et à première vue les syndicats ne semblent pas pour l'instant vouloir freiner les choses. Cela leur permet de mettre la pression sur Rajoy donc il semble que ce conflit les sert bien pour l'instant.

     

    Boulogne-sur-mer le 13/07/12 à partir d’ informations traduites par la Mouette Enragée.

     

     

     


       Que viva la lucha de la clase obrera

     

     

    Mais aussi la répression de la manifestation : munie de fusils, la police tire des balles en caoutchouc sur la foule.

     

     

      Pour finir, la solidarité s'organise internationalement. Pour cela, voir cette page facebook : https://www.facebook.com/SpanishMinersSolidarityCommittee

     

    Repost 0
    Published by La Mouette Enragée - dans Solidarité internationale
    commenter cet article
    7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 14:47

      

        Nous poursuivons nos actions de soutien aux mineurs espagnols (pour le début, voir ici). Mardi 3 Juillet, à l'occasion de l'arrivée du Tour de France à Boulogne sur mer, nous avons redéployé une banderole de soutien avec cette lutte au dessus de l’autoroute A 16 entre Boulogne-sur-mer et Calais. Les automobilistes étaient nombreux et l'accueil plutôt favorable à l'écoute des nombreux klaxons et à la vue des pouces levés.

     

    ap-ro-masqu-.-.jpg

     

     

       Les informations qui nous parviennent d’Espagne sur le mouvement de lutte des mineurs recouvrent pour la plupart d’entre-elles un caractère factuel. Le point de vue énoncé dans le communiqué qui suit et produit par le syndicat CNT-AIT de Léon, apporte quelques éléments qui dépassent le seul recensement des affrontements quotidiens et l’avancée de la Marche sur Madrid.

     

         Au delà des banalités d’usage sur le rôle et la fonctions des médias, c’est, en filigrane, la stratégie qu’emploie l’État pour atomiser et déstructurer une communauté qui est ici évoquée au travers de l’ exemple des bourses d’étude proposées aux enfants de mineurs. C’est également la question du coût de la production de l’énergie, de son utilité sociale et de son impact environnemental qui est posée dans ce point de vue. Des éléments essentiels que les mineurs eux mêmes n’ont de cesse d’évoquer lorsqu’ils dénoncent l’absence totale de perspective d’avenir pour les régions où ils vivent.


     

    Soutien et réflexions autour du conflit minier.

    Lundi 18 juin, Syndicats de la CNT-AIT de Léon

     

     

        Nous assistons toutes ces dernières semaines à un nouveau retour d'une des luttes ouvrières les plus historiques de notre pays, la lutte minière. Ce n'est pas la première, et ce ne sera probablement pas la dernière, car le secteur de la mine, bien qu'en récession, a encore beaucoup à dire.

         Toutefois, bien qu'il se caractérise par des affrontements bien plus sanglants que ceux que nous sommes habitués à voir, il n'est pas retransmis dans les média de communication avec l’honnêteté qu'il mérite. Nous ne parlons pas ici de quelque chose qui doit nous surprendre, ceux qui pensent qu'il s'agit de médias neutres qui cherchent la vérité de l'information, comme ils s'en auto caractérisent eux-mêmes, sont plein d'illusions.

       Les mass-media sont au service du capital et de ceux qui gouvernent le pays, c'est-à-dire ceux qui les payent et les financent qui ne sont pas différents de ceux qui tirent les fils de la politique et de l'économie, chefs d'entreprises et politiques. Il est important de se poser le problème, avant de lire le journal ou regarder le journal télévisé, si réellement ces journaux cherchent la vérité, ou la changent et tentent d'orienter dans la mesure du possible la pensée de la société vers leurs intérêt. Et quels sont les intérêts de l'état et du capital, des politiques et chefs d'entreprises, en cette période de crise économique et financière ? Probablement que leur priorité, n'est pas de nous l'expliquer ouvertement ni de façon subtile, c'est la lobotomisation de la population, donner de l'opium au peuple pour qu'il ne se réveille pas et ne soit pas conscient de la force qu'il a dans ses mains, que la richesse et la production mènent à ceux qui travaillent, c'est-à-dire les travailleurs, alors que les politiques et chefs d'entreprises goûtent seulement au luxe du travail d'autrui.

     

         Football, Grand frère (émission de TV) ..., on nous donne tout type de distraction pour notre temps libre alors qu'à peu de kilomètres de nos maisons est en train de se produire d'authentiques batailles rangées entre mineurs et policiers, comme si nous étions remonté de 70 ans et étions dans les temps du maquis. Cependant à peine quelques miettes dans les journaux télévisées et la presse écrite.

        Jusqu'il y a peu de temps, et encore maintenant, l'esprit de la lutte ouvrière est vivant. Nous ne devons pas oublier que les droits dont jouissaient les travailleurs jusqu'il y a peu d'années (car ils sont tristement en recul) ont été obtenus avec la sueur et le sang de nos grands-parents. La journée de 8 heures et les week-end ne furent pas octroyés par la bonté d'un quelconque patron, mais par les exigences des travailleurs en lutte qui pour cela ont subi des violences.

        Pour ces mêmes raisons, la lutte que mènent les mineurs des Asturies et Léon mérite tout notre respect quelques soient les critiques que nous pouvons faire sur ses fins. Il est question d'une lutte de travailleurs pour garder leurs poste de travail, le futur de leurs familles et de leur terre, car dans les bassins miniers il n'y a rien d'autre que la mine, comme ils le disent. Une lutte de base, de ceux qui travaillent, et dans la rue, pas une négociation de leaders syndicaux dans les bureaux du patronat. Le bras de fer que les mineurs maintiennent avec le gouvernement et son bras armé, police et garde civile, est exemplaire quant aux formes. Il est question d'une défense légitime de leur futur, contre un décret qui ne tient pas compte de ce même futur. Pour cela, nous ne devons pas prendre l'usage de la violence comme gratuite mais bien comme un moyen de se défendre face à une agression. S'ils nous parlent avec violence, nous répondrons de la même façon. Misère, expulsions, salaire de merde, horaires démentiels, accidents du travail, coupes budgétaires, privatisations, ça c'est de la violence.

     

         Les mineurs ont un taux de syndicalisation de 90 % voire plus, et beaucoup de leurs luttes se sont caractérisées par un affrontement direct. Le SOMA (Sindicato de Obreros Mineros de Asturias) [membre de la FITAG UGT, voir leur site internet : http://www.somafitagugt.es/ ,leur page parle principalement de la marche noire] appartient aux syndicats majoritaires même s'il a souvent été considéré comme « dissident syndical » c'est-à-dire que sa trajectoire n'a pas suivi les voies ordinaires sinon que d'une manière ou d'une autre ils ont décidé de leur lutte de manière horizontale.

         Dans ce cas, malgré la présence d'expressions syndicales majoritaires, il n'apparaît pas que les coupures de routes furent pré-négociées comme nous l'avions connu dans d'autres conflits miniers. Dans ce cas il n'apparaît pas que les syndicats élèvent leur voix chantante, sinon que ce sont les travailleurs, bien qu'affiliés aux syndicats « ouvriers-vendus », qui luttent pour leur futur travail, comme la logique doit être.

     Dans une autre part, on aperçoit dans les médias d'information alternative que la lutte maintenue jusqu'à ce moment avec le gouvernement est relativement équilibrée, y compris dans certaines occasions nous avons vus les policiers qui furent obligés de se retirer. Cela est-ce possible ? Est-ce que les mineurs ont bu dans la marmite ? Peut-être que l'idée la plus logique est que le gouvernement ne souhaite pas promouvoir un affrontement sévère, mais probablement jouer l'usure, de façon que ne se voit pas trop la violence policière, chaque fois plus dans les bouches de tout le monde.

         Pour autant, de la même manière que nous pouvons dire que l'esprit et les formes de la lutte en cours sont très positifs, nous pouvons dire aussi que les objectifs qui se perçoivent dans celle-ci ne sont pas aussi admirables qu'il y paraît. Il existe quelques aspects qui nécessitent une analyse avant de soutenir la lutte les yeux fermés.

       

      En fin de compte, le conflit a surgi car les subventions pour la mine ont été réduites substantiellement dans les budgets de l'état, signé jusque la fin de l'année 2018. Dans ces dites subventions, une partie très importante du budget était destiné à la reconversion du secteur, c'est-à-dire, pour théoriquement créer de nouveaux secteurs productifs dans les zones minières qui pourraient se substituer lentement à la mine et ils existaient des opportunités dans ces régions. Ce type de subventions existe depuis de nombreuses années, car cela fait plusieurs années qu'il était prévu de démanteler le secteur petit-à-petit. Le grand problème qui surgit aujourd'hui est que ces fonds pour la reconversion n'ont pas été utilisés à reconvertir quoi que ce soit. Actuellement, les mineurs luttent pour proroger les fonds qu'ils n'ont pas reçu plus qu'au titre de salaire et qui vont directement aux entreprises minières, non au secteur minier et ses travailleurs, nous croyons que c'est eux qui doivent créer de nouvelles alternatives avec ces dits fonds. Toutes les subventions reçues ont servi pour maintenir le secteur, pour rénover des machines mais cela n'a pas créé de futur dans la région. Dans tous les cas, elle on été converties en bourse pour études des enfants de mineurs, routes, universités et complexes omnisports.

    Il ne nous paraît pas que maintenir les subventions soit une solution au problème, d'autant qu'elles n'étaient prévues que jusque l'année 2018. Dans le cas où les mineurs gagnent la lutte, que se passera-t-il après 2018 pour les contrées minières ? Les gens d'ici devront émigrer, comme dans tant d'autres lieux où les mines furent démantelées. Malgré les potentialités du territoire, il ne se passe rien. Malgré les luttes, le futur de la population des bassins est aussi noir que le charbon.

       A partir de cela, peut-être que la solution passe par exiger du gouvernement et des entreprises minières que la richesse générée par le secteur de la mine soit utilisée dans une réelle reconversion vers d'autres secteurs, dans les mains de ceux qui vivent de ces terres. Les grandes entreprises du charbon nationales continueront à garder leurs privilèges quand la mine disparaîtra alors que la population qui habite ces terres devra partir. Ce fait est intolérable et toute la richesse générée est la propriété des travailleurs, qui ont maintenant la responsabilité d'exiger de l'avoir en propre pour créer des opportunités en dehors du charbon. Nous ne voulons pas de chefs d'entreprises qui se félicitent eux-mêmes pour payer leurs travailleurs en période de grève, il n'y a pas besoin de fils de mineurs universitaires qui devront partir dans d'autres lieux pour travailler, sans futur pour les peuples miniers.

    Une autre alternative que pose la lutte est d'exiger du gouvernement que les entreprises d’électricité utilisent le charbon national. Un autre pourcentage des subventions à la mine que nous avons auparavant commenté est utilisé à cela et l'argument de ceux qui veulent les démanteler d'un trait de plume est que le charbon national n'est pas rentable. Actuellement et depuis quelques années, le secteur minier en Espagne nécessite des aides pour être soutenu, car il est vendu aux entreprises d'électricité meilleur marché que ce qu'il coûte. Cela pour que le charbon espagnol soit compétitif avec le charbon étranger produit dans des pays comme la Chine. Le libre marché fait qu'il est bien plus rentable d'acheter le charbon d'autres lieux du monde que consommer celui de terres proches. Et pourquoi est-ce meilleur marché ? Pour des raisons aussi simples que les conditions de travail sont plus précaires et les salaires plus bas. Et tout cela malgré les coûts de transport.

     

        En résumé, notre pays est en crise et le gouvernement fait des coupes, car pour lui cela ne vaut pas la peine de maintenir les entreprises minières espagnoles d'autant qu'il ne s'agit pas d'un négoce rentable. Malgré tout les entreprises d'électricité continueront à consommer du charbon, évidemment étranger, produit dans des mines où les gens sont empoisonnés pour un salaire de merde et des conditions lamentables.

     Il est possible que nous devions commencer nous-même à proposer que le monde du libre commerce n'a aucun sens. La responsabilité sociale ne peut nous permettre de consommer une énergie qui est produite à des milliers de kilomètres dans des conditions de semi-esclavage, parce qu'il est de la responsabilité de tous de fournir une consommation locale en assumant les coûts réels de sa production.

     La démesurée et croissante consommation énergétique actuelle manque de logique dans un monde où les ressources sont finies. La croissance qui est présentée par les états comme seule alternative à la crise est une sentence de mort maintenant que les ressources que contient la planète sont limitées et accessibles seulement à quelques uns. Les pays développés doivent assumer la responsabilité de leur consommation réelle et cesser de vivre sur le dos des pays pauvres, de leurs bas coût de production, sur le dos de la vie des travailleurs et de la santé environnementale de leurs terres. Pour cela, si nous décidons de consommer du charbon, car notre consommation énergétique l'exige, qu'au moins il soit produit localement, que nous assumions le coût réel de sa production et l'impact environnemental qu'il produit. Seulement dans ce cas nous pouvons commencer à envisager qu'une consommation aussi démesurée n'est pas nécessaire mais qu'elle est préjudiciable et nocive.

     

    Traduction effectuée par la Mouette Enragée à Boulogne-sur-mer

     

      cartel mineros 11 julio bloque unitario RGB web

     

       Enfin, nous actualisons la liste de liens pour couvrir les événements récents : le déroulement de la marche noire des mineurs qui convergent vers Madrid pour une manifestation le 11 juillet mais aussi les luttes autour des mines qui continuent et même se renforcent face à la répression policière de l'Etat espagnol.

     

    Quelques photos de la marche.


    http://periodismohumano.com/economia/los-mineros-marchan-sobre-madrid.html

     

    La mobilisation et les affrontements se poursuivent au quotidien


    http://periodismohumano.com/economia/huelga-general-en-las-cuencas-mineras.html

     

    http://periodismohumano.com/economia/los-mineros-en-huelga-siguen-en-lasbarricadas.html

     

    http://periodismohumano.com/economia/la-carga-de-la-brigada-minera.html

    http://periodismohumano.com/economia/huelga-general-en-las-cuencas-mineras.html

     

    Une vidéo :


    http://www.youtube.com/watch?v=9ICMOee25UM&feature=share

     

    Liens : http://bloqueunitario.org/   Blog pour information sur les initiatives de convergence de différents secteurs en lutte en lien avec la marche

    http://www.alasbarricadas.org/noticias/node/21184  Suivi régulier de la situation

     

       Nous rappelons à  celles et ceux qui souhaitent débattre et envisager collectivement des suites à cette action à nous contacter à l’adresse de la Mouette : lamouette.enragee@wanadoo.fr  ou directement sur ce blog ! 

     


    Repost 0
    Published by La Mouette Enragée - dans Solidarité internationale
    commenter cet article

    La Mouette Enragée

    • : La Mouette Enragée
    • La Mouette Enragée
    • : Ce blog est issu d'un groupe de militants originaires de Boulogne sur mer (62) qui se réclament du communisme libertaire. A l'origine, la Mouette Enragée est un journal local qui relaye les luttes politiques mais aussi propose des analyses sur des luttes sociales ou des problématiques locales. Avec ce blog, nous proposons de partager nos réflexions passées et présentes pour ainsi mieux envisager les perspectives de lutte efficace et organisée par la base, c'est à dire les travailleurs eux-mêmes
    • Contact

    Contacts

    La Mouette Enragée - BP 403 - 62206 Boulogne sur mer Cedex

    ou

    lamouette.enragee@wanadoo.fr

    Recherche

    Qui sommes nous ?

     

    Nous nous définissons comme Communistes-Anarchistes parce que:

     

    - Nous rejetons tous les systèmes économiques, toutes les institutions politiques, étatiques ou privées qui se fondent sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur l'autorité et la hiérarchie.

    - Nous avons toujours lutté, à la fois contre toutes les formes de Capitalisme d’État qui se dissimulaient ou se dissimulent encore sous les noms de Marxisme-Léninisme, Bolchevisme, Stalinisme, Etats-ouviers, etc... , et contre les Capitalismes Libéraux avec leur cortège de gaspillage et de consommation effrénés. Il s'agit pour nous, des deux faces de la même médaille.

    - Nous considérons que, partout dans le monde, les inégalités sociales, la loi du profit et du plus fort conduisent à une société de plus en plus déséquilibrée, polluée, inhumaine et sont directement responsables du racisme, du crétinisme passif, de la corruption financière et politique.

    - Nous sommes pour l'auto-organisation sur une base de classe , des travailleurs, des habitants, des consommateurs dans les formes qu'il leur convient de se donner, pourvu qu'elles ne reproduisent pas, comme les mafias politiques de Droite comme de Gauche ou les bureaucraties syndicales, les tares que nous dénonçons plus haut.

    - Nous sommes pour une Démocratie Directe qui correspondrait aux besoins authentiques des individus sans distinction de sexe ou de nationalité, et non plus au profit des marchands et des publicitaires, des bureaucrates et des notables.

    - Nous pensons que le capitalisme ne s’ effondrera pas de lui même et qu’une révolution sociale et mondiale demeure la condition indispensable de son dépassement.

    - Nous pensons que c’est au cœur même des luttes et des mouvements sociaux que s’élaborent les formes nouvelles de rapports sociaux et donc que c’est au sein de ces mouvements qu’il faut lutter.

    - Nous n'appelons donc personne à nous "suivre'' aveuglément, et ne recherchons aucun pouvoir pour nous mêmes, mais souhaitons œuvrer avec tous ceux et toutes celles qui veulent changer radicalement cette société en prenant dès aujourd'hui leur destinée en main.

    Fortunes de mer

     

    Clich- 2010-06-10 22-02-51

               Disponible, en vente

    (contactez directement la Mouette)